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par elle à un choix préalable. Ces innovations transforment, à la longue, le droit électoral primitif en une sorte de confirmation, et le ramènent finalement à la pratique d'une simple cérémonie d'installation; sans parler des précautions prises de tout temps par la cité contre ces élus des abbés ou de l'évêque, en leur imposant des serments et des règlements destinés à restreindre et annihiler enfin complètement toute influence de l'électeur en dehors du fait même de l'élection.

Ce que nous venons de dire du Maître-Échevin et des Treize, à propos de leur mode d'élection, nous amène à parler de ce qu'étaient les magistratures de la cité au moment où celle-ci venait de conquérir une sorte d'indépendance politique, vers le commencement du xine siècle ; nous le ferons brièvement. Ces magistratures, déjà mentionnées en partie comme existant à la fin du XIIe siècle, étaient celles des Échevins, des Maires, des Treize et des Comtes-Jurés.

Les Échevins, dont l'origine paraît remonter aux institutions carolingiennes, étaient nommés à vie. Ils formaient un collège de juges institués au nom du souverain et présidés par le Maître-Échevin [major scabinus), dont l'office électif était en outre annuel depuis la réforme de 1180, que nous avons mentionnée. Les trois Maires (yillici), officiers d'institution également ancienne, partageaient avec les Échevins l'exercice de la juridiction civile, dans, lequel leurs attributions propres avaient parfois et dans une cer-

taine mesure le caractère de l'exécution. Les Treize enfin, dont l'origine appartenait au commencement du xme siècle, peut-être même à la fin du xne, exerçaient la juridiction criminelle de concert avec les Comtes-Jurés, officiers d'ordre inférieur qui étaient choisis dans le commun populaire, et qui continuèrent à être toujours pris dans la classe des artisans, tandis que les autres charges municipales furent bientôt exclusivement réservées aux membres de l'aristocratie .

Tels étaient les principaux magistrats et officiers de la cité au commencement du xnie siècle. Par suite d'une confusion très commune au moyen âge dans les idées et dans les choses, ils joignaient à leurs fonctions judiciaires des attributions d'ordre administratif. A ce double rôle, ils allaient ajouter bientôt celui de chefs de l'État, avec un caractère politique de plus en plus prononcé qu'ils ne perdirent plus, tant que dura l'indépendance de la ville libre impériale, c'est-à-dire jusqu'au milieu du xvie siècle. Sous ce régime, le Maître-Échevin, renouvelé annuellement, est le premier magistrat de la ville de Metz et le chef nominal de son gouvernement, tandis que les Treize, également électifs, attirant de plus en plus à eux les attributions administratives et politiques, prennent et partagent avec des commissions spéciales (de sept, treize ou vingt-six membres), d'une nature analogue à la leur, la conduite réelle des affaires et la direction des grands intérêts de la cité. Ces divers offices sont de

bonne heure exclusivement concentrés, comme nous venons de le dire, entre les mains d'une aristocratie toute -puissante, dont nous devons maintenant dire quelques mots pour faire ressortir le caractère dominant de l'État messin, celui d'oligarchie ou république aristocratique.

L'aristocratie messine, dont l'origine est très imparfaitement connue, ne semble pas être autre chose qu'une caste bourgeoise, bien- qu'elle pût avoir ses racines et son point de départ dans un passé plus ou moins reculé, puisque dès le xne siècle on signale, comme nous l'avons fait remarquer, une classe supérieure dans le peuple de Metz. Cependant, elle paraît ne s'être constituée politiquement pour le rôle qu'il lui était réservé de prendre qu'au xme siècle seulement, en même temps que prévalait dans la cité, contre les droits et prétentions opposés des empereurs et des évêques, l'indépendance du corps des citoyens. 11 ne serait pas impossible que cette révolution fût, jusqu'à un certain point, liée au fait que nous signalons de la constitution politique de l'aristocratie messine à la même époque, car de très bonne heure on voit celle-ci s'attribuer, comme étant son privilège propre, les avantages du régime nouveau qui en résulte. Elle ne tarde pas, en effet, à s'approprier l'exercice exclusif des droits et la jouissance des prérogatives d'indépendance, acquis à la cité. La vie de la classe privilégiée est dès lors la vie. de l'État luimême, ses progrès et sa décadence marquent les pro-

grès et la décadence de la république ; et leur chute commune, quand l'heure est venue (1552), montre jusqu'où allait leur étroite solidarité.

