APTITUDB NATURELLE DES GRECS POUR LES ARTS
L’imagination d’un peuple doué d’une extrême délicatesse d’orf'anes aurait-elle pu languir et rester oisive dans un pays où les sites , à chaque pas , semblaient prendre un plus bel aspect par l’cITel des conti’asles ? Le voisinage des mers , de rians coteaux , les sombres masses des forêts, les vallons, les cours sinueux des rivières , dessinant tour à tour riiorizon aux yeux du voyageur , lui présentaient une perspective toujours nouvelle et toujours pittoresque.
Les produits de l’agriculture et du commerce entretenaient, chez les habilans de plusieurs cantons , cet état habituel d’aisance et de bien-être si propice aux talens agréables. L'influence * d’un ciel brillant et pur , de la plus douce température, se faisait remarquer dans la belle configuration des corps. Nul autre peuple ne pouvait disputer aux Grecs cette flatteuse prérogative , à laquelle ils attachaient un grand prix. Ceux dont la nature avait , comme à plaisir , caressé les formes ; qui se distinguaient dans les exercices, où le privilège d’une taille bien proportionnée était si désirable : se voyaient en quelque sorte déifiés de leur vivant **. Les parens , en consé-
* Si r influence du climat en Europe, a dit M. Pastoret dans sa Théorie des Révolutions, parait a peu près nulle aiijounr/iui sur les talens, c'est (jue plus r homme est élaboré, moins il est C homme de la nature; et c’est surtout sur i homme de la nature que cette influence se fait sentir.
** Les habltaiis d’Egestc, en Sicile, firent élever un monument en l’honneur d’un jeune Croloniate nommé Philippe, uniquement à cause de sa beauté. Sa mémoire fut vénérée comme s'il eût été d’origine
iiiscorns prci.imina.ire. ' 19
(juence, prenaient de.s précautions infinies pour procurer à leurs enfans ces qualités extérieures, non seulement en vue des avantages qu’elles promettaient à celui qui en était doué , mais parce que la lieauté , celle du visage surtout , était considérée comme le signe des louables alTeclions du cœur. Les philosophes de cette nation présumaient que, le germe des passions généreuses se développant à mesure que le corps prenait son accroissement , l’heureuse harmonie des qualités morales et des formes du corps humain s’établis.sait ainsi par d^ré.
A Lactîdémone , les femmes avaient soin de placer dans leurs chambres à coucher les effigies de ces jeunes guerriers , de ces chasseurs agiles, de ces bergers voluptueux des temps héroK|ues , dont les grâces et la stature élégante firent la célébrité; les mères se flattaient , en contemplant fréquemment ces images, de donner le jour à des fils ressemblant à de si charmans modèles.
Dans plusieurs provinces on di'cernail des
céleste; on offrit même des sacrifices sur son tombeau.
DISCOURS PRKLIMI^AIRE.
prix à la beauté *. Les juges du mérite des prétendans étaient choisis parmi les artistes, et leurs suffrages se réglaient d’après des princijies dont le plaisir de la vue confirmait la justesse. Un corps leur semblait beau, lorsqu’ils voyaient chacun de ses membres moulé de manière à remplir convenablement son office; et, pour nous servir des expressions deWinckelmaiin , <Iu rapport harmonieux des parties entre elles , et du tout aeec les parties , résultait cet accord t{ ensendde dans lequel les anciens ont reconnu la beauté.
Est-il étonnant que les artistes d’une nation qui en faisait un si grand cas, s’efforçassent de la reproduire dans leurs ouvrages , de renchérir même sur les belles proportions des modèles qui, partout, s’offraient à leurs
Ces étranges concours avaient lieu , pour les femmes, à Délos et à Sparte; pour les hommes, à Taiiagre en Béotie, à Ægium, à Isménie, etc.
Les prix qui se distribuaient en Elide, étaient des armures. Celui qui en avait obtenu une, en faisait hommage à Minerve , après s'étre vu couronner de myrte par ses amis.
