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DES NOTIONS FOURNIES PAR L'ÉTUDE DES LÉGENDES MESSINES

Plan suivi dans ces études; mode d'examen appliqué aux documents qu'elles concernent. — Les légendes et leurs sources. — Notions fournies par elles : sur les origines de la ville de Metz ; sur sa vie romaine ; sur les commencements de son Église; sur sa dévastation par les Barbares et sur l'expulsion de ces derniers; sur la condition de la cité en Austrasie, en Lorraine et dans l'Empire.

Parvenu au terme de ces études, nous voudrions jeter en arrière un regard sur le chemin parcouru et rappeler, comme conclusion, dans un court aperçu, les points principaux du plan que nous avions en vue et ceux du travail que nous avons accompli. En procédant à l'examen des légendes messines, nous nous proposions de montrer en quoi consistent ces curieux monuments et de faire, autant que possible, ressortir

de leur interprétation le sens véritable des indications qu'elles renferment. Pour remplir ce programme nous avons d'abord dressé une sorte d'inventaire de nos légendes et décrit les ouvrages qui les contiennent. Considérant ensuite individuellement chacun de ces documents , nous les avons analysés ; nous avons essayé de pénétrer, par la comparaison de leurs versions successives, le secret de leur formation; nous avons enfin tâché de reconnaître les éléments divers qui les constituent et les notions particulières qui s'y trouvent exprimées. Il fallait déterminer la valeur de ces notions en les rapprochant des faits connus de l'histoire ; quelques-unes s'accordant avec ceux-ci nous ont semblé contenir des traditions de la vérité, tandis que d'autres, en contradiction formelle avec les données historiques, nous ont paru n'être que des conceptions purement imaginaires. L'association de ces notions de nature si différente est une des conditions ordinaires de la légende. Le premier résultat de ces études aura été de montrer ce mélange constant de la réalité et de la fiction dans les documents que nous avons examinés, et de confirmer ainsi le caractère essentiellement légendaire qu'il convient de leur assigner.

Rappelons en quelques mots que les textes dont nous avions à nous occuper proviennent d'un certain nombre d'ouvrages composés à différentes époques, du VIe au XVIe siècle, et que ces ouvrages sont : les histoires de Grégoire de Tours, de Paul Diacre, d'Herigerus, abbé de Lobbes, et d'^Ëgidius, moine d'Orval, le petit

cartulaire de Saint- Arnould, la chronique des évêques de Metz, la grande geste des Lohérains, les histoires de Hugues de Toul, la chronique messine rimée, un mystère de Saint-Clément composé au XVe siècle, la chronique de Philippe de Vigneulles, et celle d'un anonyme vraisemblablement messin qui vivait dans la première moitié du xvie siècle. Disons encore que ces textes nous donnent les différentes versions de sept légendes distinctes : la légende des premiers fondateurs, celle du chevalier Métius, celle de saint Clément, celle de saint Patient, celle de saint Autor et saint Livier, celle du duc Hervis, celle du duc Austrasius; et que ces légendes concernent les origines de la cité, sa réduction et sa transformation par les Romains, les commencements de son Église, sa dévastation par les Barbares et l'expulsion de ces derniers, sa condition de capitale dans le vieux royaume d'Austrasie, dans celui de Lorraine et dans son duché, la constitution de son indépendance avec les institutions qui s'y rapportent, et enfin l'organisation de son patriciat.

Sur ces divers sujets, nous l'avons constaté, l'histoire ne donne que des indications fort incomplètes. La légende, en les traitant, nous livre quelques notions qui méritent à divers degrés de fixer l'attention. Nous en ferons ici une revue succincte.

Touchant les origines de Metz, les documents légendaires signalent d'abord l'arrivée, dans nos contrées, de peuples sortis des provinces orientales de l'Europe ou de l'Asie elle-même, et celle ensuite des Romains,

