‹ Études sur l'histoire de Metz; les légendesChapitre 39 sur 43 · LÉGENDE DU CHEVALIER MÉTIUS · texte numérisé non relu

LÉGENDE DU CHEVALIER MÉTIUS

Version II. — Texte de Philippe de Vigneulles, chronique de Metz. — D'après le manuscrit de la bibliothèque publique de Metz (Mss. fonds hist., n° 88. — Voir ci-dessus, page 111, note 1).

Lors après qu'il eurent longuement aincy régner en leur franchise et libertés, les Romains, très mallement indignez, leur faisoient souuant esguet, s'efforsant plussieur fois à destruire la dite cité, auqueulx très uaillamment et virillement par plussieurs fois elle résistait, et tellement que touctes les aultre nacion la craignoient, magnifioient, la estimant très puissante et redoutauble. Lesdits Romains voiant sa résistance eurent d'elle grant enuye, car cest noble cité sur touctes les nacions du monde auoit renommée et signorie, tant à cause de la région fertille babundant de tous biens, comme de la noble gentz bellifort et robustes, bien belliqueuses et très bien instruicte en fais de battailles. Geste cité estoit noble de gents, forte de murailles, insupérable de haultes tours et de très biaulx pallaix, comme il est escript en ces mettres : Arces murorum sero firmat turba virorum, turres murate sunt nubibus associate. C'est à dire que multitude d'hommes gardant le soirs les murs et les tours, et que les tours des murs sont esleuées jusques aux nuées. Cest très puissante cité estoit clère et resplandissant de très beaulx pallaix, de haultes, fortes et belles maisons, d'or, d'argent et de belle pières précieuses sans nombres et sans mesure, selonc qui est escript en ce mettre : Sunt tibi thesauri, pretium tibi militât auri, sacculi murorum comptent sécréta domorum. C'est à dire qu'elle auoit or et trésor, et que les maisons estoient plainnes de deniers. Les biens luy venoient

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de touctes pars et elle estoit partout renommée et de tous redoubtée tant que son nom donoit crainte et doubte au cuer des hommes-, elle se armoit tous les jours contre ses enuieulx en préparant tousiours armes et artellerie sans espargnier homme que luy fut contraire, rendant à chescun se que luy apparthenoit.

Elle doncquez, ainssy prospérant et par long temps fut en grant bruit et honneur; maiz la maluaise enuie desdits Romains ne le peult souffrir; et comme tous le monde fuit subgectz à eulx, ilz conspirèrent la subiuguer ou du tout la destruire; ce que aprez plussieurs assaulx fuit fait, car, en l'an de la créacion du monde iiij mil iijc iiijxx et ix le deuentdit Jullius César s'efforsant sormonler les Germains, débeller les Bretons et destruire les Gaulx Belgicque, contre lesquelz se préparant aulx armes, auoit notez la cité Médiomatricque qu'est maintenant Mets appellée. Après doncque qu'elle eust conuocqués ses armes et heu conseille à ces gens, luy furieulx et cruel comme vng lion, voilant aller en Germanie en faisant la guerre en Gaule Belgicque, vint à Mets, laquelle après plusieurs défiance il vainquist et la destruisit toutte et en fist piteux desroy. 0 quelle doulleur, quelle clameur, quelz cris, quelz pleurs, quels descris, quel fuite et dispercion de celle bonnes et nobles gens! se langue ne le peult exprimer ne plume escripre; nyantmoins sy en ayent piteusement les lyseur dolleurs et les auditeur compassion. Lors fut toutes destruicte de fond en fondz la dictes très noble cité Médiomatricque, chasteaulx maisons, tours, pallaix et murailles abattues et mist à nyant, son puple tuez, extin, deschessiez et par tout disparsés. Ce très maluais César fit faire des fosses jusques au fondz des fondement on il fist semer des deniers de cuiures esquelles à Fung des coustés estoit emprainte son ymaige et à Pautre la figure de la cité auec ces mestres qui sensuyuent : Tempore quo César sua Gallis intulit arma, tune Mediomatricum deuicit

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Mecius urbem*. Qu'est à dire : au tampsque César fit la guerre aulx Gaulx, lors Mécius wainquist la cité des Médiomatrissains; et ces dictes plattines et deniers fîst il espandre ès fosses, à ceste cause que se la cité estoit réédiffiées vne aultre fois, l'en vit que par luy auoit estés destruictes.

