‹ Études sur l'histoire de Metz; les légendesChapitre 12 sur 43 · SOUMISSION ET TRANSFORMATION DE METZ PAR LES ROMAINS · texte numérisé non relu

SOUMISSION ET TRANSFORMATION DE METZ PAR LES ROMAINS

Conquête romaine des Gaules ; soumission de Metz aux Romains ; notions légendaires sur ce fait; caractère et portée de ces notions. — Légende du chevalier Métius; les deux versions de la légende. — Analyse de la légende dans sa première partie : conquête et destruction de la cité. Ressemblance des deux versions, sauf en un point essentiel; indications historiques sur ce point. Analyse de la légende dans sa seconde partie : transformation romaine de la cité. — Appréciation de la légende ; sa signification générale; hypothèses sur l'époque de sa composition, d'après les détails qu'elle donne sur la constitution des Paraiges, sur la possession de la Vouerie par la ville, sur la construction des ponts de la Moselle; date probable de la notion relative à Métius. — Notions vraies fournies par la légende touchant l'époque romaine : Rome-Salle ; l'Amphithéâtre.

La conquête des Gaules par les Romains est un fait assez connu dans ses traits généraux et dans quelques-unes de ses données principales, mais fort

peu éclairé dans la plupart de ses détails, dans ceux mêmes qui intéressent quelques-uns de ses épisodes les plus importants. Pour ce qui regarde la ville de Metz en particulier, la soumission de celle-ci aux Romains ne saurait être l'objet du moindre doute, et c'est, dans le cours de ses destinées, un fait considérable pour ses conséquences; mais, quant à la manière dont il s'est accompli, et quant au moment précis où il a eu lieu, c'est un événement enveloppé d'une obscurité presque impénétrable. Interrogée sur ce point, l'histoire reste muette, on est réduit à donner la parole à la légende. Le témoignage de celle-ci, malgré le peu d'autorité qui s'y attache, n'est pas dénué de tout intérêt.

Dans les annales fabuleuses de notre cycle légendaire, les Romains paraissent après les Troyens. La mention de ces derniers, empruntée, comme nous l'avons vu, aux vieilles légendes françaises, semble devoir indiquer, dans les documents messins, la colonisation anté-historique de nos provinces, par quelque peuple venu des parties orientales de l'Europe ou de l'Asie elle-même. S'il en est ainsi, et si l'arrivée des Troyens représente les faits antérieurs à toute connaissance positive, il y a, on le reconnaîtra, quelque vérité à n'introduire qu'après eux seulement, dans le récit, les Romains, dont les expéditions se rapportent à une époque qui appartient complètement à l'histoire.

Nous avons déjà précédemment rencontré dans la

légende des premiers fondateurs certains traits qui, selon toute apparence, concernent l'occupation de Metz par les Romains. Rappelons, en deux mots, que ces indications ressortent de la notion relative au quatrième château fondé, dans les premiers temps de la cité, par un peuple qui s'est d'abord présenté en conquérant. Accepté ensuite par les anciens habitants, il s'installe à côté d'eux dans de nouveaux établissements fondés au dehors et au midi de la ville primitive, et que leur emplacement désigne avec une certaine probabilité comme appartenant aux accroissements de la cité pendant l'époque romaine. Indépendamment de ces indications peu explicites, l'entrée de Metz dans le monde romain a, comme nous l'avons déjà dit, son expression propre dans une légende spéciale, celle du chevalier Métius, où ce fait est présenté comme l'œuvre de la violence dans deux phases successives, l'une de la conquête, l'autre de la transformation de la cité.

Suivant la légende, Metz aurait été conquise par les Romains. La vanité des peuples, il est bon de le faire remarquer, les porterait naturellement à dissimuler plutôt qu'à inventer de semblables événements ; et, s'ils en conservent la trace dans leurs annales même fabuleuses, on peut croire que c'est par respect pour quelque tradition qui en aurait gardé le souvenir. C'est là une raison pour ne pas refuser toute considération à la légende de la conquête de Metz par les Romains ; tout au plus pourrait-on faire cer-

taines réserves sur le sens absolu de quelques-unes des données qui la constituent.

Si nous nous rappelons ce que, dans notre introduction, nous avons dit de la condition de ville alliée (socia civitas) attribuée à Metz sous les Romains, et de la probabilité qui en résulte pour la cité de n'avoir pas été auparavant réduite par les armes 1 , nous devons reconnaître qu'il y a une opposition formelle entre ces renseignements historiques et la notion légendaire qui représente Metz comme soumise par des conquérants. Il y a lieu de considérer, d'un autre côté, qu'à l'époque où la légende a dû être rédigée, on pouvait bien se trouver déjà trop loin des faits pour en avoir un souvenir direct; et il y aurait quelque raison de penser qu'ayant surtout à y exprimer la transformation radicale qui fut pour Metz la conséquence de l'occupation romaine, on y aurait tracé pour cela, de préférence à tout autre, le tableau d'une prise de possession accompagnée de violence, parce que c'était l'image qui représentait le mieux ces profonds changements. On pourrait croire dès lors que la légende de la conquête romaine a dû être inventée pour peindre une situation moins violente peut-être que ce qu'elle indique, mais avec l'intention de rendre cette situation d'une manière saisissante, en v introduisant un accent plus prononcé que celui qui la caractérisait réellement. La conquête ne serait plus alors qu'un acte de civilisation.

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