‹ Études sur l'histoire de Metz; les légendesChapitre 15 sur 43 · Voir ci-dessus, p. 200, note · texte numérisé non relu

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d'Arles est de nouveau mise en question, cette fois par l'évêque de Vienne qui la lui dispute. Les deux sièges rivaux ont chacun leurs partisans. Le pape, qui est maintenant saint Léon, se trouve encore l'arbitre invoqué de part et d'autre. Ceux qui favorisent les prétentions de l'évêque d'Arles disent au pontife, dans une lettre que nous possédons : « Il est connu dans « toutes nos provinces, et la sainte Église romaine ne « l'ignore pas, que, la première entre toutes les villes « des Gaules, celle d'Arles a eu pour pasteur saint « Trophime, envoyé par le bienheureux apôtre Pierre ; « que de là le don de la foi et de la religion s'est « répandu peu à peu dans les diverses parties des « Gaules; et que, de cette source émanée des apôtres, « d'autres lieux ont mérité de recevoir leur prêtre « avant la cité de Vienne, qui aujourd'hui revendique « impudemment une primauté qui ne lui est évidem- « ment pas due. Car c'est avec justice et raison que « le degré suprême de la sainte dignité a toujours été « dévolu à la ville d'Arles, qui la première a reçu par « saint Trophime les prémices de notre religion, et « qui a répandu ensuite sur les Gaules le trésor qu'elle « devait à la munificence divine. Nous croyons donc « juste et raisonnable qu'à l'exemple de la sainte « Église romaine qui tient de saint Pierre, prince des « apôtres, la primauté sur toutes les églises du monde « entier, l'église d'Arles ait de même dans les Gaules « la primauté et le droit d'ordination, puisqu'elle « a eu pour pasteur saint Trophime, l'envoyé des

« apôtres...1. » Le pape saint Léon, à qui était adressée la lettre, partagea cette fois le différend entre les deux sièges rivaux et constitua chacun d'eux, de son côté, métropolitain sur une partie des évêques de la province. La conséquence de ces faits est facile à déduire.

Nous avons vu tout à l'heure, à propos du témoignage de Grégoire de Tours, en ce qui concerne la mission romaine du me siècle, que la lettre écrite en 417 par le pape Zozime est d'accord avec lui, contre ceux qui font de saint Trophime un disciple de saint Pierre, car elle le dit tout simplement envoyé par le siège de Rome. Cette opinion est donc celle qu'on admettait sur saint Trophime en 41 7, quand cette lettre a été écrite, à l'occasion des premières difficultés que soulève la primauté de la métropole d'Arles. Plus tard, les choses ont changé, et, lors de la seconde querelle, ce n'est plus du siège de Rome seulement, c'est, comme l'écrivent les évêques au pape Léon, de saint Pierre lui-même que saint Trophime est dit avoir reçu sa mission. On comprend ce que vaut, dans l'esprit du temps et dans la circonstance où on y a recours,

1. Anno 450. — Preces missse ab universis comprovincialibus Episcopis metropolis Arelatensis ad sanctum Leonem papam. — « Omnibus etenim « regionibus Gallicanis notum est, sed nec sacrosanctee Ecclesise Romanœ « habetur incognitum quod, prima inter Gallias, Arelatensis civitas mis- « sum à beatissimo Petro apostolo sanctum Trophimum habere meruit « sacerdotem; et exindè aliis paulatim regionibus Galliarum donum fidei « et religionis infusum ; priùs que, alia loca ab hoc rivo fidei quem ad « nos apostolicœ institutionis fluenta miserunt meruisse manifestum est « sacerdotem, quàm Viennensis civitas, quee sibi nunc impudenter ac

une pareille assertion. Il est probable qu'on n'eût pas négligé de la produire dès la première fois, dans des conjonctures analogues, si on l'avait eue alors à sa disposition. L'argument qu'elle fournit ne paraissant pas en 41 7 dans le premier débat, il est permis de penser que l'opinion sur laquelle il se fonde, et dont nous connaissons l'inexactitude, ne s'était pas encore fait jour en ce moment. Cette opinion se manifeste ultérieurement dans la lettre de 450 ; il y a dès lors quelque apparence qu'elle est née dans l'intervalle compris entre ces deux dates, pendant la période qui s'écoule de la première à la seconde querelle, peut-être même à l'occasion de celle-ci. Le rapprochement des deux lettres de 417 et 450 ne permet guère de douter qu'il n'en soit ainsi.

