‹ Études sur l'histoire de Metz; les légendesChapitre 10 sur 43 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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2. Diverses considérations donnent lieu de penser que le pont Saint- Georges est le plus ancien pont de Metz, et que le canal sur lequel il est établi est le lit primitif et, de plus, jadis unique de la Moselle; tandis que le grand bras sur lequel est jeté le Pont-Thiffroy se serait ouvert ultérieurement. Il se pourrait donc qu'à une certaine époque on eût franchi à Metz la Moselle en une seule fois, à l'endroit où est construit le pont Saint-Georges. Plus tard, les habitudes de la circulation auraient, par suite de la formation accidentelle du grand bras, fait naturellement

Saint-Georges et le Pont-Thiffroy avant de l'être par le Moyen-Pont et le Pont-des-Morts. La porte qui correspondait à ce passage primitif de la rivière devait être, comme l'indique son nom, la porte Moselle, située près de l'église actuelle de Sainte-Ségolène, au sommet de la colline, et sur une petite place qui en a longtemps conservé le nom.

La porte Saillis conduisait à la Seille et correspondait à l'endroit où le cours de celle-ci était le plus rapproché des murailles ; cependant le passage principal de cette rivière était, comme nous le verrons, établi un peu plus bas, au pont Rémond. La porte du Champ s'ouvrait dans la direction du Champà-Seille qui lui donnait son nom et qui s'étendait jusqu'à la rivière, par delà les quartiers nouveaux qui ne tardèrent pas à s'élever de ce côté, le long des vieux murs : Vésegneuf (viens novus) et le Neufbourg (novum burgum) . La porte des Gurtis débouchait sur les cultures établies aux abords de la ville, du côté des cantons si fertiles de notre moderne Sablon.

La porte Méridiane regardait, comme son nom l'indique, le midi, ou plus exactement le sud-ouest. Du point où elle était construite partait la grande artère de circulation qui conduisait à la porte Moselle, et par là au passage des deux rivières, en suivant,

construire avant tout autre le Pont-Thiffroy, afin de rétablir les communications anciennes. (Raillard, Mém. sur les ponts de Metz, 1864, p. 92.) Ces inductions sont d'accord avec les données légendaires qui mentionnent l'antériorité du Pont-Thiffroy sur le Pont-des-Morts. Nous trouverons celles-ci dans la légende du chevalier Métius.

à travers la cité, une ligne que dessinent aujourd'hui sous nos yeux la rue Serpenoise, la rue Taison et la place Sainte-Croix. Au sortir de la porte Moselle, deux chemins descendaient de la colline; l'un, se jetant un peu sur la droite, gagnait le pont Rémond par lequel on traversait la Seille ; l'autre, tournant brusquement à gauche, conduisait à la Moselle. Celle-ci, comme nous venons de le dire, dut être franchie de bonne heure, à cet endroit, par le pont Saint-Georges, établi sur le petit bras, puis par le Pont-Thiffroy, qui correspond au premier sur le grand bras de la rivière. On a d'ailleurs quelque raison de croire qu'antérieurement déjà, et cela s'accorde avec les termes de la légende, le passage de la Seille avait été assuré par la construction du pont Rémond dont nous venons de parler.

Ce qui donne lieu de penser qu'il en était ainsi, c'est que l'établissement du pont Rémond sur la Seille, plus facile que celui des ponts de la Moselle, était, en quelque sorte, commandé, dès les temps les plus anciens, par cette circonstance que ce pont se trouve sur la ligne de parcours de la voie romaine bien connue, qui, en se maintenant toujours sur la rive droite de la Moselle1, venait de Scarpone, passait par Metz, et se dirigeait de là sur Trêves par les stations de Caranusca

1. C'est un fait très important pour la topographie de notre ville, et d'ailleurs très bien établi, que la direction de cette voie romaine de Scarpone à Trêves par Metz, Caranusca et Ricciacum, toujours sur la droite de la Moselle. Au sud de Metz la voie existe encore en partie dans la forêt de Sillegny. Au nord on en retrouve également des tronçons près

et de Ricciacum. Il est très remarquable assurément que, d'accord avec ces considérations, nos documents légendaires nous fournissent l'indication de l'antériorité probable du pont de la Seille sur ceux de la Moselle ; ils ne mentionnent en effet ceux-ci qu'après avoir parlé de l'autre 1 .

