‹ Études sur l'histoire de Metz; les légendesChapitre 16 sur 43 · Voy. Dom Cajot. — Antiquités de Metz, p · texte numérisé non relu

Voy. Dom Cajot. — Antiquités de Metz, p

3. « Vix aliquicl certi de eorum série, tempore, vitâ statui potest ante « sanctum Arnulphum. » (Ritual. met., 1713.)

huitième , au concile d'Auvergne (535) , il fait descendre saint Clément du milieu du Ier siècle, où on le plaçait auparavant, à la fin du IIIe ou même au commencement du IVe.

Le Père Benoit, capucin, est l'auteur d'une histoire de Metz, achevée en 1716 après la publication du Monitum de M. Brayer et restée inédite1. Il revient dans son ouvrage sur quelques-unes des hardiesses de celui-ci touchant nos premiers évêques ; cependant il se range finalement à son avis sur celle qui pouvait paraître alors la plus osée, l'abaissement, à la fin du IIIe siècle au moins, de la date assignée à la mission de saint Clément.

Le savant capucin, qui est fort circonspect, prend, au commencement de son œuvre, la précaution d'annoncer que, sur ce point délicat, il examinera diverses opinions sans en adopter aucune ; mais il rapporte ensuite avec une visible complaisance les critiques dont les actes de saint Clément avaient été précédemment l'objet, notamment de la part des historiens Launoy et Tillemont. Ces écrivains, en faisant ressortir les invraisemblances nombreuses que présentent ces actes, élevaient des doutes fondés sur leur authenti-

i. Histoire ecclésiastique et civile de la ville et du diocèse de Metz (par le P. Benoit, capucin de Toul, qui l'a achevée en octobre 1716). Ouvrage inédit, composé de 1708 à 1716, dont on connaît trois manuscrits : deux à la bibliothèque de la ville de Metz (fonds hist. 126 et 127) et un aux archives de Pont-à-Mousson.

cité ; le Père Benoit adopte évidemment leurs conclusions en disant comme pour les résumer : « Tout ce « que nous savons de saint Clément, c'est que nous le « croyons fondateur de l'Église de Metz. » Quant à l'époque où ce fait a pu s'accomplir, le Père Benoit l'apprécie surtout d'après ce qu'on connaît de l'histoire générale de la religion dans les premiers temps.

L'Église de Lyon, qui remonte au IIe siècle, est, selon toute apparence, le Père Benoit l'admet, la plus ancienne des Gaules ; et c'est plus tard seulement qu'a dû arriver à Metz saint Clément qui ouvre la liste de nos évêques. L'historien ajoute qu'on ne peut attacher à cette liste aucune date avant l'épiscopat d'Hespérius qui assistait en 535 au concile d'Auvergne; mais en même temps, par une véritable contradiction, il accepte, pour une époque antérieure, le synchronisme d'Attila (451) et de l'évêque Autor : ce qui donne également à celui-ci une date certaine. Enfin, après avoir fixé ainsi au milieu du Ve siècle l'épiscopat d'Autor, le Père Benoit assigne, sans autre explication, un siècle et demi de durée aux épiscopats des onze prédécesseurs qu'il lui reconnaît, et place formellement, comme l'avait fait M. Brayer dans le rituel de 1713, la mission de saint Clément à la fin du IIIe siècle ou au commencement du IVe seulement.