Les documents que nous venons de consulter renferment plus d'un enseignement. Ils font d'abord connaître le rôle de régulateur joué dans ces débats par le pontife de Rome, et marquent clairement quel genre d'importance on donnait alors, non sans raison, aux liens par lesquels on prétendait se rattacher originairement à lui; ils montrent ensuite en quoi consistent

« notabiliter primatus exposcit indebitos. Jure enim ac merito ea urbs « semper apicem sanctae dignitatis obtinuit quœ in sancto Trophimo « primitias nostrœ religionis prima suscepit, ac postea intra Gallias hoc « quod divino raunere fuerat consecuta studio doctrinœ salutaris effudit... « Credentes plénum esse rationis atque justiciae ut sicut per beatissimum « Petrum apostolorum principem sacrosancta Ecclesia Romana teneret « supra omnes totius mundi ecclesias principatum, ita etiam intra Gal- « lias Arelatensis Ecclesia, quee sanctum Trophimum ab apostolis missum « sacerdotem habere meruisset, ordinandi pontificium vindicaret... » (Sancti Leonis opéra. Lugdun., 1700, in-fol., p. 270.)

les opinions invoquées pour établir et resserrer ces liens ; ils indiquent enfin comment ces opinions ont dû parfois se produire. Nous ajouterons aux remarques particulières qui en ressortent, touchant l'inanité des prétentions de l'église d'Arles à une origine apostolique, cette observation générale, que, pour ce qui regarde les autres églises des Gaules, il y a très justement lieu d'en induire que les prétentions semblables accréditées chez elles ont dû naître le plus souvent d'une manière analogue et ne méritent pas plus de considération.

Les Gaules ne semblent pas avoir connu les disciples immédiats des apôtres, ceux de saint Pierre notamment. La plupart des églises en France se disent fondées par eux. Nous avons vu ce qui avait pu motiver et encourager ces assertions; nous avons aussi reconnu par un exemple ce que généralement elles peuvent valoir.

Pour résumer en peu de mots ce qui précède, nous dirons que le christianisme, dont les commencements dans les Gaules ne sauraient être précisés, se manifeste pour la première fois avec certitude, au nord des Alpes, vers le milieu du IIe siècle, dans l'église de Lyon, dont les attaches avec les églises grecques de l'Asie- Mineure sont certaines, et qui a été vraisemblablement, à cette époque, un foyer de propagande religieuse pour le reste de nos contrées. Nous dirons encore que les premières missions romaines ne sont signalées par les historiens que dans le cours du 111e siècle; mais

que l'avantage de se relier le plus étroitement possible au siège principal de la religion dut faire mettre ultérieurement en oubli, presque partout, les traditions antérieures impliquant une autre origine. Nous ajouterons enfin que la prétention de procéder directement de Rome devint bientôt générale, et qu'elle aboutit même, dans un grand nombre d'églises des Gaules, à celle d'émaner de l'apôtre saint Pierre luimême1.

Le peu qu'on sait des commencements de la religion au nord des Alpes est, on le voit, contraire aux

1. Nous avons emprunté aux ouvrages du Père Longueval et de l'abbé Guettée (voy. ci-dessus, p. 189, note 1) l'indication des principaux documents relatifs aux origines de la religion dans les Gaules ; mais nous n'avons pas toujours suivi ces deux historiens dans les inductions qu'ils en tirent. Nous avons reconnu avec eux le caractère et l'importance des témoignages relatifs à l'Église de Lyon pendant le cours du ii° siècle ; nous nous sommes écarté de leur sentiment dans l'appréciation du passage de saint Paul, d'où l'on veut inférer que les disciples de cet apôtre seraient venus au ier siècle fonder des églises dans les Gaules. Au reste, sur ce point, le Père Longueval est peu explicite. L'abbé Guettée est plus affirmatif, on doit le reconnaître ; mais il admet en même temps que ces premières églises, fondées dans les Gaules par les disciples de saint Paul, n'y avaient pris qu'un médiocre développement, quand arrivèrent, au ii° siècle, les missions grecques auxquelles est dû, à ce qu'on croit, l'établissement de l'Église de Lyon et de quelques autres. Quant à la première mission romaine, rapportée par Grégoire de Tours au milieu du me siècle, le Père Longueval et l'abbé Guettée l'admettent, sous certaines réserves cependant, en ce qui regarde surtout saint Trophime d'Arles, qu'ils réclament l'un et l'autre pour le ier siècle : le Père Longueval, en repoussant par des considérations peu fondées, à ce qu'il semble, le témoignage de Grégoire de Tours; l'abbé Guettée, en ne l'acceptant qu'avec la supposition qu'il y aurait eu successivement à Arles deux saint Trophime : le disciple de saint Paul au ior siècle et le missionnaire romain mentionné par Grégoire de Tours au m6.

