‹ Études sur l'histoire de l'artChapitre 17 sur 26 · ATHÈNES AUX XY% XVI- ET XVII- SIÈCLES · texte numérisé non relu

ATHÈNES AUX XY% XVI- ET XVII- SIÈCLES

enipuiilor à l'ancien voyageur ce qu'on peut appeler sa méthode. G est le même procédé en face des monuments; il les pa-se en revue, il les décrit sans jamais se mettre en scène; c'e-t aussi la même concision poussée jus ju'à Tobscurité. Mais là se bornent les analogies. Enire Pausanias et l'anonyme de 1460 il y a la même distance qu'entre les siècles où il ont vécu et les choses qu'ils ont vues. Le grand mérite de Pausanias, ce qui rachète tous ses défauts, c'est d'écrire dans un temps bien informé; de traiter un sujet (jui n'a rien de problémalique; le nom des monuments, leur origine, leur destination, les artistes qui les ont construits , il sait tout cela, parce que tout le monde autour de lui le savait plus ou moins; il n'a eu besoin, poiu^ être exact, que de faire des que>li()ns; les ré[)onses ne lui ont pas manqué; et, si parfois il laconte des fables, ce sont celles que tout le monde adoptait; des fables consacrées, des hypothèses mythologiques su-r l'origine de certaines constructions. Sou imitateur, au contraire, parle de choses qu'il ignore, et que ceux qu'il consulte ne connaissent pas mieux que lui. Dansct'tte ville, où il nous promène, il sait qu'il y eut jadis de grands noms, des monuments célèbres; mais ces moinifuents, où sont-ils? Persoimc n'est là pour le dire : il faut qu'il s'oriente lui-rnème. Les édifices qu'il rencontre, il les baptise comme il peut, prenant les noms presque iîu hasard et choisissant de préférence les plus illustres, les plus pompeux. C'est ainsi qu'il nous conduit devant les palais de Miltiade, de Tliémistocle, de Léouidas, dans les écoles de Socrate, de Platon, de Démosthène, d'Aristote, de Sophocle, d'Aristophane, aux haliitations de Soion et de Thucydide ; autant d'attributions fantastiques et de pure in-

ventiou. Est-ce donc un rêveur que ce Grec? Sou témoignage est-il puéril, sans valeur et sans utilité? Nullcnienî. A côté de ces dénominafions erronuées, échos lointains de couies populaires et d'absurdes traditions, viennent d'utiles renseignements. Ainsi, nous af»prenons, par qucKpies mots qui lui échappent à son entrée dans l'acropole, que les propylé-'s, à cette époque, avaient encore leurs plafonds, leur s couvertures et leurs dallages de marbre; que le temple d'Érecthée, qu'il prend pour un portique et même pour le portique par excellence, pour le poriique des stoïciens, était encore couvert au dedans et au dehors de ses ornements doi és et décorés de pierres précieuses. Il a beau faire des qui,)roquo et se trompera chaque pas, ses bévues elles-mêmes ont leur prix; souvent ce qu'il a cru voir nous sert d'indice pour deviner* ce qu'il a vu. Peu importe, par exemple, qu'il appelL tliéâtres toutes les constructions à gradins qu il trouve sur sa route, et qu'il transforme en écoles tous les autres édilices, de quelque forme qu'ils soient: le point essentiel, c'est qu'il a vu Jjeaucoup de monuments, la plupart encore dehout; c'est qu'il a vu le stade et d'autres lieux de réunions publiipies, conservant encoie leurs gradins et leurs di^po^itions priiicipales. Peut-être même ce mol école^ dont il lait si éticinge abus, n'esL-il pas toujours employé aus i à fiux qu'd eu a l'air. N'oublions pas que pendant plusieurs siècles, les étudiants romains s'étaient comme enqîarcs d'Athèiies ei l'avaient convertie en une sorte d'universiîé. On devait y compter alors, comme à Oxford et Cambridgi^, pre>que autant d'écoles que de maisons, et bien des monuments, construits à toute autre fin, avaient dû être aj)propriés aux besoins de

ATilÈÏNES AUX XV, XVI* ET XVl^ SIÈCLES. 85 }'eii»eigiit'nieiil;(le là des dénominali nis qui cou i redisent iiotie savoir, qui nous sen.bleiit risibles, el dont Ictiiujs et Callicrate [luraient souri comme nous, mais qui peut-être, à notre insu, ont été vraies un certain jour, puis se sont conservées durant le Bas-Empire, et jusqu'au temps de notre voyageur. On voit donc que, par bien des côtés, il y a, dans ce court document, d'am])les sujets d'induction et d'études.

