‹ Études sur l'histoire de Metz; les légendesChapitre 41 sur 43 · LÉGENDE DE SAINT AUTOR ET SAINT LIVIER · texte numérisé non relu

LÉGENDE DE SAINT AUTOR ET SAINT LIVIER

Version VII. — Texte de la chronique française des évêques de Metz. — D'après un manuscrit in-4° du xve siècle de la bibliothèque de M. Aug. Prost (olim Emmery. — Voir ci-dessus, page 93, note 2).

Après vint sainct Autre et tint le siège xlix ans dessoub Julien, Libère, Bieneureux et Damase, papes, Constantin et Julien l'apostat et Valencien, empereurs, on temps que sainct Martin de Tours en Tourainne et saint Maximien, éuesques de Trèues, ces trois ensembles condampnèrenl à Colongne Eufrate hérétique. Et fut le dit sainct Autre éuesque de Mes quant les Barbarins entrèrent en Galles et comprirent toutes les partie d'occidant; et combien que mains mi raclez se puisse reconter de lui, toutesuoyes, je vous en dirais deux.

Premier por le temp que les Barbarins et les Hongres, autrement nommés les Wandres, persécutoient l'église et toute chrétienté, et que Gondegaire, le roy des Allobrogiens, ot entré en Galles, sainct Seruais qui adont estoit éuesque de Tongres s'en alla à Rome pour visiter, et pour grâce et remède impétrer vers les corps sainctz de apostres de Jhésus Crist qui là estoient enseuelis. Et quant il se fut mis en oroison, cil comme cellui qui se voulloit ouffri en sacrifice pour le pouure peuple de ce paijs, qui tant estoit tormenté desdit Wandres, adont sainct Pierre s'aparu à luy, et lui dit : — Saiche très chiés amis qu'il est détermité du jugement de Dieu que toute la terre de Galles sera mise en feu et en flame par les mains des Barbarins, excepté l'oratoire de sainct Estenne de Metz. — Et quant sainct Seruais ot oix la sentence de Dieu, il s'en retorna sans plus atendre ; et trouva jà que toutes Galles estoit plaine de Hongres ; et auoient assise Mets par longtemp, mais pour la force et

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la haultesse des murs, ilz s'estoient retrais. Et adont il vint saint Semais et entrais en la cité et contait à sainct Autre la vision de sainct Pierre et puis s'en alla à Tongres, et sy tost quil fut hors de Mets, les murs eheurent tous à terre; et quant sainct Autre vit ceu, il amonesta les citoiens de confesser et de pénitence faire. Et fist comander que tous les enffans fuissent baptisés; et fut le grant samedj de Pasques. Adont les Barbarins oians les nouelles des murs cheus sy vindrent à toutes leurs force, et prirent la cité, et mirent tout en feu et en flame et les esglises plaine des sang des chrestiens et mètre à mort prebstre et clercz. Et seullement ceuls furent garder de cuy il voulloient faire leurs moquerie, et derriennement vinrent à l'oratoire sainct Estenne, mais il n'y peurent onques entrer, si s'en retornèrent tous confus si comme les Sodomite de la maison Loth. Adont ilz prirent l'éuesque et le remenant du peuple, et les emmenèrent hors et lassèrent la cité ardans; et quant ilz vinrent assés long en vne ville appellée Dypaing, tous lesdit Barbarins furent aveuglés, si que il ne sauoient aller ne auant ne arrière ; et quant se sentirent en telle guise mis, ilz demandèrent aus chrestiens dont pooit venir telle pestilence ; et ilz respondirent que ce estoit pour le péchié de ce qu'ilz en menoient vne saincte créature qui auoit non Autre, éuesque de Mets. Adont le quérirent et lui dirent : — Ghier sire prenés du nostre ceu qu'il vous plait et nous rendés nostre clarté. — Et il leurs respondit : — Je n'ay cure de vostre rapine, mais se vous voulleis estre garis, faite que tous ceulz soient déliurez que vous aués pris en ma cité. — Ainsi le firent ilz, et tantost virent cler comme dauant.

On reconte de lui vng aultre exemple : il auoit en Péglise de Mets vng tref qui auoit le piés pourris de villesse, lequel cheust sur le grant autel qui estoit de mabre, et le brisa en pièses. Sainct Autre il vint et recullais les pièces et les mis ensemble et fît son oroison à Dieu et puis fît le signe de la croix sur les pièces, sy fut l'autel aussi antier comme dauant.

