‹ Études sur l'hallucinationChapitre 63 sur 366 · PASSIONS ET DÉLIRE · texte numérisé non relu

PASSIONS ET DÉLIRE

Simple aspect de l’image, le sentiment étale une tendance qu’a aussi l’image : persévérer dans l’être, détenir indéfiniment l’âme devant le même objet, dans la même passion. La persévération dans l'être, l’inertie, l'adhésion aux idées inadéquates comme aux autres, laisserait une âme sans réducteurs rivée à une idée, à une monotone hallucination ; et l'exemple de la flamme, immuable si elle était seule, nous à familiarisés avec cet état. Avec les sentiments le danger est pire, comme le montrent tant d’hommes, avares, lubriques, ivrognes, ambitieux; et c’est à propos de la servitude de l’âme que les dangers du monoïdéisme sont évoqués. La plus désastreuse passion peut écarter toutes les autres; le plaisir, et surtout le plaisir local, peut monopoliser notre activité au profit d’une partie du corps et aux dépens du tout; ils sont nombreux, ceux à qui une passion pertinaciter adhaeret, victimes de la lubricité ou de l’ambition l.

Le mal est le même et relève du même traitement, qu’il frappe l’intellect, les sens ou l’affectivité.

Ame, l’homme n’a qu’une chose à faire : penser, c’est-àdire percevoir, se souvenir, imaginer, raisonner, jouir, aimer le plus possible ; et une affection sera souhaitable si elle rend notre vie psychique plus active, indésirable si elle prétend nous immobiliser et nous empêcher d’agir, c’est-à-dire de penser ©, N’avoir qu’une sensation, une idée, un sentiment, c’est le même mal, et si l’avarice, l'ambition et la lubricité sont condamnées en bloc c’est parce qu’elles retiennent notre âme dans la contemplation spasmodique d’un objet, Les hommes ainsi possédés sont pareils — c’est Spinoza qui parle — à ceux qui croient voir un objet absent. Tous ces gens-là délirent de la même façon !.

Qu’y faire ? Ce que le faux a de positif n’est pas ôté par la présence du vrai en tant que vrai; la connaissance vraie du bien et du mal, en tant que vraie, ne peut rien contre les passions, et notre science ne nous empêche pas de voir le soleil dans un seau. Il ne suffit pas de savoir que les plaisirs de la lubricité et de l’ambition finissent par limiter, ligoter, nous charger de haine, de colère et

Page 1