I.IMIE DEUXIÈME
ture et son désintéressement jjersonnel dans la gestion des intérêts publics, rendaient sur ce point délicat sa conscience invulnérable. Cette demande néanmoins, concertée dans un but hostile, l’exposait aux dangers d’une controverse insidieuse, qu’à tout basard , et pour son repos, il devait éloigner. Il se décida donc, quoiqu’à regret, par le conseil de ses amis, à rallumer le flambeau de la guerre.
Les Athéniens, en elTet , toujours préoccupés du désir d’étendre au dehors leur puissance , étaient las d’un état de paix qui n’offrait à leur inquiète ambition aucune chance de profit ou de gloire.
D’autre part, les alliés d’.\thènes murmuraient de se voir dans sa dépendance , et déjà même quelques cités impatientes s’étaient secrètement engagées dans la coalition qu’organisait Lacédémone contre sa turbulente rivale.
[,\ï. J. c. <ic «1 à KSi.] — En cet état de choses , le Péloponèse devint le principal théâtre de la lutte acharnée qui, durant vingt-sept ans, promena ses fléaux sur la Grèce entière. Les Perses, plus circonspects depuis leurs défaites en ces contrées, se contentèrent d’y fomenter les divisions, en secondant les efforts des deux cités
j)^(■pondérantes , pour qu’afiaiblies l’une par l’autre, elles ne pussent, à l’avenir , prêter secours aux colonies d’outremer.
L’Àreopage, c/iargt^ du ilcpôt tirs lois, veillatl à leur maintien , ete.
LeUiblissemcnt de ce (libunal auguste avait eu lieu bien long - temps avant 1 epotjue où Solon donna son co«le de législature. Il décida seulement que les membres de cette assemblée, choisis jusqu’alors, sans distinction de naissance ou de rang, parmi les citoyens, ne pourraient à l’avenir être admis à riionneiir d’y siéger, s’ils n’avaient préalablement exercé les fonctions «l’arcbontes.
Les aréopagites connaissaient de tons les
crimes capitaux , et pour n etre point distraits par les objets extérieurs , ils ne se réunissaient que la nuit. La condamnation de Céphale, qui , par mégarde , avait tué Procris, fille d’Ei'ectée sixième roi d’Athènes, et la comparution d’Oreste, meurtrier de sa propre mère, ne laissent aucun doute sur la très haute antu[uité de l’.\réopage.
Solon donna des lois aux Athéniens , non telles qu’ils les auraient voulues, mais les meilleures qu’ils pussent supporter, etc.
.Vthènes éprouva tous les avantages de ces institutions politiques , depuis l’expulsion des i’isistratides , jusqu’au temps où les victoires de Marathon , de Salamine et de Platée assurèrent l’indépendance des peuples de la Grèce ; mais , dès cette époque aussi , la soif des richesses , l'introduction des superfluités du luxe , le relâchement progressif des anciennes mœurs et les rivalités des chefs , étouffèrent peu à peu , chez les .Athéniens, cet esprit public qui fait la force des gou vernemens libres , et leur commande tant de sacrifices.
V artificieux Pisislrate usurpa V autorité suprême en paraissant protéger la multitude contre les prétentions des grands , etc.
L’origine de ce tyran était illustre : fils d’Hippocratès , et descendant de Codrus dernier roi d’Athènes, il comptait encore au nombre de ses ancêtres Nestor, le plus sage des capitaines grecs coalisés contre la famille de Priam.
Assis sur le trône qu’il s’était dressé , ce prince encouragea les talens, n’épargnant rien pour l’instruction de la classe peu fortunée, au bienêtre de laquelle il donnait tous .ses soins : J’aime mieux , disait - il souvent , procurer de l’aisance au peuple., que de. rendre à ses dépens la ville, fastueuse. Elle fut néanmoins redevable à .sa générosité de quelques enibellissemens. Il répartit durant son r^ne , entre les citoyens indigens , une certaine étendue de terrains dépendans de ses domaines ; quant aux .soldats invalides , il décida qu’en quittant le service , le tré.sor public fournirait les sommes nécessaires à leur entretien.
Esope , diirati t son voyage en Attique , témoin de la douceur du gouvernement de Pisistrate , et des murmures d’une foule d’envieux qui cabalaient contre lui , composa la fable des Grenouilles qui dcmaiulent un roi.
Thespis entremêla de dialogues les dithyrambes que des choristes chantaient aux fêtes de la vendange , etc.
