LIVRE DF.LXIÈMK
cupa que du bien-être de ses sujets; il ne iui manqua, pour être un niunartjue accompli, que la léfîitimité de ce titre, et Solon se vit enfin fora' de lui rendri' justice ; /•/ pari votre ambition, W\ dit-il un jour, vous vous montrez le meilleur citoyen d\4thènes.
[Aï. J. c. Je 5i8 à 515.] — Ses deux fils, après lui, héritèrent de sa puis.sance et se partagèrent les soins du {'ouvernenient. Hippius, à ce jioste, montra d’abord les inlentions les plus louables. Ilipparque, de son coté, protégeait les savans, et pour rendre rinlluence des lettres profitable à toutes les classes de la société, riiomme des champs, le citadin en voyage, rencontraient sur les routes, à l’entrée des boui’gades, ces kermès dont nous avons parlé, au bas desquels des .sentences morales se trouvaient inscrites : Prenez toujours la justice pour "uitle Ae violez ja-
mais les droits de V amitié , etc. , etc.
Les mœurs encore agrestes des habitans de rAttiipic se polis.saient ainsi sous l’administration des fils de l’isisirate. Souverains de fait, ils ne paraissaient user du pouvoir absolu que pour faire observer les lois établies. Nul ne songeait à les déposséder d’une magistrature qu’ils auraient pu transmettre à leurs de.scendaiis, si l'as-
sassinat d’Hipparque n’eût rembruni les jours sereins qui brillaient sur Athènes.
Cet acte de vengeance de la part de deux amis que le prince avait outragés *, fut le signal d’une révolution dont les conséquences élevèrent bien haut la fortune des Athéniens, et poussèrent en même temps les arts du dessin vers le but glorieux que, chez eux, ils devaient atteindre
Sous ce double rapport , les détails historiques de cette insurrection , bien qu’ils soient très connus, doivent nécessairement ici trouver place....
[ay. j. c. SI4.] — Hippias , dévoré d’inquiétudes depuis le meurtre de son frère, se permit, durant les trois années qu’il se maintint sur le trône, des actes de sévérité jusqu’alors étrangers à sa politique; mais loin d’étouffer les complots , ces mesures acerbes ne firent qu’aigrir de plus en plus les esprits.
Clysthène, chef d’une famille opposée au gouvernement, cherchait au dehors les moyens de
* Hartnodius et Aristogiton, par le meurtre d'Hipparque , ne prétendaient que venger leur injure , et non renverser la tyrannie ; mais l’événement réveilla l'audace du parti républicain.
LIVKE DEUXIÈME.
le renverser; l’instant lui parut opportun. S’étant assuré les secours des Lacédémoniens par les insinuations de la Pythie de Delphes, il marche à la tête de ses auxiliaires et d’une foule d’exilés accourus près de lui, brave tous les obstacles , entre hardiment dans Athènes , et force Hippias d’en sortir. — [At. j. c. sis.]
Ce rapide succès réveille tout-à-coup dans les oeurs l’amour de la liberté, que les douceurs d’une longue paix y avaient attiédi. Les noms d’Harmodius et d’Aristogiton sont proclamés soudain avec enthousiasme ; il est décrété que leur beau dévoûment sera célébré chaque année durant les fêtes de Minerve, et que leurs statues, en bronze, feront à l’avenir l’ornement de la place publique. On consacra même une effigie emblématique à la mémoire d’une courtisane, confidente des deux conjurés, laquelle avait gardé le silence au plus fort des tortures , et résisté jusqu’au dernier soupir aux interrogations d’Hippias *.
De tels honneurs n’avaient encore été rendus
* La courtisane se nommait Leœna. L'effigie représentait une lionne sans langue.
HISTOIRE DES A.RTS.
({u’aux dieux et aux anciens liéms. La reconnaissance nationale voulut, en cette conjoncture , conférer une sorte d’apothéose à de simples citoyens, dont la haine de la tyrannie avait enflaiiiiné le courage. Les statuaires , chargés d’acquitter, par ces inonuinens , une dette civique, y voyaient aussi le présage des actions glorieuses dont leurs succes.seurs , d’âge en âge, auraient à transmettre de même le souvenir à la postérité.
