‹ Études sur l'histoire de Metz; les légendesChapitre 9 sur 43 · Voir ci-dessus, page 124, note · texte numérisé non relu

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cette première ligne de défense. D'un autre côté, des restes de muraille antique, mis à découvert par des fouilles exécutées en diverses circonstances et à différentes époques1, se rapportent exactement, sur plusieurs points, au tracé qui, pour cette enceinte, ressort des indications purement légendaires.

Le mur primitif côtoyait d'abord la rive droite du bras oriental de la Moselle, sur lequel s'ouvraient la porte Lavandière et la porte aux Chevaux. Au delà de celle-ci, et après avoir encore longé quelque temps la rivière, la muraille s'élevait sur la droite et atteignait le sommet de la colline après avoir suivi la crête de ses escarpements2. Au point culminant, elle rencontrait la porte Moselle. De là, les murs descendaient en prenant la direction indiquée aujourd'hui encore par une rue qui en a conservé le nom, et ils tombaient sur la porte Saillis située au bas de la rue Fournirue

1. Dès l'an 1513, à ce que rapporte Philippe de Vigneulles, on avait retrouvé les vieux murs de la ville dans les substructions de quelques maisons de la rue Saulnerie. Plus tard on les vit à Sainte-Marie, près du Moyen-Pont. De nos jours on a reconnu les restes de la muraille sur la petite place qui avoisine Sainte-Ségolène ; on a aussi découvert, dans ces derniers temps, d'intéressants débris antiques sur les emplacements de la porte Saillis au bas de la rue Fournirue, et de la porte du Champ au bas de la rue du Grand-Cerf.

2. Cette portion de l'antique enceinte est décrite avec une remarquable précision par Philippe de Vigneulles dans un passage de sa chronique dont voici les termes : « ... iceulx viez murs... se acomençoient depuis la « rivière de Mezelle, en montant à mont devers le grenier de la ville, en « tirant à porte Mezelle, droit en ce lieu dessus le mur, et en descendant « Salnerie tout parmi Porsaillis et Woyezineuf, droit à l'église de Saint- « Martin et à la chapelle du prey... » (Vigneulles dans les Chron. de Metz, par Huguenin, p. 688.)

très près du cours de la Seille. Ils gagnaient ensuite à peu près en ligne droite le carrefour du Quarteau, sur lequel s'ouvrait la porte du Champ conduisant au Champ-à-Seille , et ils arrivaient un peu plus loin à celle des Gurtis, donnant, à ce qu'on peut croire, sur les cultures et les jardinages, vers l'église Saint-Martin dite en Gurtis, laquelle devait probablement à ce voisinage le surnom qui a servi longtemps à la désigner. Là, l'enceinte se relevait presque à angle droit, pour rejoindre la Moselle aux environs de la porte Lavandière, après avoir rencontré la septième et dernière porte, la porte Méridiane, qui regardait le sud-ouest, vers le point où la rue Serpenoise débouche aujourd'hui sur la place Royale.

L'enceinte aux VII portes n'est peut-être pas la première qu'ait reçue la cité 1 ; elle est du moins la plus

1. On ignore absolument à quelle époque peut avoir appartenu la première ceinture de murailles. Suivant les hypothèses formulées d'après divers modes d'information par M. le colonel Parnajon, dans un mémoire sur les fortifications de Metz {Congrès archéol. de France, session tenue à Metz en 1846), la ville gauloise n'était pourvue d'aucune défense, et la ville romaine n'avait reçu tout au plus qu'un mur de clôture. Cet état de chose aurait subsisté jusqu'à la fin du ixe siècle, époque à laquelle la terreur inspirée par les Normands, lors de la bataille de Remich (882), aurait fait établir à la hâte une enceinte défensive, qui soutint un siège en 923, et à la construction de laquelle auraient été employés les débris des monuments romains déjà détruits à ce moment. Ces débris, ornés de sculptures qui témoignent de leur origine, ont été trouvés dans les fondations de nos murailles en divers temps : au xvi9 siècle, suivant Philippe de Vigneulles, à Anglemur et rue Saulnerie ; de nos jours, près du même lieu, rue des Capucins (1834); antérieurement au sud-ouest de la ville, entre la porte Saint-Thiébault et la Moselle (1739), puis le long de celle-ci, au-dessous de l'Esplanade (1822-1836). Ces indications ne corres-

