LÉGENDE DU DUC AUSTRASIUS
Version I. Texte de la chronique messine rimée. Publié (Ve Bouchard,
1698. - Chabert, 1856).
Version II. Texte de Phil. de Vigneulles, chronique. Inédit. (Appendice
n° XII.)
LÉGENDE DES PREMIERS FONDATEURS
Version I. — Texte de la chronique anonyme du xvi6 siècle1. — D'après une copie faite en 1848 sur le manuscrit unique appartenant alors à la bibliothèque de feu M. le comte Emmery. (Voir ci-dessus, page 111.)
Ghap. xvii (1. h). — De Samothès surnommez Dis, premier roy de Gaule et de la fondation dez trois chaistel de Monmélian; où est à présent scituée la cité de Mets-, dez ij riuières; des septz portes.
Samothès constitué premier roy de Gaule... avec sa femme, sa famille et vne dez fille de Noé... et trois frères de la lignée de Sem... vindrent en Gaule... Pour entrer en la matière de la
1 . Dans la reproduction de ce texte et de ceux qui suivent, nous avons conservé l'orthographe des manuscrits auxquels ils sont empruntés; mais, pour en faciliter la lecture, nous en avons supprimé les abréviations et nous y avons introduit les apostrophes, les accents et les signes de la ponctuation.
APPENDICE
fondation de cest noble cité de Mets et assauoir que quant ce noble Samothès se partit de Noël son grant père et de Japhet son père, qu'il auoit auec luy grant nombre de peuple, et entre aultrez, corne desjà est cy deuant desclairé, esloient vne dez fille de Noël, en ces pays nommée Azitha, et trois frères de la lignée de Sem, nommez Geteth, Jazell et Zelec, auec leurs familles et peuples, qui auoient estez maistre ouuriers à Tédification de la tour de Babilone-, et, pour cause qu^lz parloient le langaiges comme Samothès, ilz se joingnirent et mirent auec luy en mer et arriuont en Gaule. Après que ilz furent arriuez en Gaulle, qui est l'an de la seconde aage cxliiij après le déluge, l'an de Noël vijc xliiij, l'an du monde selons les Hébreu mil vijc iiijxx et xvij, et selons les lxx interprète Fan du monde deulx mil vijc iiijxx vj, l'an xiije de Reu ou Ragan, filz Phaleth, fîlz Héber, ces trois frères Geteth, Jazell et Zelec, et leur tante Azitha fille de Noël, leurs femmes, enffans, peuples et famille, avec leurs bestiale et richesse, se partirent de Samothès et de ces gens, allant et passant par diuerses lieux et paiis, nom sachant où ilz alloient synom au volloir de Dieu.
Tant chaminèrent par mons et vallée, de nuyt et de jours en grant paine et trauaille, qu'ilz arriuèrent en la Gaule, à présent dicte Gaulle Belgique, où considérant plussieurs lieu regardans de toutte part lez bas et vallée, montée et descendue, vindrent vers Aquillon, en vne grande plaine moult plaisantes habundans de bonnes pastures, d'arbrez pourtant fruitz et de touttes manières d'oyseaulx ramaiges chantant mélodieusement, que ce leur fut grant consolation, aornées de bonnes fontaines de doulces eawe et de deulx belles riuières courant en jcelle plaine, venant Tune de midy et l'autre d'orient et dez montaignes au long de Tunes dez riuières du costel vers occident et midy; et estoient cez deulx riuières de bonne yawe ramplie de bon poissons; et au-dessus du lieu où cez deulx riuières se assembloient Tune en l'autre, entre deulx auoit vne petitte montaignes plaisantes plaines d'arbres chargiés de bon
APPENDICE
fruitz, fréquentée d'oyseaulx, couuerte de bonne ars atrampée, modérée, plaisantes et environée de ces deulx riuières descendantes au bout d'jcelle petitte montaignes vers Aquillon. Ce lieu leurs semblant plaisant et lieu delicieulx, illec se arrestèrent en eulx reposant et y trouuèrent grant consolations et repos. Et [' le premier de entre eulx qui vint en ceste petitte montaigne était nomez et appeliez Mélians, et à ceste cause nommèrent ceste petitte montaigne Monmélians] eulx santant l'aierà eulx conuenaubles conclurent et délibérèrent entre eulx de là faire leurs demourance, et illec édiffier maisons et habitacions, car ez lieu où ilz auoient passez n'auoient trouuez lieu, contrées ne régions à eulx plus duisaubles, aornées de touttes choses nécessaires à la nutrictions de vie humaine, corne estoit se lieu selons leurs aduis.
Azitha, fille ou anellette de Noël, auec ces iij nepueulx, Geteth, Jazell et Zelec, qui estoient les plus anciens nobles et saiges de leur compaignie, yssus et descendus de Sem, anel fîlz de Noël, conclurent de édiffier en ce lieu trois hault habitacles et maisons de bon espés murs, de telle matière corne ilz auoient veu édiffier la tour de Babillonne. Geteth le plus asnel des trois frères fist encomancier vng hault habitacles et maisons pour luy et sa familles, on hault de la montaigne qui est entre lez deulx riuières, et luy donna son nom Geteth. Jazell fist encomancier vne aultrez maison et habitacles plus auant en la descente de la montaigne tirent vers midy, et luy donna son nom, et présentement lez appairance de édiffice le démonstre, et est le lieu où est présentement la court épiscopalle; et emprès de ce lieu y ait encor vne petitte ruellette condi en Jazell et en langue comune Walzell. Zelec fist faire et encomancier vng aultres habitacles bas sur la riuière, et luy donna son nom, et est le lieu où présentement est l'esglise de