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Item on raconte de lui qui fut sauetier et vacoit le siège de l'éueschie. Sy prièrent à Dieu le clergie et le peuple de Metz qui luy pleut leur enuoier vng bon éuesques. Sy fut réueller à vng saint homme que on quérit vng prodome qui auoiten nom Autre, et le fit on éuesque. On le quit tant qu'il fut trouués derrier sainct Suplice, là où il estoit et cousoit ses sollers. Sa costume estoit telle que quant il auoit fais vng soulers, il métoit autant de pieretes dedans comme il les voulloit vendre de deniers; et quant on les voloit acheter et on lui demandoit combien il les faisoit, il disoit et respondoit, autant de deniers comme il y ait de pieretes; et autrement il n'en juroit. Quant il fut trouué, le messaige lui dit qu'il l'en conuenoit venir pour estre éuesques, car Dieu le voulloit; et sainct Autre dit qu'il ne le créoit nesqu'il salroit vne fontenne de terre, en boutant son alaine dedens. Et poingnait la terre; et tantost en sallit vne belle fontenne. Adont il vit bien que c'estoit le gré de Dieu; si fut éuesque. Et encor est aujourd'hui jcelle fontène à Metz darier sainct Supplice, et l'appellon la fontenne sainct Autre, en laquelle on soult bagniés les petis enffans quant il ne puellent amender.

Sainct Autre morut le xe jours d'aoust, dessoub Sirice pape, Gracien et Valencien empereurs. En cellui temp fut sainct Yburce, éuesque d'Orléans, au temp Constantin le grant et Hélène sa mère, qui trouua la vraie croix. Et on temps sainct Autre fut sainct Anastaise, éuesques d'Alixandrie, qui fit : quicumque vult saluus esse etc., contre les Ariens.

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LÉGENDE DU DUC HERVIS

Version II. — Texte de Philippe de Vigneulles, chronique de Metz. — D'après le manuscrit de la bibliothèque publique de Metz (Mss. fonds hist, n° 88. — Voir ci-dessus, page 111, note 1).

Au tamps du ... roy Pépin viuoil encor le ... duc Heruey de Mets, duquelle je veult icy parler, tant de sa généalogie cellon les cronicque de Lorrainne, comme de ceulx qui dessandirent de luy, et partie des fait que en leur tamps il firent. Et premier est à notter quMl y eust plusieurs rois en France, dont le premier, cellon les dicte cronicque, ce appelloit Prian, filz de Hector de Troye, et dessandirent de l'ung à Taultre comme cy deuent est dit, en fasson telle que le xe fut nommé Brunuphe. Et est cecy en prenant la lignie de ceulx qui vinrent demourer à la cité de Mets et es pais entour, et tellement que celluy Brunuphe fut tué, et succédait après luj Hidulphe son filz, et après ycelluy succédait le ... duc Pier son filz, seigneur de Mets, lequelle fut grant perre au duc Heruej, comme vous oyres. Or est à notter que du tamps que viuoit le deuent dit Ghairle Martel fut et régnoit celluj duc Pier en Mets et sur tout le reaulme d^strasie, quj maintenant est apellée Lorainne, et estoit celluj duc Pier en son temps, homme de cy grant despance et lairgesse qu'il auoit tout gaisté et n'auoit plus rien c'il ne van doit on engaigeoit son pais, car il auoit tout despandus par sa très grant prodigallité. Et en ce meisme temps mourut la duchesse sa femme, de laquelle luy demourait vne belle fille nommée Aelis. Mais quant elle fut en eaige, nul ne la demandoit en mariaige, pour la grant pouureté du duc son père. ToutefTois à la fin la donnait ledit duc à vng sien preuost de Metz, lequelle estoit merueilleusement riche, et

estoit biaulx personnaige et saige, et ce nommoit ycelluy preuost Thierrej. Duquelle Thierrej et de Aelis sa femme saillist vng très vaillant homme nommés Heruey, cy deuent dit, dont le corps en gist au portaulz de l'abayee sainct Arnoult deuent Mets. Et alors le duc Pier laissait sa seigneurie à gouuerner audit Thierrey, son janre, et c'en allait oultre mer mener la guère aus Sarrasins. Cy le lairons aller et retournerons audit Heruey.