Le xme siècle voit cette aristocratie s'organiser par la distribution de ses membres actifs dans cinq grands corps politiques nommés Paraiges (parentelœ) . Ceux-ci s'appliquent dès lors à se rendre maîtres des offices et des magistratures, et peu à peu de la direction absolue de toutes les affaires de la cité. Ils sont connus sous les noms de Porte-Moselle, Jurue, Saint-Martin, Port-Saillis et Outre-Seille . En dehors des Paraiges, et sous la dénomination de Commun, existe un corps plus considérable qu'aucun d'eux en particulier, dans lequel se rangent les citoyens privilégiés qui leur sont étrangers. Ce dernier corps, par suite d'une assimilation qui ne s'est complètement effectuée que vers le XVe siècle, prend graduellement le caractère de sixième Paraige1. Dans toutes les occasions, notamment dans la composition des magistratures et des commissions spéciales chargées des intérêts divers de l'État, l'influence est toujours divisée entre les cinq Paraiges qui se trouvent y avoir individuellement une part égale, et le Commun, qui en a une généralement double de celle dévolue à chacun d'eux. En effet, presque toutes ces commissions sont des septeries ou des treizeries, ainsi nommées suivant qu'elles com-

1. On trouve pour la première fois la qualification de Paraige appliquée au Commun, dans un atour de 1390 donné par les Bénédictins, aux preuves de leur histoire de Metz. (Klipffel. Les Paraiges messins, 1863, p. 32.)

prennent soit sept, soit treize membres ; dans le premier cas, chaque Paraige ayant la nomination d'un membre de la commission, le Commun, de son côté, en nomme deux ; dans le second cas il en fournit trois, tandis que les Paraiges en donnent chacun deux seulement.

A partir du xme siècle, l'histoire de Metz est en quelque sorte celle de son aristocratie elle-même. Les grands intérêts qu'on y voit en jeu sont d'abord ceux qui résultent de la situation de la cité vis-à-vis des empereurs et des évêques, situation dont nous avons déjà indiqué les principaux traits ; ce sont ensuite ceux qui se rattachent aux phases d'une double lutte, à laquelle est consacrée toute l'activité de la classe privilégiée, soit au dedans, soit au dehors. Au dedans, l'aristocratie combat résolument le commun populaire4 pour établir et pour étendre d'abord, pour défendre ensuite contre lui ses privilèges. Au dehors, elle guer-

1. Ce n'est pas sans intention que nous employons ici l'expression peu usitée de commun populaire pour désigner la classe inférieure du peuple de Metz, par opposition à la classe aristocratique des Paraiges, quoique cette classe populaire soit souvent indiquée dans les documents, aux xv° et xvie siècles notamment, par le seul mot de commun ou par celui de commune. Nous avons écarté l'un et l'autre parce qu'ils auraient aujourd'hui pour les esprits une ambiguïté qu'ils n'avaient pas autrefois à Metz. On ne distinguerait peut-être pas maintenant aussi bien qu'on le faisait alors, sans le secours d'un qualificatif, le commun populaire du commun aristocratique, lequel formait un des six corps privilégiés dans l'organisation des Paraiges messins; et pour ce qui est du mot commune, il éveille ordinairement de nos jours l'idée d'un régime d'indépendance municipale dont l'application à la classe inférieure du peuple de Metz serait tout à fait inexacte.

roie, sans jamais se lasser, contre les princes et seigneurs voisins, pour maintenir vis-à-vis d'eux l'indépendance souvent menacée de la cité, et pour défendre contre leurs agressions sa fortune propre et ses biens, objet de leurs convoitises.

