PASSIONS : DÉLIRES HALLUCINATOIRES
imaginons qu'un homme éprouve une affection, nous l’éprouvons. C’est toujours le règne de XVII.
Si notre semblable est iriste, nous sommes tristes, même si nous le haïssons. Nous venons d’en voir la démonstration : notre joie au malheur d’un ennemi est contrariée parce que la misère de notre semblable nous attriste automatiquement. — Spinoza donne une deuxième démonstration, expressément fondée sur XVII. « Chaque fois qu’il nous souvient d’une chose, bien qu’elle n’existe pas en acte, nous la considérons cependant comme présente ; en tant par suite que le souvenir de la chose détestée est vivace, l’homme est déterminé à la considérer avec tristesse, et cette détermination est réduite mais non ôtée par le souvenir des choses qui excluent l’existence de la chose imaginée ; et par suite l’homme est joyeux seulement dans la mesure où cette détermination est réduite » ®, La mort de l’ennemi n’empêche pas son image de vivre, et cette image, c’est encore la perception de l’ennemi vivant,
Ainsi, toujours et partout, ce qui domine nos passions et nos actes, c’est notre effort pour maintenir ou réduire des images, ces images étant toujours assimilées par Spinoza à des perceptions. Soit l’orgueil. Nous tâchons d'imaginer ce qui nous affecte de joie, et nous sommes sans cesse entraînés à faire de nous plus de cas qu’il n’est juste. « Cette imagination s'appelle l’orgueil et est une espèce de délire, puisque l’homme rêve les yeux ouverts qu’il peut tout ce qu'embrasse son imagination et le considère comme réel et en est ravi, tandis qu’il ne peut imaginer ce qui en exclut l’existence » 21.
La mésestime de soi s’expliquerait de même, cette affection de l’homme qui imagine qu’il ne peut pas agir, que tous le méprisent, qu’il ne peut rien, et qui nie pouvoir désirer ou faire autre chose que du mal 2, Ici, notre effort pour imaginer ce qui pose notre puissance est réduit, et nous imaginons que nous ne pouvons rien. Cela suffit, et la théorie de l’image-perception s'applique une fois de plus : tout ce que l'homme imagine qu’il ne peut pas, il