LIVRE PREMIER
Les lois , dans cette perpétuelle alternative de guerre intestine et de guerre étrangère, n’étaient ni assez précises, ni assez complètes pour que le gouvernemenl , dont la sécurité se trouvait sans cesse compromise , pût efficacement s’étayer de leur appui. Le besoin d’une jurisprudence raisonnée fut généralement senti. Conséquemment on fit élection de dix commissaires, chargés de rédiger un code de législature d’après celui que les Athéniens, en de semblables conjonctures, avaient obtenu de la sagesse de Solon. — [A». J. c. Asi.] — Ce corps de lois, approuvé par les prêtres, le sénat, et le peuple, fut gravé sur des tables d’airain , comme un monument indestructible de droit public *.
Les décemvirs, magistrats préposés au maintien de ces lois, et investis, en cette qualité, des prérogatives consulaires et tribunitiennes , se montrèrent d’abord amis de la justice; mais, dans l’exercice de leurs fonctions , n’ayant
* C’esl ce qu'ou appela la loi des Douze -Tables ; telle est la base du droit romain, cité souvent dans nos tribunaux.
aucun obstacle à combattre , peu maîtres de leurs passions, ils finirent par abuser de leur extrême autorité : de telle sorte que la masse des citoyens indignés appela l’armée à son aide, et brisa le joug de fer sous lequel elle gémissait.
[Av. 1 . C. 418.]
Ainsi donc, le peuple, qui, dans son inquiétude, créait des magistratures, les supprimait, et toujours paraissait jaloux du pouvoir que luimême avait délégué*, se voyait réduit, pour prévenir sa propre ruine et conjurer l’orage, à confier sans réserve sa destinée à la merci d’un chef suprême, dont la puissance était illimitée et les décisions sans appel.
[Av. J. c. -loo.] — Entre les hommes célèbres qui furent appelés à l’exercice de cette souveraineté, née au sein du désordre et révocable à la fin du danger, on distingue le laboureur Quin-
* « Les petits portent sans cesse envie aux grands; « et, par dépit de leur état de dépendance, ils vou- « draient tout renouveler. Leur constant espoir est « dans un bouleversement politique ; aussi n’atten- « dent-ils qu’un signal pour se soulever. »
(Sai.luste. )