DISCOURS PRELIMINAIRK.
regards, dans (1) les cérémonies religieuses, sur les théâtres , au\ gymnases , et notamment aux réunions de ces jeux solennels, où tant de cités rivales se disputaient la gloire d’avoir donné naissance aux hommes les plus vigoureux ; où chaque spectateur, dans le frémissement d’une inquiète curiosité , suivait de l’œil tous les mouvemens de l’athlète , dont ses concitoyens en masse devaient partager le triomphe ?
Quelle favorable occasion pour les sculpteurs et les peintres , attentifs aux exercices du Pehtathle *, d’étudier la structure du corps humain dans les diverses attitudes , où les formes de chaque membre se développaient avec le plus d’énei^ie et de souplesse !....
Les lutteurs (2) couronnés obtenaient ordinairement l’honneur d’une statue, et l’artiste chargé de son exécution y trouvait le moyen d’associer sa propre renommée à celle du triomphateur.
* Exercice composé de cinq autres jeux, savoir: la lutte, la course , le saut, le disque , le javelot et le pugilat.
DISCOURS PR£LIUII«A.mE.
L’Attis d’Olympie était peuplé , pour ainsi dire, de ces effigies et de celles des dieux. Les ti'opliées , et autres monumens érigés dans l’enceinte de ce bois sacré , étalaient aux regai'ds des curieux les produits , tant anciens que récens, de la sculpture grecque. Parmi des chefs-d’œuvre se trouvaient exposés des morceaux de peu de mérite ; d’autres , encore , dont le goût barbare dénotait l’obscurité de l’àge où ils avaient été fabrit[ués. L’aspirant, comme le maître , pouvait observer avec fruit , dans ce musée immense , la marche progressive de l’art, au sortir du berceau jusqu’à sa maturité *.
Tous les talens trouvaient dans les concoui-s qui, périodiquement, se renouvelaient en Elide, la facilité de se produire au grand jour : le poète , l’orateur, le moraliste, l’érudit, s’y voyaient entourés d’un cercle nombreux d’au-
* • Au temps oîi le goût est formé, dit Laharpe , « on voit toujours avec une curiosité mêlée d’intérêt « ces anciens monumens, sublimes en quelques par- • ties, et imparfaits dans l'ensemble, lesquels appar ” tiennent à l’enfance de l’art. »
DISCOURS PRiéLIMinAIRE.
diteurs. Ce fut là qu’Hérodote recueillit d’uiiaiiiiiies suffrages à la lecture de son Histoire universelle ; et le nom d’une muse servit à désigner cliacun des livres de cette Histoire. La présence de Platon y fit éclater de même les plus vifs upplaudissemens. Le héros de Salamine enfin , sur qui tous les regards se confondirent dès son entrée au Stade olympique , avoua que ce moment seul le récompensait des travaux de sa vie entière.
Sur ce vaste théâtre , où le vrai mérite pouvait prétendre à de tels hommages, les charlatans de toute espèce osaient effrontément y dresser leurs tréteaux : le noble , infatué de l’ancienneté de sa race, citait à tout propos le nom et les illustrations de ses aïeux ; l’homme nouveau , privé de pareils titres , exagérait le crédit que son opulence lui procurait auprès des grands ; le sophiste , de son côté , toujours habile à trafiipier de la louange encensait sans pudeur les personnages importans qu’il choisissait pour ses patrons. N’y vit-on pas un empirique , le sceptre en main , une couronne d’or sur la tête, jouer le rôle de Jupiter, suivi d’une mascarade de divinités composée des malades qu’il n’avait tenté de guérir que
SOUS la condition d’orner ainsi son cortège * ?
Ces scènes extraordinaires électrisaient vivement l’imagination des artistes; quels souvenirs n’en rapportaient-ils pas dans le silence de l’atelier ! leur émulation , d’ailleurs , était aiguillonnée par deux puissans mobiles , l’ainour de la louange, et l’appât du gain. L’auteur du meilleur tableau , présenté dans un concours public , y recevait une couronne aux acclamations d’une foule en extase , et l’ouvrage était payé souvent bien au delà de sa valeur réelle.