Au dedans, la lutte des Paraiges contre le commun populaire est signalée par les nombreuses séditions de celui-ci, réprimées successivement avec plus ou moins de bonheur pendant le cours du xme, du XIVe et du XVe siècle. L'histoire a conservé le souvenir de quelques-unes de ces crises violentes, sous les dates de 1283, 1326, 1347, 1356, 1405, 1430, 1452. La principale est celle de 1405, dans laquelle les membres des Paraiges sont momentanément chassés de la ville, qui reste pendant plusieurs mois au pouvoir du parti populaire.

Au dehors, le débat avec les princes voisins consiste en une suite interminable de petites guerres, comme on les faisait alors, pour butiner surtout, en dépouillant et brûlant les villages, en saisissant les bestiaux, qu'on vendait, et les hommes, qu'on mettait à rançon. Ces expéditions ne sont, à proprement parler, de part et d'autre, que des courses de pillards, dans lesquelles les Messins ont pour principaux adversaires leurs propres évêques, les ducs de Lorraine, les comtes et ducs de Bar et ceux de Luxembourg.

Quelques-unes de ces guerres, cependant, ont l'importance de véritables faits politiques. Telles sont, par exemple : en 1324, la guerre du roi de Bohême ou

des quatre seigneurs, dans laquelle la cité est attaquée par le roi Jean, duc de Luxembourg, par l'archevêque de Trêves, le duc de Lorraine et le comte de Bar, ligués pour lui arracher le désistement de certains droits qu'elle ou ses citoyens avaient contre eux ; en 1368, une guerre moins considérable dans laquelle les Messins réussissent à s'emparer de Robert, duc de Bar, qu'ils retiennent prisonnier pendant deux années et qu'ils ne relâchent que sur la promesse d'une forte rançon, laquelle, au mépris d'engagements sacrés, ne fut pas entièrement payée; en 1427, une guerre de deux années avec le duc de Lorraine, résultat d'une longue inimitié et d'une série de sourdes hostilités, déterminée cependant par un motif puéril : l'introduction dans Metz d'une charge de pommes que l'abbé de Saint-Martin, sujet de Lorraine, faisait apporter des vergers de son abbaye à son hôtel de Metz, et dont le duc exigeait la récréance; en 1444, la guerre des rois, dans laquelle la cité se voit tout à coup assaillie par René, roi de Sicile et duc de Lorraine, qui poursuivait contre elle la vengeance d'une vieille querelle, et par Charles VII, roi de France, venu à l'aide du premier avec les bandes mercenaires qu'il trouve avantageux d'occuper et de faire vivre ainsi, pendant un répit que lui laissait une trêve avec les Anglais ; en 1473, une guerre avec le duc de Lorraine, Nicolas, qui ouvre les hostilités par un guet-apens à la porte Serpenoise, mais dont l'entreprise est déjouée, grâce au sang-froid et à l'énergie d'un simple artisan, le

boulanger Harelle; en 1490 enfin, une nouvelle guerre avec le successeur de Nicolas, René de Vaudémont, héritier des vieilles haines des princes de sa race et de leurs convoitises à l'endroit de l'opulente cité.

Voilà, dans ses principaux traits, quelle est l'œuvre conduite, au dedans et au dehors, par l'aristocratie messine, pendant la période d'indépendance de la vieille ville impériale. Les nobles membres des Paraiges, les seigneurs gouverneurs de la cité de Metz, comme ils s'intitulaient, étaient, dans l'intérieur de la ville, maîtres de tous les offices, et ils en retiraient l'honneur et le profit. Autour d'elle, ils possédaient en outre de nombreux domaines et tenaient des fiefs dans la mouvance des princes dont les États l'environnaient. Décorés pour la plupart de la chevalerie, ils avaient en toutes choses la même attitude, et ils jouissaient de la même considération que la noblesse territoriale de la contrée.