Les Athéniens avaient à peine recouvré leur indépendance, que le fanatisme républicain exalta les têtes les plus froides. I.a retraite d’Hi(>pias chez les Perses , et l’impérieuse .sommation d’Artapherne, satrape de Lydie , qui enjoignait au peuple insurgé l’ordre de rappeler le prince proscrit, excitèrent une indignation générale. Loin d’être intimidée, la République d’Athènes offrit audacieusement son assistance aux Ioniens nouvellement révoltés contre le graïul roi *. Ces Grecs d’.Asie , renforcés par les bataillons de l’Attiqueetde l’ile d’Eubée, se précipitèrent dans
* I,rs Grecs appelaient ainsi le monarque persan.
les provinces du desposte , et la ville de Sardes ^ où siéf'eait Artaplierne , devint la proie des tlanimes Une si téiiicraire agression ne pou-
vait rester inipnnie : bien que les Ioniens eussent engagé dans leur parti les Cariens et les Cypriotes, ils n’en furent pas moins réduits à se courber de nouveau .sous le joug du vainqueur.
[Av. J. c. 49B.] — 'Après les cruelles représailles dont la cité de Milet, qui avait été le centre de la confédération, éprouva toute la rigueur *, Athènes , l’objet particulier du ressentiment de Darius , vit aborder sur ses côtes la flotte de ce redoutable ennemi. — [ -Vv. J. c. -tso. ] — Ses soldats venaient de ruiner Évétrie , capitale de l’Eubée; comment éviter un sort pareil? On attendait des secours de Lacédémone ; ces guerriers ne paraissaient pas.... Athènes, ré-
* Phrynique, disciple de Tliespis, ayant composé, peu de temps après la victoire de Marathon , une tragédie sur le sac de Milet par les Perses, les sanglots des Athéniens éclatèrent à cette représentation , où leurs frères d'Asie paraissaient sur la scène chargés de fen. Ils condamnèrent l'auteur de la pièce à l'amende. .nti-etSA ■ ; - --'Js »v '' v»i
HISTOIHE SES ARTS.
«luite à ses seules ressources , s’abaissera-t-elle à demander grâce, à recevoir dans ses murs cet Hippias , alTamé de vengeance , qui guide les phalanges persanes vers les plaines de Marathon?.... Dans ce danger imminent, le délire du désespoir étoulTe les alarmes ; dix mille Athéniens s’élancent comme un ouragan au devant d’une armée dont le poids seul pouvait les écraser, l’ébranlent, la dispersent, et, le fer, la flamme à la main, poursuivent les fuyards jusque sur les vaisseaux qui les avaient vomis. Les Spartiates, malgré la célérité d’une marche forcée, n’arrivent, le lendemain, que pour s’étonner de la fortune des vainqueurs et rendre hommage à leur bravoure. Hippias périt dans cette journée , où Thémistocle et son émule, Aristide, firent leurs premières armes*.
Par ce succès, qui tenait du prodige, la République d’Athènes acquit bientôt assez de considération pour jouir à son tour, ou du moins
* Suidas prétend qu'Hippias mourut à Lemno.s ^ mais ce que dit Cicéron est plus digne de foi : Hippias, Pisistratis filins, in Marathonis pugnâ cecidit, arma contra patriam ferens.
LIVBE DEUXIEME.
partager l’ascendant que, dès long- temps, Lacédémone exerçait sur les intérêts généraux de la Grèce. On décida, dans l’ivresse d’un triomphe inespéré , que les noms des citoyens, des escla^'es même , dont le ti'épas glorieux avait attesté le dévoùment intix'pide , seraient gravés sur des tables de bronze. Ix marbre que les Perses avaient débarijué près du champ de bataille , dans le dessein de le façonner en trophée de victoire, servit au contraire à l’exécution d’une statue de IS’c^nufsis, vengeresse de l’injustice. Le principal portique d’.\thènes fut orné d’un tableau représentant la plaine de Marathon , où Miltiade , au milieu de ses braves , semblait donner le signal de l’attaque. Panœnus, frère de Phidias, épuisa dans cette vaste composition , toutes les ressources de son génie.
[At. j. c. 485 .] — Darius mourut au moment où il se disposait à répai'cr l’affront de sa défaite. Xercès,qui lui succéda, persistant dans le même dessein, crut devoir augmenter encore les énormes préparatifs «[u’avait ordonnés son père; ils étaient tels que, pour d’autres chefs que ceux des républiques d’Athènes et de Lacédémone , il n’eût resté quelque espoir de salut qu’en de-
HISTOIRE DES AATS.
mandant merci — [av. j. c. 479.] — ; mais Thémistocle an détroit de Salamine , Aristide et Pausanias dans les champs de Platée, Léoticliyde et Xantippe à Micale * , purgèrent sans retour ces contrées de la présence des barbares, qui, dès le pas des Thermopyles **, auraient dù prévoir quelle serait la résistance des hommes libres auxquels ils apportaient des fers.
