ÉVÊQUES DE NOYON
1148. Beaudoin II. Il appartenait, comme BeaudoinP',àla famille des comtes de Flandre ; maii il fut élu bien moins pour sa naissance que pour ses vertus. G'est sous son épiscopat que les travaux de reconstruction de la cathédrale nous senjblent fl^oir dû être entrepris avec activité. Nous avons déjà parlé de l'étroite amitié qui existait entre lui et saint Bernard *. Levasseur pense qu'il avait été moine et abbé de l'ordre de
* Parmi les lettres de saint Bernard, il en est une adressée à l'évèque de Noyon, lettre facélieuse, comme dit Levasseur, mais qui prouve par sa familiarité même combien étaient (Hroits les liens qui unissaient le saint et le piélal. Yoici celle lettre :
« Domino Balduino, noviomensi episcopo, frater Bernardus, Clarai Vallis vocatus abbas, melius quàm meruil,
« Mitto vobis puerum istum pnx3sentium lalorem comedere panem vostrum, ut probem de avaritiâ vestrâ, utrum cum tristitiâ id feccrilis. Noiilo lugcre, iiolite flere, parvum ventiem habet, paucis contenlus erit. Gratiam tnmen vobis habcmus si doclior à vobis quàm pinguior recesserit. Maleries locutionis pro sijjillo sit, quia ad manum non erat, nam neque Gaufridus vester, »
Gîleaux, en l'abbaye de Chastillon, diocèse de Verdun. Si ce fait est exact, il devient pour nous une explication de plus du caractère imprimé à l'architecture de Notre-Dame de Noyon. Les souvenirs du moine se sont unis aux idées de domination et de puissance temporelle de Févêque pour faire admettre les vieilles traditions dans la nouvelle église.
1167. Beaudoin Ilf, doyen du chapitre. Sa mémoire était en grande vénération parmi les chanoines ; il avait confirmé et notablement amplifié leurs droits et privilèges.
1174. Reinold ou Renaud. Son origine est inconnue. Il assista au concile de Rome, tenu en la basilique de Saint-Jean de Latran, Tan 1180.
1188. Étienne I", fils de Gauthier de Villebron, chambellan de France. Ce prélat fut en grand crédit auprès du roi Philippe- Auguste. C'est lui qui se rendit en Danemark à la tête d'une députation solennelle pour demander au roi Kanud VI la main de sa sœur Ingerburge; et, lor. que le monarque français voulut répudier sa nouvelle épouse, ce fut encore Étienne, évêque de Noyon, qu'il chargea de défendre sa cause devant le sahit-père. Plus tard il se servit de lui pour faire déclarer légitimes les deux enfants qu'il avait eus d'Agnès de Méranie.
Etienne, comblé de faveurs, répandit à son tour de nombreux bienfaits sur son chapitre et sur son église. C'est lui cerlainement qui a mis la dernière main à l'église Notre-Dame, Il dota largement deux de ses chapelles, celle de Saint-Maurice et celle de Notre-Dame de la Gésine. Son opiscopat est un des plus brillants dont les annales de Noyon ;;ardent le souvenir.
Nous avons déjà vu qu'il avait obtenu du roi Philippe- Auguste la concession ou plutôt la confirmation du droit de battre monnaie, droit dont ses devanciers avaient usé, mais sans autorisation aussi régulière.
1221. Gérard de Basoches, fils de Nicolas, seigneur de Basoches et d'Agnès de Chevisy. Les Basoches appartenaient à la maison de Chastillon, et en retenaient les armes. Sous ce prélat, la bonne harmonie entre les bourgeois et le chapitre fut sérieusement troublée à propos d'un serviteur de l'église, que le maire et les échevins avaient fuit appréhender pour
quelques méfaits par lui commis. Grande fut la colère du chapitre : il fulmina l'excommunication contre la ville. L'évêque s'interposa comme arbitre, fit mettre le prisonnier en liberté, leva l'excommuriication : et, profitant de la circonstance pour fortifier encore les droits de son église, il rendit une sentence portant que le maire et dix des jurés noyonnais jureraient sur les saints Évangiles de ne jamais porter la main sur un chanoine, clerc ou serviteur de l'église de Noyon, et que chaque année ce serment serait solennellement renouvelé
Vainqueur dans ses démêlés avec la bourgeoisie de Noyon, Gérard de Basoches triompha également des prétentions d'un puissant seigneur du voisinage, Enguerrand, sire de Coucy, au sujet de la mouvance du château de Quicrcy, ancienne résidence royale de Charles le Chauve. Il fut reconnu que révêque tenait le château en iief aux droits du roi Philippe I*"", qui l'avait donné à Radbord II, un des prédécesseurs de Gérard, et que foi et hommage lui étaient dus par Enguerrand.