De si nobles encouragemens se distribuaient non seulement à Delphes et à Corinthe , mais le simple artisan , auteur de quelque découverte utile , pouvait , dans la plupart des villes commerçantes , aspirer à de très hautes distinctions. Les noms de deux brodeurs **, d’un
* Ce bateleur ayant fait une apparition de ce genre en Macédoine, Philippe, père d’Alexandre, l'admit dans son palais, où il ne le fit placer à sa table que pour l’y régaler du parfum des mets dont elle était couverte.
Le manteau de la Minerve Polias (protectrice) d’Athènes avait été richement brodé par ces ouvriers.
tisserand , d’un charpentier , d’un faiseur de balances , et d’un simple tailleur de pierre * , ne sont point restés en oubli. On éleva dans l’ile de Naxos une statue à celui qui avait imaginé de scier le marbre et de le découper de manière à remplacer les tuiles pour la toiture des temples **. Partout enfin où les talens furent ainsi récompensés , ils produisirent des fruits en abondance.
La mythologie des Grecs, ou histoire fabuleuse de leurs divinités , exerçait notamment sur les arts du dessin la plus favorable influence Inachus , Cécrops, Cadmus, et autres
aventuriers, en abordant sur les côtes de la Grèce où ils se proposaient de fixer leur asyle, y avaient débarqué quelques-unes de leurs idoles ; mais , pour en faire adopter le culte aux peuplades sauvages , qu’ils avaient intérêt de civiliser , ils comprirent que leur doctrine
* Le talent particulier d’Architèles consistait dans le beau poli qu'il savait donner au fût des colonnes.
*' Ce marbrier, nommé Bysès, couvrit ainsi le temple de Gérés Éleusine , bâti sur les côtes de l’Attique , entre le P3rrée et Mégare.
DISCOURS PH^LIMIIfAIRE.
sacrée et les cérémonies propres à les graver dans les esprits, devaient parler aux sens avant d’éclairer la raison. Or, les fêles qu’ils instituèrent après les moissons pour remercier les astres de leur bénigne influence, leurs danses , leurs citants joyeux , peu à peu donnèrent à entendre aux naturels du pays que ce monde était régi par les préposés d’un ordonnateur suprême , lesquels se voilaient aux yeux des mortels , mais dont tous les phénomènes de la nature attestaient l’existence. Pour expliquer les fonctions de ces agens invisibles, les premiers interprètes leur supposèrent des corps organisés comme ceux des hommes, mais d’une substance pure et incorruptible. Les mythologues, dans la suite , en dépeignirent les formes de manière à ce que l’art , en se perfectionnant, repoussât le souvenir des modèles apportés des rives du ^il et de la Phénicie.
La politique sacerdotale peupla donc Jes élémens d’une foule de divinités secondaires à chacune desquelles l’amour, débrouillant le chaos, avait assigné son département.
Quelle carrière ouverte à la féconde imagination des Grecs! I.a poésie .se chargea de coordonner toutes les parties de ce merveilleux
empire (3). Elle établit au dessus de la région des orages , dans le sein des mers , au centre de la terre, partout enfin , les intelligences qui règlent le mouvement cadencé des sphères célestes , l’ordre constant de l’univers , et qui dispensent aux faibles mortels les biens et les maux , en raison de leurs vertus ou de leurs vices.
D’après ces fictions, qui suppléaient à tout ce que les lois de la nature avaient d’obscur pour les interprètes eux-mêmes, le vulgaire eut peu de peine à se figurer le plus puissant des dieux au sommet de l’Olympe , d’où sa main lance les foudres vengeurs ; Neptune sur l’immense étendue de l’Océan , soulevant ou calmant les tempêtes; tandis que, du fond des noirs abyines, l’inexorable monarijue des enfers menaçait les consciences coupables.