Le dithyrambe était une sorte d'improvisation poétique, où le chantre, échauffé par les fumées du vin , se livrait dans les concours baccbi(|ues aux transports de sa verve en délire. C’est à peu près l’idée que nous en donne Horace ; mais il ne reste aucun modèle de ce genre de chant. Les tableaux en étaient animés et confus, tels qu’ils devaient .se peindre dans le cerveau d’un musicien de cette trempe Certaines tirades de la
Cassarulre. de Lycophron fourniraient peut-être un échantillon de cet enthousiasme désordonné.
Pisistrate, à l’aide d’ une pantomime théâtrale, rentra dans Athènes , aux acclanmtions d’un peuple émerveillé.
Exilé de sa patrie , ce tyran , dans l’espoir d’y rentrer, s’y était ménagé des intelligences. Il imagina d’appeler dans sa retraite la fille d’iin citoyen obscur, nommée Phya, belle de visage, d’un port majestueux , et très propre à remplir
le rôle (pi’il voulait lui faire jouer Il monte
sur un char pompeux , à côté de cette femme costumée en Minerve. Le casque en tête , l’égide sur la jKiitrine , une branche d’olivier à la main , elle le conduit sans opposition droit à la citadelle ; le héraut , en avant , proclame a haute voix , l’apparition de la déesse protectrice de la cité qui ramène Pisistrate, et le rend à l’amour
de ces concitoyens Les affidés du prince
banni, zélés acteurs dans cette comédie , applaudirent avec la foule à son heureux dénoùment.
ArisUdc si; de'fuiit ih's lihérnlitës amhiürusvs de son collègue , etc.
Ce vertueux magistrat, uniquement occupé des intérêts de la République, craignait que Thémistocle n’abusât de l’ascendant qu’il lui voyait prendre sur l’esprit de la multitude, et ne finit par porter atteinte aux principes remis en vigueur depuis l’abolition de la tyrannie. Ayant découvert dans le caractère prononcé du fils de Miltiade des qualités propres à le rendre utile à son pays, il mit ses soins à le former pour les affaires. I-e disciple, malgré les premiers écarts d’un tempérament de feu, ne démentit point, dans la suite, les favorables prévisions de son digne instituteur. Les .Athéniens, en effet, sous la conduite de Cimon, réussirent dans toutes leurs entreprises, et devinrent les chefs de la confédération , qui long-temps eût maintenu la liberté de la Grèce , si de funestes rivalités n’eussent fréquemment armé , les uns contre les autres, les différens peuples de cette contrée.
Parménides , Zdtion d’Élée , et Empédocle d’Àgrigente , avaient acquis , en qualité de philosophes , un grand crédit chez leurs concitoyens , etc.
Le premier , disciple de Xenophane , donna des lois aux Ëléens, lesquels renouvelaient chaque
année le serment d’y être fidèles Ce savant ,
dont les ouvrages ne sont point à r^retter, avait adopté la plupart des rêveries de son maître et s’en était composé un système particulier qu’il prit la peine de mettre en vers. Selon ses idées, la génération des hommes descendait du soleil ; il n’admettait <pie deux élémens la terre et le feu , etc.
Zlénon s’instruisit à l’école de Parménides, et passait pour son fils adoptif. Originaire de Vélia en Lucanie, il entreprit de délivrer son pays de la tyrannie de ^éa^que; mais il périt dans les tortures, victime de son zèle pour la liberté. Sa secte prit le nom A’éléatiquc.
Empédocle s’était familiarisé de bonne heure avec les études les plus sérieuses, et ne s’en dé-
LIVHE DEUXIÈME.
lassait que par la musique et la poésie. Sage et motléi'é dans ses penclians, chéri des Agrigentins, ils lui proposèrent d’accepter le litre de monarque et les rênes du gouvernement; mais il refusa celle marque de confiance, préférant voir l’égalité maintenue dans sa patrie.
Les fragmens des frises du Parthénon , transporle's à Lomlres , jr font l’admiration des artistes de tous les pays , etc.
M. Quatremère, de l’Institut, qui a considéré très attentivement ces marbres sculptés, dit que les figures du fronton de ce même temple sont d’une exécution soignée jusque dans les parties adossées contre le fond du tympan , où ces parties ne pouvaient être aperçues. Il désigne comme les statues les plus remarquables , celles de Thésée ou d’Hercule jeune , de l’Illyssus , le groupe des l’arques, celui de Cérès et de Proserpine, auxquels probablement Phidias aurait mis la main. Le bas-relief du Soleil levant appelé Hypérion , où se trouve une tète de cheval, et celui du Soleil couchant , sont dignes de toute l’attention des connaisseurs.
oéTA.lLS SÜPPLiMEKTAIRES.
Périclès avait ordonné l’agrandissement du temple de Jupiter -Oljympien fondé par Pisistrate, etc.