tous venant successivement contribuer à la formation et à l'extension graduelle de la cité. Certaines notions assignent pour point de départ à celle-ci des châteaux fortifiés les uns à côté des autres, comme de petites citadelles, entre lesquels se seraient bientôt multipliées les habitations enfermées ultérieurement dans une enceinte générale. Cette première enceinte, dite aux VII portes, ne devait pas dépasser de beaucoup, à ce qu'il semble, les collines occupées tout d'abord entre les deux rivières ; elle présentait cette particularité que, du côté du midi, la ceinture de murailles était interrompue et remplacée par un simple fossé accompagné d'une palissade. Il est ensuite fait mention d'une seconde enceinte plus étendue, celle de Serpanus et d'Arénus, qui enveloppe les quartiers formés avec le temps en dehors de la première, Ayest (aggestus), Vésegneuf (viens novus), le Neufbourg (novum burgum), et le lieu désigné sous le nom d'Anglemur, mais peuplé, dit-on, plus tard seulement. Auparavant est relatée la construction du pont Rémond sur la Seille, au point où aboutissait la grande artère de circulation de la cité, tronçon de la voie romaine qui allait de Scarpone à Trêves; et, en dernier lieu, on mentionne la création des deux faubourgs, situés, de part et d'autre, au delà des rivières, à l'est celui d'Outre-Seille, à l'ouest celui d'Outre-Moselle, d'où devaient se détacher ultérieurement les deux grands ponts qui franchissent le bras principal du fleuve. Nous avons reconnu en passant que la classification

légendaire de ces divers établissements représente très vraisemblablement l'ordre dans lequel ils ont été effectivement réalisés; cette succession de faits est particulièrement intéressante à observer dans ce qui concerne les ponts de la Seille et de la Moselle.

La vie romaine de la cité est aussi l'objet de diverses indications. Metz est soumise par un lieutenant de César qui, à ce qu'il semble, aurait joint l'œuvre des négociations à l'effort des armes pour obtenir ce résultat. Viennent alors les notions relatives aux transformations qui sont la conséquence du régime nouveau : renseignements pleins d'intérêt sur l'extension matérielle de la ville du côté du midi, sur la construction des grands édifices de Rome-Salle et de l'amphithéâtre, sur la substitution du nom romain de Mettis (Metz) au vieux nom gaulois de Divodurum, et enfin sur le développement d'importance que paraît marquer pour la cité la mention des privilèges de supériorité que l'empereur Octavien lui aurait accordés sur toute la province. Une dernière indication, qu'on doit placer à côté de celles-là, concerne le désordre moral engendré par la civilisation romaine au sein de la grande ville. C'est ce qu'exprime la conception symbolique du serpent de l'amphithéâtre que devait vaincre le premier apôtre du christianisme.

Les commencements de l'Église de Metz ne reçoivent de nos légendes qu'une lumière insuffisante. On saisit seulement, en ce qui les concerne, la trace de deux opinions contraires qui auraient successivement régné

sur cette question, dans son sein; la plus ancienne attribuant à des pasteurs grecs les fondations chrétiennes primitives, l'autre assignant à des missionnaires romains les premières prédications. On est ainsi conduit à penser qu'à Metz les institutions du christianisme pouvaient avoir, en effet, à l'origine, une physionomie grecque1, et qu'elles émanaient de quelque foyer religieux ayant le même caractère, de l'antique Église de Lyon peut-être, ou de quelqu'une des chrétientés que celle-ci avait fondées en divers lieux des Gaules. L'Église de Metz aurait pu, dans ces conditions, commencer dès la fin du IIe siècle ou dans le courant du me. Quoi qu'il en soit, ce qui ressort de plus positif des documents légendaires sur ce sujet, c'est que les premiers établissements du christianisme ont été fondés à Metz au dehors et au midi de l'ancienne ville, dans les quartiers romains des arènes et des basiliques, où les deux sanctuaires de Saint-Pierreaux-Arènes et de Saint-Jean-Évangéliste semblent se disputer le rôle de siège primitif de la religion nouvelle. Plus tard seulement la chaire épiscopale, après avoir appartenu plus ou moins longtemps, on en est

1. A ce caractère grec primitif de l'Église de Metz aurait succédé plus tard un caractère latin, dans des conditions d'antagonisme et de réaction contre le premier. C'est au moins ce qui semble ressortir des données de nos légendes. Ces inductions sont d'autant plus vraisemblables que, loin de créer une situation exceptionnelle pour l'Église de Metz, elles s'accordent avec un des traits les plus remarquables de l'histoire générale de la religion. Il existe en effet de sérieux indices que les institutions du christianisme ont eu partout, même à Rome, un caractère grec, pendant une certaine période des premiers temps.

certain, à la basilique dédiée à saint Jean et située dans le faubourg, fut introduite dans la ville ellemême et placée à Saint-É tienne, dans l'enceinte de ses murailles.