Ces images étaient terribles; mais les chantres de la Grèce , en prêtant à ces dieux les penclians de l’humanité , et racontant sans scrupule leurs aventures amoureuses , les montraient plus occupés de leurs plaisirs que jaloux d’inspirer à leurs adorateurs le respect et la crainte.
On accorda bientôt une espèce de vie à
DlSCOUns PRÉLIMINAIRE.
tous les objets dont l’apparence se prêtait à pareille illusion. Ainsi, la rose parfumée, que l’air frais du matin balance mollement sur sa tige , parut être Flore elle-même s’abandonnant aux transports de Zt'pbyre; le disque radié de l’héliotrope, toujours tourné vers le soleil, voilait le front de la tendre et jalouse Clythie; le rocher d’où se répercutent les sons , fut la prison de l’indiscrète ticbo ; les ruisseaux enfin, les vallons, les bois, devinrent l’asyle des nymphes.
On conçoit qu’une religion dont les poètes dictaient les oracles , ipii consacrait leurs rêves brillans , permettait à la vanité nationale de diviniser ses braves , de leur donner les immortels pour compagnons de leurs exploits, et pour rivaux en galanterie; on conçoit, dis-je, combien une telle religion dut stimuler la verve des artistes, justifier même leurs écarts !
11 est à remarquer néanmoins , que sous le beau ciel de la Grèce , sur cette terre natale des demi-dieux , oi'i tout flattait les sens et charmait la pensée; où l’amour de la gloire , les jeux publics , le voluptueux appareil d’un culte tout allégorique , excitaient de si puissantes émotions dans les âmes (4), les arts du
DigitiîesJ 1
dessin , ne furent pas , en tous les cantons , aussi bien cultivés qu’ils auraient dû l’être chez des peuples frères et dont le naturel sensible se trouvait fréquemment soumis aux mêmes épreuves. L’austère Lacédémone les réprouvait, en quelque sorte , comme dangereux pour ses mœurs. Ils étaient étrangers aux habitudes pastorales des fortunés colons de l’Arcadie et de la Phocide. Tbèbes attachait peu de prix aux travaux qu’alimentaient les fantaisies du luxe, et ne fondait ses moyens de prospérité que sur les produits de son terroir fertile *. Quant à l’opulente Corintlie, dont l’industrie commerciale façonnait avec une extrême élégance des (5) vases de toute espèce , des tapis nuancés , et autres objets précieux d’ameublement , l’étude* des arts n’y fut libéralement encouragée que pour le service des manufactures **; mais dans les républiques , où la masse des citoyens par-
* A Thèbes, les artisans, ainsi que les marchands, étaient exclus des administrations municipales.
” L’école de Corinthe ne produisit que des artistes de second ordre. Euphranor est le seul qui se soit fait une brillante renommée.
ticipait aux délibérations des chefs du gouveriicincnt ; à Athènes surtout , où la liberté , l’amour de la patrie, un légitime sentiment d’orgueil national , enflammaient d’émulation les hommes de génie , les progrès de la statuaire et de la peinture atteignirent leur apogée.
Si donc la Grèce entière nous semble aujourd’hui redevable du lustre particulier dont elle brille dans l’histoire , à des talens qui , toutefois, n’appartinrent ipi’à (|uelques-uns des peuples de celte ancienne contrée , il n’en est pas moins vrai que le sentiment du beau dans les arts, fut chez les Grecs, en général , un don de. la nature. Ajoutons que, partout et dans tous les temps , cet intinct a besoin , pour se •développer et produire , de la favorable impulsion des gouvernemens et de l’appui des lois.
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Les gymnases, les théâtres, le stade olympique, fournissaient à T imagination des artistes d’almndantes inspirations, etc.