Celluy Heruey fut en son temps vng moult vaillant homme aus airme, et en cez jonne jour son perre le voult faire deuenir merchamps, et l'enuoiait à la foire à Prouins auec grant finance. Mais d'estre marchamps il n'auoit cure et achetait cheuaulx, chien et ossiaulz, de quoj son perre fut moult dollans. Après ce fait le renuoiait vngne aultre fois auec trésors à la foire condit le Landy à Paris. Mais je vous dirés quel merchandises il y fîst. Il est vray, comme Ton trouue par les ansienne istoire, que en celluj tamps y auoit au réaulme de Thir vng roy nommé Hutaisse, lequelle auoit deux biaulx anffans de la royne sa femme, c'est assauoir filz et fille. Le filz ce appelloit Flour et estoit roy de Honguerie, et oit en son tamps vne fille qui fut appellée Berthe au grant piedz, laquelle comme aulcuns dissent Tut depuis femme au roy Pépin de France cy deuent dit, et mère au grant roy Chairlemaigne; et la fille d'icelluy roy Hutasse et suer audit Flour roy de Honguerie ce appelloit Beaultris, laquelle estoit vng chief d'euuvre en beaulté. Et pour sa beaultés et grant renommée la demandait en mariaige le puissant roy d'Espaigne; et luy fut acordée parmy ce qu'il promist à ce faire crestien. Et tenoit ledit roy soubz luy trois réaulme auec le réaulme d'Espaigne, c'est assauoir Nawaire, Portingalle et Aragon, et ce tenoit à Bur en Espaigne. Or, durant ycelluy tamps et que la fille fut promise audit roy d'Espaigne, elle estant en vng gerdin auec ces damoiselle, fut la dicte Biaultris prinse et rauye par sartains escuier paissant, et sans ce qu'il la cognusse ne que jamais sceussent à qui elle

estoit fille la vindrent lez deuant dit escuier vandre à la foire à Paris, auquelle lieu estoit pour l'eur le deuantdit Heruey de Mets, lequelle, quant il vit la grant beaulté d'icelle fille, ce approichait près des merchamps, et sans granmant merchander il y amploiait la plus pairt de son trésors, et ramenait à Mets sen ce qu'il sceust à quj elle estoit fille, ne ne le sceut de longtemps après-, de quoj le preuost Thierej son père cuidait vif enraigier, et le banit de Mets et de toutte la terre de Astraisie. Toutefïbis, ledit Heruey auoit vne suer de baixe, qui auoit apousez vng riche mairchamps de Mets nommés Baudrey. Icelluy Baudrey fist tant par prière deuers le preuost son sire qu'il eust lisance de aidier et soubtenir ledit Heruey. Et, peu de tamps après, ledit Heruey apousait la belle pucelle Beaultris, de quoy son père fut plus courcés que deuent, et disoient tous que Heruey, lequel alors estoit l'ung des biaulx homme du monde et héritier d'icelle cité, auoit prinse vne p..., laquelle auoit courrus par tout lez bourdiaulx de Paris, et n'en voulaient plus grant ne petit, ains estoit commune et abandonnée à vng chescun. Mais je vous dirés la noble lignie que de celle noble dame saillit.

De celle Biaultris oit ledit Heruey plusieurs anffans. Le premier ce fut Guérinet, qui depuis ce nommait le Lohéraîns Guérin, lequelle est tout enthier en chair et en os au grant mous- • tiet de Mets, et puis oit Bégonnet, quj fut tant vaillant aus airme, et fut depuis appellés Bègue de Bellin, pour la duchet de Gascongne que le roj Pépin luy donnait, en laquelle duchiés est le chaittiaulx de Bellin, duquelle il pourtoit le surnom. Item ledit Heruey oit d'icelle belle Biautris vij fille, lesquelles furent touttez mariée à grant prince et à grant seigneur et en diuerse pays, et en saillit de moult grant lignée et de moult vaillant homme de guère, comme vous trouuairés ès istoire que de ce sont faicle. ce lire on escouter les voullés. La premier fille oit à non Heluis, laquelle oit en mariai ge vng vaillant prince de France nommés d'Orlenois Hernois ; et d'icelluj elle heust deux

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filz, le premier eust à non Hairnais, qui fut duc d'Orléans et fut en son tamps moult vaillant aux arme; le second filz eust à non Eudes et fut homme saige et bien lestré et fut éuesque d'Orlians. La seconde fille fut mariée en Bourgongne, et d'icelle saillit Aubris le Bourguigon, homme vaillant aux arme. La thier fille fut mariée en Allemaigne, et d'icelle sortist vng vaillant homme nommés Orris l'allemand. La quairte fille fut mariée en Liège et eust vng filz nommé Gérard du Liège. La quinte fut mariée à Gambray, de laquelle sortist deux filz moult vaillant homme, le premier ce appellait Hues de Cambrésis, et son frère eust à non Gauthier Torfellin, seigneur de Hénault. La vje fille fut mariée à Aniois et eust vng filz nommez Joffroy ly Angeuins, lequelle fut conte d'Anio. Et la vije et dernier fille du duc Heruey de Mets fut mariée en France et eust deux filz ; le premier fut apellés Hue du Mans et l'aultre fut nommez Guernier, seigneur de Droiez. Iceulx anffans deuent nommés en leur tamps aidairent moult à leur nepueux à soustenir leur guère; c'est assauoir aus anffans quj sortirent du Lohérains Guérin et du duc Baigue son frerre, car dudit Guérin sortist le duc Gilbert et du duc Baigue sortist le vaillant Hernault et le vaillant Gérin son frère. Mais nous lairons le parler à présant d'iceulx anffans, et retournerons à leur grand perre le duc Heruey.

