LIVRE PREMIER
les orneinens affectés , chez eux , à la dignité souveraine : une couronne d’or, un manteau de pourpre, la robe brodée en nuances variées, et un trône d’ivoire.
La politique circonspecte de Tarquin ne lui permit pas de faire usage de ces objets magnifiques avant d’en avoir obtenu l’invitation précise du sénat; mais après cet assentiment préalable, il parut en public, monté le plus souvent sur un quadrige doré, et précédé de douze licteurs.
Fils d’un riche négociant banni de Corinthe par le tyran Cypsélus, il n’est pas étonnant que ce même Tarquin , né en Etrurie, aimât la splendeur du poste éminent oii son mérite l’avait élevé. Son père lui avait fait, sans doute, la description des inonumens dont les principales villes de la Grèce commençaient à s’embellir. Il dut naturellement éprouver le désir de procurer un lustre pareil à la capitale de son royaume; il l’enrichit d’un cirque à peu près conforme , en ses dispositions , à ces vastes enceintes où les Grecs célébraient leurs grands jeux, affermit le Capitole sur ses fondemens, et commença la construction de ces aqueducs souterrains dontles voûtes avaient une telle hauteur, qu’un charriot chargé Je foin aurait pu y circuler
aisément (8). La ville enfin , entourée de murs en pierre dé taillé, ne présenta plus le chétif aspect d’une simple bourgade.
A la mort de Tarquin, les bons offices de Tanaquii, sa veuve, aidèrent Servius Tullius, fils d’une esclave, à monter sur le trône, dont il s’était rendu digne par son mérite et ses serv ices. — [ Av. j. c. 578. ] — Ce sixième roi de Rome, pour honorer la mémoire de sa bienfaitrice, ne lui consacra point une statue; il se contenta de suspendre dans le temple d’Hercule la quenouille qu’elle était censée avoir tenue modestement en ses mains royales. Le motif de Servius Tullius, en faisant choix d’un monument si simple , était-il de donner indirectement une leçon aux femmes des grands qui auraient eu la prétention de s’ingérer dans les intérêts de l’état , au détriment des soins domestiques ? Tanaquii, au surplus, ambitieuse et hautaine, avait elle-même commandé son effigie en bronze pour être placée dans la chapelle du dieu Sangus , ancien héros sabin, dont la mémoire était fort révérée à Rome.
Servius, sans mettre obstacle à cette inauguration, peut-être ne l’approuvait pas; car il ne voulut se montrer redevable du poste éminent