AMOUR, HAINE : JEUX D'IMAGES-SENSATIONS
Aimer, si c’est connaître une chose qui fait notre joie, ce sera nous efforcer d'assurer la persistance de cette chose et de son bienfait. Si détester, c’est sentir qu’une chose cause notre tristesse et tend à nous détruire, ce sera s’efforcer d'échapper à la chose haïe et de la détruire.
Nous approchons. Conserver ou détruire la chose aimée ou haïe, cela concerne le corps et nous nous intéressons uniquement à l'amour et à la haine dans leur nudité spirituelle. Pour la saisir, il ne faut pas lire les scolies où Spinoza relègue la littérature #; il faut recourir aux propositions et démonstrations, et on trouvera les définitions de l’amour et de la haine en 12 et 13 de la IITI° partie.
« L'âme s'efforce d'imaginer ce qui seconde la puissance d'agir du corps ».
« Quand l’âme imagine ce qui diminue la puissance d'agir du corps, elle s'efforce de se souvenir des choses qui excluent l'existence de ce qu’elle imagine ». Telles sont les définitions de l’amour et de la haine, et Spinoza, ici-même, rattache expressément la théorie de l’affectivité à celle de l’image-sensation et des réducteurs.
Pour comprendre l’amour et la haine, on ne s’occupera pas de l’objet, on négligera même la joie et la tristesse, on étudiera des images.
Imaginer, c’est être affecté par un corps extérieur ou par sa trace cérébrale d’une manière qui enveloppe la nature de ce corps extérieur, c’est le considérer comme présent. Si cette image accroît notre puissance, nous nous efforçons de la conserver : l’âme s’efforce d'imaginer la chose, c’est-àdire de la considérer comme présente ; le cerveau s'efforce, de son côté, de conserver cette image en un tel état qu’on en puisse dire « viget »; notre corps enfin agit pour la conservation de l’aimé.
Haïr, c’est imaginer, considérer comme existant et présent quelque chose qui nous diminue et nous attriste; et nous imaginerons cette chose, elle nous apparaîtra comme existante et présente jusqu’à ce que — XVII — grâce à une autre image, la première soit réduite. Alors se trouve
18. Mettez vos belles pensées en démonstrations, sauf à prendre l'essor dans les scolies. Leibniz à Malebranche. Gerhardt, I, p. 352.