Il prouve^ à notre avis, deux choses principales : d*abord que, ma'gié dix siècles d'abandon, malgré les Goths et les iconoclastes, malgré les spoliations impériales, malgré les travaux militaires des ducs et des po'émarques, Âllicnes, au qiiinzièine sièc'e, possédait des restes considérables de son antique arclnte» ture. Ses monuments, en général, devaient êti'e moins altérés, moins (léf^radés, que ceux de Rome à lu ménie époque. Un climat plus <!oux et plus égal, des niatériiaix plus résistants et plus massifs, un mode de consiruclion et d'iippareil p us diffK ile à cnianier, tout avait dû protéger les monnmetits d'Atbènes, tout ju-^qu'ii la décadence de la viile elle même. Obscui'e, soliiaire, éloi;.»née de la scène du monde, e le on é ait plus à l'ahri de la destrnclion. Ce n'est pas impunément qu'un ' grande cilé ressuscile de ses cendres et reste, même après st cbuîe, la méliopole de i'miivers. Elle ne se perpétue qu'à condition de se détruite; c'est aux dépens de la ville ancienne que la nouvelle se consti uit. Et pourtant, voyez dans les lécils de Poggja B;iccioIiin combien de tenq)les, de tombeaux, de thermes, d'amphiihéàtres, de colonnes et d arcades ne compte-t-il pas à Rome, lui qui se plaint d'en avoir vu tant détruire*? 'Voyez ce qu*e Pétrarque,

* De Varielate fbrtmœ, \u édiî. do I\iris, 1723, in-4^

un peu avant Poggio, mm dit du seplizoïiium de Sévère. Cent ans à peine écoulés, que restait-il de tout celn? La Rome du quinzième siècle él;n't donc incomparablement plus riche en dcbris de l'antiquité que la Rome qui nous reste aujourd'imi, à plus forte raisou Athènes, vers la même époque, offrait-elle au voyageur un s[)ectacle dont ce qui subsiste ne peut donner aucune idée. Ce n'est ni le temps ni la main de riiomme, c'est la poudr e à canon seule, nous le verrons tout àrheure, qui pouvait ravager et presque anéantir ces admirables masses. Une longue série de monuments, nori pas intacts mais encore à moitié debout et de forme encore accusée, voilà ce qu'en 1460 l'anonyme avait vu à Athènes; voilà ce qu'avant tout nous apprend son récit.

Ce qu'il nous enseigne en second lien, c'est que ces débris visibles, ces traces matérielles étaient tout ce qui restait de la ville antique : les souvenirs avaient disparu; on ne savait plus rien de son histoire. Les premiers siècles de Ryzance, les premiers temps du cliri>tianisme étaient l'extrême limite où les reg.uxls pouvaient encore atteindre; au delà commençait une profonde nuit. Aussi voyez notre anonyme en face du Paithénon : à qui en attribue-t-il l'honneur? prononce-t-il les noms de Phidias ou d Ictinus? il ne sait mêiue pas que ces deux honmies ont existé. Pour lui les architectes du Parthénon sont Âpollos et Eulogios, c'est-à-dire, selon toute apparence, les deux premiers auteurs de sa ruine, les deux maçons byzantins qui firent une église du temple de Minerve. L'échancrure, la brèche énorme qui coupe en deux le fronton oriental; lepronaos détruit, ses six colonnes renversées, voilà l'œiivre doîit il restait souvenir; voilà ce qu'en 1460 on appelait avoir

ATHÈNES AUX XV=. XV1> ET XVII« SIÈCLES. 87 construit le Parlhénon. Le sic vos non v obis jamais reçu plus belle application, et qiiél exemple pourrait niieux nous apprendre le degré d'ignorance et d'oubli de leur gloire oii les Grecs étaient alors tombés ?