prétentions affichées par plusieurs de nos églises particulières de remonter au Ier siècle et d'avoir été fondées par les disciples des apôtres. Le P. Longueval en compte à peu près trente qui réclament cet avantage ; dans le nombre se trouve l'église de Metz. Cette prétendue origine apostolique était chez elle l'objet d'une croyance ancienne qui a duré jusqu'au moment où la critique a commencé à porter son attention sur ces matières. Abandonnée alors et rejetée depuis près de deux siècles, la vieille opinion semble regagner aujourd'hui des partisans. Au moment d'étudier les documents qui tiennent le premier rang parmi ceux dont on invoque à son profit l'autorité, il est bon de la faire connaître en décrivant succinctement les phases qu'elle a parcourues avant d'arriver jusqu'à nous.

L'histoire particulière de l'église de Metz s'offre d'abord dans les compositions imparfaites du moyen âge, auxquelles il est inutile de nous arrêter, parce que nous trouvons leur esprit condensé et leur doctrine résumée dans l'ouvrage de Meurisse, notre premier historien1.

Meurisse était évêque de Madaure et suffragant de Henri de Bourbon, évêque de Metz, pendant

1. Histoire des Évesques de l'Église de Metz, par le R. P. Meurisse, de l'ordre de saint François, docteur et naguière professeur en théologie à Paris, Évesque de Madaure et Suffragan de la mesme Église. Metz, 1634, in-fol.

la première moitié du XVIIe siècle. Suivant lui, et conformément aux opinions alors en crédit, notre église a une double origine apostolique par son premier évêque saint Clément, disciple de saint Pierre, et par le quatrième, saint Patient, envoyé par saint Jean. Saint Clément arrive de Rome, entre les années 40 et 50, avec un prêtre, saint Céleste, et un diacre, saint Félix, ses futurs successeurs. L'un après l'autre, ils dirigent à Metz, pendant quatre-vingts années, le troupeau des premiers fidèles. A leur mort, l'église naissante, se trouvant sans pasteurs, reçoit l'autre missionnaire apostolique, saint Patient, envoyé d'Asie- Mineure par saint Jean pour contribuer à son tour à l'œuvre d'évangélisation de nos contrées. Après le disciple de saint Jean, le siège de Metz est occupé par des évêques venus presque tous de Grèce, dit Meurisse, pendant les trois premiers siècles. On ne connaît guère que leurs noms, ajoute-t-il, et on n'en sait guère plus de leurs successeurs, jusqu'à Hespérius, qui assistait au concile d'Auvergne en 535.

Voilà quelle est, au commencement du xvne siècle, l'opinion reçue dans l'église de Metz touchant son origine. Meurisse lui-même, en l'accueillant alors, ne peut s'empêcher de constater les étranges contradictions qu'elle implique ; car, dit-il, si les missionnaires envoyés par saint Pierre en l'an 40 ou 50, et devenus nos premiers évêques, ont siégé, comme on l'assure, pendant 80 ans, c'est-à-dire jusqu'à l'an 1210 au moins, comment l'abandon de l'église de Metz après leur

mort peut-il avoir déterminé saint Jean à envoyer un de ses disciples pour les remplacer, puisqu'à cette date de l'an 1 2i0 ce saint apôtre n'existait plus depuis près d'un quart de siècle déjà? Sur quoi l'historien se contente de faire observer qu'il doit y avoir quelque erreur dans les documents relatifs aux commencements de l'église de Metz; et il passe outre pour constater un peu plus loin la même probabilité d'inexactitude dans les anciens monuments historiques de notre église, en ce qui concerne saint Autor, treizième évêque de Metz, que les uns font assister à un concile de Cologne au milieu du IVe siècle, et que les autres signalent comme contemporain d'Attila au milieu du Ve. Tels étaient les doutes que provoquaient chez le premier historien de l'église de Metz quelquesunes des traditions admises de son temps sur son origine.

Meurisse vivait au commencement du xvne siècle, et, en étudiant les commencements de l'église de Metz, il avait déjà entrevu les principales difficultés du problème qu'ils soulèvent. Le xviii6 siècle allait voir attaquer celui-ci dans ses parties essentielles ; mais auparavant la solution devait en être préparée par certaines investigations de détail et par des études générales exécutées avec l'esprit de critique exacte et rigoureuse qui caractérise la grande école historique fondée en France vers cette époque.

