LES IMAGES ÉTERNELLES
que nous voyons wn0 intuitu, ce n’est pas l’opération entière, c’est le premier rapport; le quatrième nombre, nous le concluons 5. Sans doute, mais la rationalité des conclusions du IIIe Genre n'implique pas les démarches du raisonnement ; mais, surtout, Spinoza confirme expressément que la connaissance du III° Genre de l’Ethique est bien l’Intuition du Court Traité et de l’'Emendatio : la connaissance claire s’acquiert non par raisonnement mais par sentiment et jouissance de la chose 6. Grâce à elle, la chose n’est plus hors de nous mais en nous, et quand le mathématicien voit adéquatement une vérité mathématique, ce n’est pas en s'appuyant sur une chaîne de raisonnements, c’est intuitivement et sans opération, sans recourir à l’art de conclure 7. Et la connaissance du III° Genre de l’Ethique ne peut l’emporter que si elle est intuitive, sans raisonnements, sans notions communes, manifestation immédiate de l’objet à l’entendement 8.
Mais une connaissance intuitive, et qui ne raisonne pas, ne peut porter que sur des choses, des faits, des individus. — La connaissance intuitive va de chose en chose, d’être en être, de Dieu aux choses particulières, et ne procède pas par notions communes ?. La connaissance de la nécessité, de l’éternité, est d’autant plus capable de faire l’ême active, libre, joyeuse, éternelle, qu’elle porte sur des choses singulières «imaginées » vivement et distinctement #, — Dieu s'occupe du particulier et non du général, qui n’est rien. Il protège Bucéphale et non le cheval 8 Il connaît les choses singulières ; les choses universelles, il ne les pense qu’en tant qu’il connaît les images confuses des hommes &.
I] faut imiter Dieu, éviter les concepts abstraits, les axiomes universels, les propriétés; aller d’être réel en être réel, rester parmi les choses particulières vivement imaginées 5,
Dans l’âme éternelle, où il n’y a rien de général et d’abstrait, mais partout du concret, des choses, des individus, il y a donc de vives, multiples et mobiles images, c’est-à-dire des perceptions.
À mesure que la perception de Dieu se substitue à son abstraction, nous prenons conscience de la plus grande joie, du plus grand amour humains : l’amour intellectuel de Dieu, vide d'éléments viscéraux, larmes, sanglots, tendresses, participation des sens, radicalement distinct de la sensibilité, doué des mêmes qualités que la connaissance intellectuelle. — Din suprême et amour intellectuel plus fort que toutes les autres affections, la perception de Dieu, universellement présente et radicalément irréductible, est seule capable de réduire assez les perceptions
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