Gelluy duc Heruey, après ce qu'il eust apousés la belle Beaultris, comme cy deuent est dit, et après qu'il eust ledit Guérin et Bégonnet auec aucy sa premier fille nommée Heluis, il fut cy très pouure et indigent de tous bien par sa grant prodigallité, qu'il estoit à pain quérir, et auoit tous destruit son biaulz frère Baudrj, qui par auent estoit vng grant riche merchamps; et alors la belle voiant leur grant nécessité et pouuretez fist vng drap ouurés de soye, auquelle estoit en pourtraicture le roy Hutasse de Thir son perre et la royne sa mère et son frère le roy Pleur de Honguerie, puis elle ce auoit mis au vif au deux genoult deuent eulx, et cen ce qu'elle eust

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encor dit à son marit à quj elle estoit fille, elle enuoiait vandre ledit draps en Thir par le dit son mary, et luy enseignait cornent il deuoit dire et faire. Et par celluj draps recouurit grant trésor et eust congnoissance dez parans sa femme la belle Beaultris. Mais il y fut en grant dangier pourtant qu'il ne voult jamais congnoistre qu'il sceust quj auoit fait ledit draps, car la belle luy auoit deffandus, et disoit ledit Heruey qu'il Tauoit achetés en Surie; puis ce fait c'en retournait à Mets, et fîst plussieur vaillance par le chemin et conquist grant trésor. Et le roy Hutaisse le fîst secrètement suyr jusques tout dedens Mets, et luy en fut rapourtés les nouuelles par les espie, cornent à Mets estoit Biaultris la belle, et qu'elle auoit desiay trois biaulz petit anffans du marchamps qui auoit vandus le draps. La chose fut tenuee secrette entre eulx, et après plussieur langaige, conclut le roy Fleur de Honguerie son frère de ce mestre en voye auec petitte compaignie, et de trouuer manier de la rauoyr; comme il fîst. Mais nous lairons à parler du roy Hutasse et de luy et vous dirés de Heruey.

Quant le noble Heruey fut venus à Mets, et que le preuost Thierey, son perre, soit la grand richesse qu'il ramenoit, et aucy qu'il soit que la belle Beaultris estoit fille de roy et de royne, et que le puissant roy Pleur de Honguerie estoit son frère, cy c'en allait ledit preuost gecter au piedz de la belle et luy criait mercy, et auec ce luy priait qu'elle volcist faire la paix de luy et de son filz. Car ledit Heruey haioit son perre merueilleusement pour ce qu'il l'auoit heu banis de cez biens et de la terre. Touteffois la paix en fut faicte, et furent mandés tout leur amis et firent grant joye et feste par l'espace de quinze jour. Auquelle tamps le duc Pier de Mets retournait d'oultre mere là on il auoit moult longuement estés et par l'espaisse de xx ans, en menant guère aus Sarasins, comme cy deuent aués oy, et ne scauoit encor ledit duc ce sa fille Aelis auoit heu nul anffans du preuost Thierrj. Mais quant il vit Heruey auec cez trois biaulx petit anffans qu'il auoit desiay de la belle

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Biaultris, il démenait grant joye, parquoy la feste fut ranforciées. Durant ceste feste on rapourtait nouuelle au duc Pier que son frère le duc de Braiban estoit mort et luy estoit escheutte la duchiés-, et les nobles du pays luy mandoient qu'il ce haitait, car le roy Anceis de Golloigne lez auoit assigiés à Lowains, et prétandoit ycelluy roy à auoir droy en la duchiez ad cause de sa femme. Pour ces nouuelle fist le duc Pier son armée, de laquelle il fist chief et capitainne le duc Heruey, et ce desmit ledit duc Pier en la main du dit Heruey de la duchiez de Mets et de tout le pays; et ce pairtirent les dessusdit de Mets, et firent tant qu'en brief espaisse vinrent en Braiban; là on il heurent plussieur grant baitaille contre le roy Anceis de Collongne-, et fut ledit roy desconfis par la vaillance du duc Heruey, et c'en fuyt à Gollongne sa citez, et le voulloit ledit Heruey aller aségier, mais aultre nouuelle luy sont venue quj guère ne luy furent plaisante et par lesquelle il fut de son voiaige détournés en la manier comme cy après serait dit.