Il faut nommer ces patriciens du vieux Metz : les Gournay, les Raigecourt, les Louve et les Bataille ; les Baudoche, les Roucel, les Desch, les Heu, les Renguillon, les Drouin, les Cœur-de-Fer, les Groignat et les Hungre ; les Ghaverson, les Serrières, les Remiat, les Ryneck1; on ne saurait les citer tous. Les grandes

1 . On verra peut-être avec intérêt un catalogue un peu plus étendu des anciennes familles des Paraiges messins, rangées d'après le degré de leur illustration, au double point de vue de l'ancienneté de leur apparition sur la liste des Maîtres-Échevins, et du nombre de fois que chacune a donné à la cité son premier magistrat annuel. En tenant compte seulement de celles qui, de l'an 1200 à l'an 1552, ont eu plusieurs fois cet honneur, et

familles messines étaient dans le pays sur le même pied que les plus illustres de la chevalerie de Lorraine et de Bar, du Luxembourg, de l'Évêché et des provinces adjacentes. Elles se mêlaient à elles par leurs alliances. Ainsi, des mariages communs unissaient, à la fin, les patriciens de Metz aux Lignéville, aux Lénoncourt, aux du Chastelet, aux Haraucourt et aux Apremont; aux Haussonville, aux Beauffremont, aux Ludres, aux Beauvau et aux Créhange; aux La Marck, aux

88 environ ne l'ont eu qu'une seule fois, on peut faire sortir de cette liste (où, avant le xme siècle, il n'y a guère que des noms individuels sans surnom de famille) les indications suivantes :

A partir du xiii8 siècle, les Gournay ont donné 45 Maîtres-Échevins, les Raigecourt 12, les Pied-Déchaux 5, les Louve 4, les Lacour 4, les Fauquenel 4, les Rataille 3, les Faixin 3, les Porte-Muselle 3, les Tignanne 3, les Chambre 3, les Grassechair 3, les Maquerel 2, les Dessus-le-Mur 2, les Gouion 2, les Rrise-Pain 2, les Goule 2.

A partir du xive siècle, les Raudoche ont donné 20 Maîtres-Échevins, les Roucel 17, les Desch 15, les Heu 11, les Renguillon 8, les Drouin 5, les Papperel 5, les Cœur-de-Fer 4, les Fessai 4, les Noiron 4, les Warise 4, les Groignat 3, les Delaître 3, les Roulay 3, les Hungre 2, les Meltry 2, les Lebel 2, les Jurue 2, les Lambert 2, les Chielairon 2, les Lohier 2, les Paillât 2, les Marcou 2, les Vy 2.

A partir du xve siècle, les Chaverson ont donné 7 Maîtres-Échevins, les Serrières 5, les Dalbrienne 3, les Remiat 3, les Ryneck 2, les Perpignan 2, les Toul 2.

A partir du xvr9 siècle, les Rarisey ont donné 2 Maîtres-Échevins.

Ces 49 familles, jointes aux 88 autres que nous avons signalées comme ayant donné, chacune, un Maître-Échevin à la ville de Metz, sont assurément celles qui ont le plus marqué dans l'histoire de la cité; ce ne sont pourtant pas les seules qui fussent comprises dans les cadres de ses vieux Paraiges. On sera certainement frappé de la physionomie étrange de ces noms aristocratiques, si notablement en contradiction par leur forme avec les préjugés accrédités de nos jours sur ce point. Ce que nous allons dire des alliances de ces familles montre que ces préjugés, peu fondés, étaient inconnus autrefois.

Mérode, aux Custine, aux Fiquémont, aux Mercy, à d'autres encore1.

