LES DOCUMENTS ANCIENS QUI LE CONCERNENT
Le cycle des légendes messines ; son étendue ; énumération des légendes qu'il comprend. — Légende des premiers fondateurs : commencements de Metz et ses plus anciens développements (deux versions). Légende du chevalier Métius : soumission de Metz aux Romains et sa transformation par eux (deux versions). Légendes de saint Clément et de saint Patient : conversion de Metz au christianisme et commencements de son église (trois versions pour chacune). Légende de saint Autor et saint Livier : invasions des barbares, prise de Metz et sa destruction par eux (huit versions). Légende du duc Hervis : défaites des barbares et leur expulsion (trois versions). Légende du duc Austrasius : Metz, capitale des royaumes d'Austrasie et de Lorraine (deux versions). — Documents anciens contenant les textes de ces légendes : Histoire ecclésiastique des Francs, par Grégoire de Tours; Histoire des évêques de Metz, par Paul Diacre; Histoire des évêques de Tongres, par Herigerus; Petit cartulaire de Saint- Arnould ; Interpolations du moine JSgidius à l'ouvrage d'Herigerus; Chronique des évêques de Metz; Geste des Lohérains ; Histoires de Hugues de Toul ; Chronique messine
rimée ; Mystère de saint Clément ; Chronique de Philippe de Vigneulles ; Chronique anonyme du xvi6 siècle.
En terminant le précis historique auquel est principalement consacrée notre introduction, nous avons signalé, dans les parties les plus anciennes de nos annales, un certain nombre de points obscurs dont la légende a pu s'emparer, et qui constituent en quelque sorte son domaine. Leur distribution fait connaître en quoi consiste et jusqu'où s'étend notre cycle légendaire. Il s'arrête, comme on a pu le voir, au xme siècle à peu près, et, dans son ensemble, il embrasse divers sujets que nous avons reconnus : la fondation de Metz, c'est-à-dire ses commencements et ses plus anciens développements, la soumission de la cité aux Romains et sa transformation par eux, sa conversion au christianisme et l'origine de son église, sa situation pendant les invasions des barbares, sa condition dans les royaumes d'Austrasie et de Lorraine, la formation de son patriciat et la constitution de son indépendance au sein de l'empire.
Ces faits échappent naturellement d'autant plus à l'histoire qu'ils sont plus anciens. Près de les considérer dans les documents spéciaux que nous nous proposons d'étudier, dans les légendes, nous devons procéder d'abord à une sorte de reconnaissance de celles-ci, et signaler ensuite les sources auxquelles nous aurons à demander les textes qui s'y rapportent. Tel est l'objet du présent chapitre. Dans les suivants, nous aborderons l'examen de chaque légende en par-
ticulier; nous en donnerons la description, l'analyse détaillée, et, autant que possible, l'histoire et l'interprétation.
Le souvenir des commencements de Metz et de ses plus anciens développements a pour expression une légende où est relatée l'arrivée de ses premiers fondateurs dans nos contrées : celle des petits-fils de Noé d'abord, puis celle des Babyloniens après la mort de Ninus, celle enfin des Troyens fugitifs, à la suite de la prise et de la destruction de leur ville par les Grecs. La soumission de la cité aux Romains et sa transformation par eux sont racontées dans la légende du chevalier Métius, lieutenant de l'empereur Jules-César, et chargé par lui de réduire cette ville. Pour la conversion de Metz au christianisme et l'origine de son église, nous avons les deux légendes de saint Clément et de saint Patient, personnages qui occupent le premier et le quatrième rang dans le catalogue de nos évêques. Aux invasions des barbares se rapporte la légende de saint Autor et saint Livier : saint Autor, l'un de nos premiers pasteurs; saint Livier, illustre chevalier messin, martyrisé, dit-on, par les païens qui avaient envahi la contrée. Outre cette légende de saint Autor et saint Livier, qui raconte la ruine de Metz par les barbares, il en est une autre, celle du duc Hervis, qui concerne leur défaite et leur expulsion du pays. Pour ce qui touche enfin le royaume d'Austrasie ainsi que celui de Lorraine et son duché, dont Metz a été la capitale, nous avons une courte légende,
celle du duc Austrasius, et un grand nombre d'indications répandues çà et là dans les diverses parties du cycle tout entier. C'est aussi dans cette condition d'éparpillement que s'offrent à nous les notions légendaires qui regardent, avec l'indépendance naissante de la cité impériale, les commencements de son patriciat; car celles-ci ne sont plus, comme les précédentes, groupées dans un document particulier spécialement consacré à les recueillir.
En arrivant à cette limite extrême de son domaine, la légende, on ne devra pas s'en étonner, ne présente plus, comme auparavant, des tableaux complets et arrêtés. En effet, les éléments qui la constituent doivent se formuler avec d'autant moins de précision qu'on se rapproche davantage du point où le flambeau de l'histoire, s'allumant enfin pour ne plus s'éteindre, fait pâlir les fictions et les condamne à disparaître.