Or lairez à pairler du duc Pier et de Heruey pour le présant et vous dirés du roy Fleur de Honguerie, lequelle fist tant par ces journée qu'il ariuait à Mets, et ce presantait à preuost Thierrey et luy fist acroire qu'il estoit filz à vng riche marchands de Rowan et qu'il auoit tué le filz d'ung aultre marchamps : parquoy dit il force m'est estez de m'absentir du pays, pour vne espaisse de temps, jusques acort y soit trouués. Et après biaulcopt de parolle fist tant par don et per promesse qu'il fut en la graice dudit preuost Thierey, puis ce fait il lowait en la main dudit preuost vng biaulx gerdin et lieu de plaisance qu'il auoit hors de Mets essez près du lieu on est maintenant Nostre Damme aus Champs, lequelle lieu ce solloit appeler aux Airaine, et là ce thint ledit roy Fleur. Mais nullement ne ce monstroit à sa suer. Et fist tant ledit roy que vng jour il conuoiait au diner celluj Baudry, duquelle nous auons pairlé et qui estoit serourge le duc Heruey, et luy priait fort qu'il amenait Biaultris auec luy, comme il fist. Et lors que le

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roy les thint en son menoir, il liait Baudris à vne estaiche et tout les aultre aucy, et enmenoit la belle par force et malgré elle-, laquelle faisoit plussieurs complainte, pour cez affans qu'elle laissoit. Et quant cez nouuelles en vindrent au duc Heruey, il laissait le sciége de deuent Gollongne, et print grant nombre de ces gens des plus ellus, et c'en allait après Biaultris sa femme, la cuidant rescoure sus lez chemin. Mais il n'estoit possible, et fut la belle randue à son perre, lequelle mandait tantost à roy d'Espaigne qu'il l'enuoya quérir.

Or fîst tant espier ledit Heruey qu'il soit toucte la vérité, et comment le roy Hutasse, comme dit est, auoit mendés au roy d'Espaigne qu'il l'enuoiait bientost quérir; et firent acroire qu'elle auoit esté perdue et c'estoit tenuee en vne religion de damme, là on elle auoit gairdé sa virginité. Ledit Heruey flst tant par ces espie qu'il sost le jour con l'en la deuoit mener en Espagne. Et ce mist en vng esgait, là on furent assaillis lez Espaignolle, lesquelle estoient en moult grand nombre, et estoient plussieurs millier, et à la fin furent les Espaignolle desconffis et fut rescousse la belle Biaultris, et y conquestait ledit Heruey moult grant richesse-, puis, ce fait, firent tant par leur journée qu'il retournirent en la cité de Mets. De leur venuee fut le preuost son perre et tout le puple resioys, mais pour icelle heure qu'il vint estoit le duc Pier à grand meschief ; car quant le roy Anceis sceut le despairt du duc Heruey, il renforsait son armée, et c'en allait de rechief mestre le siège deuent Lowain, et thint le duc Pier de cy près que force luy eust estez de se randre, ce ne fut le noble Heruey, quj bien an haite luy donnait le secourt; et après plussieurs grant bai taille heues ledit Heruey desconfist de rechief le roy Anceis et le chaissait jusques tout dedent Gollongne, là on ledit Heruey l'asségeait, et plussieur assault y donnait. Mais je vous dirés du roy d'Espaigne, lequelle, quand il soit le rauissement de la belle, il fîst son armée moult grande là on furent plussieurs roy et auec ce mandait le roy Hutasse et le roy Fleur qu'il ce

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Irouuaisse à vng jour dit deuent Mets auec leur puissance sur painne d'estre réputés traistre. Et il n'osairent désobéir, car moult fort les menaissait ledit roy d'Espaigne; et quant il vinrent deuent Mets, il mirent le sciége en plussieur lieu et gaistairent fort le pais en destruisant vigne et gerdin. Et firent du mal biaulcopt et n'en scauoit encor rien le duc Pier ne le duc Heruey, car il estoient deuent Collongne, comme dit est, tenant essigiez leur annemys.