Cependant, malgré tant de causes de prospérité, l'aristocratie messine, après avoir vu grandir sa fortune et après avoir touché à son apogée, arrive dès le XVe siècle à la période de sa décadence. Les abus du système oligarchique poussé à outrance portent alors leurs tristes fruits. Concentrée en elle-même, étroitement enfermée dans les cadres resserrés de ses Paraiges, dont l'entrée est presque absolument interdite à tout élément d'origine populaire2, la classe pri-

1. Ces alliances sont mentionnées par M. le président d'Hannoncelles dans l'ouvrage qu'il a consacré à la généalogie des vieilles familles de l'aristocratie messine. On y voit les Lénoncourt et les Beauvau alliés aux Gournay, aux Raigecourt, aux Baudoche, aux Roucel, aux Desch, aux Chaverson; les Apremont alliés aux Gournay, aux Raigecourt, aux Roucel, aux Desch, aux Remiat; les Lignéville et les du Chastelet alliés aux Gournay, aux Raigecourt, aux Baudoche, aux Heu; les des Armoises alliés aux Gournay, aux Raigecourt, aux Baudoche, aux Roucel ; les Haraucourt et les Dommartin alliés aux Gournay, aux Raigecourt, aux Roucel; les Savigny alliés aux Gournay, aux Heu, aux Roucel; les Haussonville et les Ra ville alliés aux Gournay et aux Heu ; les Ludres alliés aux Gournay et aux Renguillon ; les La Marck alliés aux Baudoche et aux Roucel ; les Mérode alliés aux Raigecourt et aux Heu ; les Custine alliés aux Gournay et aux Roucel; les Fiquémont alliés aux Gournay et aux Raigecourt; les d'Anglure alliés aux Raigecourt et aux Baudoche; les Abaucourt et les Passavant alliés aux Gournay et aux Desch; les Choiseul alliés aux Desch et aux Remiat; les Briey aux Roucel; les Beauffremont et les Deuilly aux Raigecourt; les Créhange, les Puttelange et les Mercy aux Gournay; les Meysembourg aux Heu ; les Wisse et les Wernembourg aux Baudoche, etc. (D'Hannoncelles, Metz ancien, in-fol., 1856.)

2. Les droits de la naissance donnaient seuls accès dans les Paraiges. On pouvait, suivant un libre choix, être du Paraige de son père ou de celui de son aïeul maternel (atour de 1367. Hist. de Metz, par les Bénédictins, t. IV, preuves, p. 238). C'est par cette dernière voie seulement

vilégiée décline rapidement. Vers le commencement du xve siècle, les Paraiges comprenaient environ 150 membres actifs. Cinquante années plus tard, ils n'en avaient plus que 1 09, et dans la première moitié du xvie siècle ils étaient réduits au nombre de 25 seulement. Dans une ville où l'industrie et le commerce étaient en grand crédit, et où la richesse avait par conséquent une importance considérable, nous ferons remarquer qu'à une époque où les Paraiges renfermaient encore au delà de 120 membres actifs, près de la moitié d'entre eux, à en juger par les rôles de certaines contributions1, étaient, sous le rapport de la fortune, dans la même situation que deux cents

que les familles originairement étrangères au corps de l'aristocratie messine pouvaient y introduire leurs fils en s'alliant à des filles qui lui appartinssent. La chevalerie de Lorraine se recrutait de même, comme le fait remarquer Dom Calmet (Hist. de Lorr., éd. 2e, t. Il, Dissert, prélim. 2, col. 20) ; il y a, dit-il encore, quelqu'analogie entre ces coutumes et celle de l'anoblissement par le ventre admise en Barrois et plus anciennement, ajoute-t-il, en Champagne.

1. Il s'agit de la fourniture des chevaux de guerre par ceux des habitants de la ville que leur condition de fortune mettait dans le cas d'y contribuer. Ceux-ci étaient nécessairement soumis à cette obligation à proportion de leurs moyens ; la comparaison des chiffres de la contribution imposée à chacun d'eux permet donc, très vraisemblablement, d'apprécier leur situation réciproque à ce point de vue. Le rôle dressé pour cet objet a été recueilli par Paul Ferry (Observations séculaires, XV s., n° 746), et imprimé par les Bénédictins (Hist. de Metz, preuves, t. IV, p. 547). Il n'est pas daté; Paul Ferry le rapporte aux premières années du xve siècle; il est peut-être un peu moins ancien. Le rôle mentionne les individus imposés dans les trois classes des Paraiges, des gens des Paroisses et du Clergé. En négligeant ce qui concerne le Clergé, dont il n'y a pas lieu de s'occuper ici, voici les données qui ressertent de l'analyse du document :