ancienne dont le souvenir se soit conservé. Nous pouvons regarder comme une notion positive la mention que nous en trouvons dans la légende de la fondation. Il en est de même de ce que celle-ci nous apprend encore de l'enceinte plus développée, à laquelle appartenaient les châteaux ou portes de Serpanus et d'Arénus. Celle-ci embrassait, après la première, une portion plus considérable de l'espace compris entre les deux fleuves, et enveloppait les quartiers nouveaux d'Ayest, de Vésegneuf, du Neufbourg et d'Anglemur. Elle correspondait à peu près à celle qui a subsisté jusqu'au xvie siècle, et dont le tracé suivait, sans beaucoup s'en écarter, la ligne que forme encore au midi et au couchant la clôture actuelle de la cité, de la porte Mazelle à la rivière de Moselle1.

pondent à l'enceinte aux VII portes que pour la portion de son parcours qui suit à peu près les deux rivières, au couchant, au nord et au levant ; mais du côté du midi elles marquent, entre la Seille et la Moselle, une ligne beaucoup plus développée qu'elle et appartenant par conséquent, selon toute apparence, à une enceinte plus moderne. Il résulte de là que, si l'enceinte reconnue par M. le colonel Parnajon, avec cette extension, appartient à la fin du ixe siècle seulement, l'enceinte plus resserrée dite aux VII portes devra être reportée à un temps plus ancien que cette date et attribuée peut-être aux Romains mêmes. Elle représenterait alors le mur de clôture qu'on reconnaît avoir été établi par eux. Cette dernière hypothèse prendrait un caractère de plus grande probabilité encore si l'on devait, conformément à certains indices, reculer jusqu'à une époque antérieure aux invasions du ve siècle l'établissement de l'enceinte que M. le colonel Parnajon fait seulement contemporaine des courses des Normands, à la fin du ix6.

t. Il semble résulter des termes dans lesquels nos trois textes s'expliquent touchant les murs qui se dirigeaient de la porte Serpenoise vers la Moselle, que ceux-ci allaient de cette porte (château de Serpanus) rejoindre à peu près le mamelon de la tour d'Enfer, lequel domine la rivière, pour

Parmi les indications topographiques dont on peut également signaler l'exactitude probable dans le document que nous étudions, il faut compter, avec les précédentes, celles qui concernent l'établissement du pont Rémond, passage très ancien de la rivière de Seille, et la création ultérieure des deux faubourgs d'Outre- Seille et d'Outre-Moselle, unis plus tard à la ville dont ils font aujourd'hui partie. Telles sont les notions qui, dans la légende des premiers fondateurs, forment la part très vraisemblable de la vérité et peuvent être rapportées à la tradition.

Nous ne saurions, sans faire certaines réserves, en dire autant de ce qui regarde les châteaux primitifs, dont parle également notre légende. On pourrait, au premier abord, être tenté de voir, dans ce qu'elle en dit, une tradition se rapportant à la physionomie réelle des premières installations faites sur le sol de Metz. On admettrait alors qu'avant de former en quelque sorte un tout solide dans sa ceinture de murailles, la ville eût présenté l'aspect d'un groupe de plusieurs petits centres distincts, fortifiés isolément les uns à côté des

descendre ensuite le long de celle-ci jusqu'à Anglemur, où ils rencontraient l'enceinte aux VII portes. La chronique anonyme du xvie siècle n'est pas très explicite, il est vrai, à cet égard. La chronique rimée l'est davantage. Celle de Philippe de Vigneulles, qui l est encore plus, laisse peu de chose à désirer sur ce point : « Et fit encore, y est-il dit, icelluy « Serpanus, avec l'aide des citains, fermer de murailles depuis ladicte « pourte jusques à la rivière de Moselle, et depuis la rivière jusques au « chastel de Zelech (maison des chevaliers de saint Jean), à loing de la « rivière, et fut alors fermé le lieu només l angiez où en celluy temps ce « pourtaient les immondices de la cité, et fut pour ce només Anglemur. »