Nous avons encore à faire une dernière observation touchant l'enceinte aux VII portes. Celle-ci, à en croire la légende qui la décrit, était interrompue entre la porte des Gurtis et le lieu qu'on nomma plus tard Anglemur, sur la Moselle.

Depuis ceste porte en curlis Par la lettre en sommes aduertis Tranchoit vn fossez mol ou dur Tout outre jusque en Anglemur.

des villages d'Elzing et de Buding au passage de la Canner, dans un lieu où on s'accorde à placer la station de Caranusca. Celle de Ricciacum est, selon toute probabilité, quelques lieues plus loin, dans le voisinage de Ritzing. Toutes ces localités sont, comme Metz elle-même à l'époque romaine, sur la droite du cours de la Moselle. (Rapport de M. de Bouteiller adressé à la Commission de la topographie des Gaules, par la Société d'histoire et d'archéologie de la Moselle. — Bulletin de la Société, 1864, p. 23.)

1. Il convient de faire observer ici que les trois textes de la version que nous étudions maintenant (la première version de la légende des fondateurs) ne sont pas tout à fait d'accord entre eux dans ce qu'ils disent des ponts. La chronique rimée qui nous donne le plus ancien de ces trois textes ne mentionne que le pont Rémond établi sur la Seille et rejette dans la légende de la conquête et de la transformation de Metz par les Romains la construction des ponts de la Moselle. Le texte de Philippe de Vigneulles, plus récent que celui de la chronique rimée, introduit dans la légende de la fondation la construction des ponts de la Moselle; mais il les mentionne, à la fin de cette légende, comme ayant été ajoutés aux installations primitives, « par après plusieurs années et sai-

L'extension de la ville de ce côté avait-elle occasionné à un certain moment la destruction de cette partie des murailles, ou bien, lors de la construction première de celles-ci, en avait-elle empêché l'établissement à cet endroit? Dans la suite enfin, et en raison de circonstances que nous ne connaissons qu'imparfaitement, aurait-on été amené ainsi à y substituer, avec le caractère d'une mesure provisoire, peut-être même précipitée, le fossé garni d'une simple palissade dont parle la légende? Il serait difficile de se prononcer entre ces diverses hypothèses touchant les causes de l'interruption signalée en cet endroit dans la ceinture des premières murailles. Quant à cette interruption elle-même, il n'y a aucune raison de se refuser à l'admettre, car elle est formellement indiquée dans la description qui nous reste de l'enceinte aux VII portes. Nous trouvons même pour ce qui la concerne, dans

sons, » y est-il dit. Il respecte ainsi la notion essentielle de l'antériorité du pont de la Seille, le pont Rémond, qu'il mentionne parmi les créations les plus anciennes de la cité, réalisées avant l'arrivée des Troyens et avant l'établissement de la deuxième enceinte de Serpanus et Arénus qui leur est attribuée. Enfin le texte de l'anonyme du xvie siècle, postérieur aux deux autres, réunit dans un seul groupe tout ce qui est relatif à l'établissement des ponts aussi bien sur la Seille que sur la Moselle, et, dans l'énumération qu'il en fait, il nomme ceux-ci les premiers, probablement à cause de leur plus grande importance : ce qui fausse l'esprit de la légende en effaçant complètement l'intéressante notion que nous donnent, d'accord avec toutes les probabilités, ses plus anciennes rédactions, touchant l'antériorité du pont de la Seille sur ceux de la Moselle. Cette altération n'est pas au reste la seule qu'introduise dans la légende l'anonyme du xvie siècle. Nous aurons lieu de le reconnaître tout à l'heure (p. 157), à propos d'une notion singulière qui appartient à la deuxième version de la légende et que cet anonyme mêle aussi à la première, touchant le nom primitif de la cité.

la légende des premiers fondateurs, deux indications différentes qu'il est bon de faire connaître.

La première de ces indications semble se rapporter à la notion traditionnelle de l'extension prise ultérieurement, et peut-être dès l'époque romaine, par la cité, dans cette direction. Les habitants de la ville, est-il dit dans la chronique rimée,

Pour les survenants moins craindre La firent de murailles ceindre Tout à Tentour fors un quartier Pour grandir quand feroit mestier.

