Voir ci-dessus, chap. n, p
et à l'ouest par les deux fleuves, avait, pendant la période déjà longue de sa vie romaine, pris son développement au midi, vers les quartiers des Arènes et des Basiliques1. Lorsque les Barbares se présentèrent, il y avait, en cet endroit, des faubourgs assez étendus qu'il fallut probablement renoncer à défendre, et on dut vraisemblablement se contenter d'enfermer l'ancienne ville plus facile à fortifier. Pour les deux flancs que couvraient les rivières et que protégeaient en outre les escarpements qui, sur plusieurs points, dominaient celles-ci, l'œuvre put s'accomplir d'une manière suffisante. Peut-être restait-il là quelque chose d'une enceinte plus ancienne, dont rien n'avait encore compromis l'existence dans ces lieux. Mais, au midi, si l'enceinte avait jamais été établie de ce côté, elle devait n'avoir eu qu'un caractère provisoire, ou bien avoir été supprimée à un certain moment pour assurer plus complètement la communication de la ville primitive avec les nouveaux quartiers2; et lorsque, dans la cruelle nécessité de sacrifier ceux-ci, on voulut au moins conserver la première, on dut se borner à des mesures insuffisantes. Quelques travaux de fortification, exécutés d'une manière expéditive sur cette ligne dépourvue de défenses naturelles, purent bien ne consister qu'en un fossé accompagné d'une simple palissade, faible barrière capable d'arrêter des coureurs,
t. Lieux occupés aujourd'hui par l'ouvrage dit le Pâté, par la gare du chemin de fer et par la lunette de Montigny. 2. Voir ci-dessus, chap. n, p. 145.
mais aussi facile à forcer ensuite pour un corps nombreux opérant avec résolution que si un prodige l'avait fait tomber d'elle-même.
On est fondé à penser que la ville put être ainsi enlevée par les Huns, surmontant sans grande peine les obstacles insuffisants improvisés par une population folle de terreur, dans un lieu découvert. On conçoit même, dans cette hypothèse, une succession très vraisemblable de faits constituant deux épisodes du même événement et pouvant concorder avec les détails de la légende, en ménageant la notion des deux phases d'action relatées par elle. Les Huns, se heurtant aux fortifications qui couvraient le vieux Metz, auraient d'abord détruit les quartiers extérieurs au milieu desquels s'élevait la basilique de Saint- Jean. Revenant plus tard à la charge, ils seraient entrés seulement alors dans la ville, qu'ils auraient livrée au pillage et à l'incendie. Ce double tableau s'accorde très bien avec les circonstances probables de la prise de Metz par les Huns, si l'on admet que leurs premières bandes, ayant ravagé les faubourgs que rien ne défendait, s'arrêtèrent d'abord devant le misérable rempart, qu'ensuite leurs troupes plus nombreuses enlevèrent sans difficulté après cette première période de ravages, et quand déjà plusieurs de leurs corps d'avant-garde, remontant le cours de la vallée, étaient, ainsi le veut la tradition, parvenus à Scarpone d'où les aurait alors ramenés l'appât du butin.
Passons maintenant aux indications que la légende
nous fournit sur Saint-É tienne. Toutes les versions, depuis celle que transcrit Grégoire de Tours à une époque voisine de l'événement jusqu'à celle de Philippe de» Vigneulles rédigée au xvie siècle, s'accordent sur un point, la conservation miraculeuse de l'oratoire de Saint-Étienne au milieu de la cité en ruine. Ce sanctuaire, suivant une tradition dont rien ne vient infirmer l'autorité, occupait l'emplacement même où s'est élevée depuis lors notre cathédrale. Si l'on en croit la légende, ce lieu, situé presque au centre de la ville, aurait été préservé dans le désastre général, et la chapelle se serait dressée comme une roche inaccessible, comme une masse solide, ce sont les expressions de Paul Diacre, battue par le flot des Barbares qui se répandaient autour d'elle sans trouver de passage pour y pénétrer.
Cette situation rappelle la condition de ces châteaux primitifs auxquels les récits légendaires rapportent l'origine de la cité et dont nous avons parlé précédemment en étudiant la légende de la fondation1. Nous avons dit qu'à cette notion pouvait correspondre, dans les temps anciens, l'existence de points fortifiés isolément, protégés pour le moins par des clôtures spéciales, dans l'intérieur de la ville où ils auraient formé comme autant de petites citadelles susceptibles d'une résistance propre. Il n'est nullement impossible que l'oratoire de Saint-Étienne se soit trouvé dans une de