1. Les passages compris entre deux crochets sont, dans le manuscrit, des intercalations de la main de l'auteur.
APPENDICE
Sf-Jehan en Chambre; et por asseuir leurs ouuraiges lez firent continuer et auoient lez ouuries, en édiffîant, por mortier cyment et anglues berycles et tuylles por pierre, come ils auoient en édiffîant la tour de Babyllone. Quant ces trois habitacles, maisons et chaistel furent asseuis, ilz estoient si paraille et semblable que on ne scauoit à dire la différance l'ung de l'autre, synom qu'ilz estoient assis en diverse lieu, et ceu qui estoit en l'ung estoit en l'autre, et furent nomez les trois chaistel de Monmélians, l'an du monde mil ixc xxxv selons les Hébrieux, au temps de Ninus, Tan après le déluge ijc lxxix ou enuiron. [Aulcuns anciens acteurs et historiens ont escript que leu comancement de Mets fut Tan du monde xxvi cens et lix ans, et après le déluge iiijc et xvij ans. Aulcuns ont escript que ce fut lan mil ixc iiijxx et xv. Moy acteur ne me saueroient à ce acordeir, la raison que le roy Ninus à la natiuité d'Abraham auoit régnez xliij ans, et Abraham fut nez l'an du monde selons les Hébrieu mil ixc et xlviij, et ne régna ledi roy Ninus que lij ans, et fut tué d'un dart, l'an ixe d'Abraham, et ainsy jcelluy nullement ne serait du temps de Ninus mais longtemps aprez sa mort.] Les dj trois habitacles furent sy rampiis et multipliés de peuples et de gens qu'ilz furent constraint édiffier aultres habitacles. Sy yssirent hors de celles gens quai très homes saiges et preudentz en ouuraiges nomez Gérébrès, Méfrès, Thémosis et Horus, lesquelx auec moult d'aultres comancèrent à construire et édiffier maisons et aultres édiffices hors et enlentour d'iceulx habitacles, sy que en brief temps il y eust grans et spacieux édiffices faits et adjouct aux aultrez, et en firent une ville et [par succession de temps après] l'enuironnèrent de murailles et fossez pour là faire plus seurement leurs demeurance [en temps de guerre, car lors ilz estoient en paix, et por ce disoit vng philosophe... Beata Ciuitas que tempore pacis parât se ad bellum].
Gest ville estant assise aux riues et entre cez deulx fleuues et riuières, (l'une) venant de deuers midy [qui fut anciennement
APPENDICE
appeliez Obrinca à présent est] appellée Muzelle, l'autre venant de deuers orient et [à cause dez sallines par où elle passe] appellé Saille. On véoit ceste ville lors esleuée de deuers orient par dessus Saille et de deuers occident par dessus Muzelle, car elle (est) assise sur ces deulx riuières, et eust de sa première assise septz portes c'est assauoir : une porte appellée Méridyane regardant vers midy, et deulx vers occidant sur la riuière de Muzelle, dont l'une estoit appellée la porte des Lauandières ou Bueresses, là où ilz lauoient les draips et linges, et là pour passeir la riuière y auoit vng pont de boix. L'autre porte sur jcelle meysme riuière estoit dicte la porte de l'Abreuour des cheuaulx. L'autre porte au bout de la montaigne regardant vers aquillon fut pour lors dicte la porte de Mozelle ou porte à Muzelle, et ceulx qui firent construire et édiffîer jcelle porte estoient des plus noble et de la vraye descendue de Sern, premier filz de Noël, anoblis par la bénédiction de son peire Noël; et là firent faire et construire vne haulte et grosse tour, et au fondement d'jcelle tour firent mettre et poser vng gros rond pillier, et firent escripre à Pentour d'jcelluy pillier en lettres dor séellée de plombz de leurs séelz cez meltres tel comme s'ensuiuent : Hec est structura nobilium, que processu temporis, déficiente justiciâ, conuertitur ad innobiles. Qui sont ainsy interprétez : Gest ediffices construictz dez nobles, par successions de temps en déffaillant de justice, conuertira à gens ingnobles. Les aultres trois portes estoient vers orient, sur la riuière de Saille, desquelles Pune estoit dicte la porte on port de Saille, qui estoit en la descendue de la montaigne vers orient, à présent se nomme le lieu Porsaillis. L'autre porte regardant vers orient fut dicte et nommé la porte du Champs à Saille, lequelz champs estoit lieu plaisant dessus et auprès de Saille por la récréation dez citains. La thierce porte regardant aussy vers orient fut appellée la porte dez Gurtis, pour les gerdins, meize, ortellaiges et curtis qui estoient en ce lieu, où plussieurs s'efforsaient de là demeurer pour la bautez et fertilité du lieu.
APPENDICE
Ghap. xvm. — Du nom de Diuidunum qui fut imposez à ceste ville et cité.
Gest cité renomée remplie de boin et noble peuple, assise au riue de Muzelle et de Saille, édiffiée de haultes maisons, fortiffîée de murs et foussez fut dez habitans et estraingiers nommée Diuidunum que vault autant à dire come Mont dez Dieu, pour ce que les habitants de ce lieu estoient dit bien eureulx come Dieu. A ceste cause fut elle dite Diuidunum, c'est à dire Mont dez Dieu. Moult s'efforçoient de illec faire leurs demourance et ne pouoient, par quoy leur fut force de construire et édiffîer au dehors dez faulxbourgs.
