‹ Études sur l'hallucinationChapitre 64 sur 366 · GUÉRISON DES PASSIONS : RÉDUCTION DES IMAGES · texte numérisé non relu

GUÉRISON DES PASSIONS : RÉDUCTION DES IMAGES

d'envie, tandis que la force et la joie sont dans l’amour de Dieu. Une expérience trop certaine montre que l’évidence même du mal ne défend pas contre l’attrait des plaisits immédiats et partiels; contre eux, la pensée de notre fin suprême n’est pas seulement abstraite et générale 5; elle est sans intérêt, douteuse, niée, C’est que, si la Raison montre ce qui est bon, elle n’en fait pas jouir et ne peut rien contre les objets à qui nous sommes immédiatement unis 6. Pour se détacher de plaisirs mortels comme pour cesser de voir le soleil à deux cents pas ou de prendre un souvenir pour une sensation, il ne suffit pas de savoir; ce qu’il faut, la même règle le répète chaque fois, c’est l’idée d’une affection du corps contraire et plus forte que l'affection visée, qui exclue son objet, qui la rende plus faible, moins intense, plus débile, plus relâchée, qui la

réduise enfin.

L'Amour ET LA HAINE. — Machine à penser, l’âme de Spinoza était avant tout occupée à évoquer, conserver, écarter, intensifier ou réduire des images. Automate à passions, elle va continuer; et le rôle des images ou des réducteurs va être plus net encore dans la systématique des sentiments que dans les généralités.

La foule des affections repose sur le désir — effort pour persévérer dans l'être —, sur la tristesse — née de nos chutes de perfection —;, sur la joie enfin — compagne de nos accroissements de puissance, Avec ces trois sentiments et les objets, on obtient d’abord l’amour et la haine.

Que l’amour soit tout ce qu’on voudra, possession ou don *?, il est d’abord une joie liée à l’idée d’une cause extérieure. Cela veut dire que si une chose accroît notre puissance, nous éprouvons une joie liée à l’image de la chose; cette image et cette joie, c’est l’amour. Haïr, c’est être triste avec accompagnement d’une cause extérieure ; une chose amoindrit notre puissance, l’idée de cette chose ne va donc pas sans tristesse, et cette image jointe à cette tristesse constitue la haine.

15. IV, 62, Sc. — 16. C. T., II, XXI. — 17. III, 33, défin. 6.

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