Le saut , le jet du disque , le javelot et la lutte avaient lieu dans l’enceinte du Gymnase. Dès la dix-huitième olympiade , ou sept cent huit ans avant l’ère chrétienne , il fallait avoir triomphé dans ces quatre exercices pour obtenir la couronne. Quand le pugilat y eut été ajouté, ils furent divisés en deux classes, savoir: les exercices qui demandaient de la force, et
niSCOXÎRS PRÉLIM1NA.IRK.
ceux pour lesquels il fallait de l’adresse. Celui de la course était particulièrement honoré.
Le Stade olympique, carrière entourée de murs, et situé près delà ville d’Élis , se divisait en deux parties. L’une, appelée la Barrière, renfermait les chars, les chevaux, les écuries et les remises. L’espace , en se prolongeant , diminuait de laideur, et finissait en éperon de navire. C’était là que les concurrens se disposaient à entrer en lice La seconde partie était
X Hippodrome , carré long eu forme de chaussée, pour les courses , les luttes , etc.
La longueur du Stade était de six cents pieds.
Les lutteurs rouronne's obtenaient ordinairement V honneur d'une statue , etc.
Les premiers athlètes dont on inaugura l’effigie à la place même où ils avaient triomphé , furent Praxidomès, vainqueur au pugilat, et Rexibius au Pancrace *. I.a figure du premier
* La lutte et le pugilat réunis formaient l’exercice
i :izod by Googlc
était de bois de cyprès , celle du second , de figuier.
La statue, décernée pour un seul triomphe, n’était guère qu’un souvenir du nom et de la patrie de l’athlète ; mais l’efTigie de celui qui avait été couronné trois dilTérentcs fois, devait être iconique , c’est-à-dire un portrait fidèle.
On éternisait quefquefois la renommée des vainqueurs aux jeux olympiques par autant de monurnens ipi’ils avaient remjiorté de couronnes.
/>j poètes l/e la Grèce avaient peuplé les élémens d'une foule de divinités qui réglaient le mouvement des sphères célestes , etc.
D’après les systèmes théosopliiques , que les Grecs avaient puisés dans les doctrines mystérieuses des prêtres égyptiens, le corps de l’homme
(lu Pancrace, dans lequel l’allilète faisait effort de tous ses membres en portant des coups , et tâchant d'esejuiver ceux que lui rendait l'adversaire.
DISCOURS PRKUMIiy\IRE.
est animé par un souffle divin , qu’enveloppe une substance lumineuse et très subtile , la- (|uelle , appartenant à la matière , agit immédiatement sur les sens.
Durant la vie de l’homme X ame-cspril cède ou résiste <à ses penchants désordonnés. Ces deux âmes restent étroitement unies jusqu’au moment où le corps se dissout ; mais , à celte heure dernière , elles se séparent : le souffle divin remonte à sa source , et Vaine sensitive , entraînée par les afTeclions dont elle s’est alimentée ici-bas , est admise dans les champs Elysées, ou précipitée au fond du Ténare. Quant an corps, la terre le réclame; il s’y décompose, et les élémens <pii s’en dégagent , servent à la réproduction de nouveaux corps.
Dans le courant du siècle dernier , une secte d’illuminés a tenté de rajeunir ces antiques rêveries * , en les amalgamant à certain système
* " L'homme, pensent-ils, est un ternaire , lequel se compose dune ame-esprit , dune amc sensitive, et dune enveloppe matérielle.
« La plupart des Indiens admettent l’existence de l ame comme puissance vitale du corps physique.
• Les lirames les plus éclairés distinguent deux âmes
théosophique publié jiar énigmes dans un livre intitulé <h‘s Errrnrs et de la Vérité. Ces novateurs prétendent que le christianisme , tel <jue nous le connaissons aujourd’hui , n’est qu’une loge bleue , faite pour le vulgaire ; mais ils ajoutent que Vhomnie de désir , en remontant, de grade en grade , dans une sphère plus lumineuse, peut s’élever jusqu’aux vives clartés^ partage des jiremiers chrétiens , qui étaient de véritables initiés ; c’eut ce ipie les méditateurs des œuvres incompréhensibles du philosophe teutonifjue , Jacob Hochm, appellent christianisme transcendental. Cette doctrine est un mélange de platonisme , trorigénisme , et de philosophie hermétique , échafaudé sur une base chrétienne *.