Au Père Benoit succède d'assez près, parmi nos historiens, l'illustre Dom Calmet. Dans son Histoire de Lorraine, publiée en 1728, il n'est pas moins explicite

que ses prédécesseurs sur l'impossibilité de faire remonter au 1er siècle le commencement du christianisme à Metz1. Il admet bien que saint Clément soit le premier évêque et le fondateur de notre Église, mais il se refuse à croire qu'il ait reçu directement sa mission du prince des apôtres. Quant à ce qu'on rapporte de saint Patient et de la mission qu'il aurait reçue de saint Jean, ce ne sont, suivant lui, que des fables. Enfin, les yeux fixés sur l'histoire générale de l'Église pendant les siècles primitifs, il rappelle que le christianisme ne s'est établi que tardivement dans les Gaules, et il prend pour fondement de la chronologie des évêques de Metz le synchronisme du cinquième (Victor Ier) avec les conciles de Cologne et de Sardique auxquels il reconnaît qu'il a dû assister en 346 et 347. Remontant après cela en arrière, il assigne un siècle environ de durée probable aux épiscopats de nos quatre premiers évêques, et fixe ainsi l'arrivée de saint Clément à Metz au milieu du nie siècle à peu près.

Les corrections proposées par le Père Le Cointe, par l'abbé Brayer, par le Père Benoit et par Dom Calmet, à la chronologie de nos évêques, impliquaient naturellement le rejet des données essentielles admises dans les catalogues anciens, qui contenaient leurs noms avec les indications de durée de leurs épiscopats.

1, Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, par le R. P. Dom Aug. Calmet, abbé de Senones, 4 vol. in-fol. Nancy, 1728. — Seconde édition, 7 vol. in-fol. Nancy, 1745-1757.

Ce résultat est dès lors accepté généralement, même par les Bollandistes qui, au milieu du xviii6 siècle, publiaient, dans le tome VIe d'Août de leur grande collection, la vie de saint Adelphe, dixième évêque de Metz. Les savants jésuites apprécient l'époque à laquelle vivait ce prélat, avec la remarque empruntée, disent-ils, à Dom Galmet, que dans les anciens catalogues de l'Église de Metz on a augmenté arbitrairement la durée des épiscopats, afin d'atteindre l'époque de saint Pierre qu'on voulait donner pour contemporain à saint Clément1.

Dom Gajot, qui a écrit pendant la seconde moitié du xvme siècle, est du même sentiment que les historiens dont nous venons de parler. Dans le chapitre de son ouvrage2 qu'il a consacré aux antiquités de notre Église, il adopte, comme Dom Galmet, pour fondement de son système chronologique, le synchronisme du cinquième évêque (Victor Ier) et des conciles de Cologne et de Sardique (346 et 347), et il place aussi l'arrivée de saint Clément à Metz dans le milieu du IIIe siècle (vers 260). Comme Dom Calmet encore, il ne voit que des fables dans la légende de saint Patient. Pour ce qui regarde celle de saint Clément, il discute avec soin les détails, suivant lui apocryphes, qui la

1. Bollandistes. Acta Sanctorum. August. T. VI, p. 506, n° 11.

2. Les Antiquités de Metz, ou recherches sur l'origine des Médiomatriciens, leur premier établissement dans les Gaules, leurs mœurs, leur religion. Metz, 1760, in-8°.

surchargent, et, sans révoquer en doute l'existence du saint personnage et sa qualité de fondateur de l'église de Metz, il rejette absolument de son histoire la prétendue mission qu'il aurait reçue, dit-on, de saint Pierre, et plusieurs autres circonstances invraisemblables introduites dans ses actes.

Dom Tabouillot et Dom Jean François, religieux bénédictins, auteurs de la grande histoire de Metz dont le premier volume a paru en 17691, et qui écrivaient presque en même temps que Dom Cajot, se prononcent, aussi explicitement que lui, pour le rejet des documents qui tendent à faire remonter l'origine de l'Église de Metz au temps des apôtres. Ils ne lui assignent pas une date antérieure au commencement du IVe siècle, et se fondent surtout, pour la fixer, sur des considérations empruntées à l'histoire générale de la religion dans les Gaules. Ils ne connaissent pas d'Églises dans cette contrée avant celle de Lyon, qui ne remonte qu'au milieu du IIe siècle et après laquelle viennent celles d'Arles, de Narbonne, de Toulouse, de Tours, de Glermont, de Limoges et de Paris. Ils croient, avec Grégoire de Tours, que celles-ci ont été fondées au milieu du IIIe siècle seulement; et, conformément à d'anciens témoignages, ils n'admettent à côté d'elle que de très lents progrès dans les pays qui les entourent.

