PINDARE TE Î/ART GREC
rébloiiissant secours ae sa critique. Comme traducleur, il nous le montrera tel que le temps nous Ta légué, tel que les manuscrits nous le livrent, dans sa seule parole écrite; comme critique, il lui rend autre chose, la vie, l'accent pour ainsi dire; il ranime, il ressuscite sa puissance : c'est un équivalent de la musique. Et ne parlons pas de Pindare seulement : dans ce vaste tableau, dans cette histoire de la poésie lyrique, Pindare est bien la figure dominante, mais combien d'autres à qui l'âme et la parole sont également rendues] Nous avons cilé deux chapitres, les deux chapitres sur Eschyle, il les faudrait citer tous. Alcée, Sapho, Tyrtée, Slésichore, Empédocle, Simonide, quels précurseurs du sublime trouvère, quelle galerie de bardes inspirés! comme chacun d'eux s'avance à nous, franchement dessiné dans son allure et dans ses traits! conmie toutes ces figures se mêlent sans se confondre ! comme elles se détachent sur ce fond d'or de la mer lesbienne et des côtes d'Ionie! que de détails et quel ensemble! quel trésor de science et de mémoire! quel art de rapprochements et de contrastes! quel don de tout comprendre et de tout faire voir! Puis, quand la décadence se laisse pressentir, quand son règne est venu, quand elle étale à flots ses douteuses richesses, ses subtiles parures, quel tact à démêler le peu d'or qui lui reste, et à mettre à nu son faux goût! Sortons-nous de la Grèce : quelle cliarmante peinture du lyrisme latin, quels francs éloges et quelles justes réserves! Au début du livre aussi, que d'étendue, que de franchise dans ce coup d'œil sur le lyrisme de la Bible! quel magnifique aveu de sa toute puissance! Dans l'épilogue enfin, que de vérités sur la
muse moderne, quelles prophéties sur le sort qui Tattendî Écrivain, professeur ou critique, jamais M. Villemain n'a senti de plus près la haute inspiration que dans celle étude savante et oratoire sur la poésie lyrique. Élevée jusqu'à cette puissance, la critique devient une œuvre d'art. C'est de la poésie que de tels jugements, une poésie qui rend aux choses leur aspect, leurs formes, leur relief et leur couleur. Rien ne peut mieux donner le spectacle de la Grèce antique que cette façon hardie d'en évoquer l'esprit et la pensée, rien, pas même la vue de YElgin Saloon ou de la Vénus de Milo. Si, par impossible, ces marbres révélateurs venaient jamais à disparaître, en nous parlant de poésie et d'antiquité grecque, M. Villemain nous les ferait revivre.