Pouc de tampts après, ce noble homme Mécius, prince romains, dollant et ayant compassion de cest tant noble cité ainsy misérablement destruicte qui auoit estez sy bien édiffiée et tant plaisamment et en sy fer tille région bon climate et assize en ayer tempéré, proposa la rédiffier et réparer; ce qu'il fist; car voyant ce, (le) noble prince Mécius (vint) auec grand compaignie de nobles cheualier riche, forts et puissant; entre les quelz vng saige cheualiers lui donna conseille de demander par touctes cités, bonne villes et chasteaulx à l'enuiron d'icelle cité destruicte, tous nobles et aultrez gens d'icelle fugitifz à reuenir, rappeller et perdonner; doncquez en rassembla grand nombre de peuples que là revindrent à grand joie; en laquelle rassemblée y auoit v nobles hommes saige, ingénieulx et renommés, c'est assauoir : Badocius, Diemus, Reguilon, Gornaldus, Giluius, et les associa auec luy pour rédiffier, restaurer et réparer la dicte cité. Et de cez v noble homme sont venus lez v Paraige, comme l'en dit, lesquelles auec le Comun gowerne encor ajourduj. Puis là emploia de puple quj encomancèrent fort à owrer, releuer et rédiffier chasteaulx, pallaix, maison et aultres édiffices; chacun prenoit où il volloit, tant que en peu d'espasse de tampts furent les murailles à Tentour fort redressiés, et en la dédiant de son nom l'ait appellée Mets, comme il est escript : Suffectus nomen dederat cui Mecius urbi. C'est à dire que Mécius imposa et donna le nom à la cité de Mets. Parquoy tant qu'il vesquist,

1. Il est bon de faire observer que cette notion est d'accord non pas avec la version II, telle que la donne Philippe de Vigneulles, mais avec la version I qui appartient à la chronique messine rimée. (Voir ci-dessus, p. 170.)

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il fut garde, seigneurs, prince et maistre de la dite cité et de ces cytoiens, car adoncque il auoient de coustume que quant vne ville on une cité estoit conquise et gaingnée, il luy donnoient le nom de celluj quj estoit principal à la gaingnier, pour luy faire honneur, comme après Agrippa, gendre de Octouien fut nommée la cité de Gollongne Agripina, et après Argeus on Argus fut nommée la cité de Strasbourg Argentina, et après ïullius fut nommée la cité de Toul, et après Nainmon fut nommés le chaisteaulx de Naimeur deuent qu'il y

eust point de ville et ainsy des aultres

Or retournons à nostre premier prepos, en parlant des ampereurs. Cy vous dirés cornent après ce que la noble cité de Mets fut ainsy rédiffîée, comme cy deuent aués oy, cy advint que par l'esguet et duel de Brutus et Gasius Julius César fut occis en l'an lvj de son eaige. Et quant ce vint, en l'an de la créacion du monde v mil cent et v, Octouien César Augustus régna second des Romains, duquelle empereur romains ne fut en baitailles plus eureux ne en tampts de paix plus modéré. Il employa son adolescence en baitaille ciuille, car il fut en v mil baitaille et en brief tampts il subiugait à luy tout le monde, et tout les royaulmes et touttes les prouince rédigeant en vne seulle monaichie et en vne seulle seignourie, et furent alors touttes aultre cité, pays et régions tributaire à la cité de Romme ; car il auoit en chacune prouince preuost et régents qui gowernoient et régentoient en son nom, et alors furent touttes guerre extinte et fut paisible ampereur lvij ans vj mois et x jour. Il sceut bien comment Jullius César auoit heu assaillis Gaulle Belgicque, et comment il auoit gaistez et destruis la cité Médiomatricque qui Mets est appellée, et mise a nyant, dont il en eust grand compassion, puis il fut joieulx touteffois quant il sceust que le noble Mécius auec beaucopt de nobles, grant, puissant et riche cheualier et aultres grand seigneurs auoient restaurés et rédiffiés ycelle cité, et qu'il Pauoit dédiée et imposés son nom, et aussy qu'il l'auoit

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soubmise à Pampire Romain-, parquoy il Pamay moult et désiroit fort à la veoir, tant que vng jour, en allant par les royaulmes et seignories de l'empire, parvint à ycelle à grand désir; et là par plusieurs moix demoura joieusement auec son armée.