Antiochus-Épiphanes , long-temps après, et par un acte de munificence envers les Athéniens, voulut encore eml>ellir ce temple, et chai^ea l’architecte Consutius de ces derniers travaux, quoiqu’il ne manquât pas d’artistes habiles , à cette époque, dans la Grèce. Peut-être prétenditil, en faisant choix d’un étranger, flatter la vanité du peuple Romain. Quoi qu’il en soit , Ariobarzane-Philopator , roi de Cappadoce, en agit de même et fit reconstruire YOdeum, ruiné durant la guerre de Sylla contre Mithridate; il en chargea StalUus et Marcus qui néanmoins s’adjoignirent MénaJippe, artiste grec.
Ac Jupiter-Oljrmpien, dernier ckef-d’œiare de Phidias , était compté au nombre des sept merveilles du monde, etc.
Ce colosse extraordinaire avait près de soixante pieds de hauteur. Phidias y avait employé l’ivoire pour les parties apparentes du mi. Le dieu tenait, de la main droite, son sceptre surmonté d’un aigle; l’autre main portait une Victoire. Sa tète, couronnée de feuilles d’olivier, touchait presque à la voûte du temple ; elle l’aurait entr’ouverte en supposant que la figure se fût levée de son trône. Par cette dimension hors de mesure, vu la capacité intérieure de l’édifice, le savant artiste donnait à entendre que, pour le créateur de toutes choses, l’espace était sans bornes. Sur le fond d’or de son manteau , d’habiles lapidaires avaient incrusté des plantes de lis, des fleurs et des oiseaux de toute espèce, façonnés en émail.
Le siège avait pour appui quatre lions dorés et une rangée de colonnes intermédiaires. Le reste , fait en bois d’ébène , était parsemé de mar-
Digitizc-ô-
queteries cnvoire Pausanias a détaillé d’une
manière assez confuse les sujets des bas-reliefs, des sculptures en ronde-bosse et des mosaïques distribués avec pi-ofusion sur chacune des faces de ce trône.
Deux groupes représentant les Saisons et les Grâces en enricliissaient le dossier. Les accoudoirs, les montans, les traverses, étaient aussi rehaussés de nombreuses ciselures dont les compartimens étaient très adroitement ajustés dans ces étroits espaces. On y voyait Apollon et Diane décochant une grêle de traits sur les enfans de Niobé ; la lutte d’Herciile contre les .\mazones ; Vénus sortant du sein des mers; le Soleil sur son char radieux, et autres images fournies par les traditions poétiques.
Il n’est guère possible, aujourd’hui, d’établir de solides conjectures sur l’apropos ou l’inconvenance de cette multitude de menus objets ; mais on peut en considérer l’emploi comme une élégante imitation des légendes en écriture figurative, dont l’usage, emprunté des Égyptiens, s’était introduit dans la Grèce. Le trône magnifique de l’Apollon d’.\myclès , où Batyclès de Magnésie, un siècle auparavant, avait figuré la majeure partie des fictions mythologiques.
conservait une telle renommée, que Phydias se crut en quelque sorte obligé de le prendre pour modèle; car, dans tout ce qui tient aux arts de luxe , l’expérience ne démontre qu’à la longue le prix d’une noble simplicité. On peut observer en outre que, pour jouir de l’aspect entier du Jupiter-Olympien, le spectateur, vu les proportions colossales de la statue, était forcé de se placer à très grande distance ; de ce point de vue éloigné les ornemens du trône étaient, pour la plupart, inaperçus quant aux détails; mais, en se rapprochant, l’œil, qui ne pouvait plus embrasser l’ensemble , aimait à parcourir une suite de tableaux aussi curieux qu’instructifs. Quelles que soient les conjectures plus ou moins favorables que cette multiplicité d’ornemens fasse naître, il n’en est pas moins constant que, non seulement les Grecs, mais les Romains les plus éclairés, regardaient le monument entier du Jupiter d’Olympie comme la plus étonnante merveille de l’art ; c’était même un malheur de mourir ^ avant d avoir pu contempler ce chef d’œuvre.
Malÿnfsa très longue carrière, Phidias n aurait pas eu le temps de terminer sans collaborateurs les nombrcnt ouvrages qiiil lui fallut entreprendre , etc.
Cet artiste infatigable modela quantité de statues coulées en bronze. Celle de Minerve- Poliade, c’est-à-dire protectrice de la ville, était d’une telle hauteur, que du cap de Suniiim, à quatre lieues de distance, les navigateurs pouvaient apercevoir le cimier de son casque et le fer de sa haste. Le fameux orfèvre Mys avait ciselé sur le bouclier le combat des Centaures et des Lapitbes. Les dépouilles des Perses défaits à Marathon avaient été consacrées en partie à l’érection de ce colosse.