Ghap. xix. — Des arches que sont à Joiey sus Muzelle, et pourquoy le nom ait estez imposez.
Depuis ces édiffices fait, encor régnant et viuant Ninus, roy de Babillonne, la noble dame fille de Noël nommée Azitha, seur de Sem ou fille de cez seurs et tante de cez deuantdj trois nobles hommes édificateurs et constructeurs de la cité, craignante que le déluge ne aduenist encor, pour résisteir à l'inundations des eawes et pour passer seurement et sèchement de montaigne en montaigne, feist construire de grant et hault pilliers et arches par dessus la riuière allant de montaigne à aultrez pour résisteir au déluge aduenir, distantes et au dessus de la cité sus la riuière [condit à présent] Muzelle, [et par auant en laitin Obrinca, enuiron] arier d'icelle cité ij lue, desquelx arches aujorduy lez hommes se esmerueillent qui lez purent auoir fait et fait faire. Aulcuns, ne sceuent comment elle sont estez faicte, dicent que Jullius Gésar, quant il conquist les Galles et la cité Médiomatricque quj est à présent la cité de Mets, lez fist faire et construire. Aultrez dicent que le diable lez a fait à la requeste du seigueur du Nuef Ghaistel. Néantmoins la vérité est que celles arches et grant pont furent premièrement fait et construictz à la requeste d'icelle dame et par ces gens et cousins. Quant se grant pont et haultes arches fut fait et paracheuez, considérant que ce n'estoit pas vne
APPENDICE
petitte oeuures et qu'elle auoit acomplis et joys de sa volluntez et intentions, dist aux oeuuriés et à ces nepueulx qui là estoient présent : — Je suis joieuse que j'ay de mon désir joys, d'auoir veu acheueir se beau pont, et por ceste cause lui fuit le nom de Joys imposez.
Chap. xx. — De Magus, iie roy de Gaulle, et de Tréber, fils du roy Ninus et de ceulx qui vindrent en Gaulle auec luy.
(L'an 54 de Ninus commence à régner en Gaules Magus, 2d fils de Saturnus Samothès, surnommé Dis. Sémiramis fait périr Ninus et veut épouser Tréber, fils de ce prince et d'une autre femme.)... Tréber la refusant pour l'honneur paternelle, fut par elle déboutté et expulsez hors du pays auec plussieurs nobles homes riches et scavant qui l'accompaignèrent auec grant peuple et gens qui ne volloient estre subgects à jcelle royne. Et entre aultrez auoit auec luy v nobles hommes nomez Nimias (Eneas), Ascanius, Siluius, Garpantus et Ancus, qui estoient de iij nations, ij Galdéens, ij Egyptiens etvng Hébreux, et vindrent en la mer Méditaraine qui diuise Asie de Europe, et là se mirent en bateaul. Toutteffois aprez plussieurs labeurs et paines il eust responces de cez dieux et idolles que jamais ne trouueroit lieu qui luy fut propice jusques ad ce qu^il seroit en Europe. Et vint en la mer Occéane et entra on Rin et tant qu'il ariua en riuaige du fleuue de Muzelle, en montant à mont jusques on lieu où est à présent la cité de Mets, et sortit hors des bateaulx et cuydiant entreir en la cité que alors estoit [nouuellement fortiffiée et] nomée Diuidunum por illec faire leur demourance auec eulx, laquelle entrée leur fust minse à reffus.
Ghap. xxr. — De la première baitaille qui fut deuant Diuidunum et dez édiffices fait hors d'icelle ville pour lors.
Tréber et ces gens indignez du reffus à eulx fait de lez laisseir entreir proposèrent entre eulx d'y entreir par force et aduisèrent en l'entour de la cité le plus faible lieu por y entreir, et cognurent que entre la porte Méredyane et la porte en Cur-
APPENDICE
tis estoit le plus foible et leur fut aduis que en ce lieu il estoit facille à entreir, et deffait par ce lieu y entrèrent et rompirent les pallis et clossure qui estoient faicte en ce lieu. Les manants et peuples de la cité, de ce aduertis, marritz et courroussez de icelle approbre à eulx faicte, lez vindrent assaillis et lez poussèrent et bouttèrent hors de leur clossure et fermetez et eulrent ensemble baitaille en vne petitte plaice deuant la porte Méridyane et fut force à ceulx estraingier eulx retireir et habandonneir la plaice. Et pour mémoire perpétuel d'icelle première victoire, la plaice ait depuis estez nomée Forcefaicte qui depuis ait estez enclose en la cité, et est à présent vne petitte ruelle nommée Forcefaicte. Ces gens estrangiers se voyant ainsy rebouttez et frustrez de leur intencions, enuoyont de leurs gens vers jceulx citains leur prier, puesqu'il ne leur plaisoit les laisseir habiteir auec eulx, qu'il leurs permettissent de édiffier emprès d^eulx hors de leurs ville, ce que leur fut escordeir et encomansont affaire vng grand habitacles et maisons parailles aux aultres trois, et continuèrent leur oeuure de sortes que en peu de temps fut paracheuez, et est le lieu où à présent est l'abbaye de Ste Glodsine.