1. Histoire de Metz, par des religieux Bénédictins de la congrégation de Saint- Vanne, 6 vol. in-4°. Metz, 1769-1790.

Nos Bénédictins n'accordent aucune considération aux anciennes listes chronologiques des évêques de Metz. Ils acceptent les synchronismes du concile de Sardique (347) pour Victor Ier et des ravages d'Attila (451) pour saint Autor; mais ils prétendent en même temps, comme le Père Le Cointe, dont ils invoquent l'autorité, que la chronologie des évêques de Metz ne saurait être fixée solidement avant Hespérius qui assistait au concile d'Auvergne en 535, et dont ils placent l'épiscopat, avec sa durée de dix-sept années, entre 525 et 542.

Les historiens de notre temps ne parlent pas autrement touchant l'origine de l'Église de Metz. M. l'abbé Glouet, le savant auteur de l'histoire de la province de Trêves1, fonde son opinion à cet égard sur des considérations qu'il emprunte à l'histoire générale de l'Église. Il voit les premières semences du christianisme apportées dans les Gaules au IIe siècle par des Grecs venus d'Asie-Mineure auxquels serait due l'origine des communautés de Lyon et de Vienne, et celle des chrétientés qui ont précédé la constitution régulière des églises de Ghâlons, de Besançon, d'Autun, de Dijon et de Langres. Il signale ensuite les missionnaires partis de Rome au milieu puis à la fin du

1. Histoire ecclésiastique de la province de Trêves et des pays limitrophes comprenant les diocèses de Trêves, Metz, Toul, Verdun, Reims et Châlons. Verdun, 1844-1851. — La publication de cet ouvrage a été suspendue après le tome II.

IIIe siècle; et c'est à cette dernière période de prédications qu'il rattache l'arrivée à Metz de saint Clément. Quant à saint Patient, il regarde comme fabuleux ce qu'on rapporte de la prétendue mission que lui aurait donnée l'apôtre saint Jean. Il admet enfin la présence de son successeur Victor, cinquième évêque de Metz, au concile de Cologne (346), et fait valoir ce synchronisme comme une des raisons qui ne permettent pas de faire remonter saint Clément plus haut que la fin du IIIe siècle.

M. Digot, auteur d'une histoire de Lorraine publiée en 18561, adopte à peu près les mêmes conclusions, et, tout en admettant que certaines communautés chrétiennes pouvaient exister dans nos contrées dès la fin du IIe siècle, il reconnaît que la constitution de nos Églises ne remonte pas plus haut que la fin du IIIe. Il fixe enfin à cette époque l'arrivée de saint Clément à Metz, opinion qui est d'accord avec le synchronisme qu'il accepte aussi de notre cinquième évêque (Victor Ier) avec les conciles de Cologne et de Sardique auxquels il aurait, dit-on, assisté en 346 et 347.

On voit maintenant ce qu'est la question historique des origines de l'Église de Metz. Dominée pendant tout le moyen âge par des croyances qui faisaient remonter celle-ci au 1er siècle et au temps même des

1. Histoire de Lorraine, par Aug. Digot, membre de l'Académie de Stanislas, 6 vol. in-8°. Nancy, 1856.

apôtres, elle est prise dans ces termes par Meurisse au xvne siècle. Cependant celui-ci porte à la vieille opinion qu'il adopte une première atteinte, en faisant remarquer qu'elle implique des inexactitudes et probablement des erreurs dans les documents anciens qui lui servent de fondement. Examinés de plus près, ces documents perdent bientôt tout crédit en présence des investigations si mesurées des Bollandistes, puis de celles moins réservées de Le Cointe, de Tillemont et de Launoy. Dès les premières années du xvme siècle, leur autorité s'écroule tout à fait. Le grand-vicaire de M. de Goislin, l'archidiacre Brayer, les déclare apocryphes et fixe à la fin du 111e siècle l'arrivée à Metz de saint Clément, son premier pasteur. Ces conclusions sont depuis lors adoptées par tous les historiens. Le Père Benoit, malgré les précautions dont il croit nécessaire d'accompagner son discours, s'y rallie évidemment ; Dom Calmet enfin, Dom Cajot, les Bénédictins auteurs de notre grande histoire, M. l'abbé Clouet et M. Digot, les acceptent aussi avec certaines variantes de peu d'importance.