La légende des premiers fondateurs, celle du chevalier Métius, celles de saint Clément et de saint Patient, celles enfin de saint Autor et saint Livier, du duc Hervis et du duc Austrasius, tels sont les documents sur lesquels devra se porter notre attention. Quant aux sources auxquelles nous aurons à emprunter les textes qui les concernent, elles consistent en quelques documents anciens conservés dans divers ouvrages et recueils, auxquels il faut joindre des chroniques et des compositions d'un caractère plus spécialement littéraire. Nous allons revenir sur ces indications succinctes pour faire connaître, avec un peu plus de
détails, les diverses légendes que nous avons énumérées; nous dirons dans quelles conditions elles se présentent, nous compterons les versions qui se rapportent à chacune d'elles, nous nommerons enfin les ouvrages qui les contiennent.
La légende des premiers fondateurs, où sont réunies certaines notions relatives aux origines de la cité, nous est parvenue dans deux versions différentes. La première est consignée en termes à peu près identiques dans la chronique messine rimée, dans celle de Philippe de Vigneulles, et dans une autre encore écrite par un anonyme du xvie siècle, et dont il ne nous reste que des fragments. La seconde version est contenue dans la chronique de Philippe de Vigneulles seulement, et celui-ci en fournit successivement deux textes distincts : l'un vient, dit-il, d'une chronique ancienne; l'autre appartient à une composition qui, d'après l'analyse qu'il en donne, devait ressembler beaucoup à un roman de chevalerie, consacré au récit des aventures merveilleuses du glorieux martyr saint Livier.
La légende du chevalier Métius se trouve dans la chronique messine rimée et dans celle de Philippe de Vigneulles, avec quelques variantes qui permettent de considérer comme des versions distinctes les deux leçons que ces ouvrages en donnent.
La légende de saint Clément est représentée par
une suite de textes constituant trois versions dont la première se trouve dans l'Histoire originale des évêques de Metz, par Paul Diacre; la seconde dans une copie de cette histoire interpolée au XIe siècle ; la troisième, enfin, dans la chronique messine rimée, puis dans un mystère du XVe siècle et dans la chronique de Philippe de Vigneulles, qui la reproduisent avec quelques variantes de peu d'importance.
La légende de saint Patient a pour sa part trois versions successives, dont les deux principales sont transcrites, l'une après l'autre, dans le vieux recueil connu sous le nom de petit cartulaire de Saint- Arnould. La première est, de plus, reproduite par la chronique des évêques de Metz et par la chronique messine rimée; la seconde, par la chronique de Philippe de Vigneulles. Pour ce qui est de la dernière version, elle consiste en un texte imprimé dans la grande collection des Bollandistes , où il figure au tome Ier de janvier, publié en 1643. Cette troisième version est composée du mélange des deux premières, et n'a, par conséquent, que peu d'importance; elle provient de divers manuscrits dont nous ne pouvons rien dire, ne les connaissant que par la mention très succincte qu'en font les savants éditeurs du xvne siècle.
La légende de saint Autor et saint Livier, qui est, à proprement parler, celle de la destruction de Metz par les barbares, a pour point de départ un récit de Grégoire de Tours (hist., 1. II, c, 5 et 6), qui consti-
tue la première et la plus ancienne de ses huit versions. La seconde se trouve dans l'histoire des évêques de Metz par Paul Diacre; la troisième dans l'histoire des évêques de Tongres par Herigerus, abbé de Lobbes ; la quatrième dans le petit cartulaire de Saint- Arnould; la cinquième dans les interpolations faites au xme siècle à l'ouvrage d'Herigerus par yEgidius, moine d'Orval; la sixième dans la chronique messine rimée ; la septième dans le texte français de la chronique des évêques de Metz ; la huitième enfin dans la chronique de Philippe de Vigneulles, où elle comprend l'analyse du roman de saint Livier.
La légende du duc Hervis, recueillie par Hugues de Toul dans ses histoires, et déjà auparavant, à ce qu'il semble, par les auteurs de la grande geste des Lohérains, est donnée par ceux-ci dans deux versions distinctes : la première formant le prologue de la branche deuxième de la geste; la seconde constituant la première branche, c'est-à-dire la première partie du grand poème, laquelle a été, circonstance assez bizarre, rédigée après les autres. Cette seconde version de la légende de Hervis se trouve aussi rapportée, mais d'une manière très succincte, dans notre chronique rimée; Philippe de Vigneulles en donne de son côté une analyse assez étendue. On sait que le vieil écrivain est l'auteur d'une transcription en prose du poème entier de Hervis. A la suite de ces textes divers, il faut placer, avec le caractère d'une troisième version, le
récit fourni par les histoires de Hugues de Toul que nous avons déjà mentionné au commencement de ce paragraphe.
La légende du duc Austrasius, la dernière de celles que nous avons à étudier, nous est parvenue dans deux textes qui constituent pour elle deux versions distinctes, la première appartenant à la chronique messine rimée, la seconde à celle de Philippe de Vigneulles.
