LIVRE OEUXIÈEIE
étroite et fausse économie faisaient suspendre des travaux dont ma patrie doit tirer un lustre que des siècles accumulés ne pourront ternir, je pourvoirais seul aux frais de leur exécution, et la postérité ne lirait d’autre nom que le mien sur ces monumens honorables.... » Non, non, qu’ils s’achèvent aux dépens de tous ! cria tout d’une voix la multitude , qui mesurait dans le délire de sa vanité la gloire de la Républiipie sur la somptuosité de ses édifices.
Poursuivant dès lors ses desseins sans obstacle, Périclès disposa du trésor public à son gré; il voulut que l’or, le marbre et l’airain , façonnés par des mains habiles, illustrassent à jamais l’époque à laquelle il allait attacher son nom. U eut aussi le rare avantage de trouver dans le célèbre Phidias le seul homme , peut-être , aux lumières duquel il pût, en toute sécurité, confier la direction de ses vastes entreprises.
Les études de ce maitre en tout ce qui était relatif à l’art du dessin, avaient été, pour ainsi dire, universelles ; ayant dès sa jeunesse obtenu des succès en peinture, la connaissance des effets résultant de la pittoresque opposition de diverses nuances , lui facilita les moyens de donner de très amples développemens au brillant méca-
nisme dn la toreuli(|ue‘ ; il en fil même une savante application à la sculpture en ronde-bosse.
Nous devons rajipeler à ce sujet cpie les anciens simulacres des divinités de la Grèce avaient accoutumé les yeux à la grossière illusion produite parles sculptures coloriées. Le goût, en s’épurant, ne renonça pas à ce mode d’imitation qui cliarmait le vulgaire; mais il fut modifié par l’adoption de la statuaire cris-élcphantine , qui en devint le perfectionnement. La blancheur laiteuse de l’ivoire rappela celle des chairs; le luisant de la clialcédoine brilla dans l’orbite des yeux; et les draperies des personnages, faites en or pur, furent rebrodées encore avec des pierreries, des perles ou des émaux incrustés... L’effigie de la déesse protectrice d’.\lhènes, exécutée par Phidias , s’offrit , sous cette parure, à l’admiration de l’univers.
Elle était debout et vêtue d’une longue tunique. L’égide couvrait sa poitrine ; Cololès , élève
* Voyez rexpllcalion ilu mot turcutique dans le livre précédent. Polyelète <le Sieyone pouvait seul disjmter à Phidias la siqiériorité en ce genre d’industrie.
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de Phidia.s , y avait ciselé le masque de Méduse , son casque était surmonté d’un sphinx et de deux griflons. Une des mains tenait la lance, l’autre portait une Victoire.
Le combat tle Thésée et des Amazones était figuré sur le bouclier. L’artiste avait gravé , pour l’ornement de la chaussure, la lutte des Centaures et des Lapithes; on y voyait aussi celle des géans contre les dieux; les bas-reliefs du piédestal représentaient les ingénieuses fictions de la naissance de Pandore.
La statue de Minerve, parée de ces riches accessoires, avait vingt-six coudées de hauteur (trente-six pieds) ; son manteau d’or valait, seul, quarante talens (deux millions sept cent mille francs de nos monnaies actuelles); la tunique, la tète et les mains étaient d’ivoire. Phidias aurait désiré, selon Valèrc-Maxime, traiter ces dernières parties en marbre; il en fit meme la proposition dans l’assemblée générale en l’appuyant sur le double motif de tu durée et de l’économie; mais ce dernier mot la fit rejeter tout d’une voix * : il sonnait mal aux oreilles des Athéniens.
Ce qui donnerait de lu probabilité à l'assertion de
Cette superbe idole fut placée dans le Partliénoii , bâti tout en marbre par Ictinus et Callicrate, sous l’inspection de Phidias. Ce temple, d’ordre dorique et de cent pieds de façade, occupait le plateau le plus élevé du rocher sur lequel l’arcliitecte Mnésiclès avait construit le portique de la citadelle * dont six grandes colonnes ioniques supportaient le fronton.
A gauche de ce péristyle était une chapelle consacrée à la Victoire, et, vis-à-vis, une galerie décorée de peintures de la main de Polygnote... Le principal vestibule, divisé en trois parties par deux rangs de colonnes, contenait une suite de statues élevées en l’honneur des dieux et des héros athéniens.
Non loin des Propylées, à l’orient, était situé VOilt'um, sorte de théâtre où se rassemblaient
Valère-Miiximo, c’ost que Pliidi.i.s avait HA remarquer, dans les anciennes figures en ivoire , la désastreuse influence d’une atmosphère tantôt sèche, tantôt humide, sur une multitude de pièces de rapport.