I>a 'S\\ner\Q-drca (Jielliqueuse) , commandée par les Platéens, ne paraissait pas moins remarqualile, vu ses immenses proportions; le corps n’était que de bois doré , mais la tête, les mains et les pieds étaient de marbre pentélique.
Parmi les statues que Phidias avait sculptées entièrement en marbre, on distinguait la Vénus-
Uranie du temple de ce nom , et la Némésis de Rliamnus. Celle-ci, taillée dans le bloc que les Perses avaient transporté sur la côte d’Attique pour en faire un trophée de victoire, servit au contraire à constater leur défaite. L’eflfigie avait dix coudées de hauteur. Des cerfs courans, gravés sur le bandeau de sa couronne , rappelaient peutêtre la fuite accélérée des Perses à Marathon. La base était ornée de bas-reliefs relatifs aux fonctions de la divinité vengeresse de l'injustice. Phidias y avait aussi retracé quelques événemens glorieux dont les Athéniens désiraient perpétuer le souvenir.
Poljrclèle tle Sicyone et Mjrron dÉleuthcrc tenaient le premier rang parmi les émules de Phidias , etc.
Le Doryphore , le Diadumène et les Canépliores étaient des figures en marbre où Polyclète avait su rendre les formes de la jeunesse avec tout l'agrément dont elles pouvaient être susceptibles. La première représentait un satellite du roi de Perse; la seconde, un jeune
D]ÉTAILS SUPPLÉMENTAIRES. 1 85
athlète ceignant son front de la bandelette, signe de sa victoire; et les autres, des vierges athéniennes portant sur leurs tètes les corl^eilles pleines des objets nécessaires aux cérémonies religieuses. Polyclète excellait dans ces sortes d’imitations.
Sa statue appelée le canon ou la règle, c’està-dire le vrai modèle des belles proportions du corps humain, était un des moniimens de la sculpture du haut style que consultaient fréquemment les successeurs de ce savant maître.
La statue colossale de .binon exécutée eu or et en ivoire pour le temple de Mycène , ou pour celui d’Argos , rivalisait de magnificence et de majesté avec la Minerve du Parthénon; mais elle était moindre en hauteur. Polyclète avait modelé les Heures et les Grâces sur la couronne de la dée.sse. Dans l’une de ses mains était le fruit du grenadier; l’autre tenait le .sceptre surmonté d’un coucou. Le goût le plus exquis se faisait admirer dans tous les détails do cette pompeuse effigie.
On a transporté du jardin L’arnèse à Naples une copie du Diadumène. La conformité de ce marbre antique avec une figure à peu près semblable qui se trouve répétée dans plusieurs
bas-reliefs également antiques, ne laisse aucun duute sur l’aullienticité de cette imitation.
Myron d’Éleutlière mettait tant de naturel dans ses ouvrages, que, sous ce rapport, ils ont mérité les éloges les plus ingénieux de la part des poètes contemporains. Us disaient que le ciseau de ce maitre, comme une baguette magique, donnait le mouvement et la vie à tout ce qu’il touchait. Le simulacre en bronze de l’athlète Ladas semblait s’élancer de son socle pour saisir la couronne au moment du triomphe. Anacréon, vers la fin de sa vie, exprimait l'illusion que devaient éprouver des pâtres à l’aspect de la vache d’airain de ce même statuaire, par ces vers : « Berger, emmène tes « génisses , tu pourrais croire que celle-ci s’est O écha[)pée de ton troupeau. »
Quelques cojiies du Discobole, chef-d’œuvre de Alyron, se sont heureusement conservées; elles suffisent pour nous donner une haute idée de ses laleiis. Deux autres statues, celle de Bacchus et celle d’Ércclée, sixième roi d’Athènes, étaient comptées au nombre de ses meilleurs ouvrages. Il traitait quelquefois des sujets familiers avec une naïveté piquante; on ne pouvait regarder , sans en rire, la plaisante allure d’une
DÉTAILS SÜPPLÉMEHTAIBES. 187
femme âgée qu’il avait représentée dans un étal d’ivresse. Ces sortes de caricatures , au surplus , excitent ordinairement la curiosité du vulgaire.
Le mérite de Ctésilas ne fut point contesté ; car ce statuaire, que Pline nomme Ctésilaüs,eut l’insigne avantage de remporter le prix dans un concours où Phidias et Polyclète désiraient aussi d’obtenir des couronnes. Il confirma depuis la bonne opinion que ce premier succès avait fait concevoir de son génie, par la belle et savante exécution d’un Doryphore, d’une figure d’Amazone , et surtout par le portrait de Périclès surnommé VOlrmpien, qui réunit tous les suffrages.