[Av. J. c. de 480 A 4,">o. ] — L’or , l’argent monnoyés, les étoffes de prix, les bijous de toute espèce que les Grecs se partagèrent après ces victoires, étalés dans leurs cités où de pareils objets étaient rares, y firent naitre les fantaisies
* Cette victoire eut lieu le jour même où Mardonius, principal instigateur des projets hostiles de Xercès, fut défait à Platée.
Micale, promontoire d’Ionie, était situé vis-à-vis de nie de Samos.
** Ce défdé, de soixante pas de largeur, est à jamais célèbre par le dévoùment de Léonidas et de ses trois cents compagnons.
David, le restaurateur de l'école française de peinture, a traité ce sujet d’une manière digne de soutenir le parallèle avec les belles productions des grands maîtres de la renaissance.
qui n’appartiennent qu’à l’opulence. En peu de teinj)s, tous les raiïincniens de la mollesse asiatique s’introduisirent chez ces peuples, dont les mœurs étaient simples encore, et les besoins peu multipliés.
Le penchant naturel des Athéniens pour les arts de luxe se manifesta dès la reconstruction de leur ville capitale, qu’un beau dévoùment leur avait fait quitter aux approches de l’armée persane *. Mais ils laissèrent subsister , pour nourrir leur ressentiment, quelques vestiges de la fureur dévastatrice de l’ennemi, et, près de ces ruines, ils bâtirent des édifices plus somptueux que les anciens. La perte des statues, des tableaux, que Xercès avait fait transporter dans ses états, fut, comme on le verra, magnifiquement réparée.
* La ville était à peu près déserte quand les Perses s’y présentèrent ; elle fut par eux incendiée. Ils envoyèrent à Suze les statues d'Hamiodius et d’Aristogiton, conune prémices du butin sur lequel ils avaient compté.
Thémistocle avait fait parler l’oracle pour déterminer tous les citoyens en état de porter les armes, à se réfugier sur la flotte stationnée dans le détroit de Salamine.
De telles dépenses exigeaient d’amples ressources; on sut bientôt s’en procurer : Cimon fit entrer des sommes considérables dans le trésor public |)ar la conquête de l’ile de Tliasos et de ses mines d’or. Ce fut lui qui donna le conseil à ses compatriotes d’exiger en numéraire le contingent que chaque république confédérée devait fournir pour l’entretien d’un corps de troupes toujours prêt à défendre l’entrée de la Grèce aux soldats du despote orgueilleux de l’Asie *.
Tbémistocle, parcourant la mer É^ée, moins en héros qu’en pirate, taxait à de fortes amendes les républiques qui, durant la guerre médique, avaient timidement gardé la neutralité. C’était ainsi que les Athéniens, déjà gâtés par la soif des richesses, et dont la conscience, naguère , s’était soulevée à la seule idée d’un manque de foi , ne s’étonnaient plus de voir
* Cet argent, tenu d’abord en dépôt à Délos, fut jieu de temps après transporté dans la citadelle d’Athènes par ordre de Périclès , qui le fit servir en partie à l’acquittement des dettes que les beaux iminumens d’Atliènes avaient fait contracter.
leurs vaisseaux rentrer au Pyrée chargés d’un butin fait sur des alliés, à défaut d’autres dépouilles.
La plupart des chefs , qui , dans le produit de ces expéditions, ne s’oubliaient point euxmémes, donnaient, à leur retour, des fêtes à la multitude pour en obtenir des suffrages; ils faisaient construire à leurs dépens, des temples, des gymnases, des portiques, ornés de peinture et de bas-reliefs. Ce fut par de telles libéralités envers ses concitoyens, que Thémistocle excita les soupçons d’Aristide (6) , qui crut y voir une intention cachée de porter atteinte au régime remis en vigueur depuis l’abolition de la tyrannie
[Aï. J. C. dg 15Ü h 150.] — Oaiis Cet état de splendeur, l’orgueilleuse Athènes, bien que récemment sortie de ses cendres, .semblait dire aux artistes nombreux que sa nouvelle opulence attirait dans ses murs : C’m( à vous, désormais , de siiinaler aux siècles à venir ma puissarwe et ma gloire; à moi d'animer votre émulation par d’honorables récompenses.