Chap. xxii. . . (Tréber quitte Diuidunum, il fonde Trêves). . .
Chap. xxv (1. ni). . . (Origine des Francs)
Chap. xxvi. — Du chaisteau et fondations de Serpanne et des Troyens qui vindrent à la cité de Diuidunum et dez édifices qu'ilz construirent.
On chappitre précédent (ch. xxv du 1. m) est narrez et desclairé cornent Francus flst construire et édifier la grande cité de Sicambre en Panonie et eust à femme la fille du roy des Celtes, par quoy est chose veritaubles que comme roy des Celtes de part sa femme il fut visiteir son dit royalme, où estoient plussieurs nobles Troyens qui s'espandirent par la Gaule en plussieurs et diuerses lieux et fondèrent et construire plussieurs ville et cité.
APPENDICE
Auec ces nobles Troyens auoit vng prince nomez Serpanus qui estoit de la royale lignée de Troye et vng sien frère appellés Léopardus le blons et plussieurs aultrez prince et noble de Troye. Et arriuont sur la riuière de Moselle, au dessus de la cité de Diuidunum enuiron iiij ou v lue en vne belle prairie et près de roche dont il sortoit plussieurs belle fontaine, et là se arrestèrent Serpanus et son frère, et firent faire, construire et édifier en ce lieu vng édiffîce et chaisteaul qu'ilz firent nomeir Serpane, qui ait estez longtemps en bruitz et auctorité; et de ce chaisteaul la seigneurie et ces appartenances estoit de grant estandue; et du temps dez roy d'Austrausie et depuis, du temps Gharlemaigne, Loys le Débonnaire et l'empereur Otton le premier, se nomoit la comté de Scarpone et fut destruit par lez Normans ; et le peuple de ce lieu allont à eulx retraire on lieux où est à présent la ville du Pont, et l'augmentont, et depuis vng conte de Bar la fîst fermeir et en lieu de contez fut faicte marchis et depuis érigée en marquisez du Pont.
Pendant le temps que faisoit édiffier et construire en ce lieu, il furent aduertis que assez près de leur édiffîce auoit vne ville fermée qui se nommoit Diuidunum, édiffiée auant Troye et Trieuue, combien que Trieuue estoit de plus grant renommée et dominacion, laquelle ville ou cité de Diuidunum n'obéyssoit à nulz prince ny seigneurs, mais d'eulx meyme se régentoient et gouuernoient, et en ce lieu ariuoient et venoient gens de tous lieux pour édiffier et viure en liberté. Les Troyens de ce aduertis meysmement Serpanus et son frère Léopardus laissèrent gens en ce lieu qu'ilz auoient fait construire pour eulx et se partirent et vindrent du long de la riuière en jusques à icelle ville et cité où ils furent joyeusement receu. Eulx considérant la bonté et la doulceur de l'air et climate, la fertilité de la terre délibérèrent entre eulx de là aresteir et comunicquèrent auec les citoyens de, adehors de ladite ville, parmettre de faire nouuelle habitacion por
APPENDICE
la grandir et augmenteir, ce que leur fut octroyés; desquelx nobles en y eust neuf principault riches et puissant qui par leurs puissances et richesses augmentèrent fort la cité, et se nommoient assauoir le dj Serpanus et son frère Léopardus, Baudochius, Reguillonus, Gronaldus, Mélandus, Dolbus, Aurénus et Ghauersonus avec leurs gens et soubject.
Ces nobles hommes doncque lors augmentant et fortiffiant la cité par la multitude du peuple furent constraint faire hors la cité plussieurs habitacles et édiffices, dont Serpanus et son frère Léopardus acomancèrent à édiffîer de grandes maixons ordonnants une grande rue vers midy selons le chamyns de la porte Méridiane, et au bout d'icelle rue, vers lez champs, en l'endroit d'icelle porte Méridiane fist faire, construire et édiffîer magnifîcquement vne porte de grosse pierre quarée qu'il fist ameneir dez roches d'emprès de Serpane, laquelle porte longtemps a esté dicte la porte Serpenoize, pour ce qu'elle auoit estez faicte et construicte de ce noble Serpanus -, et encor de présent au plus comung ainsy se nome elle, combien que au temps de l'empereur Glaudius Gésaire elle mua son nom pour le serpent qui fut, par saint Clément, venu en ceste cité pour conuertir le peuple, dégesté et condampnez; et par ce que le serpent déuoroit lez gens venant par icelle porte, elle fut appellée alors Serpantinoize, et aprez longtemps, pour cause que c'estoit fantrée dez François venus de deuers Champaigne, elle fut appellée la porte Ghampenoize. Aurénus, pareillement au desoubz et assez près de la riuière de Saille, fist faire et édiffîer vne tour qui fut pour lors ordonnée pour l'une dez portes de la cité et fut nomée la porte Laurenne, où fut ordonnée et encomancée vne rue, et de l'ung dez costel et d'au! très furent faicte construicte et maisons édiffîée pour résider et demeurer cez gens. Serpanus, qui estoit le plus riche et puissant des dj Troyens, fist faire et compasseir d'une part et d'aultre (ficelle grant rue plussieurs petite rue pour alleir de Tune à l'autre, et à l'ayde des cytoyens fist fermeir
APPENDICE
depues jcelle porte tirant au long de la riuière de Muzelle en jusques au chaistel et maisons construitz après le déluge par Zeleck corne di est, où fuit fermez et encloz dedans la cité le lieu condisoit l'Anglées, où on portoit partie dez immundicité et ordure de la cité, et fut dit et nomez ce lieu TAnglemur, et y firent faire une portenne où on soulloit deschargier le boix que ons amenoit par dessus la riuière; et de l'autre costel d'icelle porte Serpenoize en jusques à la tour et porte Laurenne.