Gérard de Basoches ligure au nombre des prélats et sei-
Juramentum magis et juratorum.
« Item major et jurati, et communia, singulis annis, jurabunt episcopo quod non mittere manum in canonicos aut clericos de choro noviomensis ecclesiae, aut servientcs eorum qui t^unt de manipastu ipsorum, nisi forte ipsi servientes sint de communia noviomensi, » etc., etc.
On voit par ce sormeiu, que les bourgeois acceptèrent, quelle était la dépendance et la soumission de la conimune vis-à-vis du pouvoir épiscopal. Cette subordination avait toujours existé : grâce à l'habileté de Baudry, elle se perpétua dans le treizième et le quatorzième siècle. On peut s'en convaincre en ouvrant un registre conserve dans les archives de la mairie de Noyon, registre dont nous avons déjà parlé plus haut : on y trouvera, parmi les serments que les maires, écheviiis et jurés étaient tenus de faire chaque lois qu'ils étaient renouvelés, les mots suivants :
« Défense que le maire fait à la fenêtre de V hôtel de ville lorsqu'il révienl de prêter serntent au chapitré.
« Je vous enjoins, sur peine de corps et de castel, que pour discorde, même contre aucun chanoine de Noïon ou leurs clercs de chœur, ou à I<jurs serviteurs, il ne soit aucun qui cric commune, et s'il advenoit que aucun le feist, il encourroit peine de corps et de castel. »
prieurs à qui Louis YIII, à son lit de mort, Cû, jurer d'être fidèles à son fils (novembre 1226).
On le voit assister aux obsèques de Louis YIII et au sacre de saint Louis.
1228. Nicolas de Roye, descendant de la noble et ancienne maison de Roye. Destine d'abord au métier des armes, il entra dans les ordres, et fut sacré évêque. Sous ce prélat, nouveaux conflits entre le chapitre et la commune. L'évêque intervient, et, tout en donnant quelque satisfaction aux bourgeois, confirme les droits du chapitre.
1240, Pierre P", dit Pierre Chariot. Fils naturel de Philippe -Auguste, élu évêque à l'âge de quinze ans. Son précepteur, Guillaume le Breton, lui a dédié sa Philippéide. Dans sa dédicace le poëte exalte les qualités et les talents de son élève :
PETRO KARLOTO PHILIPPI REGIS FRANCORIIM, S.
Tu quoque fautor ades, Karlotte, simiUima régis Magnanimi proies, cui te natura creatrix Ac regale genus, signis ut probet indubilatis Corporis esse dédit similem, mentisque vigore, etc.
Ces louanges et bien d'autres que nous supprimons étaientelles méritées? Il est permis d'en douter. 1250. Vermond de la Boissière. Ce prélat ne jette pas plus d'éclat que son prédécesseur. Il fut enterré dans le chœur de la cathédrale, au côté droit. Sa tombe était couverte d'une lame de cuivre sur laquelle étaient gravés ces vers :
Vermundus jacet hic, antistes noviomensis, Hic plus, hic mundus, ac diclus Boisseriensis, Deseruit mundum, cum Christo scandit ad astra, Nunc trahe Vermundum post te, Deus, ad tua castra. Anne millésime bis centum sepluageno Ac annis binis sanctissimus est tibi linis.
On voit par cette épitaphe qu'il n'y avait pas grand'chose à dire de Vermond de la Boissière.
1272. Guy des Prez. Il était de la même maison que son prédécesseur. Nous avons déjà vu que ce prélat fit de nombreuses améliorations dans son église; entreprit diverses construc-
lions, et, entre autres, les chapelles de Sainte-Luce et de Sainte-Marguerite. C'est pendant son épiscopat qu'éclata le fameux incendie de 1295.