Les ravages d'Attila semblent, d'après nos légendes, avoir été l'occasion de ce changement notable dans le régime ancien de l'Église de Metz, et ils lui assignent pour date le milieu du Ve siècle. A l'arrivée des Huns, on aurait dû, paraît-il, abandonner les quartiers extérieurs qu'il était impossible de défendre, et on aurait élevé à la hâte, derrière eux, pour protéger la vieille ville, une ligne de défense insuffisante que les Barbares devaient enlever sans grande peine, après avoir dévasté dans une première période de ravages tout ce qui était resté en dehors de ce faible rempart, notamment le célèbre sanctuaire de Saint-Jean-Évangéliste. Metz aurait été alors brûlée, presque anéantie, et l'oratoire de Saint-Étienne, seul épargné au centre de la ville, aurait reçu, à partir de ce moment, le siège épiscopal qu'il ne possédait pas auparavant, mais que depuis cette époque il a toujours conservé. A ces faits se rapportent, on a lieu de le croire, certaines indications légendaires touchant le souvenir d'une prise de vive force de la cité dans des temps très anciens, celles aussi qui marquent la faiblesse de la primitive enceinte du côté du midi, et, peut-être encore, celles qui concernent ces lieux fortifiés dans l'intérieur de la ville, qu'on signale dès son origine, et dont la notion s'accorde très bien avec ce qui est dit de la

conservation de Saint-Étienne au milieu de la ruine générale. La légende de la destruction de Metz par Attila contient en outre, dans la mention du meurtre de Valérius, un trait qui rappelle les invasions des Normands au IXe siècle et l'épisode de la mort de l'évêque Wala, tué à Remich en les combattant. Ajoutons encore que cette légende, jointe à quelques indications accessoires, fournit les arguments qui servent à démontrer la fausseté du prétendu synchronisme de saint Servais et d'Attila et à expliquer en même temps un passage intéressant de l'histoire de Grégoire de Tours. Nous trouvons ensuite dans nos légendes une notion dont il est malheureusement difficile de déterminer la valeur, sur une défaite que les Barbares auraient, en d'autres circonstances, essuyée près de Metz. Leur déroute aurait eu lieu du côté d' Ancerville , suivant une indication qu'on voudrait voir confirmée par des renseignements plus positifs.

Nos légendes nous font connaître après cela, par de nombreux détails, la condition de Metz dans le royaume d'Austrasie, dans celui de Lorraine et dans son duché, avec le rôle de capitale dont elle jouit à des titres divers pendant la période qui va du VIe siècle au XIe à peu près. Les notions abondent dans les documents du cycle légendaire tout entier sur la vieille royauté messine. C'est tout particulièrement à cette situation que doit se rapporter, croyons-nous, ce qui est dit de l'anoblissement de Metz par l'empereur Octavien. Nos légendes nous montrent encore, en des

traits significatifs, l'antagonisme qui éclate entre les derniers Carolingiens de France et les rois allemands de Germanie pour la possession de Metz et de la Lorraine ; elles indiquent les oscillations de nos ducs entre les deux prétendants ; elles signalent l'avantage finalement obtenu par les souverains allemands, et l'attache définitive de la cité à leurs États et à l'Empire.

Viennent ensuite les notions qui concernent les croisades, avec le souvenir du rendez-vous donné à Metz aux combattants qui partaient, en 1 1 47, pour Constantinople. Rappelons encore les indications relatives au régime de la ville libre impériale, et tout ce qui regarde les commencements de son indépendance : sa Commune antérieure à l'établissement de celle-ci; les détails de sa vie municipale, ses assemblées et ses délibérations populaires, sa bourgeoisie dans ses rapports avec les évêques, avec les ducs et les barons du pays, la constitution de ses magistratures ou de sa justice, et plus tard l'acquisition par elle de sa Vouerie ; ses milices et sa bancloche, le régime de son commerce, les banques, les Lombards, la fréquentation des foires de Champagne, son patriciat enfin et l'organisation de ses vieux Paraiges.

Ce n'est certes pas chose à dédaigner qu'un corps de documents si riche en renseignements de toutes sortes. Les vieilles légendes messines qui nous les fournissent n'avaient jamais été étudiées dans leur ensemble au profit de l'histoire. Nous nous sommes appliqué à leur examen; nous avons essayé d'inter-

prêter leur langage quelquefois obscur, toujours peu explicite. Nous avons dû souvent nous en tenir aux conjectures dans nos conclusions. Une grande réserve à cet égard était commandée par le caractère particulier de ces études, par leur nouveauté, par la nature même de leur sujet ; nous croyons ne nous être, dans aucun cas, exposé au reproche d'y avoir manqué.

APPENDICE

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