Ce tamps pendant, luy regairdant ycelle région fructueuse, la cité belle et forte, l'air doulx et bon, impousa de là demourer plus longuement. Parquoy il comenda là édiffier vng biaulx emphitéâtre de pier quarrées, duquel sont encor de présant aujourduj les murs treffort en tesmoing de choses vrayes; et affîn que plus plaisamment et plus longuement, joyeusement et paisiblement il y demoura, il comenda de grand couraige ycelle cyté estre plus fort réparée et restaurée, et l'anoblist plus que touttes les aultres cité de l'empire; et comme elle fut estés renommée estre sy grande qu'elle fut et estoit dictes moyenne mère de trois cités, il la constitua seconde impérialle cité entre toutte les cité de toutte l'ampire la quelle chose elle est encor de présant, car du sainct ampire c'est la cité seconde, et, qu'est chose plus noble, il la fist dès lors recepueresse de tous les tribus que de touttes les citez de descà les mons et d'oultre le Rin estoient deheu à l'ampereur. Et fut vray que l'en apourtoit tous les ans à Mets le dit tribus deheu à l'empire romains, car de touttes les cités dudit ampire il enuoioyent par leurs commissaires ou par leur aultres gens quj recepuoient. Et fut ce fait de puis que le preux et illustre empereur vint à la cité et de cest besoingne est encor tesmoing la rue appellée Rome Salle en laquelle fut faictes vne salle enciennement, on les dit tribus deheu des cités de Pempire estoient resseupt, et on les recepuoirs du dit magnifîcque empereur les recepuoient quant il venoit à cest noble cité, laquelle il amoit moult; et pour ce y venoit sowant, et aussy en tesmoing de ce la pier qui soulloit estre en la dicte saille est à présant la pier d'aultel de l'esglise Sainct Pier deuent la grande esglise de Mets

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laquelle est de maibre biens pollis, et y fut enciennement mise après le tampts sainct Gurey pour seruir à Dieu. Celluy empereur augmentent la cité et édiffioit sumptueusement et remplissoit de peuple. Luy recors de la région édiffia vng temple à Dieu à la manier touttefois des gentilz. Il comenda augmenter et excercer les drois des choses sacrées, la dignité des prestres, la discipline et doctrine domesticque et publicque. Il fist escripre, lire et garder les liures des anticques. Il dist que cest cité n'estoit pas nowelles, car il l'auoit trowée vieille. Et aduint que en l'an xxvije de son empire fut née la vierge Marie, mère de notre seigneur Jhésus Grist, de la lignée de Dauid. Et alors, enuiron xv ans après, touttes guerre furent extinctes et fut paix par tout le monde, et la raison fut, car le sowerains roy de paix, le benoit filz de Dieu, voulut décendre des cielz, et venir en terre pour appasier la grand guerre entre Dieu et l'homme.

LÉGENDE DE SAINT CLÉMENT

Version III. — Texte de Philippe de Vigneulles, chronique de Metz. — D'après le manuscrit de la bibliothèque publique de Metz (Mss. fonds hist., n° 88. — Voir ci-dessus, page 111, note 1).

Adoncques en ycelluy tampts... monseigneur Sainct Pier l'apostre... ses sainetz disciples par tout le monde enuoya, por espandre et esgrandir la saincte foy de Jhésucrist nostre seigneur, entre lesquelx enuoiait en la dessusdite cité de Mets en l'an ve que Claude empereur régnoit, enuiron xlv ans aprez Fincarnacion nostre seigneur, vng sainct homme et l'ung de cez principaulx disciple appellés Clemans Flauius auec deux aultre disciple, c'est assauoir Céleste diacre et Félix soubdiacre, comme sy après serait dit. Mais auant que plus en parlé je vous dirés

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du glorieulx sainct Pierle quelle, quand il fut venus à Romme, Tan second de Claude César, il enuoiait plussieur homme de sa compaignie juste et bon auz cités de Ytalie pour les soubmectre à nostre seigneur Jhésucrist par la saincte parolle de Dieu quil leur ont desclairéez, et conuertirent plusieurs personne à nostre saincte foy et créance.

Après ce fait et en ce temps là le deuentdit démens Flauius, oncle de part père de sainct Clément martir, consule et patris, gouuernoit alors la chose publicque; carilestoit homme de grande noblesse doctes et aprins deuent tous les pallaciens, preux en armes, proueu de conseil, et estoit des plus noble de la cité de Romme comme celluy qui estoit descendus de la lignée dez sénateurs et empereur; et combien qu'il estoit détenus en Pairreur des payens sy estoit il aorné de honesteté et de tous biens. Faustinianus, homme noble, père du dit sainct Clément martir, fuit le frère de cestuit dit Clément Flauius consule. On lit que Pautilia, la très noble damme que donna à sainct Paul Tappostre, comme on le menoit pour faire souffrir et le faire mourir, le drappeau duquelle elle luy lya les yeulx, affin que il ne veist le glaiues du bourriaulx, fuit la seur dudit sainct Clément. Quant sainct Pierre doncque eust amené cestuy sainct Clément, consule et patrice, par hain de foy au port pasille de saincte esglise, sy tost qu'il fuit régénéré au sainct fond de baptesme, il conuertit la fontainne des art libérales qu'il auoit receue à l'aornement de sa noblesse à l'usaige de saincte religions, sy que par la grâce du sainct Esperit il estoit faitte en luy vne fontainne de yawe saillante de vie éternelle.

