LIVRE PHEUIER
d’Alhènes , et parcourut diverses contrées , où fré(|uemment il provoqua la vengeance des lois par ses emportcnicns. Étant en Crète , et forcé d’échapper au coun’oux de Minos , il attacha des voiles au navire qui favorisa sa fuite ; ce qui fit dire poétiquement que des ailes l’avaient transporté dans les airs vers les côtes de la Sicile (10). Son élève Endœüs l’y rejoignit. Pausanias a mentionné trois statues de Minerve de la main de celui-ci.
Les Siciliens et les Étrusques reçurent de ces deux fugitifs des leçons qui répandirent la connaissance des premiers principes des arts du dessin sur ces parages. C’est ainsi , du moins , que parait l’avoir conjecturé Winckelmann.
Au temps où ces lueurs de talent commencèrent à poindre, les artistes de la Grèce étaient peu capables d’analyser leur manière de sentir, et con.sé(|uemment c/e se créer un sljrle. Il fallait qu’auparavant l’épopée leur présentât ces portraits si fièrement tracés et si vrais , ces caractères énergiques , dont l’inventeur de ce genre sublime sût animer la savante ordonnance de ses tableaux. Le temps n’en était pas très éloigné : les révolutions qui bouleversaient les étals de la Grèce , avaûent échauffé la verve des
poètes. On les voyait , la lyre en main , raconter à d’avides auditeurs les suites funestes du meurtre de Laïus et la haine homicide de deux frères nés d’un hymen incestueux; le voyage périlleux des Ai^onautes et la conquête des trésors d’Àétès ; la naissance merveilleuse de Bacchus ; les travaux, l’apothéose d’Hercule, et tant d’autres prodiges de bravoure et d’audace sur lesquels leur imagination s’exercait aux dépens de la vérité , mais au futur avantage des arts, qui se repaissent d’illusions.
t Av. J. c. de luoo H 950. ] — Les muses dirigeaient ainsi quelques rayons de lumière sur la Grèce lorsqu’Homère naquit pour y faire briller les plus vives clartés (11). Il s’empara des traditions qui , de son temps , occupaient tous les souvenirs *. Les côtes limitrophes de l’Europe et de l’Asie retentissaient encore de la chute des remparts de Troie; les incidens de ce siège mémoiahle , les violens démêlés de dix monai^
” Homère pouvait avoir connu, dans .son jeune âge, quelques vieux guerriers qui avaient suivi les Grecs dans leur expétlition en Phrygie.