Quand on faisait d\à telles méprises sur le sol même de Gi èce, il était tout simple qu'en France, en Italie, en Alle- 5nrgne, en Flandre, on ne se piquât pas de plus d'exactitude. Voulait-on représenter Athènes dans une de ces chroniques à figures qui racontaient l'histoire du monde depuis Noé jusqu'au quinzième siècle, ^alti^te tiaçait de fantaisie la vue à vol d'oiseau de sa ville ou de sa bourgade, flamande s'il était Flamand, allemande s'il était né au delà de la Meuse ou du Rhin, puis il écrivait au bas: « Ceci est le portrait de l'antique cilé d'Athènes. )) M. de Laborde met sous nos yeux deux portraits de ce genre, tirés, Tun de la chronique de Jean do Courcy, en date .de 1473, l'autre de la grande Chroni(jue de Nuremberg. Ici des toits pointus, de hauts beflrois, des flèches élancées, on se croirait à Bruges; là des coupoles, des dômes arrondis, comme à Cologne ou à Mayence. Ces sortes d'anachronismes et de travestissements n'avaient alors rien de rare. Était-il plus étonnant de faire d'Athènes une forêt de clochetons et de mâchicoulis, que de coifler Pilate du chaperon florentin, ou d'affubler César d'un })Ourpoint à l'espagnole? Quel artiste en ce temps-là s inquiétait de la couleur locale, de la vérité du costume'^ On ne peignait au vrai que les visages : ce qui était bien quelque chose; mais personne, avnnt Mantegna et son école, ne s'était avisé de consulter la colonne Trajane pour savoir qu'un soldat romain n'était ni armé ni vêtu comme un hallebardier de l'empereur Maximilien.

8b ÉTUDES SIjU L'IIISTOIUE DE L'ÀUT.

Laissons donc ces repie^e.uaUuns fantastiques d'Athènes, c'est une irrévérence qui ne s'adresse pas spécialement à la Grèce et à ses chefs-d'œuvre: nos dessinateurs et nos peintres avaient alors pour toutes choses ce même sans-façon. Ce qui me semble plus étrange, c'est qu'à la même époque, vers 1465, un docte architecte, un des Sun-Gallo^ l'oncle d'Antoine, s'occupant lui aussi des monuments de la Grèce, n'en ait fait que des croquis en quelque sorte imaginaires. Dans un précieux portefeuille conservé à la bibliothèque Barberini, au milieu d'une centaine de feuilles de parchemin sur lesquelles ce maître habile a reproduit les pi'incipaux édifices de ritalie, exactement mesurés par lui, on trouve de sa main quelques dessins des monuments d'Athènes. Ces dessins, cités par Wintkelmann, et avant lui par plusieurs voyageurs, ne valaient pas tant de célébrité. M. de Laborde nous donne en fac-similé la feuille qui représente leParthénon. C'est presque une caricature, ou, du moins, un méf uige confus à peine intelligible des for mes architecturales du Panthéon de Rome et de quelques réminiscences des métopes et du fronton occidental de Phidias. Évidemment San-Gallo n'avait pas vu la Grècé; ce n'était pas, d'après nature, que sa plume avait tracé cescroipiis. Comment donc avait-il mêlé de pareilles fantaisies à des études sérieuses? Une note marginale nous l'explique. San-Gallo tenait d'un Grec, venant d'Athènes, les modèles de ces dessins; il les avait copiés de confiance, sans s'assurer de leur fidéhté, et, comme le trait en était maladroit et indécis, en les copiant il les avait interprétés. De là ces indications, ces motifs de sculpture grecque encadrés dans des souvenirs d'architecture romaine,

ATHÈNES AUX XV% XVi« ET XYII' SIÈCLES. 89 Ainsi le quinzième siècle tout ènlier, en Occident comme en Orient, ne fonniit pas une notion véi itablement exacte sur Tétat des monuments d'Athènes. On n'en tire que des tables ou des demi- vérités qui ne valent guère mieux. En sera-t-il autrement du seizième? Cet âge d'or de la philosophie et de Térudition, ce siècle nourri de grec, élevé dans l'amour, dans la prédilection des lettres grecques, peuplé de beaux esprits parlant grec dès le berceau, n'aura- t-il pour Athènes et pour ses ruines ni sympathie, ni curiosité? Ne vondra-t-il pas visiter, connaîlre, étudier cette mère patrie de Tari grec? Ses savants, ses art stes n'en feront-ils pas le but d'un nouveau genre de pèb nuages? iNon, le seizième siècle s'écoide comme le quinzième siècle, sans lu moindre préoccupation, sans le moindre souci de la Grèce, sans chercher à savoir s'il existe ou s'il n'existe pas sur son sol des traces de son pa<sé. Cet oubli, celte indilïérence venaient suis doute en parlie de la peur qu'on avait des Turcs. Ces gardiens incommodes guérissaient de l'envie d'aller voir leurs trésor s. Pour naviguer dans ces parages, même après la paix conclue entre la Porte et Venise, il fallait être trafiquant; les savants ne s'y hasardaient pas. Dans tout le seizième siècle, M. deLaborde a pris la peine de le constater, il ne s'est pas fait un livre, on n'a pas imprimé un récit de voyage d'où se puisse tirer, au sujet de la Grèce, le moindre renseignement. Les uns, André Thevet, par exemple, dans sa cosmographie du Levant, parlent d'Athènes comme s'ils l'avaient vue, mais de manière à ne tromper personne; c'est de la pure supercherie à peine déguisée ; d'autres, tels que Pierre Belon ou Guillaume Postel, ont vraiment voyagé; ils ont vu h Judée, l'Egypte, l'Arabie; inai<