Ainssy donc que sainct Pierre, prince de touctes les régions du monde, eust subiugué grant partie du monde à la foy de Jhésuscrist, comme dit est, vint à ses aureilles que Gaulle estoit ung très grant pays diuisez en plussieurs royaulmes, lesquelx estoient despartit en innumérables cités, et cornent ilz estoient tenus en l'erreur des payens et qu'ilz seruoient aux

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ydolles. Il eust grant dolleur et compassion d'iceulx, et puis que le temps de miséricorde estoit venus, il conuoia la multitudes de ses disciples, quy fuit tantost prest pour faire tout ce que sainct Pierre leur maistre leur commenderoit. Entre eulx estoit celluj nobles Clément Flauius, consule et patrice dez Romains, oncle comme nous auons dit de Clément, pappe et martir, homme très saiges et très nobles deuent tous aultres et très saincte personne après sainct Pierre.

A ceste œuure donc enuoya sainct Pierre monseigneur sainct Clément Flauius et aorné de la dignité pontificalle et dowé de la mesme puissance de lyer et de absoldre qu'il auoit receupt de nostre Seigneur, et luy bailla à compaignie Félix prestre et Céleste diacre, comme cy deuent ait esté dit, et luy dit en ceste manière : — Il est en Gaulle Belgique vne cité que anciennement fut nommée Médiomatrique pour la assite des trois cités quj sont entour d'elle, comme moyenne mère des trois dictes cités, et maintenant est Mets appellée. Nous scauons qu'elle a estée destruicte par Jullius Cézar et depuis restaurée et rédiffiée par Messius, et que le vendredi sainct, à heure de nonne, quant nostre seigneur Jhésuscrist pendant en la croix morut, fuit là vne pierre de marbre tranchée, vne paroie très espesse fendue, et grandes maisons destranchées par vng tresbuchement et tremblement de terre à ceste cité saincte, comme Tiberius l'empereur l'a dit. — Lors, aprez plusieur parolle, l'appostre enuoya Clément avec les compaignons deuent dit, auec lesquelx il enuoya plussieurs aultres sainctes parsonnes. Car il enuoyait Eukaire, Valère et Materne à ceulx de Trieuue, et Mansuy à ceulx de Toul, et Sirus à ceulx de Rains, etc.

Ce très noble Clément fuit de foy magnanime, et grant mérite enuers Dieu, comme le tesmoingnent les miracles que s'ensuyent. Car comme Materne lassez de la peinne et labeur du chemin fuit mort en la voye, le vénérable éuesque Clément, par l'attouchement d'ung baston pastoralle de sainct Pierre ressuscita Materne qui auoit géeu mor on tombel xl jours ;

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lequel baston le honorable éuesque apportait à Mets et le repent et mist en la grant esglise, après qu'elle fuit fondée; et y est encor auiourd'huy partie et porcion d'icelluy baston, lequelle est songneusement gairdez et enchâssez d'or auec digne honneur, pour la réuérance et mémoire de sy grant miracle. Ce vénérauble éuesque donc, quant il eust passez les monts auec ses compaignons, il les comanda à Dieu et prini son chemin, ver le pais on il estoit commis et enuoiez. Et tant chemina qu'il vint en vng boix à trois lue près de la cité en laquelle il est enuoyez, et est ce boix on maintemant est Gourxe; et là construict vng horatoire on nom de son maistre sainct Pierre. Et là scéant et se reposant vint le prince Orius de la cité de Mets auec veneurs et chiens corrant après vng cerf quj s'enfuioit, et ce vint celluj cerf geoir on giron de sainct Clément pour son refuge. Le sainct homme fit le signe de la croix et alors tous les chiens taissèrent et se couchèrent. Veu ce miraicle furent interrogués du prince qui il estoient et dont il venoient, auquel respondit le sainct homme que de Romme il leur estoient enuoyé de par sainct Pierre pour leur salut se ilz volloient croire en Jhésuscrist. Le prince réputant leur parolle vainnes et friuolles leur comenda en soubriant qu'ilz venissent en la cité. Les seruiteurs de Dieu montèrent au dessus de la coste. Quant ilz virent la cité que Dieu leur auoit ordonnez, se prosternèrent à terre en priant Dieu moult déuoltement, en plorant en grant lairmes, requérant nostre benoy saulueur qu'ilz puissent entrer en la cité à salut de tous.

