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PAUVRETÉ DE L'ÉTERNITÉ PAR LA RAISON

Reconnaïissons donc que l’entendement, lieu du positif et du concret, n'est réel et concret que par les images. L'imagination condamnée, c’est l’imagination passive; l’entendement est l'imagination active, rationnelle.

L’ÉTERNITÉ PAR L'INTUITION DES CHOSES PARTICULIÈRES. — Passifs, nous sommes mortels, et l’imagination mortelle est l'imagination passive. Notre éternel, ce sont les notions communes, les idées adéquates des propriétés des choses que nous apporte la raison, et, surtout, la connaissance des choses particulières que nous vaut l’Intuition %,

L'âme qui connaît par la raison est un mode éternel de Dieu, et dès que nous avons une idée claire et distincte, elle est en nous, fragment de Dieu, tout ce qu’elle est en Dieu; dès notre vie momentanée, elle a en nous sa species æternitatis, et cela ne signifie pas seulement que nous la connaissons comme éternelle, maïs qu’elle est notre idée éternelle, que nous sommes éternels par elle. Nos idées sont notre conscience et non dans notre conscience; avoir une idée éternelle, c’est être éternel; divinæ naturæ sumus participes, et eo magis quo magis Deum antelligimus 1. En connaissant quelque idée éternelle, nous prenons conscience de notre éternité.

Ce n’est encore qu’une vaine éternité algébrique, impersonnelle. — Les principes de la raison sont en effet les mêmes pour tous les hommes ; ils expliquent ce qui est commun aux choses, ils n’expliquent l’essence d'aucune chose singulière 72. Est-ce même notre éternité que nous apporte la raison, le II° Genre! Dans ce domaine, l’éternité se communique-t-elle vraiment de la chose connue à qui la connaît, de l’idée à la personne? On peut le nier, non seulement parce que la raison ne nous livre pas l’essence des choses singulières, mais parce qu’elle nous fait simplement concevoir que la chose expliquée est éternelle, se borne à nous enseigner que la chose doit être ainsi et ne nous donne pas « le sentiment de ce qui est hors de nous ». La chose vraiment génératrice d’une conscience de l’éternité ne se borne pas à nous faire concevoir ce qui doit être, mais nous unit à elle-même et entre en nous. Notre science n’est plus alors une conviction née de raisons, mais une union immédiate avec la chose, nous en donne « le sentiment et la jouissance » 73, Cette union, cette connaissance d’êtres réels et non plus d’abstractions, cette participation à leur éternité, cette intuition est, dans un court instant du Spinozisme, fruit de la grâce 74.

La connaïssance du III° Genre est intuitive. — Ce n’est pas

toujours évident : si l’âme a des yeux et voit les choses, c’est par

: 2 32,6 les démonstrations; et dans l’exemple TT = à Hu 00,200

70. II, 40, Sc. 2; V, 38. — 71. IT, 49, Sc., fin. — 72. II, 18, 37, 44, Cor. 2. — SACHET UT IV EL note 74 CT AIT XIX,, 2, note,

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