‹ Études sur l'histoire de Metz; les légendesChapitre 26 sur 43 · Voir ci-dessus, Introduction, p · texte numérisé non relu

Voir ci-dessus, Introduction, p

2. La probabilité que la composition du roman de saint Livier ne remonte pas plus haut que le xme siècle ressort également de cette circonstance

assez singulièrement, soit dit en passant, dans la constitution de son écu lui-même. Cette figure, avec son sens allégorique, était inconnue auparavant, quoiqu'on possédât alors à Metz une notion qui s'y rapporte évidemment, sans qu'on sache au juste quel lien existe entre l'une et l'autre. Ainsi, avant le xvie siècle déjà, et depuis longtemps, à ce qu'il semble, on disait Metz-la-Pucelle. Mais la preuve qu'au moyen âge cette locution ne correspondait pas à la croyance associée aujourd'hui à l'idée qu'elle représente, c'est qu'en nous la signalant la chronique rimée lui assigne une autre origine, témoin ce passage auquel nous avons fait précédemment allusion dans l'exposition de la légende du chevalier Métius1 :

Quand on fit les tours d'Anglemur Les anciens disoient en murmure, Pour avoir la cité durée Qu'une pucelle y fut murée.

Lors fut Metz Pucelle appelée.

Sans prétendre rien conclure de l'étrange assertion de la chronique rimée, quant au fait même qu'elle rapporte, nous pouvons au moins, pour ce qui regarde le surnom attribué ainsi à la ville de Metz, la consi-

que le personnage principal y est, pour son origine, rattaché à la famille messine de Gournay; or, cette conception ne peut appartenir qu'à un temps où cette grande famille avait acquis déjà une illustration qui ne semble pas avoir commencé pour elle avant le xme siècle au plus tôt. 1. Voir ci-dessus, chap. m, p. 173.

dérer comme une preuve suffisante que l'explication qu'on en donne aujourd'hui est toute moderne, et vraisemblablement mal fondée dans ce qu'elle dit de son origine.

On peut regretter d'avoir à se prononcer ainsi contre une croyance respectable à tant d'égards. Il faut oser le faire cependant, parce que l'erreur ne doit jamais être ménagée, n'eût-elle pour inconvénient que d'empêcher des recherches utiles; et celles-ci, dans le domaine de l'histoire, peuvent toujours avoir finalement une portée plus étendue que ne semble parfois l'annoncer leur point de départ. Bannissons donc tout scrupule exagéré, dût notre amour-propre de Messin en être un instant effleuré. Une semblable rectification d'ailleurs ne saurait au fond blesser en rien la vaillante population d'une ville qui a vu échouer plus d'une puissante agression dirigée contre elle, et qui, pour trouver dans ses annales le souvenir d'une prise de vive force, est obligée de remonter jusqu'aux phases les plus reculées de son histoire et d'interroger même les vieux textes de ses légendes.

LA LÉGENDE DU DUC HERVIS

Page 1