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trait le faisait paraître, à la fois, courageux et timide, sage et frivole, compatissant et féroce, inspirant tour à tour l’admiration et le mépris... Il n’est pas facile de concevoir comment, sans un attirail allégorique, le [>eintre eût clairement exprimé des affections si contraires. Un savant amateur (M. Quatremère) présume que cette figure emblématique était affublée de plusieurs masques d’hommes et d’animaux, lesquels indiquaient les inégalités du caractère de la population d’Athènes. L’effrayante expression de son Prométliée déchiré par un vautour fit soupçonner, injustement sans doute, que c’était la représentation des angoisses d’un esclave, qu’il avait, tout exprès, soumis à d’affreuses tortures.
On a beaucoup vanté deux figures servant de pendant l’une à l’autre. C’étaient des soldats sortis de la mêlée vers la fin du combat .* l’un , couvert de sueur, exténué de fatigue, se soutenait à peine; son camarade n’avait pas encore déposé ses armes , ses membres violemment contractés se montraient prêts à soutenir une seconde lutte. L’accablement de l’un, l’agitation de l’autre, ne jiouvaient être représentés d’une manière plus jiittoresque et plus vraie.
Zeiixis cl son émule, enflés des louanges qui
retentissaient à leurs oreilles, se croyaient d’une nature supérieure, en quelque sorte, à celle du commun des mortels. Parrhasius poussa même le charlatanisme jusqu’à se ■vanter d’être un descendant d’Âpollon , ajoutant que les divinités dont il avait peint les images, s’étaient parfois manifestées sans voile à ses yeux.
Ces deux ai'tistes se qualifiaient des titres les plus magniflques ; ils n’assistaient aux assemblées d’apparat, aux fêtes publiques, aux jeux du théâtre, que vêtus de pourpre et le front ceint de riches diadèmes. Ces jactances d’un amourpropre en délire paraîtront moins étranges, si l’on considère que les frivoles .Vthéniens, comme le remar(|ue l’auteur des Voyuÿcs d’ Anacharsis, comblaient de beaucoup plus d’honneurs les talens qui servaient à leurs plaisirs, que ceux qui pouvaient les instruire.
Ce ne fut pas un vain triomphe, pour Timanthe de Sicyone, de s’entendre proclamer, dans un concours de peinture ouvert à Samos, vainqueur de Parrhasius. Le sujet proposé devait représenter Clysse et le fougueux Ajax se disputant la possession des armes d’Achille : Par quelle fatalité , s’écria Parrhasius, en voyant eouronner son émule, le vaillant fils de Téla-
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mon ihit-il céder à la fortune d’un adversaire peu digne de se mesurer avec lui?
Timanthe ne mettait la main à l’œuvre qu'a* près avoir bien médité ses plans. L’exacte observation des convenances, la noble expression de ses personnages, et l’apropos avec le lequel il faisait concourir tous les accessoires au parfait développement de son sujet , lui méritèrent le titre de peintre des sages.... Voulant faire comprendre aux spectateurs de son tableau de Polyphénie endormi, combien la taille du cyclope était gigantesque, il peignit des satyres qui , sans bruit , mesuraient son pouce avec leur tliyrse.
Dans la composition du sacrifice d’Iphigénie, le voile dont il imagina de couvrir la tête d’Agamemnon, laissait pressentir les angoisses de ce père infortuné, sans que la vue de ses larmes démentit la fermeté du héros. C’est ce que Pline explique par ces mots : Patris ipsius vultum velavit, quem digne non poterat ostendere *.
* Le peintre anglais Reynolds, et Falconet, savant statuaire, ont désapprouvé l'idée de Timanthe. Le
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Les documens de la philosophie exerçaient, à cette époque, la plus avantageuse influence dans l’école de Sicyone, où florissait Timanthe.... Le savant Eupompe, un demi-siècle plus tard, et son disciple Pamphile, y défendirent courageusement les anciennes doctrines contre les théories ambitieuses de quelques prétendus interprètes du système de Phidias, qui commençaient à faire secte.... Imitateurs fidèles de la nature, ces deux maîtres, par leur exemple et leurs leçons, préparèrent une génération d’élèves dont le goût délicat et pur sut allier, pour la gloire de l’âge suivant, le doux accent des grâces à la majesté du haut style.
célèbre Poussin , cependant, en a fait usage dans son tableau de la Mort de Germanicus.
On lit dans la tragédie d’Euripide : Lorsqu Agamemnon vit Iphigénie conduite à l’autel , il frémit et se couvrit la face de son manteau. Racine a traduit ce passage.
Les drames satyriques d' Aristophane, de Cratinus et (P Enpolis , excitaient au théâtre les plus vifs applaudissemens , etc.
On voit par l’amère causticité des saillies de ces poètes comiques, que l’urbanité de langage dont Périclès, Aspasie et leurs entours avaient donné l’exemple, n’eut qu’asscz tard de l’influence sur la moyenne société d’Athènes. Aristophane, qui vraisemblahleraent ne manquait pas de sagacité, se serait-il ]>ermis, sur les tréteaux oii il donnait carrière à sa verve impudente , tant de plaisanteries obscènes et de scandaleuses personnalités, si le rire approbateur de la multitude n’eût encouragé son audace? La pièce des ÎS’uées, bien qu’elle ait été jouée plus de vingt ans avant la calomnieuse accusation de Socrate, laissa dans le public des préventions qui contribuèrent sans doute à la funeste issue du procès *. Les divinités mêmes
* Sur le théâtre d'Aristophane, Socrate était si-
n’étaient pas à l’abri des sarcasmes du poète.... Périclès crut devoir tolérer une telle licence pour mieux persuader que, sous son administration , le peuple jouissait d’une liberté sans mesure. Ce ne fut qu’après la bataille de Chéronée, et sous la dépendance de la cour de Macédoine, que la scène comique d’Athènes
gnalé comme un sophiste dont les dangereuses doctrines mettaient en problème l’existence des divinités du pays.
Ce moraliste , en effet, dans ses communications confidentielles, réprouvait les dogmes du polythéisme pour n’admettre qu’un Dieu seul et des génies secondaires qui favorisaient de leurs inspirations quelques mortels privilégiés.
« Les initiés aux mystères d’Eleusis reconnaissaient
• de même, sous la dénomination abstraite de Destin « (ou fatunî) un être éternel, immatériel, incorporel, « supérieur à tous les dieux de l’Olympe. L’attribut
• spécial de cet être suprême n’était pas, selon les
« initiés, une volonté qui commande les événeinens, « mais une prescience qui les devance sans les déter- « miner
« Cette opinion primitive des sages de l’antiquité « s’est retrouvée chez les peuples sauvages du Nou- " veau-Monde. •
( Note de M. de Toulongeon sur Homère.)