Nous venons d'indiquer pour chacune de nos légendes un certain nombre de versions. La comparaison de ces textes entre eux est le procédé le plus propre à nous éclairer sur la valeur des documents légendaires. Mieux qu'aucun autre, il peut nous révéler leur signification et nous dévoiler, jusqu'à un certain point, le mystère de leur origine. C'est par cette méthode que nous nous proposons de les étudier. Elle est d'accord avec les lois de leur formation et avec les conditions essentielles de leur structure.
Ces vieux récits ayant, en effet, pour fondement ordinaire des faits véritables, il s'agit de reconnaître ceux-ci pour les dégager des fables où ils sont enveloppés; et ces fables, d'un autre côté, résultant d'un travail graduel de modifications et d'embellissements, il importe de déterminer la marche et les conditions de ces transformations pour leur assigner leur caractère propre. On parvient tout naturellement à ce
double résultat, d'abord par le rapprochement et la comparaison des différentes versions où les changements se sont produits, ensuite par l'étude des circonstances dans lesquelles le thème primitif a été successivement modifié. C'est en cela que consiste la méthode d'examen que nous avons indiquée. Son application exige d'abord, on le comprend, le classement chronologique des documents qu'on veut y soumettre, et avant tout celui des ouvrages qui les fournissent.
Ces ouvrages, que nous avons déjà mentionnés, sont, à les prendre dans l'ordre chronologique de leur composition : l'histoire ecclésiastique des Francs par Grégoire de Tours; l'histoire des évêques de Metz par Paul Diacre, dans son texte original et dans un texte interpolé du XIe siècle ; l'histoire des évêques de Tongres par Herigerus ; le petit cartulaire de Saint- Arnould; les interpolations d'iEgidius, moine d'Orval, à l'ouvrage d'Herigerus; la chronique des évêques de Metz ; la geste des Lohérains ; les histoires de Hugues de Toul; la chronique messine rimée; le mystère de saint Clément, la chronique de Philippe de Vigneulles, et la chronique anonyme du XVIe siècle. Ces monuments sont de natures très diverses comme d'époques très différentes. Nous allons donner, en ce qui les concerne, quelques explications indispensables1; car
1. Notre intention n'est pas de faire connaître complètement, dans les notices qui suivent, les ouvrages qu'elles concernent, mais seulement de signaler ce qu'il importe de savoir de chacun d'eux pour les présentes études.
nous aurons ultérieurement grandement lieu de considérer, indépendamment de leur âge relatif, les caractères essentiels de chacun d'eux, pour apprécier les documents que nous devons leur emprunter, pour en déterminer la valeur et pour en fixer la signification.
Histoire ecclésiastique des Francs par Grégoire de Tours. — Grégoire, évêque de Tours (Georgius Florentius Gregorius), vivait au VIe siècle, et a laissé plusieurs ouvrages. Le principal d'entre eux, qui nous intéresse surtout ici, est l'histoire ecclésiastique des Francs; nous n'en dirons que peu de mots, parce qu'il est très connu.
Cette histoire est partagée en dix livres ; cependant les conditions dans lesquelles l'œuvre a été composée permettent d'y introduire une autre division en deux parties. La première, comprenant le livre Ier et le commencement du livre II, forme une sorte d'introduction où est exposée succinctement l'histoire du monde depuis la création jusqu'à la fin du Ve siècle après Jésus-Christ. La seconde, beaucoup plus développée, contenant la fin du livre II et les huit livres suivants, constitue le corps même de l'histoire des Francs pendant le siècle où a vécu l'auteur, depuis le baptême de Clovis en 496 jusqu'à l'an 592.
L' évêque de Tours est, on le voit, contemporain des événements relatés dans la seconde partie de son ouvrage; les récits qu'il en fait méritent donc une grande considération. Malheureusement ce que nous
avons à lui emprunter, touchant la ruine de Metz par les barbares au milieu du Ve siècle, n'appartient pas à cette dernière partie de l'œuvre, mais à la première (1. II, c. 5 et 6), et n'a par conséquent pas d'autre caractère que celui d'une simple tradition recueillie par l'écrivain. Cependant il est bon de faire observer que c'est, en raison de la date de l'événement, une tradition presque immédiate. Le vieil historien déclare même expressément qu'il a reçu directement des contemporains la relation de quelques-unes des particularités rapportées par lui. Il ressort de là, pour sa narration, en ce qui concerne au moins le fait principal, une autorité qu'on ne saurait méconnaître. Nous n'avons à demander à Grégoire de Tours que les morceaux relatifs à l'invasion des barbares et à la destruction de Metz par Attila, première version de la légende de saint Autor et saint Livier.
Les meilleures éditions de l'histoire de Grégoire de Tours sont : celle de Dom Ruinart (1699); celle de Dom Bouquet (1739), reproduction de la précédente ; celle enfin de MM. Guadet et Taranne (1836). Nous pourrions ajouter à ce qui précède quelques indications sur ces publications et sur les manuscrits consultés pour elles, touchant les passages notamment que nous avons à y prendre, car ils ne sont pas donnés partout de la même manière. Mais comme les variantes dont ils sont l'objet, et la correction que Dom Ruinart y a introduite, sont les éléments d'une des discussions que nous devons aborder ultérieure-
ment, nous réservons les explications qui s'y rapportent pour le moment où ce sujet se présentera dans la suite de nos études.
