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ÉTERNITÉ DE LA PERSONNE

nest qu’une image, changeante et passagère, d’une éternelle réalité matérielle qui est son essence formelle. — ZL’essence d'une chose n’est pas son idée, et il ne faut pas prendre l’essence formelle d’un corps pour son idée ou essence objective. Les corps « n’existant pas » ont leurs idées éternelles dans la pensée de Dieu; ils ont aussi, dans l’étendue éternelle et immuable, leurs éternelles essences formelles %7. — Le corps — qui suit, dans l’attribut étendue, de la nécessité divine, éternelle, hors du temps, éternellement et tout entière en acte — a donc nécessairement une species æternitatis, une éternelle actualité. Le corps humain et ses affections ont quelque chose d’éternel, et l’âme peut être éternelle sans avoir rien à redouter du parallélisme spinoziste #8.

De quoi est faite l’âme éternelle ? — Ou ce n’est rien, ou c’est une personne. — Spinoza, qui ne montre dans le corps humain qu’un individu composé, qui n’éclaircit nulle part la notion de corps, qui, dans la substance unique, homogène, immuable et indivisible, ne voit que des modes mais ne parle que de « choses », Spinoza s’est toujours contenté d'appeler l’âme une idée du corps, composée comme lui, d’où les critiques de G. de Blyenbergh et de Leibniz : elle n’est qu'agrégat, poussière et n’a rien d’éternel %. — Une pensée, elle, est une chose #1; mais comment une âme pourrait-elle être rien de plus que l’égrènement sans lien de ses idées, puisque des « facultés » telles que l’entendement et la volonté ne sont que des volitions et des idées singulières 4, puisque le tout ne change rien aux parties et ne réagit point sur elles 4 ? La pensée singulière, l’idée isolée, voilà l'individu; quant à une Ame faite avec mille pensées, c’est une illusion et «la personnalité est un mot que je connais mais dont j'ignore le sens » #3.

En réalité, dans la pensée continue et indivisible, se dessinent des individus de divers degrés, et Spinoza reconnaît en Dieu une idée qui constitue notre âme, une idée dans laquelle il se passe quelque chose, une idée agissante, qui dirige ses propres actions, subit des passions multiples, simultanées et successives, peut ordonner ses affections, est une chose pensante enfin qui forme des idées #, et qui n’est jamais signalée — à la différence de ses facultés — comme un être de raison. L’associationisme de Spinoza, son admiration pour Démocrite, et son hostilité envers Aristote et ses formes 4% ne lui font jamais réduire l’âme à n'avoir qu’une unité fictive, à n’être qu’un individu « forgé ». — $i difficile qu’il soit de dégager l’Ââme personne de l’âme agrégat, c’est toujours à la première que Spinoza s'attache, et dès le Court Traité, il a signalé ces deux aspects des individus

37. P. M., I, II, 437-438 d’Appuhn; E., IL, 8; V, 22, 923. — 38. E., V, 22, 23 — 39. 27 mars et 3 juin 1665; Théodicée, Gerhardt, 336-337. — 40. I, défin. 2. — 41. IT, 49. — 42. 9e dialogue, 4, 5. — 48. P. M., II, VIII. — 44. V, 10; II, défin. 3. — 45. À Hugo Boxel, 60.

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