L'autre indication rattache ce fait au souvenir d'une prise de vive force opérée dans cet endroit par des ennemis qui se présentent devant la ville naissante :

La cité estoit si fermée Et de murailles environnée Fors que un lieu fermé de palis Par ce lieu là fut assaillie.

On voit par l'accord de ces diverses notions légendaires ce qu'étaient à Metz les traditions relatives à l'interruption de sa première ceinture de murailles du côté du midi, comme le marque la description de l'enceinte aux VII portes. Nous aurons à revenir sur la dernière des indications que nous venons de donner à ce sujet; nous la rappellerons quand nous étudierons la légende du sac de Metz par Attila; nous verrons alors que, rapprochée des données de

celle-ci, elle fournit pour l'une d'entre elles une interprétation qui permet de la rapporter au souvenir des mesures prises à la hâte dans Metz, ouverte et presque sans défense, à la nouvelle de l'approche des barbares, vers le milieu du Ve siècle.

La première des deux indications légendaires que nous avons mentionnées, touchant l'interruption de l'enceinte de la ville au midi, nous a donné occasion de rappeler que, vers l'époque romaine, la cité s'accrut de ce côté par la construction de quartiers nouveaux. Là se trouvait, comme nous l'avons dit, l'édifice antique où les auteurs de la légende croyaient voir le quatrième château bâti postérieurement aux autres : notion intéressante, qui nous a paru contenir l'expression légendaire du développement donné à la cité sous la domination des Romains. C'est là aussi que fut tracée plus tard la seconde enceinte, signalée également par la légende, avec les deux derniers châteaux de Serpanus et d'Arénus. Ceux-ci ne sont autre chose que la porte Serpenoise et la porte aux Arènes, lesquelles, en dépit de ce qui est dit des seigneurs Troyens Serpanus et Arénus, devaient, cela est certain, leur nom, la première à la ville de Scarpone vers laquelle cette porte s'ouvrait1, la seconde aux arènes

1. Il n'y a aucun doute à avoir sur l'origine du nom donné à la porte Serpenoise {porta Scarponensis) . Cependant, comme la ville de Scarpone fut détruite assez anciennement, les souvenirs qui s'y rattachaient s'effacèrent aussi de bonne heure. La porte Serpenoise put bien, par une simple altération dans la prononciation, devenir d'abord la porte Charpenoise, comme Scarpone était devenu Charpaigne, nom du petit village

construites dans son voisinage. Ce sont là des souvenirs gallo-romains qui pourraient, jusqu'à un certain point, donner une date approximative à ces deux portes et par conséquent à la muraille qui les reliait entre elles et les rattachait ensuite d'un côté à la Moselle, de l'autre à la Seille. Cette muraille, qui constitue la seconde enceinte, semble, on le voit, se rapprocher pour son âge de l'époque romaine. Elle ne saurait pourtant remonter beaucoup plus haut que le vie siècle, si la clôture imparfaite établie assez loin derrière elle, entre la porte des Gurtis et la Moselle, est contemporaine, comme il y a quelque raison de le croire, des invasions des barbares dans le courant du Ve siècle.

C'est, en tout cas, entre l'époque à laquelle appartient la première enceinte et celle qui a vu s'élever la seconde qu'il convient de placer la formation des quartiers d'Ayest, de Vésegneuf, du Neufbourg et du Champ-à-Seille, constitués au dedans de celle-ci et au dehors de l'autre : Ayest (Aggestus) au pied de la colline dominée par la porte Moselle, et dans l'espace resté libre entre celle-ci et la Seille, que franchissait à cet endroit le pont Rémond ; Vésegneuf (viens novus)

qui avait remplacé la vieille cité; mais plus tard elle devint la porte Champenoise. Dans de nombreux documents on la trouve désignée par ce nom, lequel devait paraître très naturel à ceux qui, ne connaissant pas la ville depuis longtemps disparue de Scarpone, voyaient s'ouvrir à cet endroit la route qui conduisait de Metz en Champagne : exemple remarquable des singulières déviations qui rendent si difficile la science des étymologies. L'auteur de la chronique anonyme du xvie siècle a, du reste, conservé la trace de ces transformations.

et le Neufbourg (novum burgum) établis le long des murs, le premier entre la porte Saillis et la porte du Champ, le second entre cette dernière et la porte des Gurtis, avec un prolongement vers le sud dans la campagne; le Champ-à-Seille qui, des maisons du Neufbourg, s'étendait jusqu'à la rivière, le cours de celle-ci étant, à ce point, encore très écarté de l'ancienne enceinte qu'un peu plus loin il venait presque toucher à la porte Saillis.