1297, Simon de Nesle fonda une chapelle en l'église de Noyon, en mai 1300 (Levasseur, p. 967). C'est aussi pendant son épiscopat que furent fondées quatre chapelles par Raoul de Glermont, sire de Nesle.
1301. Pierre de Ferrières ne tint le siège que pendant deux ans environ, et n'est connu que de nom.
1504. André de Crécy, dit le Moine, fondateur de la Chartreuse du mont ^int-Louis, ou mont Regnaud, à la porte de Noyon. C'est le seul acte de son épiscopîff dont on garde la mémoire. Il renonça à l'évêché, pour disposer plus tranquillement de sa vie, et s'en alla mourir à Avignon.
1515. Florent de la Boissière, troisième évêque de la maison de la Boissière. Il était fort âgé lors de spn élection, ayant été cinquante-six ans chanoine avant de devenir éveque. Il mourut au hout de deux ans.
4317. Foucaud. Il était d'une haute -naissance. Son père était vicomte de Rochechouart. Il n'y a pas autre chose à en dire.
1551. Guillaume I". Son père se nommait Matthieu Bertrand, Malgré ce nom roturier, il était de honne noblesse. Matthieu Bertrand portait d'argent à trois roses de gueules, au cœur d'azur, chargé de trois fleurs de lis d'or à la bordure de gueules. Son iils gouverna bien son diocèse, sans avoir rien fait dont le souvenir se soit conservé.
1558. Étienne Aubert, depuis Innocent YI. Avocat célèbre à Limoges, puis juge de la sénéchaussée de Toulouse, Etienne Aubert entra dans les ordres et fut élu, par le seul ascendant de ses vertus, évoque de Noyon. Quatorze ans plus tard, en 1552, le pape Clément YI vint à mourir, et Etienne Auberl, alors éveque de Glermont, se vit, à son grand étonnement, appelé à le remplacer. 11 fit preuve, comme souverain pontife, de la plus rare sagacité et d'un zèle aussi actif que clairvoyant. Il travailla à réunir les Eglises grecque et latine, et peu s'en fallut qu'il n'y parvînt. Il protégea Pétrarque contre d'absurdes ennemis qui l'accusaient de magie. Etienne
Aubert doit prendre place parmi les esprits les plus distingués et les plus cultivc-^ quatorzième siècle. 1542. Pierre d'André
1348. Bernard Lebrun.
1349. Guy II de Gombern.
1350. Fremin de Gocquerel.
1351. Philippe I" d'Arbois.
1351. Jean de Meulan.
On ne connaît de ces six évêques que leurs noms : et encore varie-t-on sur la manière de les écrire. On n'est pas d'accord non plus sur les dates de leur avènement et de leur mort.
1352. Gilles de Lorris. Ce prélat ne s'est pas beaucoup plus illustré
que ses prédécesseurs ; mais son épiscopat a au moins cGla de remarquable qu'il a duré plus d'un tiers de siècle, environ trente-six ans.
1388. Philippe II de Moulins passe pour avoir fait beaucoup de bien à l'Ei^lise de Noyon, en instituant de nombreuses et utiles fondations. Il fut créé par le roi Charles YI président de la cour des aides. « Pour régler les finances en France (dit Estienne Pasquier), on y establitdes généraux des finances et de justice; et, pour les authoriser davantage, on les prit du corps de l'Eglise, comme archevêques et évêques, afin que le peuple y eust plus de créance. » Par lettre du 28 février 1388 Charles VI y commit pour chef l'évcque de Noyon.
1409. Pierre IV Fresnel. Il était d'abord évêque de Lisieux; appelé à l'évêché de Noyon, il l'occupa pendant six ans, puis, en 1415, il le résigna pour retourner à Lisieux. Il était du parti du duc d'Orléans, et, après l'assassinat de ce prince, il fut emprisonné et subit une assez longue captivité.
1415. Raoul de Coucy. Évêque de Metz dès son jeune âge, il fut élu, vingt-huit ans après, évêque de Noyon.
Dans cette môme année (1415), le 24 octobre, fut livrée la malheureuse bataille d'Azincourt, la journée des éperons.