Histoire des Évêques de Metz par Paul Diacre ( Warnefride) . — Deux cents ans à peu près s'écoulent entre la composition de l'œuvre dont il vient d'être question et la rédaction de celle dont nous allons parler. Grégoire de Tours, auteur de la première, écrivait au VIe siècle, Paul Diacre, dont le nom est attaché à celle-ci, vivait à la fin du vme.
Parmi divers écrits attribués à ce dernier, un des moins considérables est l'histoire des évêques de Metz (Liber de episcopis Mettensibus) , que nous avons à consulter. Cet ouvrage, fort succinct, est cependant composé d'éléments divers faciles à distinguer. Il contient la légende de saint Clément, rédigée d'après une antique relation (sicut antiqua tradit relatio) et sur certaines traditions (ferunt..., assevevant) ; celle de saint Autor, recueillie, à ce qu'il semble, dans des conditions analogues (ad nostram memoriam... pervulgata) ; l'histoire miraculeuse de l'anneau de saint Arnould, l'illustre ancêtre des Carolingiens, racontée à l'auteur, comme il le dit expressément, par Charlemagne lui-même (hsec... prsecelso rege Carolo referente cognovï) ; et la généalogie de ce prince, à partir du grand saint qu'il reconnaissait pour un de ses ancêtres, avec la mention des enfants donnés au roi par la reine Hildegarde (m. 782); un dernier morceau
joint aux précédents est l'histoire de Chrodegang, trente-septième évêque de Metz. C'est au successeur de celui-ci, à Angelram, que l'œuvre s'arrête, c'est à lui aussi qu'elle est dédiée. Ces diverses parties, plus ou moins détaillées, sont encadrées dans un catalogue des trente-huit premiers évêques de Metz, où on ne trouve guère, sauf pour ce qui regarde les trois derniers et ceux mentionnés ci-dessus, que leur nom sans aucune date et sans indication, soit de la durée de leur épiscopat, soit du jour de leur mort. Nous ferons remarquer, parce que nous aurons à le rappeler plus tard, que l'ouvrage ne contient pas la légende de saint Patient, quatrième évêque de Metz, et qu'il donne seulement le nom de ce dernier.
On a contesté que cette histoire fût réellement de l'auteur à qui on l'attribue généralement; au moins faut-il reconnaître qu'elle est de la fin du VIIIe siècle, époque où il vivait ainsi que l'évêque Angelram à qui on voit qu'elle était adressée; ajoutons qu'elle est nécessairement antérieure à l'an 800, date du couronnement impérial de Gharlemagne, qui n'y est jamais appelé que le roi Charles (rex Carolus) ; Paul Diacre (Warnefride), originaire d'Aquilée, avait été ramené en France par ce prince après la soumission des Lombards, et il retourna plus tard en Italie où il mourut, au mont Cassin, en 799. Ces faits et leurs dates ne contredisent en rien l'attribution de l'histoire des premiers évêques de Metz à Warnefride. Nous ne nous arrêterons donc pas à examiner si elle est en effet,
comme on l'a dit, indigne en quelques points du talent attesté par les autres ouvrages de l'écrivain. Ces critiques paraissent d'ailleurs s'adresser surtout à des parties du texte qui sont des interpolations avérées ; mais c'est là un sujet de discussion dans lequel nous n'avons pas à entrer ici. Il nous suffit de constater que l'histoire des évêques de Metz, à laquelle nous devons emprunter une leçon de la légende de saint Clément (1re version) et une leçon de celle de saint Autor (2e version), est un document de la fin du vme siècle; cette indication peut s'accorder avec l'attribution de l'œuvre à Paul Diacre, et nous la citerons, conformément à l'usage, sous son nom.
Nous possédons le texte primitif et un texte interpolé de cet ouvrage. Le premier a été imprimé plusieurs fois1. C'est ce texte primitif qui appartient au VIIIe siècle. L'autre, avec ses interpolations, est plus récent. Il ne peut pas être antérieur à la fin du XIe siècle, car il renferme une allusion à la levée du corps de saint Clément, laquelle fut effectuée par l'évêque Hériman en 1090; d'un autre côté, on ne peut pas le faire descendre plus bas que le XIe siècle, date d'un manuscrit de l'abbaye de Saint-Arnould, conservé aujourd'hui à la bibliothèque de Metz (mss. G. 47), dans lequel il se trouve. C'est de là,
i. Le Liber de episcopis Mettensibus est imprimé dans le recueil de Marquard Fréher (Corpus historié veteris et sinceree, 1613); dans la collection des Pères (Bibliotheca maxima Patrum, t. XIII, 1677), et dans la grande publication de Pertz (Monumenta Germaniœ'historica, script., t. II, 1829).
selon toute apparence, que l'a tiré Dom Calmet1 pour les preuves de son histoire de Lorraine (1re éd. 1728, %e éd. 1745). Ce texte interpolé nous fournit la deuxième version de la légende de saint Clément.
