ÉTERNITÉ DE L’ÂME ET DU CORPS
l'affection maîtresse parce qu’il sera devenu la perception que rien ne réduit et qui réduit tout.
Qu'est-ce qui va être éternel? — Tout : L’Etre total, Nature ou Dieu avec ses attributs, étendue, pensée et les autres... les modes éternels, l’entendement, le mouvement — éternel et immuable Fils de Dieu #... les êtres enfin et leurs affections. Fruits de l’éternelle nécessité divine, éternellement et tout entière en acte, ils ont nécessairement une species œternitatrs 2%; et nous pouvons déjà songer à quelque loi des images et des réducteurs dans l'éternité.
Ame et corps sont cependant mortels. Simple agrégat, le corps meurt, que ses éléments se dispersent ou qu’il change de forme, comme lorsque l’enfant devient adulte 7. — [L'âme aussi est mortelle. « Idée du corps », elle n’existe qu'avec lui #. Le parallélisme l’exige : le corps ne peut être détruit que par une cause matérielle extérieure *; qu’elle survienne et une idée surgit qui réduit totalement l’idée du corps; et c’est la mort de l’âme %, Elle est composée comme le corps, cet agrégat fugitif; on ne trouve en elle que des modes, des phénomènes, un amas pulvérulent; et tout en parlant d’elle comme si elle était le substratum de ses états, comme si elle formait ses idées %1, Spinoza ne peut effacer les affirmations qui font d’elle un simple composé d’idées. De Blyenbergh le lui disait : une âme composée de milliers d'idées comme le corps de milliers de corps, se dissout et périt tout entière comme lui. Spinoza protestait sans répondre %, et il avait écrit qu'un mode de penser tel qu’une âme peut être anéanti &,.
Mais l’âme est éternelle. Si le corps est mortel, le parallélisme est rompu. Or il ne cesse pas dans l’éternité, où l’âme reste l’idée du corps. Il a donc son éternité : les hommes ne sont pas créés, mais engendrés, et leurs corps existaient déjà, bien que sous une autre forme %. $1 inquiétant que soit cet alio modo formatum pour l’éternité d’un individu corporel, les êtres et leurs affections sont des vérités éternelles, l’âme connaît le corps comme ayant, traduit Appuhn, une sorte d’éternité, « mens se et corpus sub specie æternitatis cognoscit » 35, — Les choses qui « n’existent pas » % sont néanmoins quelque chose, quelque chose de plus qu’une idée divine, quelque chose dans l’attribut même dont elles sont des modes, l’étendue par exemple. Dans un cercle, ce ne sont pas seulement les rayons tracés qui existent; ceux qui ne seront jamais tracés ont aussi une manière d'existence dans l’étendue; et le rayon que voici
95. C.0T.; L,'IX. — %. I, 17, Sa; IT, 44, cor. 2;:V, 29; à de Vries, 14 de Saisset. — 927. IV, 39, SC. — 98. IT, 8; III, 11, SC. — 29. III, 4. — 30. III, 11, Sc. — 31. II, défin. 3 — 32. 27 mars et 3 juin 1665. — 33. C. T., Append., II, 1. 34. À Oldenburg, 4. — 35. V, 30. — 36. E., II, 8.