‹ Études sur l'hallucinationChapitre 7 sur 366 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

qu'ils dessinent d'eux-mêmes sur la rétine, mais aux mouvements qu'ils y provoquent ?.

Ici, de par les nerfs tendus entre l’objet et l'âme, une particularité d'immense conséquence. À tel mouvement du nerf répond la perception périphérique ou extérieure de telle affection, de tel objet. D'’ordinaire, cet objet est là, l'animal effroyable des Passions par exemple, et il a déterminé les mouvements voulus dans nos nerîs, en agissant sur leur extrémité périphérique. Une perception suit, normale et utile. Mais, en quelque point de son trajet et par quelque objet que le nerf soit excité, il pourra réagir par les mêmes mouvements qu'a provoqués l'animal effrayant, il pourra déterminer la même perception extérieure du même objet. Utile quand elle répondait à l'excitation du nerf à son extrémité distale par tel objet, la perception est inutile ou nuisible quand elle répond à l'excitation du nerf par autre chose que cet objet et en un autre point que cette extrémité. Différentes par leurs suites pratiques, ces deux perceptions sont identiques en soi, et l’hallucination ne diffère pas de la sensation, comme le montre l'illusion des amputéss8.

Mais l'indépendance de la perception vis-à-vis de l’objet est bien plus radicale encore. Quel est le dernier événement matériel qui précède la sensation ? C’est toujours un mouvement; c'est un certain régime de certains corpuscules ou esprits animaux à leur sortie de la pinéale. La sensation suit immédiatement ce phénomène et, s’il peut être dû à quelque autre chose que l’objet, la perception de l’objet aura lieu en l’absence de celui-ci. Or un exemple va nous faire concevoir la possibilité de ce quelque chose, l'exemple des émotions. Une émotion, c'est la perception originale de certains phénomènes vis-

7. Pr, IV, A.:et T., 197-198; VIe Médit. — 8. Ibid., 94; Pr., IV, 196; à Plempius, 3 oct. 1637, 9.

INTRODUCTION 1x

céraux. Elle a lieu lorsque les esprits sortent de la glande de façon à aller, dans les nerfs, les muscles et les glandes du thorax et de l'abdomen, provoquer un certain syndrome moteur. Il suffit, pour que la passion soit sente, que ce régime des esprits se réalise. Qu'il aboulisse ou non, là-bas, dans l'abdomen, à l'orage viscéral qu'il prépare, peu importe; il suffit que les esprits se mettent en mouvement de la façon prescrite. À ce moment la perception a lieu et, en admettant avec Descartes qu'une émotion ne soit jamais hallucinatoire, elle peut néanmoins se réaliser dans le silence des viscères.

Exactement de la même façon, pourront se produire des hallucinations motrices. Chez Descartes, comme chez Wundt, c'est une certaine sensation d'innervation qui les obtient; les esprits quittent la glande de la manière requise pour provoquer, en entrant dans les nerfs moteurs et les muscles, tels mouvements; le régime des esprits fait la sensation motrice, que le mouvement préparé ait lieu ou non?

Et cette théorie centrifuge se généralise à toutes les perceptions. C’est toujours en sortant de la glande pour s'engager dans les tubes nerveux que les esprits déterminent les sensations. 2

Peuvent-ils dans les domaines visuel, auditif et autres, provoquer des hallucinations ? Oui, puisque ces hallucinations existent. Rien n'est d’ailleurs plus facile à comprendre quand on connaît le mécanisme de la mémoire.

Une sensation a lieu. Organiquement, cela veut dire que des esprits quittent la pinéale d’une certaine façon. Certains de ces esprits s'engagent dans les tubes nerveux de la masse cérébrale, s'échappent de ces tubés par des

Page 1