Léopardus le blons, Gronaldus et Baldochius firent faire et édiffier oultre la riuière de Saille vng faulbourg vers orient, où ilz firent faire deulx porte, Fane vers midj et l'autre vers orient, et ainsy se augmentoit et fortifioit de jour en jour la cité. Mélandus et Dolbus auec l'ayde de leurs gens et dez citoyens édiffièrent vng aultre faulbourg vers occident oultre la riuière de Muzelle en vue plaice valgue nomée l'isle et y firent faire ij porte pour la seurtez dez manants dudj lieu.
Ghap. xxvn. . . (Mosellanus fonde le duché de Mosellane). . .
Chap. xxviii. — Dez pont et passaige fait deuant lez deulx porte du bourg de l'isle de Muzelle.
Pendant que cez Troyens édiffioient et augmentoient ceste cité, vng d'iceulx Troyens appeliez Thiffroid, riche et puissant, yssant hors des habitacions faicte en l'isle de Muzelle, regardant que en temps d'yueir la riuière faisoit grant dopmaige, et y auoit souuant plussieurs bestes et gens péris multz en dangier par ce que on ne pouuoit passeir sans neif, et se délibéra y donneir prouision, et en tempz fist faire préparation de grant pièce de boix, et fist faire, construire et édiffier dessus jcelle riuière vng grant pont de boix, lequel fut dit et appelleis le pont Thieffroid. Ce Thiffroid auoit vng frère nommez Moridus qui estoit riches, saiges et prudent, véant ce beau pont que son frère auoit fait faire, de quoy chacun luy en donnoit lowange, pour acquérir bruyt falmes et renommée pareillement en vng aultre lieu où il y auoit passaiges bien dange-
APPENDICE
reulx ou l'en passoit auec neif, affin de obuier aux péril et soubuenir aux pouures citoyens, flst corne le dj Thiffroid son frère en ce lieu faire et construire vng pont de boix, qui fut dit et nomez le pont dez mord.
Ghap. xxix. — Du pont et passaige fait sur la riuière de Saille vers Aquillon, nomez Raymond.
Peu de tempz aprez, au temps que Hély estoit juge par dessus le peuple d'Israël, enuiron 1 ans après la destruction de Troye, vng noble Troyens nomez Raymond, voyant le passaige sur la riuière de Saille estre dangereulx en temps d'yueir, à l'exemple des ij frères Thiffridus et Moridus, fist faire et construire vng pont de boix qui de son nom fut dit et appeliez le pont Raymond.
Ghap. xxx. — De la rue et plaice de Viez et nuef, et por quoy elle fut ainsy appellé.
Comme la seigneurie et noble citadins d'icelle cité journellement aduisoient à l'augmentacion et fortifficacion, firent faire et édiffier en vne place, sur la riuière de Saille, emprez dez viez murs, plussieurs maisonaiges prez de la porte du Champs, et y laissèrent une belle plaice pour tenir le marchés; et quant ilz encomancèrent à édiffier, lez anciens seigneurs et vielz citadins vindrent veoir les ouuraiges quilz faisoient et leurs dirent : — Voisins nuef, qui auez joinct et mis ensemble viez ouuraiges et nuef, vous soyns les biens venus. — Et pour celle cause fut celle plaice nomée viez et nuef, et présentement se nomme Vézegnuef.
Ghap. xxxi. — Du Champ à Saille et du Nuefbourg et du Quartal.
Quant ces ouuraiges furent paracheueir, ilz encomancèrent à édiffier en l'entour du Champaissaille, et le firent édiffier à quaire et à arvolz enlentour, tant qu'ilz fuist des édiffice furnis. Ceu fait, firent faire vne aultre rue jusques à la porte en Curtis par daier lez maisons, et la nommèrent la rue au Gurtis, et paraillement firent faire vne aultre rue tirant droit à la
APPENDICE
porte Laurenne, dont le dairier dez maisons d'une partie estoit vers le Champaissaille et lez maixons de Pautre partie le daier estoit en la rue en Gurtis, qui est à présent dicte la rue des Olliers, et appellèrent cez deulx rue, auec lez maizonnaige qui estoient deuant lez ij portes en Gurtis et on Champs, le Nuefbourg qui jusques à présent est ainsy nomez. Et à vne des quairures du Champaissaille au chief du Nuefbourg, en vne petitte plaice y ordonnèrent de vandre lez grains de touttes manières le mairdy et jeudy, et près du chaistel de Jazel, en vne petitte plaice aussy, y ordonnèrent de vandre lez grains le sabmedj ; et firent lordonnance dez mesure, assauoir pour le grains la quarte, demy quarte, bichet, quartelle, demey quartelle et foural, et pour le vin, seruoixe et aultres brouuaige le meud, demey-meud, la quarte, la pinte et la choppine; et furent ordonneis gens pour mesureir le bleid, et pour la mesure et quarte furent jceulx nomez Quartiez, lesquelx se tenoient en celle petitte plaice au chief du Champaissaille, et les venoit on querrir en celle plaice pour mesureir lez grains par la cité, et pour ceste cause fut celle plaice dicte et nommée le quartal.
