LIVRE PREMIER
tus Cincinnatus et M. Furius Camille Le pre-
mier, réélu dictateur à l’àge de quatre-vingts ans, en remplit de nouveau les fonctions avec toute la vigueur et la solidité de jugement qui , dans le même poste, lui avaient antérieurement acquis une approbation universelle.
Camille, rappelé cinq fois, et dans les conjonctures les plus alarmantes, au secours de sa patrie , ne démentit jamais l’espoir quelle avait mis en sa sagesse , son courage et son dévoiïment. — [Av. J. c. 390.]
Après la funeste bataille d’Allia , la prise et l’incendie de Rome par les Gaulois, il délivra le Capitole, que ces barbares tenaient bloqué, et les repoussa jusqu’au delà du territoire delà République. Proclamé second Romulus, ses concitoyens érigèrent en son honneur une statue équestre sur la place du Marché.
La ville renaquit de ses cendres en moins d’une année, mais irrégulière dans son plan, comme avant ce désastre. La découverte du bâton augurai de son fondateur parmi les décombres du temple de Mars , fut regardée comme un présage des hautes destinées de la nation, et les augures, consultés, l’énoncèrent formellement. Cet oracle affermit tellement les Romains dans
leurs projets de conquête, que, depuis ce moment, les plus grands revers ne purent déconcerter leur audace. En effet, l’affront que l’armée des consuls Véturius et Postliumius reçut aux Fourclies- Caudines, loin de les abattre, ne fit qu’irriter leur désir de vengeance et hâter l’asservissement des Samniles, qui durant plus d’un demi-siècle — [Av. j. c. 330.] — luttaient contre ces voisins intraitables. Quand les Tarentins, menacés d’un sort pareil , appelèrent le héros de l’Épire à leur défense, — [Av. J. c. sso.] — vainement ce prince, après deux victoires chèrement achetées (1 0), envoya Cinéas porter au sénat des paroles de paix : forcé de tenter le succès d’une troisième bataille, vaincu près de Bénévent, il quitta prudemment l’Italie, pour ne plus compromettre sa renommée militaire contre des émules tels que Fabricius et Curius.
Le cortège triomphal occasioné par la défaite de Pyrrhus, offrit aux liahitans de Rome un spectacle tout nouveau. Ce ne fut plus, comme par le passé, des faisceaux d’armes brisées, des voitures chargées de gerbes, dès troupeaux enlevés des métairies, mais un splendide étalage des dépouilles recueillies dans le camp des Epirotes : de l’or, de l’argent monnoyés, des bijous,