Le même Ctésilas avait rendu de la manière la plus touchante l’héroïque fermeté d’ame d’un guerrier atteint d’un coup mortel , et bravant la douleur au moment d’exhaler son dei'nier soupir.
Les auteurs anciens ont beaucoup vanté l’expression decelte statue. La description qu’ils en ont faite serait-elle applicable à la figure qui nous est connue sous la dénomination inexacte de gladiateur mourant ? Winckelmann est d’un avis contraire : Ctésilas , remarque-t-il , ne traitait que des sujets héroïques , et les ennoblissait encore par l’air de dignité qu’en général , il
imprimait à ses personnages. Ce guerrier , d’ailleurs , ne pouvait être un de ces infortunés lutteurs ignorés chez les Grecs dans le bel âge de l’art. C'est plutôt , observe le savant antiquaire» un héraut semblable h ceux des jeux olympiques , comme le dénote le cordeau qui entoure son cou , et le corps placé auprès de lui.
L’explication qui se lit dans la notice des antiipies du Musée du Louvre , est autrement conçue : « Les cheveut courts et hérissés , le « piofil du nez, les moustaches, et la forme des « sourcils, l’espèce de collier {Unquis'), tout en « cette statue concourt à y faire reconnaître un « guerrier barbare, gaulois ou romain, mourant « sur le cbamp de bataille , entouré d’instru- « mens militaires et de lances brisées. »
Naucydès d’Argos , auteur d’un Discobole non moins estimé que celui de Myron, et dont il nous reste aussi des copies, fit pour la ville de Corinthe une Hébé, en or et en ivoire, qui fut jugée digne d’être placée en regard de l’un des chefs - d’œuvre de Polyclète. On distinguait encore un Mercure de sa main , et deux figures iconiques de Chimon, vainqueur à la lutte:
l’uue, restée en Élide; l’autre, transportée, dans la suite, d’.Aigos à Rome , pour l’ornement du
DÉTA^ILS SCPPLÉM£KTAIB£S. 1 89
temple de la Faix. Le groupe d’un homme sacrifiant un bélier, lui fit aussi beaucoup d’honneur.
Alcamène fut le plus habile élève de l’école de Phidias. Sa Vénus, dite des Jardins, parut si belle que ses envieux feignaient d’y reconnaître la coopération du maitre; cependant une figure de l’Amour qu’Alcainène exécuta seul , à Thespies , ne sembla pas moins parfaite que celle de Vénus , et prouva que l’auteur savait
se passer de toute assistance L’élégance des
formes fit admirer sans doute la triple Hécate, qu’il imagina de représenter par un groupe de trois femmes, réunies de manière à ne formelqu’un seul et même personnage. Il crut l’idée ingénieuse ; les gens de goût la jugèrent bizarre. Ils applaudirent avec raison un Vulcain dont il avait très adroitement dissimulé la défectuosité de l’allure, tout en la laissant soupçonner.
On citait encore avec éloge deux statues colossales que lui avaient demandées les Thébains pour leur temple d’Hercule , l’Eisculape de Mantinée, et notamment un Bacchus en or et en ivoire du fini le plus précieux.
Phidias avait retouché , disait-on , la plupart des ouvrages d’Agoracrite; il laissait même attri-
buer à cet élève , pour lequel il avait une tendre aflection , la Némésis du bourg de Rhamnus , dont le favori , peut-être, avait simplement dégrossi le bloc ; mais dans la suite on n’aurait pu , sans injustice , lui contester l’entière et belle exécution des statues en bronze de Jupiter et de Minerve qui , destinées à l’ornement du sanctuaire de Delphes, établirent solidement sa renommée.
Colotès , condisciple d’Alcamène et d’Agoracrite , fit preuve d’autant d’invention que de goût en ciselant l’égide magnifique de la Minerve du Partbénon. Une figure d’Esculape et différens portraits de philosophes ne lui firent pas moins d’honneur.
Théoscome de Mégare , vers le même temps , se distingua par des travaux en or et en ivoire qui lui méritèrent l’avantage d’être admis au
nombre des collaborateurs de Phidias Ses
compatriotes eurent recours à son génie pour la composition du monument qu’ils consacrèrent à la mémoire d’Hermon, habile navigateur, auquel ils avaient accordé chez eux les droits de citoyen.