Quant ilz furent logiez en la cité et qu'ilz fuit cogneu qu'ilz estoient venus pour le salut de toutes créatures raisonnables et qu'ilz furent repousez, il se allait mestre à millieu du peuple pour preschiez en vng lieu on est maintenant l'esglise de saincte Crois, lequelle lieu estoit là on anciennement ce adoroient les ydolle. Pour ce que le glorieulx sainct Clément luy preschant en ce lieu, qui alors estoit le monts des dieulx on ce adoroit

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Jouis, et pour ce que ledit Apostolle disoit souuent en ces sermons en parlant au peuple, — or taisons nous. — La rue aprez ce motz fut appellée Taison. Et encor aujourduy en pourte le non. Et après plussieurs prédication, instructions et miraicles fait, ilz fut informez d'ung serpent de grandeur indicible, nuisible à la cité et région por la multitude des aultres serpens et venimeuses bestes qui régnoient à l'entour de la cité. Ce vénérable évesque et éuuangliste et appostre les amonesta quilz croyssent cornent Jhésucrit estoit filz de Dieu, cornent ilz auoit esteit conceu du sainct Esperitz et nez de la vierge Marie, cornent ilz auoit souffrit mort soubz Ponce Pilate, cornant ilz auoit ressuscité de mort à vie au tiers jours, cornent ilz auoit monté au cieulx et quMlz debuoit venir jugier les vifs et les mort au jour du jugement, et plussieurs aultres sainctes et diuines parolle leur remonstrait ce sainct apostolle et premier éuesque de la cité. Et tellement les conuertit qu'ilz respondirent tous qu'ilz créoient toutes ces choses là, et qu'ilz volloient en tout obéyr à luy. Alors se sainct homme digne de lowenge en baptisa plussieurs celluy jour, et au lendemain procéda auec ces compaignons, et puis ce mist à chemin et acompaignez de moult grant multitude de peuple, allant à Pemphitiatre de Octouien on celluy grant serpent auec sa généracion pestiféré se tenoit. Ce saint homme, en disant Jhésucrist, veuile de nous auoir miséricorde, approcha le lieu et la cauerne on celle bestialles vénimeuse estoient, son espérance commist au Seigneur du ciel et de la terre, descendit en celle cauerne et les conjura on nom de nostre saueur Jhésucrist, et de l'estoille qu'ilz portoit au colz lya le plus grant d'iceulx et le tira hors auec toute sa généracion vénimeuse, et les enmena au fleuue de Saille quj est prochain de là, puis ce fait comendait au nom de nostre seigneur Jhésucrist que jamaix ilz ne nuyssissent à quecunques créatures, et dez lors jamaix hommes ne femmes ne sentirent plus quelque puanteur ne velin, ne jamaix vermine vénimeux ne fuit là veu.

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Après ces choses faictes et que tous furent baptisez, il édiffia on millieu de la cité, à l'honneur de son maistre sainct Pierre, vne église, viuant encor sainct Pierre, que fut 1 ans mère église et matresse cathédralle de tout le diocèse. Il en édiffia une aultre plus grande tout près, à l'honneur de sainct Estienne, prothomartir, en laquelle par succession de temps la chyer épiscopalle a estée translatée. Il en édiffia vne aultre en l'emphitéatre de Octouien, à l'honneur de son maistre sainct Pierre l'appostre, en laquelle il impétra de son maistre sainct Pierre apostre, pour le peuple de Mets et aultres, que quiconque yra visiter ceste esglise deux foix la sepmaine, c'est assauoir le mercredj et le vendredj, par vng ans entier, il obtiendra plennier rémission de tous ses péchiez, comme se il alloit à Romme à grant labeur et despence, au temps du grant jubilé. Il édiffia vne aultre esglise à l'honeur de sainct Jehan Baptiste, là où il ordonna le baptistoire; il en édiffia vne aultre tout près on nom de sainct Pierre son maistre, prince des apostres, on il fit vne cripte merueilleusement édiffiée, et vne fontainne salutaire qui ce nomme maintenant l'esglise saint Clément, en laquelles après il fuit inhumez.