Quant le noble duc Heruey soit ces nouuelles, tout incontinent alait trouuer manier de faire paix et alliance à Ancéis, roy de Goullongne, lequelle ne scauoit rien de tout cecy, et fîst moult volluntier la paix, et promist au duc Heruey de le seruir en toute cez nécessité luy et le roy Odairt d'Escosse et aucy le roy de Frise. Et alors que la paix fut faicte, le noble Heruey leur contait sa grant nécessité et firent moult grand assamblée de gens. Mais le roy d'Espaigne, aprez ce quMl auoit heu plussieur baitaille à Messains, et voyant qu'il n'y pouuoit rien faire de son prouffit, et aussy quant il sceust l'airiuée du duc Heruey, alors il print conseil à cez gens et parlait au preuost Thierej , et firent paix ensamble, et leuait son sciége, et en grand regret c'en retourne en Espaigne son pais. Et le roy Hutasse de Thir et le roy Pleur de Honguerie c'en vinrent ce tenir à Mets en atandant la venue du duc Heruey, et luy furent au deuent à son antrée à Mets, et ce firent moult grant feste et joye, et furent toutte paix et acort fait entre eulx. Puis après ce que le roy Hutasse eust estez bien fatoiés, il print congiez du duc Heruey et baisait sa fille et cez biaulx anelet Guérinet et Bégonnet, et c'en retournait en Thir, son réaulme, et le roy Fleur en Honguerie, et c'en retournirent toutte les armée et tous les seigneur retournairent chacun dans son pays.

Longuement fut le duc Heruey en grant prospérité, après la mort du duc Pier, tant que lez Hongre et Wandre vinrent destruisant toutte France; souuerainnement furent deuent

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Paris, Sans, Soixon, Rains et Troye, là on ledit Heruey fut auec son armée en l'ayde du roy Chairle Martel, comme cy deuent ait estés dit. Et après qu'il eurent gaigniez plussieur bai taille, fut ledit Chairle férus et desplaié deuent Troye; de quoy tost après il mourut. Gelluy Chairle auoit heu en son tamps plussieur baitaille et grand victoire en rencontre ces annemys, entre lesquelle il oit grant guerre en rencontre de Géraird de Roissillon, laquelle, comme raconte aulcune istoire, fîst moult de domaige au royaulme de France; car celle guerre fut aipre et mortelle, et à grant préiudise et domaige de plusieurs gens. Et après sa mort, fut fait roy de France ledit Pépin son filz, lequelle cens l'ayde du duc Heruey ne le fut point estez, car il auoit plussieur contredissans ; mais tantost après il fut coronés et sacré à roy par sainct Boniface, archeuesque de Mayance; et raignait loingtemps. Touttefïois en fut ledit Heruey mal rémunérés, car grant tamps après que lesdit Hongre et Wandre furent deschaissé de France, il ce rassamblairent et vinrent mestre le sciége deuent Mets, et alors c'en allait le duc Heruey en France demandés ayde à roy Pépin. Mais par maluais conseille il lui fut ranfusez. Gy c'en retournait bien maris et dollans, et auec l'ayde de cez amis ce frappait esdit Wandre et Hongre, et lez desconfîst, et lez en chaissait deux ou trois lieu loing de la cité, en vng lieu nommé Anceruille. Et alors par malle fortune en ycelle chaisse fut fraipés ledit Heruey d'ung trait d'airbellette, duquelle il mourut; de quoy ce fut pitiet et domaige. Aprez sa mort thint le pays le Lhorains Guérin, son filz. Et après plussieur chose que je laisse, eust ledit Guérin moult grant et merueilleuze guère, et quj moult longuement durait, comme son liure le mest, encontre le conte Fromon de Lan en Lainoy, et encontre Fromondin, son filz et leur lignie, tel comme Bernaird de Naisil, Guillame l'orguilleux de Monclin et l'éuesque Lancellin de Verdun, et plussieur aultre, lesquelle aprez plussieur baitaille tuairent el murtrirent en traison ledit Guérin, on fon de Géniuaulx, à deux

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petitte lue de Mets. Et depuis vint son filz Gilbert, lequelle toutte sa vie mainthint celle guerre en Pancontre de cez annemys, de quoy plussieurs ressurent mort; entre lesquelle y fut tué le duc Baigue de Bellin son oncle, de quoy la guère ce ranforsait tousiour de plus fort en plus fort; tellement que à la fin le conte Fromon, après ce qu'il fut desconfis, c'en aillait randre Sarrasin ; et fist encor son filz plussieur guère et baitaille, lesquelles je laisse por abregiés. Lisez son liure, et là il est escript, lequelle moy meisme le composeur de cez cronicque ait heu mis des rime et vielle chanson de gecte tout en prose et par chaipitre, comme chascun qui le voulrait lire peult veoir et oyr. Gy lairons à pairler dudit Guérin et de ces fais quant à présans, et retournerons aulx éuesque de Mets, et à fais vertueulx du roy Pépin.

LÉGENDE DU DUC HERVIS

Version III. — Texte de Hugues de Toul, histoires. Fragment transcrit dans les annales de Hainaut de Jacques de Guyse. — D'après un manuscrit de la Bibliothèque impériale à Paris (Mss. fonds lat. 12828).

