‹ Études sur l'histoire de l'art (volume 3)Chapitre 11 sur 31 · VII · texte numérisé non relu

VII

Porte de la sacristie.

Cette porte est un joli modèle de sculpture sur bois : elle est conçue dans le style plein de finesse et sobre d'ornements qui était en usage à la fin du treizième et au commencement du quatorzième siècle. Elle aura probablement été sculptée après rincendie de 1293. L'ancienne porte ne devait pas alors être très-ancienne, puisque les sacristies paraissent avoir été bâties soit sous Tépiscopat de La Boisière (1250-1272), soit pendant l'époque où Guy des Prés exécuta de grands travaux dans l'église (1272-1280). Mais, selon toute apparence, rincendie avait étendu ses ravages jusqu'à cette partie de Tédifice, et la porte avait été ou brûlée ou mise hors de service.

On remarquera l'heureuse diversité des petites roses sculptées dans le tympan de chaque ogive. Ce sont des jeux de compas aussi variés que spirituels. Sur douze roses, il n'y en a que deux qui se répètent ; et, comme tout le reste de la décoration est parfaitement régulier, cette petite variété accessoire n'a rien de fatigant, et jette un grand charme sur toute la composition. C'est là le secret de l'art à cette époque.

On se demandera peut-être pourquoi l'artiste n'a pas fait ses six panneaux de même largeur et pourquoi le troisième, en allant de gauche à droite, est si étrangement plus large que les autres. Il eût été si facile de les rendre égaux, qu'il faut bien reconnaître là une preuve, sinon d'antipathie, au

NOTIIE-DAME DE NOYON. 185 moins de grande indifférence pour la symétrie. Nous pensons cependant, comme nous l'avons déjà dit plus haut, que ce n'était pas uniquement pour le plaisir de faire une chose irrégulière que les artistes de ce temps se permettaient de ces sortes de licence : ils se préoccupaient avant tout et exclusivement de la destination des édifices, des meubles et de tous les objets, grands ou petits, qui leur étaient demandés. Ils suivaient littéralement leur programme et subordonnaient' sans pitié la décoration du dehors aux. combinaisons et aux arrangements du dedans.

Ainsi, par exemple, il est à présumer que les chanoines avaient demandé à l'ouvrier qui fît cette porte, que les deux battants ne fussent pas égaux, que celui qui devait s'ouvrir le ^ plus souvent, fut plus étroit que l'autre; et, comme d'un autre côté il fallait que le marteau servant de loquet fût fixé sur une moulure saillante, l'ouvrier s'est trouvé amené tout naturellement à composer la porte telle que nous la voyons. Un ouvrier de notre temps se croirait déshonoré s'il lui fallait • faire cette impertinence à la symétrie. Un ouvrier du quatorzième siècle n'éprouvait ni embarras ni remords en faisant naïvement une faute d'orthographe pour que l'ordre qu'il avait reçu fût fidèlement exécuté.

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