m ÉTUDES SUR L'HISTOIRE DE L'ART,

la Grèce, ils n'en disent mot, ils l'ont traversée sans la voir. Jean Garlier de Pinon, et, quinze ans avant lui, Jean Clieslîoau, secrétaire de M. d'Aramout, ambassadeur de Fiance, n'en disent pas davantage ; ils ont conrn l'Archipel, enti evu Corinthe et Mégare, passé devant Egine, mouillé en vue de Suninm, en vue du c ip des Colonnes, comme ils l'appellent, et ridée ne leur est venue ni à l'un ni à Tautre de faire deux pas de plus pour visiter Athènes. Ce qui vaut encore mieux, c'est un baron de Saint-Blancard, envoyé, en 1537, dans les mers du Levant, à la téte d'une Hotte fianç ûse. BaiUi par la tempèle, il relâche au Pirée, il y entre, il s'y met à Tancre ; rAcro[)ole et le Parlhénon sont là qui bnllent au sole.l ; il reste à bord de son navire, sans songer à les al'er voir, et, quand le temps redevient beau, il part sans regretter de ne les avoir pas vus.

Ces gens là n'avaient-ils ni lettres ni culture? Voici Martin Krauss, piofcsseur 5 Tnbingue, helléniste célèbre et lettré s'i; en fut, qui, en 1575, pendant la paix qui suit la bataille de Lépante, entre en commerce épistolaire avec un savant grec établi à Constantinople, Théodore Zygomalas; la première question qu'il lui fait est celle-ci : « Athènes est-elle complètement détruite, comme le disent nos historiens allemands? Est-il vrai qu'elle soit remplacée par quelques cabanes de pêcheurs? » A quoi son correspondant se hâfe de répondre qu'il existe une Athènes et des Athéniens, que la ville est renjplie de monuments magnifiques et qu'elle compte encore, bien que déserte en partie près de douze mille habitants. Sur tous ces points Zygomalas parle en homme compétent, c'est de la pure statistique : il ne s'en tient pas là, il se lance

ATHÈNES AUX XV% XVI" ET XVII° SIÈCLES. 01 a faire de l'histoire, à désigner les monuments, à leur donner des noms, à parler des artistes, et alors il faut voir quelle série de balourdises î II ne dit plus un mot qui ait le sens commun, tout juste comme Tanonyme de 1460.

Les deux siècles se valent donc dès qu'il s'agit d'apprécier, de juger, ou seulement de connaître Athènes et ses monuments. Sur ce point la critique est aussi retardée sous Henri Ifl que sous Louis XL Et pourtant, pendant ces cent années, quels progrès n'avait-on pas fluts dans Tétudeet dans la découverte des monumenis classiques! La passion des antiquités s'était répandue pnriout; mais pour la satisfaire, il n'élait qu'un seul lieu, l'Italie. Chercher des bas-reliefs, des inscriptions, des médailles, des fragments de peinture, des statues, ailleurs qu'à Rome, ailleurs qu en Italie, l'idée n'en venait à personne. Que n'eût-on pas trouvé en Afrique, en Espagne, et surtout dans le midi de là France! On n'y songeait pas plus qu'à la Grèce. L'Italie était un champ si vaste, comme le remarque M. de Laborde, qu'un siècle ou deux n'étaient pas trop pour l'exploiter à fond. Ajoutons qu'il fallait ce long apprentissage, avant d'en venir à comprendre, à sentir, à goûter les perfections de l'art grec. Ce qu'il y a d'admirable et d'exquis dans cet art, sa grandeur, sa sobriété, sa justesse, jamais des yeux façonnés aux derniers raffinements du gothique fleuri n'en auraient eu l'intelligence. C'est une loi de notre esprit de ne marcher que par degrés, soit qu'il aille en avant, soit qu'il retourne en arrière. Si, par hasard, au lieu de s'attacher d'abord à l'Italie, au heu de se nourrir, de s'abreuver d'art romain, l'Europe savante était tombée du premier coup sur Athènes, sait-on

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ce qu'elle aurait admiré, protégé, conservé de préférence? ce qu'il y avait de moins grec dans la Grèce, les œuvres du temps d'Hadrien. Ce luxe épanoui, cet éclat tliéàtral, l'auraient nécessairement séduite, tandis qu'elle eût Irouvé rude, austère et presque un peu barbare, le style de Phidias.

