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Avant de terminer, nous voudrions dire quelques mots du mémoire de MM. Sacchi. Les conclusions, ainsi qu'on l'a déjà vu, sont les mêmes que celles de M. de San-Quintino : comme ce dernier, MM. Sacchi pensent que les Lombards n'ont connu d'autre architecture que celle qu^on employait en Italie à l'époque de leur conquête, et néanmoins MM. Sacchi ne font pas la moindre difficulté d'attribuer aux Lombards, nonseulement Saint-Michel de Pavie,mais d'autres édifices encore postérieurs et dont le style trahirait, aux yeux les moins experts, une origine orientale et assez récente. D'un autre côté, ils mettent au rang des églises lombardes les deux basiliques de Saint-Michel et de Saint-Fridien de Lucques, que M. de San-Quintino reconnaît, à des signes certains, pour des constructions des septième et huitième siècles et qui rappellent complètement le style romain. Nous ne comprenons rien à une telle confusion : on serait tenté de croire que les auteurs n'ont pas regardé les monuments dont ils parlent, ou que du moins ils ne sont pas doués de ce tact, de ce discernement, de ce coup d'œil d'artiste, sans lequel, en dépit de la plus riche érudition, on tâtonne à l'aveugle dans l'histoire des arts.
Au reste, l'appréciation des monuments n'est pas la partie principale de l'essai de MM. Sacchi. Ils sont plus historiens qu'artistes ; et s'ils ne semblent pas très-bons juges des églises, nous aimons à les croire beaucoup plus versés dans la connaissance des mœurs, des croyances, des usages de ritahe au temps des Lombards. C'est incidemment, pour ainsi dire, qu'ils se sont rattachés à la question de l'architecture; leur ouvrage était probablement déjà composé lorsque T Athé-
née proposa son programme, et ils n'ont fait qu'ajouter quelques chapitres pour se présenter au concours. C'est là ce qui explique comment certaines parties du mémoire sont traitées avec tant de légèreté et si peu de critique. Ce dont il faut savoir gré à MM. Sacchi, ce qui est, à vrai dire, tout leur ouvrage, ce sont leurs recherches sur la Condition économiquey morale et politique des Lombards ; c'est enfin l'essai de Symbolique chrétienne, qui tient dans leur volume une place considérable. Nous aurons occasion de revenir plus tard sur cette partie de l'ouvrage de MM. Sacchi, et nous montrerons combien il y a de vérité dans cette manière de lire, d'interpréter, de traduire les créations de la sculpture et de l'architecture chrétiennes. D'un autre côté, nous verrons si ce système, en devenant exclusif, ne perd pas un peu de vérité et s'il n'y a pas quelque danger à vouloir absolument trouver des hiéroglyphes là oij très-souvent il n'y a que des caprices d'imagination. Quant à présent, nous ne donnerons que des éloges à ces ingénieuses exphcations des deux jeunes savants italiens : toutefois, quoique à regret, pour finir par une critique, nous devons les engager à ne pas faire désormais un si fréquent abus du néologisme ; ces mots bizarres oiïrent peut-être quelques facilités à l'écrivain, mais ils désolent le lecteur. "Le véritable art d'écrire, c'est d'exprimer des pensées neuves en n'employaiU que de vieux mots.