individus et plus appartenant à la classe populaire. Une quarantaine seulement des privilégiés jouissaient alors d'une aisance supérieure à celle que possédaient quelques-uns des plus riches de la petite bourgeoisie ; et, dans le nombre, une dizaine tout au plus en avaient une part assez large pour qu'on pût les considérer comme véritablement opulents. Les autres, pour la plupart, étaient loin de là ; et, comme nous venons de le dire, auprès d'eux vivaient, dans une condition de fortune égale à la leur, deux cents familles dont les membres étaient confondus, sans droits politiques, dans la masse populaire tenue en sujétion. On comprend sans peine l'effet moral et les conséquences de ces situations respectives.

1° Dans les Paraiges sont mentionnés 169 individus (hommes, femmes ou groupes d'enfants) imposés ensemble à 324 chevaux, ainsi répartis entre eux : — 13 individus doivent de 4 à 7 chevaux, — 34 individus doivent 3 chevaux, — 52 individus doivent de 1 1/2 à 2 chevaux, — 70 individus doivent de 1/2 à 1 cheval.

2° Dans les Paroisses sont mentionnés 203 individus (ou groupes d'individus : hommes et femmes) imposés ensemble à 162 chevaux, ainsi répartis entre eux : — 4 individus doivent 2 chevaux, — 199 individus doivent de 1/2 à 1 cheval.

On voit par là que, dans les Paraiges, 70 individus sont imposés comme 199 des hommes des Paroisses; 52 le sont comme les 4 qui le sont le plus parmi ceux-ci ; 47 seulement le sont plus que ces derniers ; et sur ces 47 il n'y en a que 13 qui le soient notablement plus que les autres.

Pour mettre ces données d'accord avec ce qui est dit ci-dessus, dans des termes beaucoup moins précis, il ne faut pas perdre de vue que là nous parlons des membres actifs des Paraiges, et que le rôle, dans ses 169 individus, comprend non seulement ceux-ci, au nombre de 125 à 130, mais encore des femmes et des enfants qui ne peuvent pas avoir ce caractère.

D'autres causes préparaient en même temps la ruine des Paraiges. Des symptômes significatifs auraient pu l'annoncer longtemps avant qu'on en soupçonnât le danger. Ces magistratures, ces offices que leurs membres seuls ont le droit de remplir, il faut, au XVe siècle, par des lois, contraindre ceux-ci à en porter le fardeau. Précédemment, on avait rapporté les ordonnances qui, à l'origine, défendaient de tenir simultanément plusieurs charges, ou même d'être plus d'une fois dans sa vie revêtu des principales d'entre elles ; un jour vient où les membres des Paraiges ne sont plus assez nombreux pour les occuper ; elles sont réunies en grand nombre dans les mêmes mains, ou bien il arrive parfois qu'elles ne sont pas remplies. Les Paraiges impuissants continuent cependant à défendre avec jalousie ce domaine privilégié dont ils peuvent à peine jouir.

Ce n'est pas tout, la division se met encore entre ces rares et derniers représentants de l'ancienne aristocratie. Les inimitiés et les haines de famille auraient suffi pour les faire naître ; d'autres raisons plus graves se joignent à celles-là pour les produire. Les unes appartiennent à l'ordre des faits religieux et résultent de la formation de deux partis, l'un catholique, l'autre protestant, dans la cité ; les autres, d'un ordre purement politique, sont engendrées par la lutte des maisons de France et d'Autriche, laquelle enveloppe tout le pays et l'agite, malgré les lettres de neutralité qu'on ne lui refuse d'aucun côté. Les intérêts de la politique

se mêlent à ceux de la religion, et de ce concours va naître pour la cité une situation des plus périlleuses, dans laquelle devra sombrer sa vieille indépendance.