Les néopliites méililent sans cesse les épitres de saint Paul ; la pliiparl fouillent aussi les
dans l’homme : l'iine végétative, qui est la même dans tous les êtres vivans, Unit animaux que plantes ; WulTC , intellectuelle , nommée Pnra.rettouinani, n’est pas fonnelleinent Dieu, mais partie de la Divinité. » (Essai sur l’Hisloire de l liide, par La Flotte.)
* De Maistre.
36 DlSCOnRS PRÉLIMINAIRE,
écrits de sainte Tiiérèse , ou s’abreuvent des ■senlimens extatiques de .M"*' Guyon. Ils se flattent ainsi d’obtenir des visions célestes, et même la faveur de converser avec les anges , en voyageant , comme Swedenborg, dans le monde des esprits. Cet évêque de Stokliolm, auteur de plusieurs rêveries mystûjues , était sujet à des hallucinations causées par des méditations trop abstraites *.
liC seul motif qui doive faire excuser l’indulgence que quelques hommes de mérite ont montrée pour ces chimères cabalistiques , c’est qu’elles peuvent ramener à des sentimens religieux les esprits -forts qui cherchent à s’expliquer le pourquoi et le comment îles choses, toujours au dessus de la portée de l’intelligence
humaine Les lumières de la révélation, a dit
un profond penseur, blessent les jeiw de cetur qu’elles n’éclairent pas **.
* Le philosophe Hemiotime de Clazomène, maître d'Anaxagore, rêvait aussi tout éveillé. Son anie , disait-on , se séparait de son enveloppe matérielle durant ces crises nerveuses; errante en divers e.spaces, elle y contemplait mille merveilles.
•* Quelques passages de cette note sont extraits
DETAILS SUPPLÉMEMTAIRES. 37
Le père Guénard , auteur d’un Discours sur l’Esprit philosophique , couronné par l’Âcadéniie française , s’adressant aux inétaphysiciens du dix-huitième siècle , s’exprimait en ces termes : Ix>rsqu arrivés à une certaine profondeur, vous aurez aperçu la main du Tout- Puissant qui soutient, depuis F origine du monde, ce graïul et majestueux édifice , arrêtez-vous , et ne creusez pas jusqu’au fond des enfers. La philosophie ne saurait vous mener plus loin sans vous égarer; vous entreriez dans les abjrrnes de l'infini. Non , ne vous flattez pas de percer cette nuit profonde où il plaît à Dieu de se retirer avec sa foudre et ses mystères , etc. , etc.
Sous le beau ciel de la Grèce, les arts du dessin ne furent pas aussi généralement cultivés qu’ils auraient dû. l’élre parmi des peuples frères et soumis aux mêmes épreuves , etc.
Les habitans des provibees où la nature se
des Soirées de Saint-Pétersbourg, par M. le comte de Maistre.
montrait prodigue de ses dons, s’adonnaient presque exclusivement à l’agriculture. Ceux, au contraire, qui n’avaient à défriclier ipi’un sol ingrat, suppléaient à rinsuffisance des récoltés par les ressources de l’industrie. Ils traçaient des routes commodes dans des pays hérissés de montagnes, ou profitaient du cours des fleuves , des bords rajiprocliés de la mer , pour transporter, et faciliter l’écliangc des produits bruts ou manufacturés île divers cantons. Ce fut ainsi que l’active population de l’Attique trouva, sur un terrain maigre et pierreux, des ressources, non seulement pour ses besoins, niais pour multiplier ses jouissances. Le commerce maritime fit aisément refluer dans Athènes l’abondance des sites les plus fertiles. I.es philo.sophes, les beaux -esprits s’y livraient volontiers au négoce , et ne le croyaient point incompatible avec leurs études ; car il leur fournissait l’occasion d’observer des mœurs nouvelles , et d’acquérir autrement que par ouï-dire d’utiles notions sur mille objets intéressans.