L'ÉGLISE SAINT-CUNIBERT
k COLOGNE
Après le rigoureux hiver de 1850, une sorte d'épidémie sembla frapper les monuments historiques. De tous côtés on apprenait la ruine de quelques vieux édifices, pauvres malades qui avaient encore un peu de vie à la chute des feuilles, mais qui, après l'épreuve de ces froids extrêmes, n'avaient pu résister au retour du printemps. C'est ainsi que, dans les belles abbayes de Jumiége et de Saint-Wandrille, on avait vu tomber quelques-unes de ces arcades si hardies qui se soutenaient encore en l'air comme par enchantement. En Italie, plusieurs constructions antiques s'étaient également écroulées; et l'Allemagne, enfin, regrettait plus d'un monument précieux, entre autres le château de Gerolden en Oostfrize, deux vieilles forteresses des bords du Rhin, et, avant tout, la grande église de Saint-Cunibert à Cologne. La tour et toute la partie occidentale de ce vaste édifice s'étaient écroulées le
L'ÉGLISE vSAINT-GUNIBERT A COLOGNE. 517 28 avril, vers onze lieiires du soir, avec un tel fracas el une secousse si violente, que, dans tous les environs, on avait cru ressentir un tremblement de terre. Heureusement à cette heure avancée l'église était déserte, et, comme elle était située dans un quartier très-lointain et peu peuplé, les passants aussi bien que les fidèles n'avaient eu rien à souffrir.
C'est à cette occasion que lut écrite la note qu'on va lire. L'impression que Cologne et ses monuments à plein cintre nous produisaient alois s'esta maintes reprises renouvelée depuis, et nous persistons à croire que cette architecture a bien les caractères qui lui sont attribués ici.
Déjà l'année dernière on avait conçu quelques craintes pour la solidité du monument; il nous souvient que sur les parois de la tour et sur cette f ;çade occidentale qui n'existe plus, ou remarquait d'assez nombreuses lézardes. Le Rhin d'ailleurs coulait à quelques pas, et presque de niveau avec réglise : un tel voisinage n'avait rien de rassurant. Selon de vieilles traditions, le fleuve aurait jadis couvert de ses eaux toute cette partie de la ville. Mais n'eût-il jamais coulé que sur son lit actuel, il n'en devait pas moins, surtout dans les inondations, pénétrer jusqu'aux fondations de l'église, et contribuer à l'ébranlement qu'elle sembjaitavoir éprouvé. Toutefois des précaution^ avaient été prises : de nombreuses étaies soutenaient les voûtes des bas-côtés à l'entrée de la nef, et Ja nature des matériaux qui formaient ces voûtes augmentait encore la sécurité des gens de l'art; en effet, Saint-Cunibert,
comme tous les vieilles églises de Cologne, ses contemporai-
nés, était bâti en tuf ou pierre de strass, espèce de matière volcanique que l'on extrait du fond d'anciens cratères au milieu des montagnes qui bordent le Rhin, entre Bonn et Coblentz. Cette pierre est employée de deux façons : pour bâtir les murailles, on se contente de la tailler carrément comme des mœllons de petit échantillon : pour la construction des voûtes, on la réduit en poudre sous la meule, et ensuite on la convertit en grandes briques jaunâtres' très-poreuses, d'une légèreté et d'une dureté singulières. Une fois réunies par le ciment, ces briques adhèrent si fortement les unes aux autres, qu'elles ne forment plus qu'une masse compacte, ou plutôt une espèce de tissu de maçonnerie que la pioche essaye quelquefois en vain de déchirer. Malheureusement le mormment s'était gercé de lui-même, comme nous l'avons dit, et ces petites crevasses, resserrées d'abord par l'action du grand froid, se sont tellement ouvertes et dilatées aux premières chaleurs, que les murailles perdant l'aplomb, il a fallu que la masse tout entière s'écroulât.
La partie orientale de l'église es.t cependant restée debout, et ne paraît pas avoir beaucoup souffert. Elle se compose de l'extrémité de la nef, d'un chœur ou abside circulaire, et de deux tours carrées qui flanquent cette abside au sud et au ïiord. Cette partie est la plus ancienne ; sa construction remonte aux premières années du douzième siècle, sauf les deux étages supérieurs des tours, qui doivent avoir été bâtis environ un demi-siècle plus tard. Les fenêtres de l'abside sont garnies de magnifiques vitraux, sur lesquels la vie du saint est représentée. Ces vitraux, les plus anciens (Je Cologne, peuvent être du treizième siècltî Le rouge et surtout le vert