Ce très sainct éuesque pria nostre seigneur qu'il luy volcist réueller les nons de tous les éuesque qui après luy seroient on siège de Mets, et de quel mérite vng chacun seroit. Auquel nostre seigneur enuoya par son ange vng rolet on quel estoient les premières lectres des nons de tous les éuesques. Aulcune des dites lectre estoient d'or, les aultres d'argent, les aultres de vermillon, les aultres noirres, selon que les mérites seroient de chacun. Lequel don diuin recepuant Teuesque digne de lowange rendit condigne grâce à. Dieu. Le très grant éuesque Clément gouuerna l'esglise de Mets qu'il auoit à grant labeur et sueur acquise à nostre seigneur, par xxv ans et quatre mois, après ce qu'il eust resuscité de mort la fille du roy de Mets 1 ; puis il trespassa de ceste misérable et instable

i. Le récit de ce miracle est omis dans la version de Ph. de Vigneulles.

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vie au pays bien heureux et angélicque, la ixe kalende de décembre, qui est le xxiije jour de nouembre, où assitant au seigneur dez cielz est maintenant appareilliez intercéder pour les péchiez de tous le peuple, où il est auec Dieu régnant à tousiourmaix.

Ce qui est escript sus le pourtal de l'esglise dudit Sainct Pier aux Araine condit à champs :

Prima sedes venie Prima fides patrie

Prima misse celebracio Et serpentis eiectio.

LÉGENDE DE SAINT PATIENT

Version I. — Texte du petit cartulaire de Saint-Arnould. — D'après un manuscrit de la bibliothèque de M. Chartener (olim abb. de Saint- Arnould. — Voir ci-dessus page 87, note 2, et page 84, note 1).

1 Quoniàm quidem eorum memoriam sommatim attingere cupimus quorum patrimonio ecclesia sancti Arnulphi, que antiquis temporibus ecclesia sanctorum Apostolorum nominabatur, usque modo refloruit, congruum uidetur paucis referre cujus industria sanctitatis primùm hic aram posuerit. Antiquorum deniquè relatio sibi succedentium tradidit posteritati quôd beatus Paciens, presul Metensium quartus, beati Johannis apostoli et evangeliste fuerit discipulus. Qui beatus apostolus, condiscipulis suis jàm celo regnantibus, prolixiùs vite spacium adeptus, messi dominice suorum complures alumpnorum per loca direxit plurima regionum. In ter quos beato

1. C'est ainsi que commence le petit cartulaire de Saint-Arnould dont nous avons précédemment donné le titre in-extenso (ci-dessus, p. 83, note 1).

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Patienti meritorum luce fulgenti, dùm divinâ revelatione opus consimile iniungilur, ille nimirùm magistri diligens presenciam negat se hoc adimplere, nisi reliquiarum pignus corporis ejus aliquo modo potiretur. Cujus fidem deuotionis beatus Johannes apostolus amplectens, Dominum fieri poposcit, cujus nutu omnis natura uim proprie legis conuertit. Oratione igitur factâ, euocato que fideli discipulo, dentem sine dolore sibi detrahens ab ore : — Habito, inquit, hoc tibi pignus amoris mei. Tibi eliam auctor pietatis pariler concedit ut dùm ciuitati metensi propinquaretis, cui doctor destinaris, incolarum linguâ pleniter eloquaris. — Ferlur enim linguâ Grecus fuisse. Sicut enim beatus Nicholaus divinâ reuelatione ad summum sacerdocii prouectus est gradum, sic iste sanctus Paciens eâdem graciâ per Johannem apostolum ad metensem ciuitatem regendam, beato Felice episcopo metense predecessore suo adhuc in corpore uiuente, est destinatus.

De prima consecratione ecclesie.

Beatus igitur Paciens consecratione, benedictione, insignique reliquiarum munere dilecti Johannis donatus, iter aggreditur, supernâque ordinante clementiâ, Metensibus pastor herilis efflcitur, qui animum diuine intendens contemplacioni et orationi basilicam deo et preceptori suo sancto Johanni apostolo, extra eiusdem muros urbis ad meridiem, construxit et consecrauit, ipsiusque dente et duodecim particulis de Apostolorum vestimentis, cum aliis sanctorum pignoribus, eam honestauit, et qui inibi deo seruirent instituit; cursuque laborum fînito, in pace ibidem quieuit, temporibus Antonii Pii et Adriani imperatorum, in diebus Igini pape.