Histoire des Évêques de Tongres par Herigerus, Arbé de Lobbes. — Cet ouvrage, qui appartient à la seconde moitié du Xe siècle, a été publié en 1612, par Chapeavillus, dans sa collection de documents pour l'histoire de l'Église de Liège2. Il a été donné de nouveau, en 1846, par Rud. Kœpke, dans la grande collection de Pertz (Monum. germ. hist., script., t. VII, 1 846). Ce dernier éditeur a joint à sa publication une excellente dissertation qui laisse peu de chose à désirer touchant l'écrivain et son œuvre. Suivant lui, Herigerus était abbé de Lobbes de 990 à 1 007, et il a dû écrire, avant l'année 980, son histoire des premiers évêques de Tongres jusqu'à saint Remacle. Pour ce qui concerne saint Servais, portion de l'ouvrage qui
1. Dom Calmet, n'ayant pas reconnu l'interpolation (Hist. de Lorr., 2e éd., t. I, dissert., col. 15), a donné ce texte altéré comme étant l'ouvrage même de Paul Diacre. Dans sa publication (Hist. de Lorr., lre éd., t. I, preuves, col. 51 à 54), l'œuvre primitive de Paul Diacre va de la col. 51, ligne 1, à la col. 52, ligne 4 (incip. : « Postquam...; » desin. : «... insignia ; » le passage interpolé du xie siècle va de la col. 52, ligne 4, à la col. 54, ligne 58 (incip. : « Ferunt...; » desin. : « ... sœculorum, « amen »). Comparé au manuscrit de Saint-Arnould, qui est à la bibliothèque de Metz, le texte du passage interpolé présente, dans l'édition de Dom Calmet, quelques inexactitudes.
2. Qui Gesta pontificum Tungrensium, Trajectensium et Leodiensium scripserunt auctores prœcipui... studio... R. D. Chapeavilli, canonici et vicarii Leodiensis typis excusi. Leodio, 1612, 13, 14. 3 vol. in-4°.
nous intéresse particulièrement à cause de l'introduction, par Paul Diacre, de ce personnage dans la légende de saint Autor, l'auteur a dû, comme le fait remarquer Kœpke, consulter une histoire plus ancienne (Antiquissima vita sancti Servatii) qui paraît être celle dont le docte Ruinart signale un manuscrit originaire de l'abbaye de Gorbie, dans les notes de son édition de Grégoire de Tours (Recueil des hist., t. II, p. 160).
L'érudit allemand, énumérant les sources qui ont servi, suivant son opinion, à Herigerus, ne mentionne pas, dans le nombre, l'histoire des évêques de Metz écrite deux siècles auparavant, par Paul Diacre. C'est là cependant qu'Herigerus a dû prendre, croyonsnous, ce qu'il dit de saint Autor, dont la légende semble avoir été recueillie pour la première fois par le diacre d'Aquilée. Cependant Herigerus, nous aurons ultérieurement occasion de le dire, ajoute quelques particularités à ce que Paul Diacre dit de saint Autor et du sac de Metz par Attila ; mais ces additions ont peu d'importance. Il en est de même de certaines modifications du récit, également dues à Herigerus, et où il n'y a lieu de voir, à ce qu'il semble, que de simples arrangements de rédaction. Cette leçon de la légende de saint Autor (3e version) est le seul morceau que nous ayons à prendre dans l'ouvrage d'Herigerus.
Petit cartulaire de Saint- Arnould. — Le petit cartulaire de Saint-Arnould est un recueil de docu-
ments. Il était destiné tout spécialement à honorer la mémoire de ceux qui avaient fondé et enrichi la célèbre abbaye de Saint- Arnould à Metz, comme il est dit dans ses premières lignes. On voit aussi, au même endroit, qu'il avait été composé de pièces empruntées à différentes sources1. Ces divers morceaux sont des légendes de saints; des notices; des épitaphes ; un catalogue de nos 45 premiers évêques, depuis saint Clément, qui n'y est mentionné que très brièvement, jusqu'à Adalbero Ier, mort en 964; et une histoire des 2e, 3e et 4e abbés de Saint- Arnould, lesquels ont vécu pendant la seconde moitié du Xe siècle. Le recueil contient enfin, en différents groupes, 53 chartes appartenant, pour la plupart, aux vme, IXe, Xe et XIe siècles, parmi lesquelles il s'en trouve quelquesunes du XIIe et même du commencement du xmc. Ce sont ces pièces qui ont fait donner à l'ensemble le titre assez inexact sous lequel il est connu. Dom Calmet en a imprimé quelques fragments dans son histoire de Lorraine2; mais, pour la plus grande partie, l'ou-
î. Les premières lignes servant de titre au recueil sont ainsi conçues : « Incipit tractatus siue relatio gestorum quorumdam imperatorum, regum, « principum, ducum, marchionum, comitum, episcoporum, archiepisco- « porum, abbatum, qui de génère beati Arnulphi processerunt, nec non « et aliarum multarum utriusque sexûs religiosarum personarum, quo « modo et qualiter hanc ecclesiam scilicet sancti Amulfi fundauerunt et « suis eam elemosinis et lundis ditauerunt et priuilegiis honorauerunt, « quorum quedam ex diuersis libris extraximus, quedam uerô relatione « predecessorum nostrorum didicimus, quedam in cartis inuenimus. »
2. Les articles du petit cartulaire de Saint-Arnould, publiés par D. Calmet (Hist. de Lorr., 2e édit., t. I, preuves, col. 87 à 98), sont, selon l'ordre où il les donne, ceux qui, dans la note suivante, portent les nos VII,
vrage est inédit1. Les chartes du commencement du xme siècle qu'on y rencontre prouvent qu'on ne peut pas le faire remonter plus haut qu'à cette époque, dans
VIII, IX, I, II, IV, V (le commencement seulement), XVII, XXVII, XXVIII, XXIX. Outre cela, Dom Calmet a donné encore dans ses preuves quelques-unes des chartes du petit cartulaire; d'autres sont également imprimées dans divers recueils, dans les preuves par exemple de l'histoire de Metz par les Bénédictins.