De nos jours, cependant, l'opinion admise généralement a trouvé des contradicteurs qui ont essayé de ressusciter la vieille croyance abandonnée depuis si longtemps partant d'hommes aussi pieux que savants. On voudrait rattacher de nouveau la série de nos évêques à un disciple immédiat de saint Pierre. M. l'abbé Chaussier a publié en faveur de cette thèse un mémoire d'une certaine étendue; il reprend la

discussion des documents examinés tant de fois et toujours condamnés depuis qu'on a commencé à les étudier1. Il invoque encore les anciennes listes épiscopales et les actes des premiers évêques.

Les listes épiscopales ont pour point de départ celle d'abord qui a été rédigée, sans aucune note chronologique, à la fin du VIIIe siècle, par Paul Diacre, et ensuite un catalogue du IXe siècle, qui ne contient pas de dates non plus, mais seulement, en regard du nom de chaque prélat, l'indication du jour de sa mort et celle de la durée de son épiscopat. Ces éléments divers se contrer disent entre eux et sont d'ailleurs en désaccord avec le petit nombre de notions exactes qu'on possède sur l'histoire de nos premiers évêques : ce qui donne au document qu'ils constituent le caractère d'une composition à peu près arbitraire. On ne peut s'empêcher d'y reconnaître un thème chronologique calculé de manière à prêter l'apparence d'un point d'appui aux prétentions d'antiquité de l'Église de Metz.

Quant aux actes des premiers évêques, lesquels forment le principal fondement de la doctrine qu'on veut renouveler, la vie de saint Clément institué par saint Pierre et celle de saint Patient envoyé par saint Jean, ce sont des pièces apocryphes, suivant la plupart des critiques, ou au moins interpolées, c'est-à-dire altérées par les copistes, suivant ceux qui les considèrent avec le plus de complaisance. Ces prétendus

1. De V origine apostolique de l'Église de Metz, par M. l'abbé Chaussier, chanoine honoraire, supérieur du petit séminaire de Metz. Paris, 1847.

actes ne sont autre chose que des légendes ; à ce titre ils appartiennent à notre sujet. Nous allons les examiner et chercher, en les étudiant, quelle part de vérité peut s'y mêler à la fiction.

Les deux légendes de saint Clément et de saint Patient nous sont parvenues dans différentes versions offrant entre elles des variantes dont il importe d'apprécier la valeur et la signification. Ces versions viennent de sources diverses : de l'histoire des premiers évêques de Metz par Paul Diacre, dans son texte original d'abord, puis dans un texte interpolé de la fin du XIe siècle qui ajoute à l'autre certains détails ; du recueil connu sous le nom de petit cartulaire de Saint- Arnould ; de la chronique des évêques de Metz ; de la chronique rimée ; d'un mystère de saint Clément écrit au XVe siècle; et de la chronique de Philippe de Vigneulles.

Nous avons fait connaître précédemment ces ouvrages 1 ; nous rappellerons, pour ce qui regarde en particulier les deux légendes qui nous occupent maintenant, que l'histoire de Paul Diacre, écrite à la fin du vme siècle et interpolée au XIe, donne celle de saint Clément à l'exclusion de celle de saint Patient, et que, tout au contraire, le petit cartulaire de Saint- Arnould, composé à la fin du Xe siècle ou au commencement du XIe, et la chronique des évêques rédigée au xne siècle

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