‹ Études sur l'histoire de Metz; les légendesChapitre 21 sur 43 · Voir ci-dessus, chap. i, p · texte numérisé non relu

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de Paul Diacre qu'il connaissait vraisemblablement. Suivant lui, saint Servais, averti des malheurs dont la venue des Huns menaçait la Gaule, vient de Tongres à Metz pour en conférer avec saint Autor, et celui-ci, approuvant son dessein d'aller à Rome implorer l'intercession des saints apôtres, le charge de prier aussi pour la ville de Metz, d'où il ne peut lui-même s'éloigner.

Ce préambule est, il faut le reconnaître, en partie étranger à Paul Diacre; mais c'est d'accord avec ce dernier qu'Herigerus attribue ensuite à saint Servais la vision dans laquelle est révélée la protection obtenue par saint Étienne pour son oratoire de Metz. Comme Paul Diacre aussi, il fait repasser par Metz, au retour de Rome, saint Servais venant prévenir saint Autor que la ruine de la cité par les Huns est inévitable ; comme lui enfin, il raconte le sac de la ville où les Rarbares ont pénétré après la chute miraculeuse de ses murs ; mais, en parlant de l'inviolabilité accordée au milieu de la ruine générale à l'oratoire de Saint- Étienne, il ajoute cette circonstance surnaturelle qu'audessus de lui se dressait un homme d'un aspect éclatant qui semblait le défendre. Il y a tout lieu de croire qu'Herigerus connaissait, comme nous venons de le dire, le récit de Paul Diacre, dont le sien ne diffère que par quelques additions peu importantes et par des modifications qui semblent être de simples libertés de rédaction.

Lepetitcartulaire de Saint- Arnould, dont les parties

les plus anciennes peuvent appartenir à la fin du Xe siècle1, nous donne à son tour une version nouvelle de notre légende. Celle-ci est rédigée, selon toute apparence, vers le même temps que celle d'Herigerus et deux cents ans après celle de Paul Diacre, laquelle, pour sa date, était déjà séparée par un intervalle presque semblable de l'écrit de Grégoire de Tours.

La version du petit cartulaire, à peu près d'accord sur les principaux points avec les versions de Paul Diacre et d'Herigerus, s'en écarte cependant par quelques particularités, une entre autres qui montre comment, avec le temps, s'affaiblissent et se confondent les souvenirs. La notion, si formelle jusque-là, qui rattachait la destruction de la ville à l'invasion des Huns, au milieu du Ve siècle, est ébranlée dans ce document par la mention de la date de 329 à laquelle il rapporte la catastrophe. Le nouveau récit s'étend sur certains détails laissés précédemment dans l'ombre touchant le premier passage des Barbares qui, arrêtés alors par les murailles encore debout, auraient détruit, dans cette première phase de l'invasion, les dehors de la cité, et avec eux la grande basilique de Saint- Jean (plus tard Saint- Arnould) . La même version introduit en outre au milieu de ces faits un personnage inconnu jusqu'alors, l'évêque Valerius, lequel est massacré dans la première période de l'attaque et a pour successeur saint Autor. Elle amène ensuite à Metz, comme celle

1. Le récit consacré à saint Autor et à saint Livier paraît être notamment de cette époque. (Voir ci-dessus, chap. i, p. 86.)

de Paul Diacre, l'évêque de Tongres, saint Servais, qui, au retour de Rome, vient prévenir saint Autor des malheurs qui le menacent ; et enfin elle ajoute pour la première fois au récit de la ruine de la cité celui du martyre de saint Livier.

Pour ce qui est de l'évêque Valerius1, nous ferons remarquer que son introduction dans la légende, dont il nous est impossible de donner une explication satisfaisante, dérange notablement l'économie du récit admis précédemment par Paul Diacre et par Herigerus. Nous ne saurions dire quelle valeur historique peut s'attacher à ce personnage nouveau qui ne figure pas sur nos listes épiscopales et que notre légende mentionne dans deux de ses versions seulement, dans celle du petit cartulaire de Saint-Arnould dont nous venons de parler, laquelle appartient à peu près à la fin du Xe siècle, et dans celle de Philippe de Vigneulles, qui est de la fin du xve ou du commencement du xvie.

Quant à saint Livier , qui paraît aussi pour la première fois dans les textes du Xe siècle du petit cartulaire de Saint-Arnould, il y a lieu de faire observer qu'il peut y avoir un certain rapport entre le fait de cette tardive apparition et celui de la translation à Metz des reliques du saint martyr. Cette translation ayant été exécutée, comme nous l'avons dit, par

1. Nous aurons lieu de constater plus loin que c'est à cet évêque Valerius qu'une dernière et tardive version de la légende spéciale de saint Livier rattache le témoignage, presque unique dans nos légendes, des notions traditionnelles relatives au rôle politique des prélats dans la cité avant le xin0 siècle.

l'évêque Théodoric Ier pendant la seconde moitié du Xe siècle, il est possible qu'on n'ait pas commencé plus tôt à s'occuper du personnage qu'elle concerne, et il est naturel que la première mention qui en est faite se trouve dans un document de ce temps. Cette observation nous semble fournir une présomption de plus en faveur de l'opinion que nous avons émise précédemment sur l'âge probable de cette partie du petit cartulaire de Saint- Arnould. Ajoutons maintenant que, dans la version de notre légende qu'on y trouve, l'épisode de saint Livier n'est pas autre chose qu'une interpolation, car il y figure avec la date du 7 des calendes de décembre attachée au martyre du chevalier messin ; et cette date est tout à fait en désaccord avec celle de la veille de Pâques assignée à l'arrivée des Huns devant Metz par les récits primitifs que le petit cartulaire accueille aussi dans la première partie de sa narration.

