PASSIONS : CONFLITS DE PERCEPTIONS
posée une chose qui exclut l’existence de la chose détestée, alors notre corps fait ce qu’il peut pour la supprimer.
Une image est dans l’âme. Elle rend joyeux ou triste selon qu’elle nous fortifie ou affaiblit. Si elle fait notre joie, nous nous efforçons de maintenir son éclat. Si elle nous répugne, nous voudrions la chasser, mais nous ne pouvons qu'attendre l’image contraire et plus forte qui la réduira. Dans le cerveau se joue une scène analogue. Si l’image qui viget nous fait plus forts, toute l’activité cérébrale tend à son maintien. Si l’image nous détruit, toute l’activité du cerveau tend à favoriser les images antagonistes. L'organisme enfin travaille comme l’âme et le cerveau. L'image qui nous hante vient d’un objet; si elle nous favorise, Le corps protège l’objet ; si elle est indésirable, le corps combat l’objet. La traduction psychologique de l’activité du corps s'appelle aimer ou haïr, mais on ne doit pas définir ces passions par les objets, par le comportement du corps ou par le cerveau; leur définition ne doit évoquer que des états psychiques du sujet; et ces états ne peuvent être que des images, c’est-à-dire des perceptions.
X VII, tout au long de la III° partie, va être ainsi appliquée et 1l serait facile de ramener toutes les affections à des conflits et réductions d’images-sensations, Z’orgueil, le souhait frustré peuvent servir d'exemples, et d’abord La tristesse qui trouble notre joie devant le malheur de nos ennemis.
Si un corps extérieur semblable à notre corps nous affecte, l’affection dont il nous affecte et par laquelle nous l’imaginons est semblable à lui, le reproduit plus ou moins %, Cela veut dire qu’il suffit de rire ou de bâiller pour nous faire rire ou bâiller, que la fuite d’un homme fait la panique d’une armée, que la vue de qui se brûle les doigts nous fait retirer la main, et que l’enfant imite tout ce qu’il voit faire. Notre semblable détermine en nous des affections semblables à lui, semblables à ses affections. Si nous percevons une tristesse d'homme nous l’éprouvons aussitôt, et — c’est Spinoza qui parle — lorsque nous