De Waltero principe Haynauci. Gap. lxvi (L. xi).

Ex gestis Hugonis Tullensis. — Waltericus aut Walterus, filius Alberici dicti orphani, cornes Montensis, longeuus valdè fuit. Cognominatus est orphanus ratione patris, quia, auo eius interfecto Ablatonas, et eius auiâ in exilium relegatâ, quatuor filiis remanentibus, soli Alberico quia junior remansit denominatio orphaneitatis, prout superiùs explanatum est. Ab illo igitur denominatus est orphanus, siue eius fuerit pater aut eius auus, prout aiiqui dicere voluerunt. Mortuo Garolo Martello Pippino maiore domûs Francie existente, in Hanoniensi comitatu regnabat Walterus cornes cognominatus orphanus, frater

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Hugonis comitis Gameracisii. Hii siquidem duas fllias Heruei ducis Metensis, sorores Garini et Begonis, in uxores legittimas assumpserunt. Fuit deniquè Walterus elegantis stature, robustus, fidelis et verax, constans et intepidè decertans; nulli rei parcebat quinymô sua, gentem propriam, ac seipsum pro fide Ghristi contra Wandalos ac Sarracenos liberaliter exponens, prout in multis ostendit exemplis; nam cùm ciuitas Suessionis à Sarracenis et infidelibus obsidione graui grassaretur, et christiani ab eisdem quasi per totam Galliam multis tribulationibus conquassarentur, ipse Walterus cornes dolore tactus intrinsecùs, Dei adiutorio confortatus, nobiles tàm Hanonie quàm Bracbancie et magnam populi magnitudinem tàm ex deuotione quàm ex ratione pecunie, propriis sumptibus congregauit, et Hugonem fratrem suum comitem Gameracisii ad consimilia vota exhortans, fultus Lotharingorum aliquorum auxilio, cum Francis adiunctus, gentem illam efferam ab obsidione sic deturbauerunt, et reges ac eorum duces prostrauerunt, quôd vix unus superfuit quin gladiis christianorum, coopérante Dei clementiâ, atrociter degustaret. Quid plura? Ipsi qui superstes remanserunt in fugam conuersî, tentoriis victualibus ac vniuersis sarcinis relinquentes, ciuitatem reliquerunt, et sic ciuitate paccatâ Walterus Hanonienses interfectos iussit tradi ecclesiastice sépulture, et missas in cenobio sancti Medardi pro eisdem iussit solemniter decantari. De parte verô prede que jure sortis sibi contingere videbatur, pro se nichil reseruans, omnia suis liberaliter distribuit. Tandem gratias Domino referentes propter victoriam, ad propria cum salute remearunt. Hoc siquidem facto diuulgato, sic conmilitones et subditos, et patriarum circumadiacentium conuicinos animauit, quôd penè omnes contra Wandalos et Sarracenos, ceteris principibus refutatis, sub ipso optabant militare.

Quôd Walterus cornes Montensis et Hugo cornes Cameracensis, ejus frater, cum Herueo confederati sunt. Gap. lxvij. Eâdem ferè tempestate régnante, mortuâ Aelide ducissâ

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Metensi, maire Heruei ducis, que fuerit filia Pétri ducis perpriùs deffuncti, iierato venerunt ad partes Gallie Wandali, Huni, Patereni et infidèles multi, qui Germaniam, Austrasiam atque Burgundiam quasi totam vastauerunt. Tandem, Lotharingiâ superiori penè destructâ, ciuitatem Metensem obsidione vallauerunt. Herueus verô Lothoringie dux, cum paucis ab eâdem exitus, ad Pippinum regem Francie pro succursu velociùs properauit, auxilium ab eodem postulando, conditione tali quôd, si rex vellet ciuitati sue Metensi succurrere et eam ab infidelibus liberare, ipse pro successoribus suis in perpetuum ciuitatem vnà cum Lothoringie ducatu in feodum seu homagium ab eodem releuaret atque susciperet. Sed rex alieno credens consilio sibi postulata denegauit. Herueus verô ad Walterum Hanonie comitem et ad Hugonem comitem Cameracesii tristis accessit, qui, relationibus auditis, dolentes de régis responsione, .seipsos et quidquid poterant se facturos sibi presentauerunt, regem meritô superresponsis excusantes. Herueus verô consolatus, ab eisdem discedens, ad Ansegisum Colonie regem etiam properauit, cui homagium et feodum ducatûs Lothoringie ac ciuitatis Metensis, sicut fecerat régi Francie, presantauit, si ciuitatem Methensem liberare vellet ab infidelibus. Ansegisus, sciens Walterum et Hugonem et Gerardum de Leodio comités sibi federatos, petitioni condescendens, pactionibus firmatis, ad arma gentem suam statim properari disposuit. Ab illâ vero die quâ Herueus à comitatu Montensi discesserat, Walterus cornes militiam suam et tantum congregauit populum tàm precibus et precio quàm oblationibus et deuocione, ex diuersis prouinciis, vt potè ex Hanonie, Flandrie, Cameracisii, Leodiensi, Caprimontis, Lauaniensi, Hasebatensi, Obdurbiensi, Namurcii comitatibus, necnon et Francie regno, quos habere potuit, quôd non videbatur acies comitis exigui, sed unius régis eximii, qui versus Lothoringiam properantes et juxta vallem Metensium tentoria figentes, licet Ansegisus rex nundùm advenisset, omni die ac nocte illos confiden-

