L'ENTENDEMENT : IMAGINATION ACTIVE
L'âme mortelle est d'autant plus pénétrée d’éternité qu’elle à un corps plus apte à former des images et à passer de l’une à l’autre. Loin de se perdre dans les notions communes et l’abstrait, elle contemple les choses particulières. Comment le pourrait-elle sans une forme éminente, non seulement de la perception, mais de l’image et du souvenir !
« Eminent ». Spinoza reproche mot et idée à Boxel, qui cherchait en Dieu une forme éminente de la vision %... Une fois pourtant, il à transposé un fragment de vie mortelle dans l'éternité; c’est l’amour intellectuel de Dieu. On se plaît à tort à opposer ce célèbre sentiment mystico-spinoziste, l'amour intellectuel de Dieu dans l’âme éternelle, à l'amour de Dieu dans l’être mortel. Or, ces deux amours sont ceci : Qui se connaît et connaît les choses « clare et distincte » est joyeux avec accompagnement de l’idée de Dieu. Le même amour est, ici, mortel, là, éternel, transposé de la durée dans l’éternité %; et cet exemple peut aider à demander que l’âme éternelle ait sa façon de percevoir les corps, d'imaginer ce que sa perception finie n’atteint pas, et de contempler des souvenirs.
L’'IMAGINATION PASSIVE ET L’ENTENDEMENT. — JÎMAGINATION ACTIVE Ÿ ET ÉTERNELLE. — (Ce sentiment : on ne perd rien à être éternel, on le retrouve en opposant l'imagination à l’entendement, l’une fugitive, l’autre éternel, mais tous deux faits d'images.
L’imagination égrène ses images au gré des objets, du corps et des traces cérébrales, sans ordre déterminé pour l’entendement 8, Elle a bien ses lois, mais tout autres ® que celles de l’entendement et si inconnues qu’autant vaut dire que les images se succèdent fortuitement 60.
Alors que notre idéal est d’être actifs, c’est-à-dire source de nos pensées et de nos actes, nous sommes précisément passifs « quand nous sommes affectés d’une affection qui enveloppe la nature de notre corps et celle d’un corps extérieur »; ce qui veut dire, on s’en souvient, que nous sommes passifs « dans la mesure où nous imaginons »6l, serfs enfin quand nous nous laissons déterminer par ce que veut le monde extérieur et non notre nature propre &. Nous aimons cette servitude, nous préférons obéir à la fortune plutôt qu’à nous-mêmes, et nous nous saturons volontairement de poison et de folie. C’est que nous sommes à peine sensibles à la raison, et ne sommes émus que par le choc de ce qui entre dans l’imagination 64.
Serait-ce parce que la raison ne nous offrirait qu'une vaine fumée algébrique ?
55. L. 55 et 56. — 56. V, 15, 32. —— 57. Ethique, éd. Appuhn, II, 258. — 58. R. E., 47. — 59. R. E., 45. — 60. Zbid. Dans le C. T. l’homme sent en lui deux lois : l’entendement l’unit à Dieu, l’imagination — règne du péché — l’unit à la nature. II, XIX, 2, note, XXIV, 7. — 61. III, 56. — 62. IV, 37, SC, 1. — 63. V, 41, Sc. — 64. IV, 17, Sc.