L’état florissant des sciences et des lettres, à cette époque, offrait aux hommes à talens de tout genre l’occasion de se placer en évidence
et d’avoir part aux ambitieuses largesses des grands. Hérodote , le pire île l’histoire * , dévoilait à la curiosité des Grecs leur origine et les annales du monde entier. Pindare , heureux disciple des poétesses Myrtis et Corinne ** , faisait retentir jusqu’au sommet de l’Olympe la sublime harmonie de sa lyre d’or. Eschyle enfin , repoussant loin de lui les tréteaux de Thespis, se montrait le véritable créateur du drame tragique. Sur son théâtre, décoré par les pinceaux du célèbre Agotharque *** , les spectres mena-
* Cicéron le qualifie ainsi ; d’autres l'ont appelé le père du mensonge. Quoi qu’il en soit, Hérodote avait adopté la méthode de Phérécyde de Léros et de Cadnius de Milet, qui, les premiers, avaient écrit l’histoire en prose. Avant eux, les traditions en tiers étaient peu digues de foi.
Les récits d'Hérodote , quoique mêlés de fables , intéressent toujours par l’élégance et la clarté de la diction.
** Corinne transmit à Pindare les dociimens qu’elleméme avait reçus de Myrtis.
*** Cet artiste, né à Samos, où les libéralités du tyran Polycrate avaient rendu les arts très florissans, est le premier qui se soit occupé d’embellir la scène
çans que sa fougeuse imagination évoquait du fond des enfers , remplissaient , à la fois , l’ame du spectateur d’admiration et d’épouvante. L’artiste , hors de lui-méme , à ces apparitions étranges , croyait rétrograder vers les siècles mythologiques , et la magie du spectacle ravivait encore sa présence dans le silence de l’atelier.
Ces talens divers , par une influence réciproque, se perfectionnant les uns les autres, étaient les rayons avant-coureurs du beau jour qui , dans Athènes , devait éclairer le triomphe de la statuaire et de la peinture; mais ce qui contribua le plus eflicacement à accélérer la maturité de leurs produits, ce furent les études philosophiques, qui dès lors s’allièrent à celles du dessin.
Les doctrines de Thalès et de l’ythagore, fondateurs des écoles d’Ionie et de Crotone, avaient donné naissance à d’autres sectes établies en différentes contrées. Xénophanes de Colophon ,
théâtrale par la peinture, il entendait très bien les effets de la perspective, et travaillait avec une merveilleuse facilité.
HISTOIRE UES \RTS.
Parinéilides (7), Zenon d’Élée, Empédocle d’Agrigeiite, en qualité de philosophes, s'étaienl acquis la confiance de leurs concitoyens, et notamment en ce (|ui concernait les intérêts publics.
Les personnages de cette trempe, bien différens des premiers sages, ne bornaient pas leurs méditations aux principes de la morale et de la politique ; elles s’étendaient à tout ce qui peut éveiller la curiosité des esprits que le doute humilie. Ils n’osaient cependant, en matière religieuse, s’expliquer qu’à demi, de peur d’encourir, par la hardiesse de leurs conjectures, l’animadversion d’un vulgaire ignorant et superstitieux ; mais dans des comités secrets, à l’abri de toute censure, leurs assertions, tantôt appuyées sur le témoignage des sens, tantôt sur celui de la froide raison , le j)lus souvent obscures , ou sophistiques , avaient pour but de faire luire aux yeux des adeptes un rayon de lumière, comme échappé des profondeurs où le Moteur de ce vaste univers a caché le ressort de ses opérations. Semblables à ces lueurs furtives qui glissent à travers les nuages, et colorent leurs formes douteuses, la plupart^^des recherches dans lesquelles ils se consumaient , n’enfan-
taient que des rêves brillans *. Ajoutons néanmoins que, dans les sujets où ils n’avaient à s’imposer aucune réticence, leurs discours, embrassant [agréable et [utile, tendaient à perfectionner tous les moyens que l’bomrae peut mettre en usage pour remplir dignement ses devoirs envers la société , et se créer des jouissances. De telles leçons formaient son jugement,
* La nature, a dit le plus sage des anciens, est couverte (F un -voile que les efforts de tous les hommes et de tous les siècles ne pourraient soulever. La science du philosophe consiste à discerner le jroint ou commencent les mystères, et la sagesse à les respecter
N'usons donc pas nos jours à connaître [origine de [univers, mais à remplir comme il faut la place que nous devons y occuper
« Le monde est aujourd’hui travaillé par un fer- « ment religieux introduit dans la masse du corps « social; les doctrines mystérieuses des franc-maçons
• ou illuminés de tous les pays, devenues si puis- « santés par le fanatisme de cette foule de jeunes en-
• thousiastes attirés dans les loges où ces secrets sont •> dévoilés, prouvent la tendance des esprits, au dix- ” neuvième siècle, vers des vérités qu’une orgueilleuse " philosophie voudrait en vain étouffer. »
(De lioNAU).)