1 . Le petit cartulaire de Saint-Arnould est un ouvrage assez peu connu et assez important pour qu'il soit utile de donner ici une analyse détaillée de ce qu'il contient. Nous l'avons faite d'après le manuscrit de M. Chartener, le plus ancien et le meilleur de ceux que nous connaissions, à la pagination duquel nous renvoyons pour donner une idée de l'étendue relative des différents articles. Ce manuscrit contient les articles I à XXIX rapportés ci-après. L'article XXX n'y est pas compris, quoique le manuscrit semble complet; il n'existe pas non plus dans le manuscrit d'Épinal ni dans celui de M. le baron de Salis, mais ceux-ci sont tronqués à la fin; on le trouve dans un manuscrit du xve siècle de la ville de Metz et il a passé dans les traductions françaises dont la plupart des manuscrits le reproduisent. Les 30 articles contenus dans le petit cartulaire de Saint-Arnould sont : I. Légende de saint Patient (lre version) (p. 1). — II. Note sur l'histoire des évèques de Metz, depuis saint Patient jusqu'à Deodericus I (p. 2). — III. Liste des évêques de Metz, depuis saint Clément jusqu'à Adalbero I, le réformateur des abbayes (929-964) (p. 2). — IV. Note sur le caractère conventuel de l'église de Saint-Arnould pendant toute cette période, et sur la résidence qu'y ont faite plusieurs évêques avant la construction de Saint-Etienne (p. 5). — V. Légende de saint Patient (2e version) (p. 5). — VI. Légende de saint Jean, apôtre (p. 8). — VII. Note sur l'église de Saint-Jean, apôtre, plus tard Saint- Arnould, fondée à Metz par saint Patient, avec le caractère de mère-église de toute la province (p. 10). — VIII. Légende de saint Autor et saint Livier ou de la destruction de Metz par Attila (p. 11). — IX. Note sur la sépulture de Hervis, duc de Metz, à Saint-Arnould (p. 16). — X. Bulle du pape Gregorius pour l'abbaye de Saint-Arnould (1237) (p. 16). — XI. Translation des reliques de saint Arnould, exécutée par l'évéque Goëric (642), et miracles opérés par elles (p. 17). — XII. Vie de saint Glodulfus (p. 20). — XIII. Vie de sainte Glodesindis (p. 22). — XIV. Six chartes : de Pypinus dux, deDrogo dux, d'Arnulphus dûx (706), de Hugo primicerius Mettensis, de Hugo sacerdos, de Godefridus dux, pour l'ab-
la forme du moins où il nous est parvenu ; cependant la manière dont il est composé et le caractère spécial de plusieurs de ses parties indiquent en même temps
baye de Saint-Arnould (p. 25). — XV. Note sur le duc Pypinus et ses descendants jusqu'à Ludoicus rex pius (p. 33). — XVI. Note sur Karolus magnus imp. et Hildegardis son épouse, morte en 783 et ensevelie à Saint- Arnould (p. 34). — XVII. Vie de saint Amalarius (p. 36). — XVIII. Vie de saint Redemptius (p. 37). — XIX. Onze chartes : de Karolus magnus rex (2) (783), de Hildegarda regina (783), d'Arnulfus rex (3) (892, 889, 892), de Karolus rex, de Lotharius imp., de Ludowicus rex, de Karolus rex, de Henricus IV imp. (1088), pour l'abbaye de Saint-Arnould (p. 37). — XX. Épitaphes : de Rothaïdis filia Pipini régis, d'Adeleidis altéra filia, d'Hildegardis regina, d'Adeleidis filia Karoli magni, d'Hildegardis filia Karoli magni (p. 50). — XXL Note sur Ludoicus filius imperatoris, enseveli à Saint-Arnould, et sur son frère Drogo, fils d'Hildegardis et archevêcjue de Metz (p. 52). — XXII. Charte d'Otto I rex, pour substituer les moines aux chanoines réguliers dans Saint-Arnould (941) (p. 54). — XXIII. Six chartes : d'Otto rex (949), d'Adalbero, évéque de Metz (2), d'Udelricus, archevêque de Reims (950), d'Eua nobilissimi quondam comitis Hugonis uxor (950), d'Udelricus son fils (959), pour l'abbaye de Saint- Arnould (p. 54). — XXIV. Note sur la sépulture d'Arnulfus cornes, fils de Hugo cornes, à l'abbaye de Saint-Arnould (p. 67). — XXV. Translation des reliques de saint Clodulfus, à Laye, et miracles opérés par elles (p. 68). — XXVI. Vingt-sept chartes : de Rurgulfus et Thouellus milites et comités, d'Albolfus cornes, de