En Allemagne, l'empereur Charles-Quint est le chef reconnu des catholiques; le roi de France Henri II, son ennemi, s'unit aux protestants qui, par le traité de Ghambord (1551-1552), s'engagent à le nommer vicaire de l'empire et même à le faire empereur, s'il le veut, à la première élection. Ils lui accordent provisoirement le droit d'occuper les villes impériales de langue française, et le roi s'apprête à agir en conséquence. Le peuple de Metz est attaché à Charles-Quint et à l'empire, mais Henri II s'est créé des partisans dans la cité. Il a des pensionnaires parmi les membres des Paraiges, dont quelques-uns ont même reçu de lui des charges de cour. Il profite en même temps de l'ambition et de l'erreur du cardinal de Lénoncourt, alors en possession de l'évêché, à qui on laisse croire que la révolution qui se prépare pourra favoriser l'établissement dans Metz de la domination épiscopale. A ce moment (10 avril 1552), la trahison ouvre les portes de la ville au connétable de Montmorency ; le roi Henri II y entre à son tour quelques jours après. Il s'y présente comme protecteur de l'empire et jure de respecter les droits et privilèges de la cité ; cependant, il fait désarmer les bourgeois, et ne s'éloigne qu'après avoir laissé dans la place une garnison et un gouverneur. C'en est fait de l'indépendance de la vieille cité impériale.

A ce point s'arrête la période germanique de notre histoire, après avoir franchi les cinq ou six siècles pendant lesquels a duré l'union de Metz à l'empire d'Allemagne. Nous avons dû nous arrêter quelque temps à ce qui concerne le XIe et le XIIe, lesquels constituent la première partie de cette période. Nous avions à expliquer les faits qui ont alors préparé l'affranchissement de Metz, dans les phases prolongées d'un état de rivalité où se rencontrent, à cette époque, les trois éléments de sa vie politique, l'élément impérial, l'élément épiscopal et l'élément municipal. La demi-obscurité qui enveloppe cette évolution décisive règne jusque dans le xme siècle; elle marque, dans les fastes particuliers de la cité, la limite à laquelle s'arrête le domaine laissé à la légende par l'histoire. Il fallait pousser au moins jusque-là l'examen détaillé de nos annales avant d'entrer dans celui des légendes, dont nous allons nous occuper.

Après le xme siècle, les faits sont éclairés par la vive lumière que jettent sur eux des documents de toutes sortes, et il n'y a plus à craindre de voir leur chaîne interrompue par les lacunes que remplissent parfois, auparavant, les hardiesses de la fiction. Montrant alors dans un tableau réduit la vie ultérieure du patriciat messin, nous nous sommes borné à signaler ses progrès, sa décadence et sa fin, ainsi que sa double lutte contre le commun populaire au dedans, et contre les princes voisins au dehors. Tels sont, en effet, les traits caractéristiques de notre histoire pendant le

reste de la période germanique jusqu'à la prise de possession de Henri II, qui ouvre la période française.

Période Française. — L'étude des légendes n'exige pas que nous nous étendions sur la période française de notre histoire. Cette période embrasse l'ensemble des événements qui intéressent la ville de Metz depuis sa réunion à la France. Pour l'objet que nous avons ici en vue, il nous suffira d'en dire quelques mots. Nous ne pouvons qu'indiquer le fait mémorable qui en forme le début, la brillante défense opposée par le duc de Guise à Charles-Quint s' efforçant de ressaisir la grande cité qu'il voit arracher à l'empire; mais nous rappellerons qu'après la prise de possession de 1 552, et pendant longtemps encore, tout en tranchant du souverain dans Metz, le roi n'y possède, en vertu des prétendus droits qu'il pouvait fonder sur le traité de Chambord, que le titre de protecteur. Au reste, il y commande et y agit en maître ; et il s'applique en même temps à écarter, ou à éluder quand il est obligé de les entendre, les plaintes et les réclamations par lesquelles le corps de l'empire proteste, sans se lasser, contre l'occupation française.

