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L’ÂME HALLUCINÉE : LIBERA ET SOLUTA

Spinoza observe aussitôt qu’il ne s’est vraisemblablement pas agi d’un «ri réel, d’une monition à base objective, due à quelque mystérieuse et révélatrice puissance. En effet, il suflisait que Balling, réveillé, écoutât, fût attentif, cherchât à mieux entendre, pour que le phénomène s’évanouît, alors qu’il se fût au contraire précisé s’il avait eu quelque réalité. Si, au contraire, le rêveur se laissait retomber au sommeil, le bruit angoissant s'élevait. À cet instant, précise le maître, l'imagination de Balling, libera et soluta, pouvait imaginer des gémissements plus vivement que lorsqu’il était attentif. On découvrira plus tard que l’hallucination exige un état de détente et de distraction, et que l'attention est mortelle aux fausses perceptions. L’Ethique nous à dit comment cela se peut : Balling attentif soumettait son hallucination auditive à la perception — antagoniste et réductrice — des objets extérieurs réels.

C’est exactement ce qui advint à Spinoza dans sa propre hallucination hypnagogique... Ælapsa hieme Rhenoburgi accidit.. Quum, quodam mane, lucescente jam cælo, ex somnio gravissimo evigilarem, imagines quæ mihi in somnio occurrerant, tam vivide ob oculos versabantur, ac si res fuissent veræ, et præsertim cujusdam nigri et scabiosi Brasilianti, quem nunquam antea videram.…. T’image, aussi vive que la perception d’un objet réel, disparaissait presque entièrement quand il fixait avec attention quelque objet. Elle reparaissait au contraire, avec sa vivacité première, lorsqu'il abandonnait l’objet fixé pour poser au hasard ses regards inattentifs.

Spinoza ne dit rien des évidentes analogies des deux cas, mais 1l insiste, et utilement, sur les différences.

L'apparition des images est déterminée, et par l’état du corps, et par l’état de l’âme. Les délires fébriles et le fait : à tempéraments différents images différentes, illustrent le rôle du corps. Quant à l’âme, on sait que l’entendement use d'images et de mots; et il en use à tel point que nous pouvons à peine penser si notre imagination, à l’aide de traces cérébrales, ne forme pas d'images.

Dans l’auto-observation de Spinoza, ses images vives sont le fait d’une imagination dirigée par les hasards organiques; dans le cas de Balling c’est une préoccupation,

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