Chap. xxxit. — De la nueve rue.
Entre la porte faicte et composée par Serpanus et la porte faicte et édiffiée par Aurénus, en jusques à la vielle muraille, auoit plussieurs gerdins et curtis et plaice valgue où lesdi Troyens firent faire plussieurs maisons, et firent vne rue qu'ilz nommèrent la nueve rue. Et ainsy se augmentait et multiplioit de jour (en jour) tant que en peu de temps elle fut fort accreuste par ces nobles Troyens dont il venoit journellement.
Ghap. xxxiii et xxxrv. . . (Fondation de Thionuille, de Mouson, de Toul, de Verdun par des colonies de Troyens sortis de Dividunum. Trêves est relevée par les Troyens). . .
Chap. xxxv. — De l'escuts et armes de blanc et noir que la cité de Mets porte en jusques à présent.
Ce noble Serpanus, qui estoit home prudans auec cez compai-
APPENDICE
gnons Troyens, por la grande affections quilz auoient de agrandir et augmenteir ceste noble cité, véant Punion, police et bon régimes qui estoit ez boins citadins amateurs du bien publicque, eulx ensemble conuocquez por les affaires et prouffitz d'icelles cité, aprez les oppinions et bon aduis ehues sur leurs affaires por coy ilz estoient assemblez, fut par iceulx desclairez qu'ilz n'y auoit roy, princes, duc, marquis, contes, barons, cheualiers ny escuyers, bonnes villes, citeit, chaisteaulx ou maisons d'estimes qui n^ust ou portoit enseigne ou escusson différant l'une de l'autre, et que, souuant au seruices dez princes en baitailles, pour donneir couraiges [de bien faire] à ceulx de bonne vollunteit, il leurs donnoient signes, armes et enseignes, et dont par pluffort raisons, vue que ceste citeit estoit construicte, fondée, édiffiée et augmantée par lez plus nobles du monde, assauoir par les anffans et anellet de Noël et par lez nobles Troyens méliores, qu'ilz debuoient resgardeir et eslire signes et armes por lez cognoistre et por en baitaille eulx scauoir régir et gouuerneir et rassembleir -, et en aultre que en bonne ville et cité, où il y ait vng seul dominateur [mauuaise] vollunteit et injustice y dominent sans auoir regard aux hommes de bonnes vollunteit, et quant plussieurs sont ensembles régent, dominateur et gouuerneur [en bonne union] de la police et bien publicque dune ville, pays ou cité, les manants et subgietz en vallent de mieulx et sont régis et gouuverneis [plus modérément et] justement que soubz vng seulx dominateurs. Car en plussieurs n'est possible qu'il n'en y ait d'auicuns plus amateurs de justice, de la police et bien publicque l'ung que l'autre, et que, se l'ung est trop rigoreulx ou trop fort justicieulx, l'autre est plus gracieux modérez et miséricordieulx, et [disoit ce Serpanus] que d'eulx meysme se debuoient régir, gardeir, maintenir et entretenir en franchise et liberté, sans eslire panre ne auoir roy s, aultres princes ne seigneur que eulx meysme. Parquoy, affîn qu'ilz fuit choses notoires appairantes à tous qu'ilz volloient maintenir, deffandre et gardeir ceste [franchise et] liberté
APPENDICE
el plustosi [molrir] que aultrement faire ne useir, et que lez citadins, bourgeois, soubgectz et manans n'auoient que la vie ou la mort pour deffandre icelles liberteit, leur donnèrent en conseil de faire [panre] et eslire pour leurs armes, enseignes et escussons le blanc et le noir, et, suyant ceste oppinions, prindrent et eslirent por leurs armes et enseignes le blanc et le noir; et, pour mieulx publier ceste affaire, pandirent à chascune des portes de ceste cité vng escus demey blanc et Pautre noir [et estoit le blanc dessus et à la destre, et le noir desoubs à la sénestre], ceu que ait estez entretenus longtemps, et encor aujourdhuy porte ceste cité telles enseignes et escussons du blanc et noir.
Ghap. xxxvi. — De Paugmentations d'icelles cité.
Serpanus, ayant fortaugmenteis ceste cité, estant fort anciens, alla de vie à trépas enuiron le temps du prophète Samuel, qui fut xve juge du peuple d'Israël, et de Saul, premier roy d'Israël. Après la mort de Serpanus, pour le boin régime et la bonne concorde et vnion qui estoit en la cité, plussieurs riches, saiges et gentilz borgeois y vindrent faire leurs habitacion, par quoy elle se augmenta de peuple et de habitacion tant que le falmes et renommées en estoit par tout lez pays et contrée en l'entour d'eulx, et dominoient par dessus touttes lez villes, citez, chaisteaulx et pays circonvoisins, et obéyssoient à eulx et estoient de grant puissance et seigneurie, meysmement au temps que Rome fut édiffîée. En tant corne cy deuant est desclairés, elle auoit estez fondée et augmantée deuant Rome, corne par ces vers si appairet, où il est dit : Longo Diuidunum precessit tempore Romam.
APPENDICE
LÉGENDE DES PREMIERS FONDATEURS
Version II. — Texte de Philippe de Vigneulles, chronique de Metz. — D'après le manuscrit de la bibliothèque publique de Metz 1 (Mss. fonds hist., n° 88. — Voir ci-dessus, page 111, note 1).