Stypax , de l’ile de Cypre , est, parmi les statuaires de cet âge , noté favorablement dans les
DÉTAILS SUPPLÉMEITTAIRES. 1 91
écrits de Pline. U avait imaginé de représenter, comme figure épisodique d’un sacrifice , celle d’un jeune homme attisant de son souffle le foyer où rôtissaient les entrailles de la victime. L’attitude du personnage, sa bouche contractée et le gonflement de ses joues , aidaient sans doute à l’illusion dont Pline s’étonnait; mais pour motiver ses éloges , de pareils moyens de succès n’étaient pas suffisans.
Myrmécide de Lacédémone se recommandait de même à la curiosité du vulgaire par des imitations qui supposaient, de la part de l’artiste, plus de patience et de légèreté d’outil que de talent réel. 11 fit un char attelé de quatre chevaux , le tout de la grosseur d’une noisette, et un navire, aussi menu , chargé de tous ses agrès. Ces colifichets, fabriqués en marbre, attiraient chaque jour la foule à son atelier. De si nombreux suffrages lui persuadèrent que, dans sa sphère , il s’élevait à la même hauteur que Phidias; mais qu’un nain s’aligne à côté d’un géant, l’un n’en paraîtra que plus grand , et l’autre plus petit.
A la suite de tous ces noms , celui de Socrate, fils du sculpteur Sophronisque, causera quelque surprise. Ce moraliste célèbre exerça dans sa
jeunesse la profession de son père , mais il ne larda guère à quitter le ciseau pour se livrer tout entier aux études pliilosophiques.
Quelques écrivains ont rapporté que le groupe des Grâces et le Mercure qu’on admirait aux Propylées, étaient de sa main. Il est plus probable qu’un statuaire thébain , également nommé Socrate , ait été l’auteur de ces ouvrages. Périclès, en effet, avait fait travailler ce dernier aux décorations de la citadelle.
La peinture, fidpage'c des liens de l’enfance, se signalait déjà par des prodiges , etc.
Doué d’une étonnante fécondité d’imagination , Polygnote de Tbazos devina , pour ainsi dire, tous les secrets de son art, et laissa loin de lui Panœnus, auteur du tableau de la bataille de Marathon.
Ce savant peintre ne se borna pas à reproduire les formes corporelles du modèle vivant , il voulut encore que ses traits exprimassent les affections secrètes de l’ame. Dans la prise de
DÉTAILS SDPPLÉMEÎTTAIBES.
Troie, qu’il peignit sur les murs du Lesché* de Delphes , l’œil du spectateur pouvait discerner à travers le voile léger de Cassandre la pudique rougeur du front de cette fille de l’riam , victime de la brutalité d’Ajax.
Pline prétend que Polygnote est le premier qui ait su rendre les physionomies de ses personnages parlantes, en. leur faisant ouvrir la liouche et paraître les dents. Quintilien dit à son tour que les peintures de ce maitre laissaient quelque chose à désirer sous le rapport du coloris. Il s’attachait néanmoins à copier avec agrément les détails de la parure des femmes , à varier élégamment les ornemens de leur coifTure, à les vêtir de riches draperies , accessoires (jui nécessitaient l’emploi de couleurs éclatantes et la combinaison pittorescjue de leurs contrastes. Il est à présumer, au surplus', que Polygnote n’avait pu , toul-à-coup , porter cette partie attrayante de l’art à son plus haut degré d’illusion.
* Le.s leschés, édifices où les citoyens avaient la liberté de se livrer aux agréincns de la conversation, contenaient des .salles pour les hommes d'un Age mûr, et d’autres pour les jeunes gens. Ces pièces étaient ornées de peintures instructives.
i 94 LIVHE 'DEUXIÈME.
On pourrait conjecturer de même, d’après les descriptions que Pausanias a tracées des tableaux de l’incendie de Troie et de la descente d’Ulysse aux enfers, que ces immenses compositions étaient embarrassées d’un trop grand nombre de scènes épisodiques, pour qu’il pût en résulter unité d’intérêt et netteté d’ensemble. Les beautés de détail et la fécondité d invention compensaient amplement, sans doute, un défaut assez ordinaire aux productions de cet âge *.
Les babitans d’Athènes ne .se lassaient pas de contempler, dans les galeries du Pécile, les traits glorieux de l’iiistoire nationale dont le savant pinceau de Polygnote les avait décorées. Ils y voyaient avec orgueil Thésée , à la tête de ses
* Nos peintres gothiques encadraient souvent le sujet principal Je la scène qu'ils avaient à représenter, d’une suite de petits tableaux où les diverses vicissitudes de la vie d’un saint anachorète ou d’un martyr se trouvaient figurées. Les talens d’imagination pèchent par trop d’abondance quand le goût n’est pas formé.