autres. Cette disposition n'aurait assurément rien d'inadmissible : elle fait songer aux collines de la Rome primitive. Cependant, il y a plutôt lieu de penser que, dans la légende, l'idée des châteaux n'est que le reflet des préjugés enfantés au moyen âge par la vue des anciens édifices romains. La ville, on le sait, a longtemps conservé des restes importants de ceux-ci, et quelques débris en subsistent encore, aux lieux précisément où on place les demeures des petitsfils de Noé1. La vue de ces bâtiments grandioses et de structure singulière, avec leurs cordons de briques et leur revêtement en petit appareil, au milieu des édifices tout différents du moyen âge ; l'ignorance où on était de ce qui les concernait ; tout cela autorisait, chez des hommes peu éclairés, les plus étranges suppositions touchant ces constructions, où l'on prétendait reconnaître l'architecture de la tour de Babel et des murs de Babylone. L'histoire ne faisant rien connaître ni de leur destination ni de leur origine, la légende se chargea du soin d'en révéler le secret.

Quoi qu'il en soit de cette observation, il n'est pas

1. Nous avons indiqué précédemment déjà (page 123, note 1) les emplacements assignés par nos chroniqueurs aux trois châteaux des fils de Sem, dans les lieux occupés aujourd'hui par le couvent des Carmélites, par le Marché-Couvert et par les maisons qui dominent l'abreuvoir de Sainte- Marie. Le couvent des Carmélites, établi dans un lieu nommé au moyen âge la cour d'Ormes, contient encore des parties considérables de vastes édifices romains dont la structure très significative se reconnaît depuis les caves jusqu'aux étages supérieurs du principal corps de logis. Ces antiquités ont été souvent visitées et décrites jusqu'à l'époque assez récente de l'établissement des Carmélites dans ce lieu. Le Marché-Couvert est

impossible, on doit le reconnaître, que très anciennement aient existé dans l'intérieur de la ville certains lieux protégés par des enceintes particulières, dont le souvenir aurait pu aussi suggérer la pensée des châteaux primitifs. Nous reviendrons sur cette indication à propos des notions qui ressortent de la légende où est raconté le sac de Metz par les barbares. Elle pourrait, jusqu'à un certain point, fournir aussi une explication de la notion légendaire des trois châteaux construits, disait-on, par les petits-fils de Noé. Cependant, c'est plutôt à la cause que nous avons signalée d'abord, au spectacle mystérieux des grandes ruines romaines existant encore au moyen âge en divers lieux de la cité, que, selon toute apparence, on doit rapporter cette notion des châteaux primitifs, avec la détermination de leur emplacement, et plus particulièrement encore la conception des données architectoniques recueillies sur leur compte par les documents légendaires.

Il y a dans ce que la légende nous dit des châteaux primitifs une indication fort remarquable et qu'on ne doit pas laisser passer inaperçue. A côté des trois châteaux des petits-fils de Noé, enfermés dans la pre-

bâti sur l'emplacement même de l'ancienne Cour-l'Évêque où ont subsisté, jusqu'à la fin du siècle dernier, de grandes constructions romaines dont les Bénédictins donnent des dessins dans leur histoire de Metz. Quant aux maisons occupées depuis le milieu à peu près du xvi° siècle par l'abbaye de Sainte-Marie, laquelle a laissé son nom à l'abreuvoir situé près de là au Moyen-Pont, des restes d'antiquités romaines y ont été vus encore et gravés par Chatillon au xvne siècle.