Les dénominations de Neufbourg et de Vésegneuf, appliquées à deux de ces nouveaux quartiers, ne contredisent pas ce que dit la légende qu'ils étaient peuplés avant l'époque où leur territoire fut réuni à la ville par la construction de la seconde enceinte. On nous apprend en même temps qu'il en est tout autrement d'Anglemur, lieu désert et pour longtemps encore inoccupé, au moment où il se trouve pour la première fois enfermé dans la ville, par la rencontre de la seconde enceinte avec la première, du côté de la Moselle.

On ne peut pas assigner de date absolue à la formation des quartiers que nous venons de nommer ni à leur incorporation dans la cité ; on ne peut que donner à leur origine une date relative, par rapport aux deux enceintes, entre le moment où la première s'est constituée avant qu'ils existassent et celui où la seconde a été élevée pour les protéger.

Nous ne sommes pas mieux informés de l'époque où ont commencé les deux faubourgs d'Outre-Seille et

d'Outre-Moselle. Mais nous avons sur celle où ils ont été réunis plus tard à la cité quelques indications qui intéressent l'histoire de notre légende. Celle-ci, nous devons le rappeler, ne connaît les deux faubourgs que séparés encore de la ville et renfermés de part et d'autre dans leurs murailles particulières. On voit par là que la légende a dû se fixer avant l'époque où ces faubourgs furent incorporés à la cité. Cette observation et quelques autres vont nous permettre de hasarder quelques hypothèses sur la date du document que nous étudions dans ce moment.

Le faubourg d'Outre-Moselle, situé dans l'île formée par les deux bras de la rivière, était encore séparé de la ville au commencement du xive siècle. Dans un document de l'an 1 322, l'église Saint-Marcel qui s'y trouvait est dite Saint-Marcel au faubourg. Dans une autre pièce de l'année 1337, au contraire, l'abbaye de Saint- Vincent, qui était également située dans ce quartier, est qualifiée Saint- Vincent dans les murs de Metz4. C'est donc, à ce qu'on peut croire, entre les années 1322! et 1337 que s'accomplit la réunion du faubourg d'Outre-Moselle à la cité.

1. Ces deux pièces ont été vues en l'arche des amans de Saint-Marcel par Paul Ferry qui en a transcrit des extraits dans ses Observations séculaires : — 1322. « In nomine sanctse et individuee trinitatis... Gerar- « dinus dictus de Noweroy civis et amancius publicus mettensis... capel- « laniam unam ad altare beatee Genouephœ sitam, in ecclesiâ parochiali « sancti Marcelli in suburbio ultra mosellam... (&) Dat. anno domini « millesimo trecentesimo vicesimo secundo, feriâ quintâ post octav. B. B. « Pétri et Pauli apostolorum. » (Obs. secul. XIV. s. n° 162.) — 1337. « A « tous ceauls qui ces présentes lettres vairront et oiront nous Ugues pair

Pour ce qui est du faubourg d'Outre-Seille, divers documents du XIIIe siècle semblent indiquer qu'il était encore à cette époque séparé de la ville et enfermé dans une enceinte particulière, et que c'est à la fin du XIVe siècle seulement qu'il fut incorporé à la cité. Cela semble au moins ressortir des termes d'une chronique des Maîtres-Échevins, suivant laquelle aurait été commencée en 1381 seulement la fermeture, c'est-à-dire la muraille qui, de la Grève touchant au corps de la cité, allait au Champ é situé dans le faubourg. C'est vraisemblablement ainsi que fut effectuée la réunion du faubourg d'Outre-Seille au reste de la ville.