C'est sous l'épiscopat de Raoul, en 1422, que nous voyons le chapitre, après avoir accepté les livres dont l'évêque lui avait fait présent, décider qu'il serait construit une bibliothèque. (Voyez plus haut, page 154).
i426. Jean deMailly. Après le décès de Raoul de Coucy le chapitre fut dans un grand embarras. Le duc de Bedfort et le duc de Bourgogne avaient chacun leur candidat pour l'évêché de Koyon. Les chanoines, ne voulant encourir la colère ni de l'un ni de l'autre, prirent le parti d'élire les deux candidats et de prier le pape de vouloir bien décider entre eux. Le pape choisit Jean de Mailly, parent du roi d'Angleterre. Le nouvel évêque se rendit à Paris le 17 septembre 1426 pour rendre hommage au monarque anglais en qualité de pair de France et de comte de Noyon. Il fut ensuite nommé garde des sceaux de Henri V. 11 prit part au procès de Jeanne d'Arc et assista dans la cathédrale de Paris au sacre de Henri YI. Mais, lorsque le Dauphin eut reconquis son royaume, Jean de Mailly se rangea de son parti, vint à Tours lui prêter serment et contribua à la révision du procès de la Pucelle. Plus tard, en 1445, il reçut processionnellement son nouveau roi dans sa ville de Noyon a avec apparat de musique, de sonnerie et carillon de cloches y le grand autel paré comme aux octaves des reliques. » Il tenait à racheter ses vieux péchés.
Jean de Mailly soutint contre son chapitre un procès au sujet de la propriété des reliques de saint Eloi. Ce procès dura plus de soixante ans. Les chanoines finirent par gagner leur cause.
1473. Guillaume II Marafiii. L'épiscopat de Jean de Mailly avait duré quarnnte-sept ans. Celui de son successeur en dura près de trente. Ils occupèrent à eux deux le quinzième siècle presque tout entier, « Sous Guillaume Maraftn fut renom^Alé l'arrêt touchant le serment solemnel des maires et eschevins de la ville, qui se fait par chacun an sur les reliques de M. Saint-Eloy au palais Épiscopal. (Levasseur, p. 1070.) » Pendant cet épiscopat le Noyonnais fut ravagé par les guerres entre Louis XI et le duc de Bourgogne. Depuis plus d'un siècle celte malheureuse province n'avait cessé d'être le théâtre de la guerre.
La paix ne régnait nulle part, car Marafin et son chapitre furent constamment en querelle. Il est vrai qu'il était parvenu à l'épiscopat d'une manière peu régulière. Le roi Louis XI avait fait signifier aux chanoines qu'il voulait pour évêque
Guillaume Marafin, et non point d'autres. Les chanoines cédèrent, mais gardèrent rancune au prélat et lui firent rude guerrre.
1502. Charles de Hangest. Marafin étant mort, les chanoines firent supplier le roi de les laisser libres cette fois d'élire leur évêque. Le roi, ce n'était plus Louis XI, leur répondit qu'ils étaient libres; mais il leur recommanda Charles de Hangest, neveu de son ministre favori, le cardinal d'Amboise. Le chapitre prit au sérieux la liberté qu'on lui rendait, et se livra pendant plusieurs séances à l'exercice de son droit. Enfin» après de nombreux scrutins, Charles de Hangest fut élu
C'est sous son épiscopa't que la bibliothèque votée par le chapitre sous Raoul de Coucy, en 1422, fut définitivement construite. (Voyez Levasseur II, p. 1111 , et ci-dessus, p. 155).
En 1516, le feu prend à la cathédrale la nuit, sur les dix heures du soir : il est éteint quelques heures après.
Lç novembre 1525 Charles de Hangest résigne son évêché à Jean de Hangest, son neveu, et se réserve seulement le titre et les fonctions de vicaire générai. C'est en cette qualité qu'il posa la première pierre de la chapelle neuve ou chapelle de l'Assomption de la Vierge, en 1528.
11 mourut le 29 juin de cette même année. Sa mémoire fut bénie et vénérée de tous ses chanoines, qui l'appelaient le
BÛI> ÉVÉQUE.
1552. Jean de Hangest. Bien qu'il fût en possession du titre depuis 1525, Jean de Hangest ne devint réellement évêque que sept ans après, lorsqu'il eut atteint vingt-sept ans et qu'il put être sacré.