Nous allons maintenant parler de l'œuvre d'yEgidius, moine d'Orval, lequel, au xme siècle, a introduit dans l'histoire des évêques de Tongres, composée par Herigerus, des additions assez importantes pour qu'on doive les considérer en quelque sorte comme un ouvrage spécial. En ce qui regarde les rapports de saint Autor avec saint Servais, ^Egidius mentionne, à l'occasion du passage de ce dernier à Metz, un miracle accueilli depuis lors par nos légendaires, celui de la table d'autel de Saint-Étienne brisée par le choc d'une poutre et raccommodée miraculeusement par le saint

évêque de Tongres suivant yEgidius, par saint Autor suivant les Messins, comme le fait observer le même historien, ^gidius admet dans son récit de nombreuses particularités accréditées déjà dans les compositions antérieures. La chute des murailles devant les Barbares, le sac de la ville, la protection surnaturelle de l'oratoire de Saint-Étienne par un défenseur céleste couvert d'armes éclatantes, tels sont les principaux traits du tableau qu'il trace ; mais, en même temps, l'auteur du XIIIe siècle ajoute à ces détails, empruntés aux écrivains légendaires qui l'ont précédé, certaines notions historiques provenant évidemment d'une source toute différente.

Parmi ces notions, il s'en trouve une très digne d'attention, suivant laquelle près de trois quarts de siècle se seraient écoulés entre la mort de saint Servais et l'arrivée d'Attila dans les Gaules. Nous reviendrons sur cette indication qu'iEgidius accueille et transcrit avec une naïveté qui est sur ce point le garant de sa bonne foi, sans paraître se douter que la donnée chronologique qu'elle contient ruine la conception légendaire à laquelle il l'associe. Nous la rappellerons tout à l'heure pour justifier l'interprétation que nous donnons au texte de Grégoire de Tours dont il vient d'être question.

Reprenant la suite chronologique des versions successives de notre légende, nous arrivons à celle de la chronique messine rimée. Plus que la version du petit cartulaire elle se rapproche de celle de Paul Diacre,

mais elle y introduit aussi une date qui est en désaccord avec elle et qui recule encore davantage le fait de la destruction de la cité par les Barbares en le reportant à l'année 242!. La chronique rimée ne parle, au reste, de même que l'histoire de Paul Diacre, ni de l'évêque Valerius, ni du martyr saint Livier.

La chronique des évêques de Metz, dans son texte latin qui, pour cette partie, est du xue siècle, s'accorde, en ce qui regarde notre légende, avec le récit de Paul Diacre et avec celui de la chronique rimée ; mais dans sa traduction française, qui appartient au XVe siècle et qui contient diverses additions étrangères à la première composition, on trouve quelques particularités de plus sur l'évêque Autor. Nous citerons comme telle l'histoire, précédemment rapportée par jEgidius, de la table d'autel de Saint-Étienne brisée par accident et miraculeusement reconstituée. C'est là aussi que sont donnés, pour la première fois, les détails relatifs à l'humble origine de saint Autor et au métier vulgaire qu'il aurait, dit-on, exercé avant d'être désigné par Dieu lui-même pour l'épiscopat.

La chronique de Philippe de Yigneulles, écrite vers le commencement du xvie siècle seulement, contient, comme nous l'avons dit, la dernière version de la double légende de saint Autor et saint Livier. Cette version consiste dans la reproduction pure et simple de celle qui avait été donnée par la chronique française des évêques de Metz, à laquelle le chaussetier messin a joint, pour ce qui concerne spécialement

saint Livier, un morceau assez étendu qui semble n'être autre chose que l'analyse d'un roman de chevalerie. Cette composition, qui ne nous est point parvenue dans sa forme primitive, n'était vraisemblablement pas antérieure au xme siècle. Nous ne la connaissons que par le précis de Philippe de Vigneulles, où nous trouvons un tableau, conçu dans le goût de cette dernière époque, d'une suite d'aventures merveilleuses par lesquelles on se plaisait à faire passer le personnage, très populaire à Metz, de saint Livier. Pour le moment, nous n'en dirons pas davantage de ce document, sur lequel nous reviendrons à la fin du présent chapitre.

Nous avons précédemment signalé, comme contenant la version primitive de notre légende, le récit que fait Grégoire de Tours de l'invasion des Huns dans les Gaules au livre II de son histoire. Là sont exposés d'abord certains faits relatifs à l'église de Tongres, puis ceux qui concernent la prise de Metz par Attila. Quoiqu'on ne puisse méconnaître l'intention où était l'historien de les réunir jusqu'à un certain point en les rapprochant ainsi, il nous a semblé cependant qu'ils devaient être séparés en deux groupes distincts. C'est ce qu'il s'agit de démontrer maintenant.

Constatons d'abord que les faits relatifs à l'église de Tongres, mentionnés par Grégoire de Tours dans le chapitre v de son livre II1, concernent exclusivement

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