Le faubourg d'Outre-Moselle ayant été rattaché à la cité entre \ 3%% et 1337 et celui d'Outre-Seille, selon toute apparence, vers l'an 1 381 , la légende des premiers fondateurs, qui parle de l'un et de l'autre comme étant séparés de la ville, a dû se fixer avant l'époque indiquée par ces dates, c'est-à-dire au plus tard au commencement du xive siècle. Elle comprend au reste des notions qui évidemment sont même antérieures à ce temps.

« lai pacience de Deu abbé de Saint- Vincent dedans les murs de Mes, « faixons saiuoir et cognexons que kant Bietrixaite la feme Forkignon « Mairasse ki fut... (&). L'an de graice notre signour M. CCC. XXXVII ans « lou lundy après l'invention sainte Crux. » (Obs. secul. XIV. s. n° 174.) Nous ne nous dissimulons pas qu'il y a quelqu'inconvénient à prendre au pied de la lettre, pour en tirer des inductions, les expressions que nous venons de citer. Aussi, en fondant sur leur signification et sur d'autres arguments du même genre, à défaut de preuves plus directes, des hypothèses touchant l'âge de nos documents, nous n'entendons présenter à cet égard que des probabilités et non des résultats incontestables.

On peut encore, pour ce qui regarde l'époque où a été constituée notre légende, tirer quelques inductions de cette circonstance, que, dans la plus vieille rédaction de sa première version, dans celle de la chronique rimée, il n'est pas encore parlé des grands ponts de la Moselle, dont l'un au moins, le Pont-Thiffroy, existait dès le commencement du xme siècle1. Il faudrait donc faire remonter peut-être au delà de cette date la légende de la fondation de Metz, puisqu'elle ne dit rien de ces importants édifices, dont la première mention dans les documents de notre cycle légendaire appartient, comme nous le verrons, à celui d'entre eux qui regarde l'époque romaine.

Il y a enfin une dernière raison de reculer, avec une certaine probabilité, la constitution de notre légende jusqu'au XIIIe siècle; c'est que la seconde version, dont nous allons parler tout à l'heure, est consignée dans un document, entre autres, qui a les caractères de certaines œuvres enfantées vers cette époque, et qu'il est difficile en tout cas de faire descendre plus bas que le xive siècle. La première version peut dès lors, avec une certaine vraisemblance, être rapportée, comme le

1. M. Raillard, ingénieur des ponts et chaussées, dans son mémoire sur les ponts de Metz, mentionne sous la date de 1222 des travaux de construction en bois pour le Pont-Thiffroy et ne place que vers le milieu du xiii6 siècle la première indication relative au Pont-des-Morts, également en bois à cette époque. Cette classification chronologique semble confirmée par les données légendaires, dans lesquelles le Pont-Thiffroy est nommé le premier : d'où l'on peut inférer que l'autre aurait été établi après lui.

veulent d'autres considérations, au XIIIe ; quelques-unes de ses parties sont même probablement plus anciennes encore. Cependant les rédactions que nous en possédons, il faut le rappeler, sont loin de remonter aussi haut. Celles que nous avons pu citer ne sont que du XVe siècle, tout au plus de la fin du XIVe, dans la chronique rimée, ou même du commencement du xvie dans la chronique de Philippe de Vigneulles, et un peu plus récentes encore dans la chronique anonyme de la collection Emmery. C'est ce qui aura permis d'introduire, comme interpolation, dans ces textes, les noms de Gornaldus, de Baudocius, de Reguillonus et de Chaversonus, donnés aux seigneurs Troyens, compagnons de Serpanus, lesquels n'ont dû être imaginés qu'à une époque où florissaient les quatre grandes familles messines qu'ils rappellent. Or, si l'illustration des Gournay a commencé dès le XIIIe siècle, celle des Baudoche et des Renguillon ne date que du XIVe, et celle des Chaverson du XVe seulement 4 .

Les observations qui précèdent se rapportent à la première des deux versions de la légende. Nous avons annoncé en commençant qu'il y en a une seconde ; il faut la faire connaître aussi. La première version nous est parvenue dans tous ses détails, la seconde nous est connue seulement par de courtes analyses que Philippe de Vigneulles donne successivement des deux textes qui s'y rapportent. Ceux-ci sont empruntés, l'un à une

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