Rudolfus (952), de Regimbaldus (958), pour l'abbaye de Saint-Arnould, de Johannes abbas s1 Arnulfi pour les hommes de Maurivilla (2), de Conrardus rex (1024), d'Udilo (1025), de Renedictus Mettensis presul, d'Arnulfus cornes (de Chineio) (1097), de Ruthbertus Mettensis episcopus, d'Adelbero Mettensis presul (2), de Theodericus Mettensis presul, d'Adelbero Mettensis presul (2) (1070), d'Herimanus Mettensis presul (2) (1075), de Theodoricus Virdunensis episcopus, de Pibo Tullensis episcopus (1073), de Stephanus Mettensis episcopus (1126), de Rertrannus Mettensis episcopus (1210), de Conradus Mettensis ac Spirensis episcopus (1221), de Cunegundis matrona nobilis (1112), de Matfridus et Cunegundis uxor ejus (1092), de Petrus Aduocatus Mettensis et Demudis Aduocatissa uxor ejus, de Léo IX pape (1049), pour l'abbaye de Saint-Arnould (p. 75). — XXVII. Charte d'Arbertus, 1er abbé de Saint- Arnould, après l'expulsion des chanoines réguliers (p. 109). — XXVIII. Histoire d'Ansteus, 2e abbé m. 960, de Johannes I, 3e abbé, et de Johan-
qu'il contient des documents de différentes sortes et d'époques diverses, dont un certain nombre sont vraisemblablement assez anciens. Le titre du recueil, mentionné précédemment, suffirait par les termes de sa rédaction pour justifier cette appréciation ; l'examen de quelques-unes des pièces qu'il renferme la confirme d'une manière plus formelle encore, et peut fournir d'utiles indications sur l'époque à laquelle doit remonter le document.
La liste épiscopale, donnée dans le petit cartulaire, paraît emprunter, pour la question de son âge, une certaine signification à cette circonstance, qu'elle ne dépasse pas le milieu du Xe siècle ; mais on peut supposer que la limite inférieure, qu'elle ne franchit pas, vient tout simplement de l'intention où on aurait été de la conduire seulement jusqu'à celui de nos prélats qui a substitué, dans Saint- Arnould, les moines de saint Benoît aux chanoines réguliers. Toute réserve faite pour les conclusions qui ressortiraient de cette hypothèse, la liste épiscopale peut être attribuée à la seconde moitié du Xe siècle à peu près. L'histoire des trois abbés, laquelle s'arrête également à la fin du Xe siècle, peut encore, et avec plus de vraisemblance, être rapportée à cette dernière époque. La légende de saint Autor et saint Livier, enfin, contient dans sa seconde partie les traces d'une rédaction qui appar-
nes II, 4e abbé de Saint-Arnould (p. 109). — XXIX. Épitaphes de Lodowycus rex et imp. et de Drogo archevêque de Metz, son frère, enfants de Karolus magnus (p. 114 et dernière). — XXX. Description des autels et des reliques de Saint-Arnould.
tiendrait aussi au même temps. Son auteur, en effet, par la manière dont il s'exprime, donne à penser qu'il était contemporain et même qu'il a été témoin oculaire de la translation à Metz des reliques de saint Livier par l'évêque Théodoric Ier, au milieu du Xe siècle.
Le petit cartulaire de Saint- Arnould porte, on le voit, dans plusieurs de ses parties, les caractères assez accusés de la deuxième moitié du Xe siècle. On constate en même temps que les chartes réunies par lui sont presque toutes antérieures au xnel. Cinq d'entre elles seulement, qui ne sont pas dans ce cas, et quelques articles, le trentième par exemple, qui ne figure pas dans le manuscrit le plus ancien, mais dans les derniers seulement, pourraient bien n'y avoir pris place qu'à titre d'interpolation ; le reste présenterait alors un ensemble de documents auquel il serait permis d'attacher, avec une certaine vraisemblance, la date approximative de la fin du Xe siècle ou au moins du xie. Les plus anciens manuscrits donnent ce recueil en latin; dans d'autres plus modernes on en trouve une vieille traduction française2.
1. Sur les 53 chartes contenues dans le petit cartulaire de Saint- Arnould, 48 sont antérieures au xne siècle; 2 sont du xne (1112 et 1126); 3 sont du xme (1210, 1221 et 1237).