APPENDICE

LÉGENDE DE SAINT PATIENT

Version II. — Texte du petit cartulaire de Saint- Arnould. — D'après un manuscrit de la bibliothèque de M. Chartener (olim abb. de Saint- Arnould. — Voir ci-dessus, page 87, note 2, et page 84, note 1).

In omnibus beatus Paciens Johanni adhesit.

Sanctus igitur Paciens Tundator ecclesie sanctorum Apostolorum, sicut à prioribus uicariâ relatione cognouimus, ex inclitâ Grecorum prosapiâ exortus, sicut nobilitate mundanâ sic et operum gloriâ in minoris Asye regione clarus effulsit. Hanc Asye regionem dilectus Domini euangelista Johannes in sorte predicationis diuinâ dispensatione suscepit, fideiqueiugo subiugauit; nam dùm fulgore uirtutum confirmaret suorum claritatem uerborum, quamplures ad uitam destinati potentes et diuites ac médiocres compuncti gratiâ eius doctrine obediebant. Itaque inter alios insignes et beatus Paciens obedientie fidei se subdidit, pompam mundi reliquit, sancto apostolo intime adhesit. Johannes dùm suis in nuptiis Ghristus aquam in vinum mutasset, secutus eum carnale conubium reliquit, Paciens audiens ab ipso Johanne verbum Dei abrenunciat oblectamentis mundi. Johannes sociabiliter adhesit Ghristo in resuscitatione archisinagogi fîlie in cubiculo, Paciens Johanni presens fuit dùm resuscitat filium uidue fidelis. Johannes transfîgurationi facte in monte Ghristo affuit, Patiens Johanni astabat, dùm duos proceres, post conuersionem dimissarum pénitentes diuitiarum, ab eternâ dampnatione per auri miram in frondibus reciprocationem reducebat. Johannes cruci astitit Ghristi, Paciens eidem Johanni misso in oleo feruenti. Ghristus morte deuictâ, discipulis mellis fauo uere deitatis ac sue humanitatis unionem commendauit, Johannes Pacienti cum suis

APPENDICE

condiscipulis, post libertatem exilii, inseparabilem Patris ac Verbi substantiam scripto elucidauit.

Revelatio sancti Johannis euangeliste.

Cum igitur beatus euangelista Johannes sub Domiciani persecutione Romam perductus, ibidem detineretur, beatus princeps aposlolorum Petrus, eidem in uisione apparens, dixit :

— Rarissime frater jam dudùm prima Galliarum Belgica fldem suscepit, diuinâ fauente gratiâ, et nunc quia illi qui à me illuc sunt directi soluerunt uicissim debitum morti, recens adhuc fides illius populi doctore indiget fîdeli. Noueris itaque quia sicut Dominus noster tue sanctîtati suam olim commendauit genitricem, sic et nunc tue dispensacioni metensem commendat ecclesiam. Ex tuis itaque auditoribus illuc dirige Pacientem nomine, cui dominicum ouile pascendum iniunge.

— Statim beatus Patiens respondit, licet diuine perordinalionis acceperit responsionem, tamen dei nutu aspira tus, qui hoc quod sibi complacet fieri dignatur aspirare : — Non recuso*, sed ardor non minimus angit meam mentem super portionem reliquiarum corporis tui. — Et beatus inquit apostolus : — Nichil deo impossibile. Sicut enim processu etatis quedam humani partes corporis cadunt, et alie partes succedunt, ut uidentibus fieri probatur, et sicut in futurâ resurrectione corporum, quocumque locorum membra fuerint dispersa, ad priorem redire coniunctionem ueraciter creduntur, sic tuum summa potestas desiderium ualet adimplere, si omnia impetrans firma fides Deo tribuente adsit. — Oratione igitur apostolus permissâ, promissionem compleuit uirtute diuinâ. Euocat itaque carissimum sibi discipulum, atque in ipsius presentiâ apponit digitum ori, dentem absque doloris sensu abstrahit, porrigit, ei que dixit : — Hune tibi unum toile, et ubi tibi Deus prouiderit repone. Geteri artus mei corporis, sub disposition creatoris erunt, qui me hactenùs in omni tribulacione protexit. — Suscepit igitur carissimus discipulus dentem dilecti Domini sicut munimen sui, sicut pignus amoris, sicut propitiationem multorum futuram.

APPENDICE

Suscepit pastorale offïcium.

