LIVRE TROISIEME
goût , la délicatesse y prédominent sur la Gère énergie des styles antérieurs.
I..a Vénus de Praxitèle , entièrement nue , excitait, dans le temple de Cnide, un entliousiasmo d’autant plus vif, que l’anie et les sens étaient à la fois émus par cette image enchanteresse. On traversait les mers pour le seul plaisir de la contempler; mais ce ii’était pas impunément, dit-on, qu’une imagination trop incandescente s’exposait au danger d’en ressentir l’atteinte ; l’idole eut en effet de jeunes adorateurs dont les transports passiônnés allèrent jus<|u’à les faire accuser de certains actes de démence
L’auteur de cette merveille avait puisé dans le regard voluptueux de Pliryné et dans l’agaçant sourire de Gratine **, l’accent de plaisir et d’amour dont rayonnait le front de la déesse 11
avait offert cette statue aux liabitans de Cos ; ils la refusèrent par un sentiment de pudeur, désirant en obtenir une à peu près pareille , mais
* L’anecdote rapportée par Lucien en fait foi. (Voyez ses DialogHei des Ulorts.')
'* Courtisanes d’Athènes , dont Praxitèle était épris, et qui se prêtaient à lui servir de modèles.
niSTOIBE DES ARTS.
décemment di-apée. Les Cnydiens , moins scrupuleux , acceptèrent le chef-d’œuvre, qui , dès lors , attira chez eux un concours perpétuel d’étrangers, les mains chargées de riches offrandes.
Parmi les nombreux ouvrages de Praxitèle , on distinguait un Satyre et un Cupidon qu’il estimait être ses pièces les plus achevées , sans néanmoins s’en être expliqué près de Phryné sa mai tresse , à laquelle il avait promis le cadeau <le l’une de scs productions. Embarrassée sur son choix , la rusée courtisane fit annoncer brusquement au statuaire que son atelier était en feu Sauvez , s’écria-t-il éperdu , mon Cu-
pidon et mon Faune ! Phryné , bien éclaircie , choisit la figure de l’Amour pour en faire présent aux Thespieus ses compatriotes , chez lesquels cette divinité , conjointement avec les muses , était singulièrement révérée. L’ancien simulacre n’était autre qu’un caillou*. Cette historiette,
' L<*s Tliospieiis ne montrèrent jamais un goftt éclairé pour les arts. Le Cupidon peut-être leur en fit connaître le prix.
LIVEE THOISIKME.
fr«!quemincnt racoiilëe , uous fournit l’occasion de raj)peler ici (|ue le Faune en repos et le précieux fragment du beau Cupidon en marbre do Faros , dont les plâtres moulés se retrouvent aujnurd’Inii dans tous nos musées , sont des copies antiques des originaux que nous venons de mentionner.
I>es anciennes traditions nous apprennent que Praxitèle faisait remanier scs statues pat-
un peintre nommé ^icias Ce n’est pas,
comme Winckelmann paraîtrait l’avoir conjecturé , qu’une main étrangère y eût ajouté certaines finesses d’exécution ; il est plus naturel de pirsumer que ce maître rehaussait le lustre du marbre sculpté par des lotions colorantes, et qu’il confiait pareille opération à Nicias , lequel s’en acquittait avec plus d’intelligence que tout autre.
Cépliissodote , fils et disciple de Praxitèle , ne démentit point , en qualité de statuaire, sa glorieuse origine. Son faire était si moelleux , que le marbre , en sortant de scs mains , semblait avoir acquis le velouté, la morbidesse des chairs; ses inspirations étaient toutes voluptueuses, et l’Amour , dit-on , guida son ciseau pour les cbarnians portraits d’Anytc et de Myro ses maîtresses ;
nisToiRK nr.s arts.
mais il se surpassa lui-même et semontra le digne héritier des talens de son père dans un beau groupe de Nymphes qui se voyait à Pergatne *.
L’aspect ravissant des sculptures de Praxitèle et de Céphissodote, le haut prix au(]uel les amateurs s’en disputaient l’acquisition , en firent généralement adopter le style à la foule d’élèves jalouse de recevoir leurs leçons. Si des chants.de victoire ne retentissaient pas à leurs oreilles et n’échaufTaient pas leur imagiitation ; les besoins du luxe du moins ne la laissaient point oisive, et la voix des muses résonnait dans leurs ateliers. Rien ne menaçait alors le repos de la Grèce. La politique de la cour de Suse , depuis le traité d’.\ntalcide , avait changé de plan : le grand roi voyait qu’il était de son intérêt de maintenir en paix des peuples exercés au métier de la guerre, et dont il se proposait d’emprunter les armes contre ses provinces fréquemment insurgées.
* Il y a ou plusieurs statuaires du nom de Céphissudote, ou C<-phissodore ; l’un s’était fait une belle renommée quel({ues années avant Praxitèle; un autre Ueurit beaucoup plus tard.