LIVRE TROISIEME
niide, que couronnait un quadrige en marbre blanc de la main de Pylbis. La base de l’édifice avait quatre cent onze pieds de pourtour. Ce tombeau dominait au centre des beaux bàtimens qui décoraient le port d’Halicamassc.
Les créateurs de cette merveille, craignant que la profonde douleur de la reine de Carie n’accéléràt l’heure de son trépas , et que la vacance du trône ne fît suspendre leurs travaux, — [At. j.c. 5G0.] — déclarèrent qu’ils renonceraient à l’espoir du salaire plutôt que de laisser imparfaite cette entreprise, qui leur promettait une éternelle renommée.... La résolution était généreu.se , et le motif légitime sans doute; mais à quel personnage Scopas et ses collaborateurs allaient -ils conférer les honneurs de l’apothéose? était-ce à l’un de ces monarques bienfaisans, images vivantes de la Divinité sur la terre? Non , ces marbres, ciselés par des artistes grecs, aux lieux mêmes où leurs frères d’Asie rentraient, en frémissant, sous l’autorité de l’ennemi perpétuel de leur nation ; ces marbres menteurs, dis-je, étaient consacrés à la mémoire de l’un de ces satrapes couronnés dont le nom n’a conservé quelque célébrité que par les fas-
HISTOIRE UES arts.
tucux témoignages <le tendresse que la veuve imagina de donner à sa cendre *.
[Air. J. c, 55* i 315.] — Ce n’était plus le temps où Polygnote signalait son noble désintéressement en retraçant sur les murs du Pœcile les actes glorieux des héros du pays : un siècle était à peine écoulé depuis ce bel exemple, et déjà les étroites spéculations de l’égoïsme et de la vanité remplaçaient, dans le cœur des gens de lettres et des artistes, les senliinens civiques qui , dans les âges précédens , fécondaient leur génie. Tbéodecte, disciple de Platon, Isocratc, IVaucrales et Tbéopompe ne rougirent pas de se disputer 1a flétrissante récompense proposée au panégyriste le plus effronté tle ce ntènie Mausole (4).
Les Athéniens, chez le.squels la flotte victorieuse <le Conon avait ramené l’opulence et les
* Théopompe et Cicéron disent qu'Artémise mourut de consomption J et s'il était vrai, comme l’ont raconté Aulu-Gelle et Valère-Maxime, qu'elle mêla les cendres de son époux dans sa boisson , le tombeau de Mausole ne fut donc pas bâti pour les conserver.
LIVBE TROISIEME.
plaisirs, semblaient avoir oublié à quel prix la jalouse Lacédémone faisait acheter aux républiques de la Grèce quel(|ues années tie lionteiise paix. Ce fut aussi dans cet intervalle de sécurité toujours douteuse, qu’ils se livrèrent avec plus d’ardeur que jamais à leur penchant pour les sciences et les beaux-arts.
Les écoles d’éloquence et de philosophie étaient fréquentées par des gens de tout âge, et même de tout sexe *. On accourait à celle d’Isocrate comme à la source du bel-esprit, et aux leçons d’Isée pour le lang.age de la politique (5). Le divin Platon , avec la voix du cygne, ou sur le ton des oracles , expliquait à ses nombreux disciples ce que la doctrine de Socrate, sou maître , les systèmes de Pytbagorc, de Timée de Ixicrcs , et ses propres méditations lui avaient fait conjecturer touchant les destinées de l’espèce humaine, l’origine du monde, et riiarmonie que présentent dans leur ensemble tous les phénomènes de l’univers **.
" Ariosthée, jeune Arcadienne, et la courtisane Lasthénie, se glissèrent sous des liahits d'iioniine parmi le» disciples de Platon.
** On serait tenté de croire que Timée de Locres
nisTonu; dj;s auts.
Que d<;s jiii'clins tle l’Académie, où cel Homère des pl)ilo$o|)lies tenait son école, on se rendit au théâtre, Hubulus, Anliphaneet autres poètes conn(|ues y faisaient entendre un langage bien différent de la gaité licencieuse dont Aristophane, dans ses dernières pièces, s’était vu contraint de modérer le cynisme (6).
Les spectacles dramati<jues, en général, étaient montés avec autant de goût que de variété; les autres jeux publics ne pouvaient être plus animés, ni les cérémonies du culte religieux phts pompeuses.
Phrynis de Mithylène , Damon l’Athénien et Timothée de Milet perfectionnaient, enfin , les modulations de la cithare (7), et sans emprunter les paroles du poète , procuraient à l’art musical de nouveaux moyens de séduction.
L’imagination du citadin opulent , que cette
ait eu quelques notions des livres de IMoïse, d’apres ce passage de l’un de scs écrits : Nous apportons en naissant le penchant au vice, ce qui fait que nous ne pouvons que très difficilement nous défaire de certains défauts, funeste héritage de nos premiers parens. ÎS”est-ce pas là la doctrine tlu péché originel