Gonfortatus itaque tanto beatus Paciens miraculo, ex admonitione paternâ pastorale suscepit offïcium, multis que sanctorum pignoribus, ac ipsius euangelii codice donatus, benedictionem petit et accipit, ignotum iter cum suis per Illirici et Adriatici sinus maris arripit, tandemque Ghristo duce difficultatem itineris multimodam euadit, Gallorum fines intravit. Mira res, linguam barbarorum, quam priùs ignorabat, intelligebat, et respondebat, necessaria que requirebat. Fuit hoc insigne miraculum in ecclesiâ primitiuorum, ut quos apostoli crismate presignabant uel ad predicandum gentibus ordinabant illico manifesté scientiam linguarum accipiebant, sicut de Gornelio actus apostolorum narrant. Itaque certo indicio beatus Paciens Mettim ciuitatem deuenit. Quo adueniente ecclesiasticus ordo cum fîdeli populo letatur, et tàm ex habitu quàm ex reuelatione pridem celebratâ de successore sancti Felicis, qui tercius post beatum Glementem rexerat urbem, certificatus consolatur. Tune beatus Paciens cepit exercere ea que sunt spiritualia et temporalia, sicut dictum est in primordio, et fecit basilicam deo et preceptori suo beato Johanni apostolo et euangelista, extra urbem ciuitatis metensis; et durauerunt usque ad exercitum Hymnorum, qui omnia uersauerunt. Ipse verô collegium adunauit, qui deo et béate uirgini, nec non et ipso beato Johanni seruirent, et pro omnium et pro suis sceleribus exorarent.

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LÉGENDE DE SAINT PATIENT

Version IL — Texte de Philippe de Vigneulles, chronique de Metz. — D'après le manuscrit de la bibliothèque publique de Metz (Mss. fonds hist., n° 88. — Voir ci-dessus, page 111, note 1).

Sainct Pacient fut le quairt éuesque de la cité de Metz et fut neiz de Grèce. Il fut disciple de sainct Jehan éwangéliste et fut enuoiez à Mets par le comandement de Dieu et à la manier qui s'ensuit. Il est vray que au tampts du deuent, dit Domicien, ampereur, second persécuteur des crestiens, il fîst bouter le benoit sainct Jehan éwangéliste en ung tonnel d'oille boullant à Romme, comme cy deuent est dit; maix par la graice de Dieu il ne le poult faire morir. Adont voyant ce il renuoiait en l'ille de Pathmos en exil, on il escript l'apocalipse; et quan Domicien fut mors, le glorieux sainct Jehan fut déliurés, en revint en Ephèse, là on il conuertit le puple à la foy de Jhésu Grist, et moult de grant miracle y fit. Et adoncque monseigneur sainct Pier qui estoit mors dez loing tampts s'appareut à luy en vision, et luy dit aincy : — Jehan il y ait vne cité en Galle qui ait à nom Mets, laquelle ait estés conuertie par Clément mon disciple. Or est Clément et ceulx que j'auoie enuoiez auec luy mors, et pourtant, ce dit monseigneur sainct Pier, Nostre Seigneur Jhésu Grist te mande par moy que tu y enuoie des thiens pour maintenir la dicte cité en la foy chrestienne, et te rescomande ycelle cité de Mets en gairde, comme il te fîst sa benoitte mère quant il pendoit en la crois. — Et adont monseigneur sainct Jehan, appostre et éwengéliste et cousin de Jhésu Grist, oyant la vois qui lui estoit ewoiéez de Dieu, y enuoiait le glorieux sainct Pacient, lequelle estoit l'ung de ces principal disciple, auquelle il donnait Pung de ces

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dens pour sowennance de Iuy. Et quant il vint en la cité de Mets, il preschait le non de Jhésu Grist et menait moult saincte vie. Puis il fondait vne église hors des murs de la cité en Fhonneur de monseigneur sainct Jehan son maistre, en laquelle il mit le vénérable dens, et lequelle y est encore ajourduj. Et ne trowent on plus en tout le monde de son corps synon ce dens que monseigneur sainct Pacient apourtait à la dite cité de Mets et qui de présant est encor en la dicte église sainct Jehan hors dez murs, laquelle par vng tampts fut destruicte des Juifz, et puis rédiffiée, et est maintenant appellée sainct Arnoult. Le benoit sainct Pacient fut éuesque et thint le scige à Mets xiiij ans, partie dessoubz Adrien, et le remenant dessoubz Anthonne le débonnaire empereur ; et mourut on tampts que Apius estoit pappe, et en ce tampts florissoit Ygyne, qui ne voulloit parler.

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