‹ Etudes sur l'histoire des arts, ou Tableau des progres et de la decadence de la statuaire et de la peinture antiques au sein (volume 2)Chapitre 4 sur 28 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

l’humanité , qu’il dut être permis de lui consacrer des autels. Si parfois la multitude, soulevée contre d’illustres accusés par des orateurs envieux , eut à se reprocher des condamnations injustes, les larmes du repentir ne tardèrent pas à couler.

Dans Athènes , enfin , le touchant appareil des cérémonies religieuses, la franche gaité des jeux publics, laissaient au fond des cœurs des impressions bien propres à mettre en verve le génie des arts ; mais il eut reculé d’horreur à l’entrée de l’arène sanglante (3) où la barbare curiosité des Romains épiait le dernier soupir de l’infortuné gladiateur qui s’efforcait de mourir avec grâce *.

On a vu combien sur le sol de la Grèce, les brillantes fictions du polythéisme furent favorables aux progrès des arts du dessin. Pareille influence eût été nulle au sein d’une cité peuplée

* Ces affreux spectacles ne purent être goûtés chez les Athéniens ; les exhortations d’Apollonius de Thvanes les firent abandonner. Lorsqu'il fut proposé d’ouvrir une pareille arène à Corinthe, le philosophe Démonax s’écria : « Commencez donc par renverser ■< l’autel de la Pitié ! »

de vagabonds sans culture et dominés uniquement par leurs appétits grossiers.

Romulus el Numa , pour les civiliser, commencèrent par admettre dans des temples rustiques , les idoles que les petites colonies d’Evandre et d’Énéc avaient antérieurement apportées en Italie (4); mais en les y plaçant, ils crurent les rendre plus augustes par le voile mystérieux qui dut les soustraire aux regards des adorateurs. Tout ce qui aurait pu rappeler des traditions hasardées et scandaleuses , fut soigneusement écarté de leur culte. Ces premiers législateurs voulurent enfin que leurs sujets ne reconnussent pour emblème de l’essence divine que le feu sacré de Vesta. Supposer aux immortels une apparence humaine, eût été, d’après ce système , une idée sacrilège : Plutarque , en effet , prétend que les Romains, fidèles à la doctrine de Numa, ne possédèrent pendant près de deux cents ans aucun simulacre des êtres fantastiques à l’existence desquels ils consentirent pourtant à ajouter foi *.

* M. Heyne, Allemand très érudit, qui pense que

Page 1