11 faut rappeler, au moins par leurs noms, les

hommes de génie qui se sont signalés dans ce remarquable mouvement scientifique, et à leur tête ceux qui ont illustré la congrégation bénédictine de Saint- Maur : d'Achéry (1609-1685), Mabillon (1632-1707), Ruinart (1657-1709), Sainte-Marthe (1650-1725), Martène (1654-1739), Montfaucon (1655-1741); puis en dehors de la célèbre congrégation : Valois (1 603- 1 676), Le Cointe (1 61 1-1 679), Du Cange (1 61 0-1 688), Baluze (1630-1718); sans oublier l'évêque de Montpellier, Bosquet (1605-1676), auteur d'une histoire de l'Église gallicane (1633) qu'on trouvait hardie; de Launoy (1603-1678), docteur de Sorbonne, qui publiait en 1 659 ses études sur l'origine du christianisme dans les Gaules, et vers le même temps, à propos des antiquités des églises de Paris et de la Provence, les fameuses dissertations qui l'ont fait surnommer le dénicheur de saints ; le Nain de Tillemont enfin (1637-1698), le savant auteur des mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique. Quelques-unes des recherches de ces hommes érudits regardaient spécialement l'histoire de l'église de Metz ; l'ensemble de leurs travaux montrait au moins comment devaient être dirigées les études qu'elle appelait encore ; leurs ouvrages projetaient en outre sur elle la lumière dont ils éclairaient l'histoire générale des premiers siècles du christianisme.

Les Bollandistes, de leur côté, avaient commencé en 1 643 la publication de leur grande collection des

Acta Sanctorum, et, malgré l'extrême réserve de leurs conclusions habituelles, ils avaient au moins ouvert la voie de la discussion sur le caractère et la valeur de ces documents jusqu'alors acceptés à peu près sans contestation et sans examen. La vie de notre évêque saint Patient, qui se trouve dans leur premier volume, leur offrait une occasion de se prononcer sur la question de l'origine de l'église de Metz, en déterminant l'époque où ce saint personnage a pu vivre. Ils l'avaient éludée cependant, et en avaient renvoyé la solution au moment où ils parleraient de saint Clément, avec les autres saints fêtés dans le mois de novembre ; leur grande publication, il faut le dire en passant, malgré ses cinquante-huit volumes in-folio actuellement imprimés, n'est pas encore parvenue à ce point. Si la question n'était pas vidée, elle était au moins posée ; il était dès lors admis qu'il pouvait y en avoir une; c'était déjà beaucoup.

Les vieilles traditions de l'Église de Metz, acceptées pour la dernière fois dans leur intégrité, non sans quelques réserves cependant, par Meurisse (1634), allaient enfin subir l'épreuve d'un examen rigoureux. Le Père Le Cointe, prêtre de l'Oratoire, connu par ses travaux de critique historique, donne la première secousse à cet édifice peu solide, en déclarant qu'Hespérius, présent au concile d'Auvergne (535) *, est le

l. Annales ecclésiastiques françaises y 1665-1683, 8 vol. in-fol.T. I,p. 115.

premier de nos évêques dont l'épiscopat, grâce au synchronisme qui ressort de ce fait, ait une date certaine. Le signal était donné et, comme il arrive souvent après de longs retardements, dès le premier pas on allait presque dépasser le but.

En 1 71 3, on imprime par ordre de M. de Goislin un nouveau Rituel du diocèse1, en tête duquel M. Brayer, archidiacre et grand-vicaire de Metz2, place dans un avertissement (Monitum ad pastores) un travail sur l'histoire de nos évêques. Il écrit que jusqu'à saint Arnould (com. du VIIe s.) on ne peut presque rien dire de certain sur la succession ni sur la vie de ces prélats, non plus que sur les dates qui les concernent3 ; M. Brayer renonce donc à marquer l'époque et la durée de l'épiscopat de nos premiers évêques. Outre cela, il en supprime deux (Victor II le 6e, et Fronimus le 20e) qui avaient toujours été admis jusque-là dans les catalogues, il en transpose trois (Romanus le 1 9e, Grammatius le 21e, et Agathimber le 22e); enfin, partant des durées d'épiscopat données parles anciennes listes, se fondant ensuite sur le synchronisme du cinquième évêque, Victor Ier, avec le concile de Cologne (346), dont il n'hésite pas à admettre les actes, et sur la présence d'Hespérius, qu'il compte comme le dix-

1. Rituale metense auctoritate domini H. C. du Cambout Episcopi Metensis... editum. — Metz, 1713, in-4°.

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