FORMES DE LA PROPHÉTIE : HALLUCINATION VRAIE ?7Ô
ception vient de Dieu et non de sa seule imagination humaine, sans intervention spéciale de Dieu ? Spinoza n’y insiste pas. Les « signes », les « prodiges » confirmatifs des annonces divines, la « bonté de cœur » du prophète #, donnent une certitude morale, établissent qu’une hallucination est une révélation certaine, montrent que la pensée hébraïque a brodé un Décalogue véridique sur un bruit extérieur amorphe.
Nous ne pouvons nous attarder à ces questions. Ce qui nous intéresse, ce ne sont pas les caractères des certitudes morales, ce n’est pas que Spinoza, après avoir mis à l’abri la certitude des prophéties, ait vu dans maint vrai prophète un pauvre d'esprit halluciné; c’est qu'il ait su distinguer une série de syndromes
Perception et interprétation correcte de voix et figures réelles : l’ange de Balaam ;
Perception correcte mais interprétation dirigée de faits réels : le buisson ardent;
Perception transfigurée de faits réels : le décalogue ;
Perception sans objet ou hallucination pure : Samuel appelé par Jéhovah;
Pseudo-hallucination enfin : les habitudes verbales des Hébreux.
Il n’est pas indifférent qu'à lire la Bible, trésor de visions et de voix, Spinoza ait su pressentir des distinclions qui devaient attendre deux cents ans leur étude.
On pourrait pourtant reprocher à Spinoza d’avoir dangereusement rapproché révélation et produits de l’activité spontanée du sujet, et d’avoir négligé l'aspect catastrophique de l’apparition. Rien ne semble y préparer le prophète, 1l la repousse, il la nie, 1l veut parfois prendre Dieu présent pour une créature très terre à terre, il s’effraie de sa mission et la refuse au nom de son indignité. Il aurait été intéressant de concilier l’incoercible certitude qu'a le prophète d’avoir subi passivement une perception avec la thèse de la prophétie fruit divin et spontané de l'imagination d’un pauvre homme.
35. C'est la reconnaissance de la vraie Mystique à ses fruits : l’héroïcité des vertus, les œuvres.