* Cette citadelle .s'appela primitivement Cécropie, du nom de Cécrops , son fondateur. Les habitations s'étant multipliées à l'entour, on ferma la cité par une enceinte de murailles.
les choragcs * des dix tribus d’Athènes. Périclès l’avait fait disposer dans la forme du pavillon de Xercès; la toiture se terminait en pointe, et les matériaux de la charpente provenaient, selon Vitruve , des débris des navires capturés sur la marine militaire des Perses.... L’agrandissement du fameux temple de .lupiter (9) fondé du temps de Pisistrate, fut encore un des embellissemens auxquels la piété de la multitude s’empressa d’ajiplaudir **.
Dans tous ces travaux la puissante influence du génie de Phidias se faisait aisément reconnaître. Le haut style de l’art grec, aiupiel son ciseau donna naissance, ne saurait être défini d’une manière bien précise ; mais si l’on en juge d’après les descriptions qui nous ont été transmises des chefs-d’œuvre de ce maître , le
* Acteurs figurant dans les pompes publiques. Ils s'exercaient sur ce théâtre avant la solennité.
Le iiièine local servait aux concours des compositions musicales.
La munificence de Périclès s’étendit jusqu’aux cités attachées à la fortune d'Athènes ; il contribua , par ses libéralités, au prompt achèvement du sanctuaire mystérieux de Cérès-Eleusine.
caractère distinctif de son talent dût consister dans la savante iinilalion des formes du corps luimain , non telles que la simple nature les présente à nos yeux, mais avec cette exacte et belle sjniélric, cette perfection idéale de contours, dont la muse d’Homère avait révélé le type à l’immortel auteur de la Minerve du Partliénon et du Jupiter d’Olympie(IO).
Ce haut style ^ que Winckelinann désigne comme celui du second iige de l’art grec, se ressentait du goût austère des précédentes écoles d’Égine et d’Argos ; mais les procédés d’une timide et froide imitation n’auraient pu suffire aux vives conceptions d’un artiste inspiré par les accents de l’épopée et les leçons de la philosophie. Pénétré de la dignité de sa profession qui , chez les Athéniens , était vénérée à l’égale du sacerdoce, tous ses efforts tendirent à donner une fierté divine aux traits de la débile humanité De la vint l’expression proverbiale
par laquelle on signala dans la suite les beaux produits de la sculpture de haut style : Telle pièce est marquée du sceau de Phidias.
Les divins ouvrages sortis de l’atelier de ce prince des statuaires grecs, furent en si grand nombre que, durant sa très longue carrière (1 1 ),
LIVHE DElXli-ME.
il n’aurait pu terminer sans collaborateurs les compositions do toute espèce qui lui ont été attribuées, et qu’on admirait, non seulement dans sa patrie, mais à Dtdpbes, à Elis, à Platée, et autres cités de la Grèce. Il associa de préférence à ses travaux Agoracrite de Paros , Àlcamènc et Colotès , ses disciples.
[ Av. j.c. «i.] — Myron d’Éleuthère, et Polyclète de Sicyone (1 2), auteur de la superbe .limon du temple de Mycènes, tenaient le premier rang parmi les émules de Pliidias. Nous citerons encore au nombre des baliiles statuaires de cette période mémorable de l’histoire de l’art, Naucydès d’Argos, Anaxagore d’Egine, Ctésilas, Athénodore d’Arcadie et Stypax de l’ile de Cypre *. La peinture (13), nouvellement dégagée des liens de l’enfance, se signalait déjà par des compositions d’un intérêt puissant. Polygnote de Tha-
' Les particularités relatives aux nombreux travaux des statuaires et des peintres du siècle de Périciès, se trouvent dans les notes supplémentaires; ces détails trop multipliés auraient embarrassé le texte. (Voyelles pages I8i et 192, qui ont rapport à ces artistes , à la suite de ce livre deuxième.)
SOS et Micon venaient de décorer les galeries du Pœcile d’une suite de tableaux dont les sujets, puisés dans l’iiistoire de la nation, en retraçaient les évéïiemens glorieux de manière à produire sur les sens des spectateurs les émotions les plus profondes.
Apollodore , Zeuxis , Parrliasius , Timantlie , et nombre d’autres successeurs de Polygnote, profitant des découvertes que ce savant devancier avait faites dans la partie du coloris, en portèrent tout-à-coup la magie ju.squ’à la plus séduisante illusion *.
Les sciences et les lettres, avec le.squelles les arts du dessin entretenaient une correspondance qui, de tout temps, leur fut toujours si profitable, se distinguaient par d’éclatans succès. I.es tragédies de Sophocle et d’Euripide, les drames satyriques d’.\ristopbane, de Cratinus et d’Eupolis, excitaient au tliéàtre les plus vifs applaiidissemens (1 4) ; l’éloquence du barreau , dans les plaidoyers de Lysias, d’Aiitipbon, d’.Andocide, etc., ne consistait plus en déclamations froidement empoulées. Hippocrate de Cos, l’astronome Mé-
‘ Voyez üêtnils supplémentaires ( IA ; , page 192.