VI
Le cloître.
Ce cloître est un modèle d'élégance sans recherche et de richesse sans profusion. L'ogive principale est un peu trop évasée pour sa hauteur; jnais cette forme, qui serait disgracieuse dans une nef d'église, est très-bien appropriée à une galerie de cloître, qui n'aspire pas à la hauteur, et qui doit rester humble même en se décorant. Ces trois grands trèfles à six lobes, si bien portés par ces quatre petites arcades en demi-trèfle; ces moulures qui se ramifient et se croisent sans confusion, là forme des bases des colonnettes, la proportion des fûts et des chapiteaux, la finesse de tous les profils et le parfait ajustement des pierres, tout concourt à faire de ces fragments du cloître de Noyon un objet d'étude et un exemple à consulter.
Nofis avons déjà dit (p. 78) que la construction de ce cloître doit avoir été antérieure de très-peu d'années à Tin-
NOTRE-DAME DE NOYON. 485 cendiede 1295. Son architecture participe à la fois des caractères propres au style du treizième siècle et de ceux qui n appartiennent qu'au quatorzième. Ainsi, les chapiteaux ne sont pas tous à crochets comme au treizième siècle, mais ceux mêmes qui ne sont composés que de feuillages indigènes n'ont pas encore cette forme d'entonnoir ou de corbeille resserrées par le milieu, que les architeotes du quatorzième siècle adoptent exclusivement. Les bases, dont la scotie est excessivement profonde, ne sont pas des bases du quatorzième siècle, car le dé qui les supporte n'est pas prismatique, et cependant la manière dont elles s'ajustent sur ce dé n'appartient pas tout à fait au treizième siècle. Les trèfles à six lobes semblent, par leur profil, avoir été construits avant Tan 1295, et la frise en feuillage qui couronne chaque travée paraîtrait, au contraire, plus récente de quelques années.
Il est donc à peu près impossible, comme on voit, d'affirmer si c'est avant ou après rincendie de 1295 que ces charmantes arcades ont été construites. Ce qui nous semble certain, c'est qu'elles l'ont été par les soins et sous les ordres de l'évêque Guy des Prés, dont l'épiscopat dura depuis 1272 jusqu'en 4297, soit qu'il ait entrepris le cloître en même temps que la chapelle de Sainte-Luce et d'autres travaux exécutés de 4280 à 1290, soit qu'il Tait restauré ou même com|>létement bâti dans les quatre années qui suivirent l'incendie.