Mets est vne cité ancienne construites en Europe, entre septentrion et occident, en la partie que Galle Belgicque est nommée, entre les deux fleuues Mozelle et Saille assize, et en bon pays et bonne ayère scituée, de très bonnes et fertilles terres à labourer circuite, et de belle vignes blanche et vermeilles de toutte part enuironnée, de haultes montaignes et de grans bois noblement guernie, et de grandes prayeries et pasturalz propice, et de moult beau champs, meizes et gerdins saincte et décorée, de bonnes fontaines d'yawe doulce seruie, et d'aultre ruyssiaulx, viuiers et estangs grandement dowées, de belles et fortes payrières de plusieurs sortes entrelassie, et de salines et aultres choses nécessaires habundamment parrées. Et fut fondée la dicte cité de Mets, selon Oroze, deuant l'incarnation nostre seigneurs, ix cens ans enuiron, deux cens ans aprez la destruction de la grant cité de Troie, que fut destruicles par les roys de Grèce du tempts que le grant roy Priam régnoit en ycelle, qui fut perre du très vaillant Hector de Troye et du beau Paris son frère; lequel Paris fut enuoiés en Grèce pour rauoir sa tente Exionne que le roy Thalamon tenoit par force; et quant il vint en la cité Githarée, il vit la belle Hélenne, femme du roy Ménélaus, cy s'en
1. Ce manuscrit est un autographe de l'auteur; il présente quelques différences avec une copie plus moderne à laquelle nous avons emprunté des citations dans le cours de notre ouvrage.
APPENDICE
amoura d'elle et laissait sa tante et print ycelle belle Hélenne on tample et l'enmenoit à Troye auec luy, parquoy tous les roys et signeurs de Grèce, à la requeste dudit roy Ménélaus et du roy Agamenon, son frère, prinrent guerre contre le dit roy Priam et ses fîlz et vindrent asségier la dicte cité de Troye. Et illec tinrent le sciége x ans, et tant qu'elle fut prinse et toucte destruicte, enuiron quaitre mil ans après la créacion du monde. Et après ycelle destruction vinrent par dessa la mer plusieurs noble fîlz de roys, ducs, contes et cheualliers qui en eschapirent, comme le noble Francion, qui estoit descendus du preux et vaillant Hector, lequelle amenait auec luy plusieurs nobles des Troyans, ensamble leurs femme et leurs anffans, et descendirent par mer en Sithie, de là en Germanie. Et Anthénor vint en Ytallie, et Énéas et Ascanius son fîlz descendirent en Gartaige, et d'iceulx vindrent les rois d'Albanie. Depuis reuindrent en Ytallye et encomancèrent la cité de Romme avant que Romulus et Rémus son frère fuissent nés. Mais depuis, pour ce qu'il la parfirent, celle fut Romme appellée après Romulus, qui estoit Tannés. Et Turcus, le fîlz de Troylus, et ces gens vinrent par fortune de mer vers le pais de Trace, et là édiffièrent plusieurs villes et chastieaulx. Et à l'onneur de luy fut appellés le dit pays Turquie. Et est tout cecy essey concordant à ce que j'ay deuent dit touchant de ceulx quj vinrent de Troye.
En la compagnie du dit Francion eust encor moult dez noble Troyens que vinrent par dessa les mons, on quelle pais trouuairent très bonne ayer, très bon fruit et très bonne chair, tant de venoisons comme de voillailles ; car chascun des nobles auoit vng oyseau de proie sur son poing, et ne viuoient sinon de proie la plus part; et pour la multitude de galz et gelline qu'il trouuairent par dessa, nommairent ce pais Galle, qui est tripartie, cest assauoir Galle Belgicque, Galle Gelticque et Galle Trogicque on Acquitanicque. On quelle pais commencèrent à édiffier maison, chasteaulx et bonne villes, entre lesquelles
APPENDICE. 461 yolt dix noble princes, chascun tenant vng oyseau sur leur poing, qui firent paction ensemble que on leur oyseaulx se assoiroit, que chascun feroit en ce lieu sa demourence et fonderoit vne cité pour demourer luy et ces gens Fung après l'aultre, dont les nons s'ensuivent. Premier fut le petit Priam, qui laissait voiler son oyseau tant qu'il ce vint asseoir sus la riueir de Sainne, et illec en ce lieu fîst encomancier la cité de Lutesse, qui a présant est appellée Paris, pourcé qu'il estoit descendus du biaulx Paris. Son frère, oit nom Rémus, sy vint en Ghampaigne et laissait voiler son oysiaulx, sy se vint asseoir sur la riuière de Velle, et illec fîst encomancier la cité de Rains. L'aultre oit nom Charnus, si allait oultre et laixait voiler son oyseau, sy s'en vint asseoir sur la riuière de Marne, et là fît encomancier la cité de Ghaalon. L'aultre eust nom Troylus, sy laixait voiler son oyseau oultre, si se vint asseoir sur la riuière de Sainne, et là fîst encomancier la cité de Troye en Ghampaigne. Les aultres passèrent oultre, sy encontrèrent vne grosse roche dont Mercomillus et Vanus laixèrent voiler leur deux oyseau, qui estoient de deux colleurs, si s'assirent, et là fuit encomanciée la ville de Valcolleur. Les aultres v cheuaulchèrentplus auant jusques à la riuière de Mozelle, dont Serpanus et Lupart le blons, qui estoient frères, pour ce qu'il virent que c'estoit beau pays, sy laixirent voiler leur oyseau, qui s'assirent sur vng hault arbre, si fuit là commancée la cité de Serpane. Vng petit aprez, son frère Lupart le blons morut dedans l'an; se tint la cité seul et non volt jaimais départir autres que luy ne obéyr à nulluy. Gest cité de Serpane est à présent destruicte, et estoit vng peu au dessus du Pont à Mousson, entre Dulewart et la riuière de Mozelle, là on à présent est vng petit villaige, corne en l'autrez cronicque ait estez dit; et lez aultres, qui estoient trois jonnes frères, c'est assauoir : Méliandus, Aulus et Aurénus', descendirent au long
1 . Dans le deuxième texte donné par Philippe de Vigneulles pour cette version, les trois frères sont nommés Aurénus, Méliandus et Dolbus.