2. Nous pouvons citer neuf manuscrits du petit cartulaire de Saint- Arnould : quatre pour le texte latin et cinq pour la traduction française. Parmi les quatre premiers, le plus ancien est du commencement du xive siècle ; il vient de l'abbaye de Saint- Arnould et appartient maintenant à M. Chartener, à Metz; le second (tronqué) est de la fin du xive siècle; il vient de l'abbaye de Senonnes et se trouve aujourd'hui clans la bibliothèque de la ville d'Épinal (Miscell. mettens. IV, n° 3); deux autres du
Nous avons à emprunter au petit cartulaire deux légendes : celle de saint Patient, qui regarde les origines de l'église de Metz et dont il donne successivement deux versions distinctes (la 1 re et la !2e parmi les trois versions de cette légende) ; celle ensuite de saint Autor et saint Livier, qui se rapporte à la prise et à la destruction de la cité par les barbares et dont il nous fournit la quatrième version. Le recueil ne contient sur saint Clément que quelques mots seulement. Dans d'autres ouvrages, au contraire, nous verrons la légende de saint Clément, en constatant que celle de saint Patient n'y a pas trouvé place. Les deux légendes semblent ainsi s'exclure l'une l'autre. Cette circonstance n'est peut-être pas sans quelque rapport avec une sorte d'opposition que nous aurons à signaler entre les notions traditionnelles conservées de part et d'autre dans chacun de ces documents, touchant certaines particularités qui intéressent les origines de l'Église de Metz. Le moment n'est pas encore venu de nous arrêter à ces considérations sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement.
Interpolations d'^Egidius, moine d'Orval, à l'histoire des Évêques de Tongres par Herigerus. — Les
xve siècle sont, l'un dans la bibliothèque de la ville de Metz (fonds hist. n° 64), l'autre dans celle de M. le baron de Salis. Quant aux cinq manuscrits de la traduction française, ils sont tous du xvie siècle : l'un appartient à la Bibliothèque impériale à Paris (ms. fr. 9861), trois autres sont à la bibliothèque de la ville de Metz (fonds hist. nos 65, 66, 67); un dernier est dans celle de M. Aug. Prost et vient de la collection de M. le comte Emmery.
additions faites au xme siècle par le moine iEgidius à l'œuvre originale de l'abbé de Lobbes peuvent, en raison de leur importance, être considérées comme un ouvrage spécial. Les sources auxquelles leur auteur a puisé seraient probablement difficiles à retrouver aujourd'hui. Son travail est assez considérable, notamment en ce qui concerne saint Servais, sur lequel il donne des indications de nature très diverse. Plusieurs sont de simples relations de miracles ; d'autres ont un caractère plus formellement historique. Tels sont les curieux détails qu'il fournit touchant l'institution du saint évêque et l'hostilité qu'à un certain moment il aurait rencontrée, dit-on, chez les fidèles de son église. Ces particularités peuvent jeter quelque jour sur le fait de la translation du siège épiscopal de Tongres à Maëstricht, sujet d'une légende recueillie par Grégoire de Tours dont nous aurons à nous occuper1. C'est aussi dans les interpolations d'iEgidius que se trouve consignée la mention si remarquable d'un intervalle de soixante-dix années qui aurait séparé la mort de saint Servais de l'arrivée d'Attila dans les Gaules : circonstance du plus grand intérêt pour la question du prétendu synchronisme de saint Servais et de saint Autor, qui appartient aussi à notre sujet. C'est là enfin, disons-le en passant, que sont rapportés les actes du concile tenu, suivant quelques historiens, à Cologne en 346, pour la déposition de l'évêque arien Euphratas, document d'une valeur très contestée qui
t. Au chapitre v.
joue un certain rôle dans la discussion des listes chronologiques de nos premiers évêques.
L'œuvre du moine iEgidius nous fournit la cinquième version de la légende de saint Autor et saint Livier. Elle a été publiée en 1612 par Ghapeavillus 1 , qui Ta intercalée dans celle d'Herigerus dont elle forme le complément. Cette édition commune des deux ouvrages est accompagnée d'indications qui permettent de distinguer dans le texte ce qui appartient à chacun d'eux.
Chronique des Évêques de Metz. — La chronique des évêques de Metz est représentée par deux documents, l'un latin, l'autre français ; le second a pour point de départ une traduction partielle du premier.
La chronique latine (Gesta Episcoporum Mettensium) est un ouvrage du milieu du XIIe siècle auquel plusieurs additions ont été faites ultérieurement à différentes époques. Elle renferme, dans sa portion principale, l'histoire des cinquante-cinq premiers évêques de Metz, de saint Clément à Étienne de Bar (m. 1 1 62). Ses continuateurs l'ont après cela conduite en plusieurs fois jusqu'à Nicolas de Lorraine, quatre-vingtunième évêque de Metz, qui siégeait au milieu du XVIe siècle. Elle comprend, avec ses additions, huit parties2 et se trouve dans un certain nombre de