Passions, 36-38; Ilomme, A. et T., XI
x INTRODUCTION
pores et vont heurter et infléchir les tubes voisins. Ces pores et ces plis sont ce qu'on appelle les traces des objets.
On voit par quel abus on les appelle des images; elles ne seront même, une fois, que les occasions du souvenir 1; et quand Descartes parlera de la mémoire intellectuelle et séparée du corps, il lui échappera de la faire gardienne, après la mort, du souvenir de notre passé personnel 11.
Plaçons-nous maintenant dans le rêve, la fièvre ou la passion, et supposons que toute action des objets extérieurs sur nous soit suspendue. Les viscères continuent de sécréler des esprits, ceux-ci s’engouffrent dans la glande et, sortant d'elle en tourbillonnant, la meuvent en sens divers, comme sa fumée un tuyau de cheminée très mobile. Certains s'engagent dans la masse cérébrale et y rencontrent des pores et des plis, c'est-à-dire des traces. Un hasard favorise certaines d’entre elles, et le courant d'esprits qui les rencontre est assez fort pour entraîner la glande dans son sillage, et la fixer plus ou moins longtemps dans une position déterminée. Les esprits qu’elle émet prennent alors un régime particulier; et nous avons aussitôt conscience de l’objet dont la trace agit ainsi. L'objet cérébral (la trace) et l'objet extérieur déterminent dans la pinéale et le jeu des esprits le même système de mouvements, et ce système se traduit à la conscience par la perception ou l’image d'un objet extérieur.
Nous croyons invinciblement à celui-ci et, quand nous percevons ou imaginons, nous nous représentons les choses comme extérieures et présentes. Quand j'imagine un triangle c'est comme présent#?. Ma perception en effet s'accompagne d’un vif sentiment de passivité; elle
10. A Arnauld, 29, VII, 1648. — 11. A Huyghens, 13, X, 1642. — 12. VIe Médit., 99, 88.