Il ne marcha pas sur les traces de son oncle, et, dès son entrée, il montra les dents au chapitre. Bientôt les procès recommencèrent comme au temps de Jean de Mailly et de Marafin.
* Les chanoines étaient si henreux de rentrer en possession de leur antique droit d'élection, qu'ils ressuscitèrent dans cette circonstance tous eurs anciens usages. Us portèrent eux-mêmes dans leurs bras le nouvel élu sur son siège, le placèrent sur le grand autel, et le rapportèrent devant 6on trône.
C'est sous son épiscopat qu'éclatent les incendies de 4552 et de 1557.
En 1577 Charles d llangest mourut à Paris, au grand contentement de son chapitre, qu'il tenait en échec depuis quarante-cinq ans. Levasseur avoue pourtant qu'il était homme de science et très-orthodoxe *; mais il avait la fureur des procès, ne résidait presque jamais à Noyon et portait la barbe longue contre l'usage et les canons. Les chanoines furent si scandalisés de cette barbe longue, qu'ils lui refusèrent l'entrée du chœur jusqu'à ce qu'il se fût mis en état décent. Cette barbe devint l'origine d'un long procès sur lequel vingt autres vinrent se enter.
lo78. Claude d'Angennes, de la famille de Rambouillet. Il fut, comme Jean de Hangest, pourvu et non élu. Les procès continuèrent; mais cette fois le chapitre était l'agresseur. L'évêque n'avait pas l'humeur belliqueuse ; il abandonna la partie. Se voyant obligé de plaider au lieu de prêcher, de solliciter ses juges au lieu de visiter ses ouailles, la place ne lui sembla plus tenable, et, au bout de dix ans, il résigna son évêché pour passer à celui du Mans.
1588. Gabriel de Rleigny. Il était évêque depuis quelques jours seulement lorsque la nouvelle de la mort de MM. de Guise parvint à Noyon. La ville et le chapitre se déclarèrent aussitôt pour la Ligue. Le nouvel évoque eût voulu ne point prendre de parti. C'était un homme d'Eglise, rompu aux affaires ecclésiastiques, mais sans opinions politiques. Il résida peu à Noyon et mourut à Péronne en 1.j92.
1595. Jean Munier. Issu de pauvres parents, homme de bien et de science, il fut nommé évoque de Noyon, mais non promu, la mort l'ayant surpris avant qu'il lût en possession de son siège. « Cette nomination, dit Levasseur, ne pleut à tous, à cause de sa vile extraction, qui sembloit y contredire, pour estre icelle par trop éloignée de la qualité d'un pair de France et comte de Noyon. »
1595. Charles de Balsac. Noyon, ville ligueuse et antiroyaliste, fut
^ Colliette, au contraire, le soupçonne d'avoir eu du penchant pour l'hérésio. Son frère François de Hangest était un zélé protestant.
prise par le roi en 1591, reprise par les ligueurs en 1595, et enfin définitivement soumise en février 1595. Le roi, usant du droit du vainqueur, donna l'évêché de Noyon à Antoine d'Estrées, père de la célèbre Gabrielle, lequel en disposa incontinent en faveur de messire Charles de Balsac, premier archidiacre de Rouen. Il n'était plus question d'élection, et néanmoins le chapitre crut devoir faire bon et magnifique accueil à son nouveau prélat.
Charles de Balsac résida peu à Noyon. Il occupait de grandes charges et assistait souvent au parlement en sa qualité de pair. Il fut de mœurs très-pacitiques, et mourut regretté de ses ouailles et de son chapitre.
1(}26. Henry de Baradat, gentilhomme de la chambre du roi, seigneur de Damery, baron de Thou. Nommé évéque par le roi, sacré à Paris par M. de Gondy. Levasseur, qui écrivait sous son épiscopat, le loue avec hyperbole. C'était un homme ordinaire, mais bon et charitable. 11 fit une oouvelle édition du bréviaire et du missel de Noyon, et réforma quelques monastères de son diocèse. Une maladie de poitrine l'enleva en IGGO.