Polygnote aurait-il usé de pareille méthode pour ne rien omettre dans ses vastes compositions ? Il inscrivait les noms au dessous de chacun de ses personnages.
braves compagnons , mettre les Amazones en déroute ; le combat où les Athéniens se dévouèrent généreusement pour la cause des HéracUdes; la lutte qu’ils soutinrent, près d’QEnée, contre l’armée de Lacédémone. Les acclamations des spectateurs redoublaient à l’aspect de la bataille de Marathon. Quelqueji-una des guerriers qui y avaient combattu dv)||. leur jeune âge', croyaient revoir les principaux acteurs de ce drame héroïque , tant leurs portraits y étaient savamment indiqués, sjifb S . , >ji
Moins ambitieux de récompenses pécuniaires que de gloire , Polygnote refusa le paiement de ces travaux , et ne se montra pas moins généreux après avoir orné le temple et le I^sché de Delphes. En reconnaissance de ce noble désintéressement, les amphicyons lui conférèrent les privilèges des francs-hospices, et chez les Athéniens il obtint les droits de citoyen.
Cet artiste perfectionna tous les procédés de la peinture encaustique ; ils consistaient dans la mixtion des couleurs avec la cire et le bitume échauffés jusqu’au point de torréfaction. Il avait reçu peut-être les premières notions de cette méthode, inventée par les Rhodiens, du peintre Aglaophon , son père. Lysippe d’Égine, Nicanor
196 LIVRE DEUXlàME.
et Arcésilas de Paros l’avaient récemment mise en usage sur le continent de la Grèce *. Les profondes études de Polygnote et sa sagacité naturelle lui procurèrent en ce genre d’exécution une incontestable supériorité sur ses émules, au nombre desquels se distinguaient Denys de Colophon , Céphissodore , Pauson d’Ephèse , Phryllus, et Micon, l’un des décorateurs des galeries du Pœcile.
Bien que la peinture historique, à l’école de Polygnote, eût déjà signalé ses merveilles, le pinceau créateur de cet ancien maître n’avait
* On a pratiqué la peinture encaustique jusqu'au sixième siècle de l’ère actuelle. Depuis ce temps il n'en a plus été question , et la connaissance de ses procédés est tombée en oubli. MM. de Caylus et Magault firent beaucoup de recherches , vers le miUeu du siècle dernier, pour retrouver l'ancienne méthode, et M. Vien, sous leur direction, peignit à la cire une Minerve qui fut présentée à l'académie des Inscriptions. MM. Hallé , Bachelier et Lorrain tentèrent à leur tour de nouveaux essais en ce genre, mais on ne tarda pas à plaisanter sur ces prétendues découvertes qui bientôt furent oubliées, si ce n'est dans quelques ateliers de peintres ■vernisseurs. (Voyez les Observations de M. de Paw sur la Grèce.)
DÉTAILS SUPPLÉMENTAIRES. i 97
pu rendre encore , au moyen du mélange raisonné des couleurs et de leur rupture, les effets
résultant de la magie du clair-obscur Ce fut
ApoUodore qui, le premier, les fit connaître, et sut donner à ses imitations tant d’éclat et de vérité, qu’on le nomma Sciographe *; mais il eût le dépit de voir un de ses élèves s’emparer de ses découvertes , et lui ravir le titre d’inventeur. Une pièce de vers où généreusement il s’avoua vaincu , fut sa seule vengeance.
Les peintures de Zeuxis, en effet, produisaient, disent les anciens nan-ateurs, une illusion complète. Ils ont beaucoup vanté certaine corbeille de raisins qu’un enfant portait sur sa tête, et que les oiseaux venaient béqueter. De telles anecdotes peuvent amuser un instant les oisifs ; mais il est fastidieux pour l’amateur des arts de les entendre répéter.
Zeuxis n’aimait point à traiter des sujets compliqués , et choisissait de préférence ceux qui , ne comportant qu’un petit nombre de personnages , lui laissaient la faculté de les disposer de manière à n’exiger aucun sacrifice et
Le peintre de la lumière et de T ombre.
à lui permettre d’en exprimer toutes les beautés. La ffracr , pensait-il , ne se montre que dans le calme îles passions. L’expression douce et modeste de sa fameuse Pénélope a fait dire à Pline «pie les mœurs de cette chaste épouse étaient peintes sur tous les traits de sou visage. On sait «(ue le portrait «l’Hélène fut tracé par ce même Zeuxis , d’après cin«j différcns tmidèles , et «pren réunissant, dans c«;lte image. unique, les divers agrémens <|ui charmaient ses regards, il imita, sans s’écarter de la nature, une beauté parfaite.... IV«nis ne rapportons une historiette si c«>unue «pie par rapport à l’interprétation du mot beau idéal, ou beau de réunion , comme le dit l’auteur «les Voyages du jeune Atuicharsis.