(ficelle riuière de Mozelle; et quant se vint à la vesprée, si laixirent voiler leur oyseau, dont l'oyseau de Méliandus s'assit sur vng mons, l'oyseau de Aulus s'assit sur vne sal près de la riuière, et l'oyseau de Aurénus s'assit sus vng hault chenne de l'aultre part. Alors les dit trois frères firent faire, esdit trois lieux, trois chaisteaulx, lesquelx furent fais d'une grandeur et d'une hauteur.
Ces dit trois frères s'amoient moult et estoient tousiours ensembles; et tout ce qui estoit en l'ung desdil chasteau estoit à la volentez de l'autre, et quy mai faisoit à l'ung il faisoit mal aux deux aultres. Lesdit trois frères estoient fort courtois et lealz, et ne viuoient mie de pilleries, ne ne greuoient mie les aultres terres et seigneurie d'aultruy. Mais tous ceulx qui d'aultre contrée venoient et que pour eulx owroient bonement et gracieusement les paioient et contentoient, tant que leur bonne renommée alloit par touctes les aultres terres et contrée. Et de ces trois chaistelz et de leur gens fut faicte et édiffïé la ville de Monmélian, et luy fut ce nom donnée aprez Méliandus, qui estoit les plus annés des dit trois frères. Mais depuis ait heu plussieur aultre nom corne vous oyrez. Ces dit trois frères adoroient Jupiter, qui estoit de plus grant dieu des payens. Et se faisoit l'adoracionz sur le mons où l'oyseau de Méliandus s'assit, dont encore de présent est appellés ledit lieu en latin Vicus Jouis, qu'est à dire à notre languaige Jeurue. Et pour ce ceulx d'icelluy paraige de Jeurue solloient enciennement pourter en leurs armes vne ydolle-, mais de présant, pour l'honeur de la crestienté, il pourte une aigle en lieu d'icelle ydolle. Or, quand ce vint tantost après, et que y ceulx furent vng peu multipliés, comme dit cest acteur, il firent appeller cest ville Diuidunum en latin, c'est à dire que ce lieu estoit donnant choses diuines on fondée diuinement, pour ce, comme j'ez diz deuent, qu'elle est bien assize en bon air et en bon pais, de laquelle fondacion Fortunatus en ait escript ces vers : Urbs munita nimis quam cingit murus et amnis. C'est
APPENDICE
à dire que cest cité de Diuidunum est fort munie de bonne riuier et cintes de haultes murailles, et pour ce aucy reffust cest dite cité depuis appelée Mediomatricum, por la cause, comme j'ai dit deuent, qu'elle fut esseutes et mise en mey lieu de trois aultre cité comme leur mère et fondateresse d'icelle, cest assauoir Triewe vers aquilon, Toul ver midi et Verdun deuers occidant.
Cest cité ait tousiour esteis, dès son acommensement, fort et gairnie de haulte et espesses murailles et cité de grant deffence et fournie de bon puple. Et dit encor cest acteur que depuis elle ait estez appellée Metz, corne elle est encor de présent aprez vng cheualier romains qui fut à la prandre et à la gaingnier enuiron lx ou iiijxx ans deuent l'incarnacion notre seigneur. Car ce noble cheualier ce appelloit Mécius. Et pour ce fut la cité Metz appellée, et fut au tamps que Julius César conquist et subiugait à luy plussieur partie du monde, corne Romme, Ytallie, Lombardie, France, Galle, Germanie et plussieur aultre contrée et pais. Pourquoy il fut fait et créés premier empereur de Romme. Et touctes ces choses que je (ai) ycy escriptes ès deux précédant chapistre auec plussieur aultre qui sont assés concordante aulx aultre, mest cest acteur et Pescript en la manière que aues oy. Mais por ce que je trowes que les dit acteur qui en ont escript, qui sont plussieur, ce accorde d'icy en auent essés bien et n'y ait nul différant en leur parolle que a compter soit, pour ce je retornerait à mon premier acteur, en ensuant ce que j'és dit deuent; c'est assauoir cornent, aprez ce que les nobles citains d'icelle tant noble cité furent acreus et enrechis, ne voulrent souffrir prince ne roy sur eulz, ains volrent viure et morir en leur franchise et liberallité tout et cy longuement qu'il leur fust possible. Et pour ce, comme j'ay dit deuent, auoient il prins le blan et le noir en leur deuise et ansaigne, disant que entre eulx il n'auoient que la vie et la mort, ne aultre supérieur ne voulloient auoir.
APPENDICE