1661, François de Clermont-Tonnerre. Cet évêque de Noyon s'est acquis une véritable célébrité par son excessive vanité aristocratique. La Bruyère a fait son portrait. On ne terminerait pas s'il fallait rapporter tous les traits de sot orgueil dont se compose sa vie. C'est à lui qu'il arriva de dire à ses auditeurs • canaille chrétienne j ne pouvant se décider à les appeler mes frères. Dans son discours de réception à rAc;idémie française, il ne disait pas un seul mot de son prédécesseur Barbier de Haucourt ; l'Académie lui ayant demandé de se conformer à l'usage, il répondit qu'il s'était fait une loi de ne jamais louer de roturier. C'est lui qui, dans sa dernière maladie, disait à Dieu : Seigneur, ayez pitié de ma grandeur. Et c'est encore à lui qu'on prête le mot fameux que Dangeau met dans une autre bouche : <i Dieu y regardera à deux fois avant de damner un homme de ma qualité. »
Madame de Coulanges écrivait à madame de Sévigné (le 10 décembre 1694) : « M. de Noyon fait toujours à la cour une ligure principale; il est le seul présentement qui y soit, et la cour a toujours besoin d'un pareil amus-cment. »
Ce personnage de comédie mourut le 5 févrierl701, après un épiscopat de quarante ans.
Pendant le dix-huitième siècle, le siège de Noyon a été oc- . cupé par six évêques sur le compte desquels on ne possède aucun renseignement. Nous nous bornerons à citer leurs noms. 1701. Claude-Maur, fils d'Urbain d'Aubigné. 1707. Charles-François de Château-Neuf.
1731. Claude II de Rouvroi-Saint-Simon.
1755. Jean-François, fils de François-Isaac de la Cropte de Bouizac.
1766. Charles de Broglie.
1777. Louis-Ancfré Grimaldi, dernier évêque.
La plupart des évêques qui figurent sur cette longue liste chronologique ont été ensevelis dans l'église Notre-Dame de Noyon, mais il n'existe aujourd'hui aucun vestige de leurs tombeaux. 11 faut qu'à Tépoque révolutionnaire on se soit appliqué, avec un soin particulier, à détruire le? tombes épiscopales, ou au moins à faire disparaître les pierres qui les recouvraient. Ce qui semble indiquer que cette destruction dut être systématique, c'est qu'on a laissé subsister dans l'église un très-grand nombre de pierres lumulaires de toutes les époques, mais consacrées à des mémoires plus modestes. Ainsi, nous trouvons beaucoup d'inscriptions qui nous parlent de chanoines, de chantres, de sous-chantres, de chapelains, d'écolâlres, de trésoriers, ou même de simples laïques, tels qu'avocats, médecins, conseillers, etc., etc., mais pas un seul fragment de marbre ou de pierre sur lequel soit écrit le nom d'un évêque, comte de Noyon et pair de France.
Quoique les pierres tumulaires de cette ancienne cathédrale ne couvrent que des cendres obscures, elles n'en sont pas moins dignes d'intérêt. Ce ne sont pas seulement les inscriptions, la forme des lettres et leur disposition qui méritent d'être étudiées : l'artiste, de même que l'antiquaire, y peut trouver son profit. Quelques-unes de ces pierres sont aussi remarquables comme objets d'art, comme œuvres de sculpture ou plutôt de gravure en creux, que comme monuments paléographiques.
Nous aurions pu donner des fac-similé de ces pierres tumulaires ou tout au moins les décrire et en discuter la valeur; mais c'eût été ,«:ortir dos bornes de notre travail. Il y aurait là matière à un ouvrage spécial. Déjà M. l'abbé Magne en a jeté les bases dans un mémoire plein d obstr-
vations utiles ^ Les inscriptions les plus importantes qui existent encore dans l'ancienne cathédrale de Noyon ont été fidèlement recueillies par lui.
Nous ne ferons qu'une seule remarque, la seule qui se rapporte directement à notre sujet. Parmi ces pierres tumulaires si nombreuses, il n'en est pas une seule qui soit antérieuse au treizième siècle. Nouvelle preuve, s'il en était besoin, qu'avant l'an 1200 les travaux de reconstruction de l'église Notre-Dame de Noyon ne devaient pas être complètement terminés.
' Ce mémoire a été publié dans le Bulletin monumenlal de M. de Cau- Biont, t. X, Caen, 18U. ^