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ter inuadebant infidèles, nec quiescere ipsos permittebant, multa siquidem damna ipsis intulerunt. Tandem aliquibus euolulis diebus, cùm rex Ansegisus cum populo graui ad vallem peruenisset Metensem, et omnes christiani fuissent insimul confédéral, multos infidèles prostrauerunt, et sustinere non valentes pondus belli in fugam conuersi sunt. Herueus autem dux eos incautè persequens ab eisdem occiditur iuxta ciuitatem Metensem. Cuius mortem Walterus et Hugo comités egrè ferentes decreuerunt ad propria non reuerti donec mortem eius solemniter vindicarent; quod et fecerunt. Nam à ciuitate Metensi usquè ad ciuitatem Trecarum illos Wandalos insequuti sunt. Quôd Walterus Gomes Hanoniensis prosecutus est Sarracenos, et de inicio belli aut guerre Fromondi atque Garini. Gap. lxviij.

Intereà rex Ansegisius videns Herueum mortuum, ciuitatem Metensem ingressus, eam sibi subiugans spoliauit, Béatrice seu Beltide uxore Heruei cum propriis heredibus effugatâ. Gùm autem predicti Sarraceni qui cothidiè in numéro crescebant licet multi occiderentur ciuitatem Trecarum obsedissent, Walterus et Hugo sepè nominati cum populo eorum primi fuerunt qui eisdem et ibidem semper restiterunt intantùm quôd dilatari non poterant nec dispergi. Rex autem Prancie atque Lothoringie audientes Hanoniensium constanciam statim eis magnum transmiserunt succursum, et intanti quôd in breui Sarracenos illos à confînibus Francie detruserunt, et effugientes per Burgundie regnum vsque ad Rodanum ipsos prosequentes, in Valle Profundâ omnes peremerunt. Tune christiani gratias deo agentes ad propria remearunt. Walterus verô cum ingenti honore et gloriâ et ejus frater à rege Francie in Lauduno suscipiuntur, et muneribus susceptis, et pactis simul federatis, ad Hanoniam et Gameracisium cum gaudio et honore sunt reuersi. Huius Walteri temporibus fuit silua Gambronaria cuius Gameracensis ciuitas erat et fuerat metropolis à temporibus Hunorum atque Wandalorum in duabus cundiuisa parti-

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bus. Nam Hugo frater ejus in sortem habuit Gameracisium cum ciuitate Cameracensi, Walterus verô comitatum Montensem obtinuit, cum ceteris Alemanie terris sibi à Pippino restitutis. — Idem Hugo. — Temporibus quibus Garinus Lothoringiam féliciter gubernabat, et Flandria à forestariis régis Pippini regebatur, Audacri pâtre Balduini primi comitis Flandrie in etate iuuenili tune existente, suborte fuerunt dissenciones inter Garinum Lotboringie gubernatorem et ejus fratrem Begonem ex vnâ parte, et Fromundum principem Burdegalensem et Artesiensem et comitem Boloniensem et eorum amicos ex altéra, que discensiones in eorum cordibus diù latuerunt antequàm quodeunque sortiretur detrimentum. Tandem in pallatio Pippini régis in Lauduno Burdegalensibus ex parte Fromundi Garinum Lothoringie invadentibus, cùm Garinus solus fuisset repertus, tamen contra adversarios sic se potenter deffensauit quôd Hardericum patrem Fromundi in illo conflictu mortuum super pauimentum excerebrauit. Ponderosa quippe fuit illa commotio, et terribilis ad sustinendum. Succreverunt statim Lothoringi, et gubernatorum eorum à mortis periculo liberauerunt, et multos de parte Fromundi perimerunt, et alios confusibiliter extra palacium eiecerunt.

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