Après la disparition des Paraiges, perdus au milieu du naufrage de la liberté, la prépondérance à Metz, dans les limites de plus en plus réduites où le roi lui permet de s'exercer, est acquise à la petite bourgeoisie, qui, façonnée de tout temps à l'obéissance, se trouve presque affranchie par ce changement de

maître. Tombé entre les mains de cette classe aussi faible qu'inexpérimentée, ce qui reste des anciennes institutions est graduellement modifié et dénaturé par les agents du pouvoir royal ; la juridiction en est peu à peu détachée au profit d'un président qui tient du roi son office; enfin, la création du parlement (1633) et celle du bailliage royal (1 634-1 641 ) portent le coup décisif au dernier vestige d'indépendance de la vieille cité impériale. En 1648, le traité de Westphalie achève l'œuvre de réunion commencée en 1 55^, l'empire d'Allemagne renonçant alors formellement, en faveur de la couronne de France, à la possession des villes et évêchés de Metz, Toul et Verdun. Metz est dès lors définitivement française, et son histoire se confond dans celle de la grande nation dont elle ne doit plus être séparée.

En traçant une rapide esquisse de l'histoire de Metz, nous nous proposions surtout, comme nous l'avons dit, de déterminer quelle place appartient dans cette histoire au cycle des légendes que nous allons étudier. Les faits qu'il embrasse ne sauraient descendre plus bas que le xme siècle, époque où la lumière commence à se répandre sur les choses du passé, et nous aurions pu nous arrêter à ce terme, s'il ne nous eût semblé utile de donner encore quelques indications sur l'histoire trop généralement ignorée de la cité, pour les temps ultérieurs. Cette

courte digression ne nous fait pas perdre de vue l'objet principal de notre travail.

Nous avons pu constater, en parcourant nos annales, combien est imparfaite la connaissance qu'on a de quelques-unes de leurs parties les plus anciennes; nous avons vu que, dans bien des cas, on est réduit aux conjectures sur les événements les plus importants, ou au moins sur leurs particularités parfois les plus intéressantes ; et il faut reconnaître que les documents de l'histoire manquent trop souvent aussi pour la solution des questions qu'ils soulèvent. 11 en est notamment ainsi de ce qui concerne l'origine ou la fondation de Metz, son entrée et sa destinée dans le monde romain, sa conversion au christianisme et les commencements de son église, sa situation pendant les invasions des barbares. Ces faits, dont les données essentielles ne peuvent d'ailleurs être l'objet d'aucun doute, sont, quant à l'époque précise et aux circonstances de leur accomplissement, plongés dans une véritable obscurité. A côté d'eux il s'en trouve d'autres qui, pour se dessiner un peu plus nettement dans leurs traits généraux, ne sont guère mieux connus dans leurs détails. Tels sont ceux qui regardent la condition de Metz au sein des anciens royaumes d'Austrasie et de Lorraine, et ceux enfin qui, au xme siècle, accompagnent la formation de son patriciat et la constitution de son indépendance.

Sur tous ces points l'histoire est peu explicite ; la légende s'offre pour suppléer, dans une certaine

mesure, à ce qu'elle tait. Ses récits vont passer sous nos yeux ; la fiction y tient une large place sans doute, mais quelques parcelles de vérité peuvent s'y rencontrer aussi. Dans la pénurie où nous sommes de renseignements positifs sur tant de choses importantes, aucune source d'informations ne saurait être négligée. Nous en trouvons une très réelle dans les documents légendaires4 ; nous n'hésiterons pas à fixer sur eux notre attention et à entrer dans leur étude.

1. L'usage, à défaut d'une meilleure autorité, consacre l'emploi du mot légendaire comme adjectif. L'incontestable utilité de cette expression et sa parfaite convenance dans un travail de la nature de celui-ci ne nous permettaient pas de 1 écarter.

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