Solon, n’ayant hérité que d’un patrimoine assez mince, sut, par des enti-eprises de ce genre, pourvoir aux dépenses de ses voyages;
DtTAILS SlIPPLEMEKTAlRKb.
Platon trouva les mêmes avantages dans le débit des laines (|u’il avait exportées en Égypte.
Nous devons ajouter que dans les états où les vues polititpics du gouvernement réclament l’a-ssistance du eoinmerce et des arts, il faut que ces deux sources de foiiune et de gloire coulent constamincnl riine à côté de l’autre, et qu’une même pente règle leurs cours. Platon, qui croyait devoir repousser le commerce de sa républûjue idéale, l’y aurait néanmoins toléré, pourvu que les ai'ts du dessin y fussent en même temps introduits. Le motif de cette concession était que, la statuaire et la peinture, par des images nobles et instructives , pourraient, alors, réchauffer le patriotisme de la classe active des citoyens, dont l’égoïsme mercantile absorbe ordinairement toutes les affections.... En effet , celui (|ue l’appàt du gain entraîne loin de ses foyers , qiiehpie préoccupé (pi’il soit dans ses courses des spéculations qui lui ont fait traverser les mers, ne se refuse guère au plaisir de comparer les régions qu’il visite avec celles qu’il a quittées. Il apprécie mieux que Jamais , peut-être , les avantages de son pays natal. Lui parle-t-on de la cité (pi’il habita dès son enfance , il ne laisse point
échapper l’occasion de vanter les ajp’émens d’un pareil séjour , les monumcns qui l’embellissent, ces portiques ornés de peintures, où le jeune citoyen, peut, chaque jour, contempler les portraits des héros dont il doit suivTc les exemples. Ces souvenirs, seuls, auraient assez de puissance pour ranimer l’amour de la patrie dans le cieur de celui-là même qu’un exil injuste, ou trop sévère, en aurait séparé.
Telles sont les impressions salutaires, que la muette éloquence de l’art peut faire sur les âmes , et les services que les gouvernemens ont lieu d’en attendre quand l’intérêt des talens se trouve lié à ceux de la politique ; ils opèrent par séduction ce que le devoir eût , en certains cas, vainement commandé : Cicéron écrivait : «Si la Sagesse était visible, et que O je pusse en montrer l’image à mon fils, de « quel amour ne s’enflammerait - il pas pour K elle ! * »
De Finibus, de Oflîcüs.
DÉTAII.S SUPPI.ÉMENTATRES.
Des vases de grand pri.r se fabriquaient dans les manufactures de Corinthe , etc.
Les vases étaient compris, chez les anciens, au nombre des principaux objets d’ornement et de luxe. Tliériclès, habile potier de leire, inventa les vases dits ihéricleens , célébrés fréquemment par les poètes. Les premiers s’exécutèrent à Corinthe. Leur forme était semblable à celle d’un calice; mais avec l’addition de deux petites anses.
Les hommes riches voulurent bientôt en faire exécuter en métaux précieux pour leurs festins d’apparat. Ceux qu’on fit à Rhodes , traités moins dispendieusement, eurent un grand débit. On les imita très élégamment dans les alteliers d’Athènes, où l’excellence du travail, bien plus que la beauté de la matière, en rehaussa le prix.
Les savans de nos jours n’ont émis que des conjectures sur la nature des célèbres vases mjrrrhins qui venaient de l’Inde. Les premiers qu’on eut vus en Italie, avaient appartenu à
DISCOURS PRÉLIMmAIRE.
Milliriclate; ils furent consacrés par Pompée à .lupilcr-Capilolin. Les Romains mirent un si haut prix à ces vases, qui étaient très rares, qu’un consul fit la folie de se ruiner pour en acijuérir quel(|ues-uns.
Il sera ipiestion des vases dits étrusques dans le second volume de cet ouvrage. Les plus beaux sortaient de la main des artistes grecs, et méritent une description détaillée.