Ce n'était donc pas seulement le hasard, la proximité, l'occasion, qui, dès h début de la renaissance, avaient porté vers l'Italie, vers les antiijui tés romaines, nos études et nos hommages; c'était un attrait naturel, ime harmonie préétablie; notre éducalion devait commencer par là ; nos yeux, au moment du réveil, n'élaient pas prêts à conten)p'er un autre ordre de beautés ; nous étions condamnés à cet oubli momentané des chefî-d'œuvre d'Athènes. Si, du moins, en restant dans l'ombre, ils s'étaient conservés à notre admiration ! Mais, par une triste coïncidence, c'est au moment où l'attention commence à se tourner vers eux que leur ruine se consomme. Il était réservé au dix-sepîième siècle d'assister à leur résuirection, ou, du moins, aux premières tentatatives de les mettre en lumière, et d'être à la fois témoin du coup le plus irréparable qui, depuis deux raille ans, les eût encore atteints.

L'alliance entre la Porte et la France, en se perpétuant pendant le seizième siècle, avait rendu de plus en plus fré-

ATHÈNES AUX XV«, XYλ ET XYII° SIÈCLES. qiientes nos relations commerciales et nos missions diplomatiques dans les mers du Levant. Tous nos ambassadeurs, grâce à Dieu, n'étaient pas comme M. d'Aramont et son secrétaire , Jean Chesneau , absolument exempts de curiosité; il y en eut qui, soit à Taller, soit au retour, prirent l'idée de faire escale en Grèce, et vers le milieu du dix-septième siècle, ce devint une sorle d'usage et comme une Iradilion de chancellerie que de rendre hommage en passant à cette patrie dés lettres et des arts. Le premier qui lui paya tribut fut un conseiller du roi Louis XIII, Louis Deshayes, baron de Courmenin. En l'année 1630, allant à Constantinople, il s'arrêta quelque temps à Athènes, et, dans la relation de son voyage, imprimée en 1652 \ il dit, en parlant du Parthénon : « Ce temple est aussi entier et aussi peu offensé de rinjure du temps, comme s'il venait d'être fait ; loi dre et la structure en esl admirable. »

Ce peu de mots n'est pas sans éloquence ; mais, ceqin* vaut encore mieux, c'est le service que, quarante ans plus lard, un autre ambassadeur allait nous rcndie, à propos du même monument. M. de Nointel ne se contenta pas de le décrire, il fil les choses en grand seigneur, et nous légua des dessins qui, tout imparfaits qu'ils sont, servent, depuis un demisiècle, (le texte inépui^ajjle à la critique et à l'érudition.

Avant do diie un mot de ces dessins, n'oublions pas que pendant les quarante ans écoulés entre l'ambassade du baron de Courmenin et celle du marquis de Noiniel, nos rapports

* Vokige de Levant, fait par Je commandement du roij, A Paris, chez Adrien Taupicart; in-4^, Uîj^.

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avec la Grèce s'étaient encore multipliés et avaient pris uu nouveau caractère. Ce n'étaient plus seulement quelques visites passagères de hauts et puissants personnages; des Français de plus modeste condition, des consuls et des religieux, s'étaient, dans l'intervalle, établis à Athènes. La créalion des consuls du Levant remonte aux premières années du siècle; le consulat d'Athènes fut fonde de 1630 à 1640, et à partir de ce moment, grâce à la France, l'Europe savante fut mise en possession d'un moyen d'information aussi sûr que commode, qui, depuis deux cents ans, ne lui a jamais fait défaut. La mission de nos consuls n'était assurément pas d'étudier et de décrire les antiquités grecques, mais ils s'en occupaient malgré eux. De tous les produits du pays, c'était le plus intéressant* et leur correspondance était pleine de récils de ces ruines qu'ils avaient constamment sous les yeux. Le premier qui exerça les fonctions de consul à Athènes était un sieur Giraud ; digne précurseur de rexcellent M. Fauvel, il s'était fait, comme lui, l'obligeant cicérone des voyageurs de to^utes les nations.

Quant aux religieux venus de France, leur dévouement ne fut guère moins actif. Sans être de grands archéologues, il n'en servirent pas moins la cause de l'archéologie. [Is avaient fait de leur couvent une sorte de lieu d'asile, oii le respect de l'art et de l'antiquité était i*eligieusement professé. C'est à eux cp'Athènes, ou plutôt la France, doit la conservation de ce charmant petit monument de Lysicrate, longtemps connu sous le nom de lanlerne de Demosiliènes. Le P. Simon, Tun d'eux, l'avait acquis de ses deniers, en avait fait une propriété française, et, à ce titre, un niinistre de France en

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