‹ Études sur l'hallucinationChapitre 77 sur 366 · L'ÂME ÉTERNELLE PERÇOIT ET IMAGINE · texte numérisé non relu

L'ÂME ÉTERNELLE PERÇOIT ET IMAGINE

nos âmes, — Ne rever rons-nous pas tous ceux que nous aimämes -— Au foyer qui n’a plus d’absent »? — L’oubli est un ennemi de l'homme %; nos souvenirs, bien maniés, sont essentiels à notre perfection; on ne conçoit pas de béatitude sans personnalité. Est-ce possible dans une éternité sans images, sans souvenirs, sans ce qui fait ici-bas la joie et la personne?

Ce qui exige la survie des souvenirs, ce n’est pas seulement le vulgaire, ce n’est pas seulement le moraliste pour qui les châtiments éternels supposent la mémoire des fautes, c’est aussi un système qui veut ignorer l’abstrait, le numérique, le général, le relatif, pour retenir ce qu’il dit seul réel : le concret, l’individuel, les choses particulières, en un mot les images.

Imaginer et se souvenir ont un sens spinoziste. Imaginer, c’est d’abord percevoir les objets extérieurs. L'âme éternelle ne le pourra-t-elle pas? C’est inadmissible. Eternelles ou non, les êmes sont les idées des corps; refuser à l’âme chenille la perception de l’étendue, c’est briser l’unité divine, où l’étendue ne peut être sans que la pensée la perçoive. L’£me éternelle perçoit l’étendue autrement et davantage que ne la soupçonne et la découpe l’âme qui dure. Elle la perçoit pourtant, et l’immuable étendue perçue par l’âme éternelle n’est pas une étendue homogène.

Imaginer, c’est aussi percevoir les images gravées dans le cerveau ; se souvenir, c’est imaginer selon l’ordre des affections du corps et non selon l’ordre de l’entendement; imaginer et se souvenir, c’est avoir des choses des images qui sont plutôt celles du cerveau.

Sans doute, il n’y à pas d'autre façon d'imaginer, mais rien n’assure qu’il n’y ait pas d'autre moyen de se représenter le présent, l’absent et le passé. L'âme éternelle cesse de percevoir, imaginer et se souvenir dans la mesure où ces actes répondent au jeu des images cérébrales et ne sont ainsi que des caricatures du réel. L’Âme éternelle est délivrée de cette imagination pleine d’erreur et d’oubli. Mais la question de la perception du présent et de la représentation de l’absent dans l’éternel reste entière. Evadée de la durée, l’âme éternelle n’a pas conscience de durer, c’est-à-dire de passer, d'oublier et de mourir sans cesse. Mais cela n’empêche pas de considérer nos souvenirs de mortels sub specie æternitatis et d'exiger qu’ils ne soient pas anéantis, qu'ayant cessé de passer et d’être plus ou moins perdus, ils soient éternellement présents, avec un je ne sais quoi qui équivaut sur un plan supérieur à ce qui en fait ici-bas des souvenirs. L'âme éternelle se souviendrait-elle éminemment?

Elle perçoit le mouvement . Comment serait-ce si elle ne possédait pas, avec la perception, une manière de souvenir ?

; ee C. T., 1er dial, 8. — 54. « Eternel et immuable » il est vrai. C. dt

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