Zeuxis , ne négligeant rien de ce qui pouvait rai«ler au perfectionnement de ses ouvrages, niod«‘lait en argile les objets «pi’il se proposait d’imiter (méthode excellente adoptée par notre célèbre Poussin }. Lui rcprochait-«>n la lenteur de c«3s préparations : Je. travaille, répliquait-il, pour l'immortalité.
Plein de son mérite, il ne pouvait entendre, sans impatience , les admirateurs de ses productions vanter de menus détails et passer sous silence ce qu’il croyait «levoir mériter leurs
DÉTAILS SUPn.ÉMElTTAIRES. 1 99
éloges. Lucien rapporte que ce peintre, ayant exposé sur la place publique le tableau de la Centauresse qui allaite ses petits, le fit presque aussitôt remporter par Micon , son élève , dépité de voir la foule uniquement préoccupée de la singularité du sujet.... Le sophiste grec en fait la description en ces termes :
« La femelle du centaure est accroupie sur un gazon vert et toufiu. Sa partie inférieure, penchée d’un côté, présente exactement la forme d’une cavale; ses pieds de derrière sont étendus et ceux de devant reployés Sa partie supé-
rieure est celle d’une belle femme qui s’appuie sur le coude. Elle tient dans ses bras un de ses petits, et lui présente la mamelle.
«Vers le haut du tableau, le centaure, dont on ne voit que la moitié, se courbe vers ses enfans et leur sourit , en agitant , pour leur faire peur , un lionceau par dessus leurs têtes, x
Lucien déclare n’avoir vu que la copie de cette peinture , qui s’était heureusement conservée à Athènes. L’original avait péri , près du promontoire de Malée, oii fut englouti le navire qui le transportait en Italie par ordre de Sylla.
Parmi les autres chefs-d’œuvre de Zeuxis,.
ÎOO LfVRB OBUXrÈME.
on citait particulièrenient son Hercule enfant, étranglant des serpens dans son berceau , et la figure d’un athlète, que l’auteur lui-même n’hêsitait pas à désigner comme une pièce incomparable. Quant à ses petites peintures monochromes, elles étaient terminées avec un soin extrême; on les recherchait vivement, malgré les prix énormes où la fantaisie des amateurs les avait &it monter du vivant de l’auteur. 11 acquit de si grandes richesses que , sur la fin de sa vie, il craignit de compromettre sa dignité, en continuant de recevoir le salaire de ses travaux. Lesderniers ouvrages qui sortirent de son atelier, furent, par lui, distribués en libéralités fastueuses. Quelques souverains s’honorèrent même de ces dons, qu’ils prisaient comme les plus précieux ameublemens de leurs palais.
Archélaüs, roi de Macédoine, accepta le tableau du dieu Pan avec beaucoup de reconnaissance, et les Agrigentins, celui d’Alcmène.
Parrhasius d’Éphése était venu dans Athènes partager avec Zeuxis les suffrages des gens de goût. A la correction d’un dessin plein d’élégance, son talent unissait le mérite de l’expression Socrate, dit-on, lui avait démontré
l’importance de cette éloquente partie de l’art.
•DIÉTAn.S srPPL^UEJVTAinBS.
jusqu’alors trop peu étudiée j)eut-ètre. Les contours de ses figures serablaient’tourner dans les fonds et s’v jjerdrc; serail-ce ce tjue Pline a voulu faire entendre , en disant que Parrliasius montrait plus d’habileté dans l’exécution des contours que des milieux?... Nul peintre, au surplus, ne mit plus de suavité dans son faire, ne donna plus definesseet d’agrément aux traits du visage, à ceux des femmes surtout; n’ajusta leur chevelure avec plus de goût : toutes ces qualités , dis-je, l’on fait considérer comme le premier instigateur du culte que les artistes grecs vouèrent aux Grâces. Sous ce rapport, on peut encore attribuer à Parrliasius la gloire d’avoir communiqué ses voluptueuses inspirations à l’art statuaire. On voudrait n’avoir pas à lui reprocher de petites compositions, dont les sujets obscènes ne pouvaient que déshonorer un talent tel que le sien. Une de ces peintures avait été transportée à Rome, et s’y était conservée jusqu’au temps de Tibère; elle fut léguée à ce luxurieux empereur; la valeur en avait été estimée à plus d’un million de sesterces.
Pline raconte que Parrhasius avait imaginé de personnifier le peuple d’Athènes, et ce por-