éclairaient son industrie, épuraient son goût; la philosophie , en un mot, comme l’a dit Winckelmann , établissait la règle du vrai, du bon et du beau , pour chaque chose.
Dès l’inslaiit , donc, que ce flambeau servit de guide au génie des arts , on le vit prendre son essor vers les hautes régions , d’où les muses l’invitaient à venir près d’elles contempler le front des dieux. Le ciseau des Grecs put alors modeler dignement l’image de ce .lupiter qui , du mouvement de ses noirs sourcils , dit Homère, ébranle les voiites célestes', de la chaste Jlinerve, dont la boiwhe ne s’entr’ouerc que pour faire, enterulre les oracles de la sagesse *.
Prosterné devant de si séduisantes inei-veilles, le crédule vulgaire se persuadait que les divinités, en personne, daignaient se dévoiler à ses regards, et l’esprit-fort, subjugué lui-même, cédait involontairement au prestige **.
* Sénèque.
** On lit dans le livre de la Sagesse, chapitre xiv ; Multitudo autem hominum , abducta per speciem operis, eum qui, ante tempus, tanquam honoratus fuerat, nunc Deum estimaverunt.
L’apparition de ces chefs-d’œuvre semblait n’avoir attendu, pour signaler la puissante magie de l’art des Grecs , que l’avènement de l’homme d’état sous les auspices duquel tous les talens dont l’esprit humain ait eu lieu de s’enorgueillir , s’élevèrent à la perfection.
Thémistocle était en exil *; le sage Aristide n’existait plus; les fréquentes absences île Cimon laissaient à Périclès, jeune encore, mais impatient de parvenir, l’espoir fondé de se placer au timon des affaires. Une capacité précoce et de solides études l’avaient rendu, de très bonne heure, admissible aux emplois de haute administration ; la tribune était la porte qui promptement y donnait accès. Ses harangues avaient déjà marqué sa place au rang des brillans orateurs de cet âge. Attentif néanmoins à préve-
*Les ennemis de Tliémistocle, fatigués de l'entendre lui-mèrae vanter ses services, offusqués d’ailleurs d’une inscription gravée sur le frontispice d’un temple qu’il avait fait construire à Diane, auteur des bons conseils, dénoncèrent cette inscription dans les débats du procès, dont l'issue fut la condamnation du héros de Salamine au ban de l’ostracisme.
nir les soupçons et à calmer l’envie, il usa rarement des occasions de se faire applaudir, et ce fut ainsi, qu’avançant pas à pas, il aborda, sans contrariété, le poste objet de son ambition.
[ Av. 1 . c. 440 à 431.] — Dans la lutte toujours active des intérêts publics, il se déclara pour le parti populaire, par l’espoir de s’en assurer les nombreux suffrages * contre Cimon , qui tenait à la faction des grands.
Clia(|ue fois qu’il liaranguait la multitude, il prenait jilus d’empire sur les esprits, et son ascendant devint tel, (|u’après avoir provoqué l’éloignement de ses rivaux ** et limité la juri-
* Le menu peuple abondait dans les convocations, où chaque citoyen recevait trois oboles (neuf sous) pour sa présence.
** L’ample fortune de Cimon lui avait fourni les moyens de fonder plusieurs établissemens d'utilité publique, et d'augmenter encore par des lai^e.sses particulières le nombre de ses créatures. Périclès en prit ombrage, et manœuvra de telle sorte que les républicains rigides firent écarter ce partisan de l’aristocratie- Thucydide, autre collègue de Périclès, éprouva la même disgrâce. Celui-ci ne doit pas être confondu avec l'historien de même nom.