mière enceinte, elle en mentionne un quatrième que construisent au dehors de celle-ci des nouveaux venus, des conquérants, qui se sont d'abord imposés par la force, et sur l'admission desquels on s'est ensuite accordé. L'emplacement assigné à ce nouvel établissement est celui de l'abbaye de Sainte-Glossinde, laquelle était installée au milieu des quartiers ajoutés, pendant la période romaine, on a quelque raison de le croire, à l'ancienne ville. En rapprochant entre elles ces diverses circonstances, on se trouve assez naturellement porté à rattacher le fait principal qu'elles concernent, la construction du quatrième château, au souvenir de l'arrivée des Romains et à celui du développement que prit sous leur domination la ville de Metz. Suivant cette hypothèse, l'histoire légendaire des châteaux primitifs représenterait, à un certain point de vue, dans ses périodes successives, la notion de la double origine de la cité, fondée par des peuples Gallo-Belges, et agrandie ensuite par les Romains : ceux-ci lui ayant donné, après l'avoir soumise, une extension matérielle dont les faits connus historiquement ne permettent pas de douter.

Cette interprétation regarde surtout, on le voit, le mouvement des peuples qui ont dû contribuer successivement à la formation de la ville de Metz. Elle ne change rien à ce que nous avons dit de l'origine probable des notions spécialement topographiques et architectoniques consignées dans la légende, touchant les châteaux primitifs. Au quatrième, en effet, comme

aux trois premiers, on assignait pour emplacement un lieu où, pendant le moyen âge, se voyaient également les ruines d'un important édifice romain1. On trouvait donc là aussi des restes de ces constructions dans lesquelles nos aïeux croyaient reconnaître, comme ils le disent naïvement, les conditions de structure de la tour de Babel et des murs de Babylone, d'accord avec l'étrange opinion qu'on devait les attribuer aux enfants de Noé et à ceux de Ninus. Quant aux cinquième et sixième châteaux bâtis par Serpanus et Arénus, c'est tout simplement la vue de la porte Serpenoise et de celle des Arènes (porte Saint-Thiébault), avec leurs édifices jadis assez considérables, qui en avait très vraisemblablement inspiré l'idée.

Il y a, comme nous venons de le voir, une certaine part de vérité dans ce que dit la légende de la fondation sur les deux premières enceintes de la cité et la formation des quartiers compris entre l'une et l'autre ; sur le pont Bémond ; sur les deux grands faubourgs d'Outre-Seille et d'Outre-Moselle ; et même, quoiqu'avec moins de précision, sur les prétendus châteaux primitifs, dont elle fait comme le point de départ et le

1. Philippe de Vigneulles mentionne dans ses chroniques des restes antiques découverts en ce lieu, dans le fossé de la porte Serpenoise, au mois d'avril 1523. Il parle de leur structure « à la mode ancienne, et « toute de pierres carrées et de bricques comme les airches de Jouy ou « comme la cour d'Ormes; et, ajoute-t-il, croit-on que cest ouvraige « estoit fait de moult loingtemps devant l'Incarnation Notre-Seigneur, « car il se monstrait que là y eust aultre fois eu aulcun pallais ou chas- « tiaul avec grant voulte; et plusieurs aultres choses estrainges estaient « audit lieu... » (Vigneulles, dans les Ckron. de Metz de Huguenin, p. 792.)

premier noyau de la ville de Metz. Nous avons établi d'une manière générale la valeur probable de ces diverses indications. Il nous reste maintenant à faire à leur sujet quelques remarques d'un caractère plus particulier; nous y joindrons des observations parmi lesquelles il en est qui nous permettront d'apprécier et de déterminer jusqu'à un certain point l'âge du document qui nous occupe.

La position relative des sept portes de la primitive enceinte nous a permis de reconnaître la configuration de celle-ci1. Aux considérations que nous avons présentées à cet égard, nous devons ajouter quelques observations sur ce qui concerne ces portes elles-mêmes, et sur certaines questions qui se rattachent au même sujet.

La porte Lavandière et la porte aux Chevaux, qui s'ouvraient sur le canal oriental de la Moselle, ne donnaient probablement accès, comme l'indiquent leurs noms, qu'à un lavoir et à un abreuvoir situés sur le petit bras de la rivière. Quant au passage de celle-ci, il devait se faire ailleurs. Il résulte de certaines indications2 qu'il était établi par le pont

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