‹ Etudes sur l'histoire des arts, ou Tableau des progres et de la decadence de la statuaire et de la peinture antiques au seinChapitre 58 sur 66 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

mais oet accent de volupté qui charmait les regards , et portait une subite émotion dans Tame du spectateur, ne caractérisa la complète maturité de l’art qu’à l’époque où Praxitèle parvint à personnifier , en quelque sorte , la grâce pittoresque dans sa Vénus cnydienne et son Cupidon de Thespies.

Il est à présumer que Démosthènes ne refusait pas les présens du roi de Perse, etc.

Alexandre trouva dans Sardes les lettres de cet orateur , et le bordereau des sommes que le monarque persan lui avait fait compter par ses satrapes , pour qu’il déclamât sans cesse à la tribune d’Athènes contre les manœuvres de Philippe.

Lorsqu’il fut question , chez ces mêmes Athéniens , de renvoyer de leur cité le capitaine Harpalus , qui s’y était réfugié , cet oflicier infidèle acheta le silence de Démosthènes sur le rapt des trésors qu’Alexandre avait commis à sa garde en partant pour les Indes. L’orateur, convaincu de s’étre laissé corrompre par le don

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d’une coupe d’or et de vingt talcns en numéraire , fut condamné à l’exil.

Il est à remarquer pourtant qu’à l’époque où Démostliènes sonnait l’alarme contre Philippe, et se montrait d’autant plus zélé pour l’indépendance de sa patrie , qu’il se flattait d’y dominer toujours par sa vigoureuse éloquence, les Grecs, en général, n’avaient pas à suspecter les intentions du roi de Perse ; ce qui doit atténuer le tort qu’on reprochait à Démostliènes d’entretenir des relations secrètes avec le despote , ancien ennemi des Athéniens.

L’orateur, banni par l’Aréopage , s’était retiré à Mégare. Il en fut rappelé dans la suite, et reprit un instant son crédit après la mort de Philippe.

Etpioitft d’AlcxaiKlro lo Grmul en Asie. — Inlliienco «les goi^ls «In nK>narquc sur le c,ira«Mère «le.s produit» de l’art.

[Av. J. c. de 335 à 315.] — Impatient de poursuivre le.s vastes projets de son père, Alexandre, proclamé généralissime des armées de la Grèce *, entreprend de venger sa nation des agressions injustes de la cour de Perse. Agé de vingt-deux

* La proclamation se fit à Corinthe, où la diète avait été convoquée. Ce fut là qu' Alexandre eut avec Diogène un colloque dont son orgueil dut être étonné.

ans, n’ayant que soixaiite-et-dix talens* dans sa caisse militaire, et des vivres pour un mois, il attend tout de son audace , laisse, en partant, à ses amis le soin de ses affaires , et marche à la conquête de l’univers.

Vainement l’ennemi, campé sur les bords du Granique, prétend arrêter la course du héros; il s’élance dans le fleuve , le traverse à la nage entouré de sa cavalerie ; rien ne résiste à l’impétuosité du choc : vainqueur de ce premier obstacle, il s’empare de Sardes, boulevart de l’empire Persan, et soumet, en la parcourant ,

presque toute l’Asie mineure Courant enfin

au devant de Darius, à travers les défilés de la Cilicie , il le met en fuite , reste maitre du champ de bataille , de la famille royale et de l’immense attirail qu’elle traînait à sa suite.

Ce succès étonnant lui ouvre tous les passages. Les rois de Cypre et de Phénicie viennent s’incliner devant lui. Les Sydoniens semblent le désirer et l’attendre; mais Tyr, qui, du

* Trente - sept mille huit cents francs de notre monnaie actuelle.

LrVHE QUATHlàMF.

milieu des flots , croit pouvoir braver ses attaques, est prise d’assaut. Fléchi par le pontife de la religion mosaïque, il épargne Jérusalem. Si la ville de Gaza s’enhardit à lui fermer ses portes , — [ Ai. J. c. *sî. ] — elle en est cruelment punie *. 11 entre enfin dans l’Égypte, où les peuples, foulés par les satrapes de la cour de Suse, l’accueillent en libérateur.

Au delà du désert de l’Oasis est le fameux temple d’Ammon (1); le conquérant y dirige sa course. Les prêtres de la divinité mystérieuse le reconnaissent pour fils du Jupiter de la Libye. 11 va, dès lors, rétrograder vers l’Euphrate, et

couronner son front du diadème persan

Vainement Darius veut ralentir .sa marche par des propositions de paix et de pressantes soumissions : Le niofule , répond Alexandre, n’a qu’un soleil el ne doit avoir qu’un maître **.

* Plus de dix mille hommes y furent passés au fil de l'épée. Bétis, gouverneur de la place, périt dans d'affreuses tortures.

** Cette phrase sonore que Quinte-Curee met dans la houche d'Alexandre, est peu digne du caractère qu'annonçait alors le jeune héros.

C’est aux champs d’Arbelles qu’il court afironter son rival aux abois, et lui ravir enfin l’empire de l’Àsie.

Par ce dernier triomphe — [At. j. c. 331.] — les républiques de la Grèce étaient complètement vengées. Mais le généralissime, ivre d’orgueil et gâté par sa fortune, va désormais, aventurier fougueux, porter au loin l’épouvante et le deuil. Laissera-t-il jjercer, parfois, les mouvemens d’une ame généreuse? rétablira-t-il quelques cités que sa fureur aura détruites? peu d’instans après, guidé par une courtisane, il allumera de sa propre main l’incendie de Persépolis... (2), et quelques actes louables ne paraîtront à nos yeux que l’effet d’un heureux caprice , quand la fin déplorable de Parménion , le meurtre de Clytus, la condamnation de Callisthène, l’auront marqué du sceau des tyrans (3).

[ Av. J. c. 330. ] — Depuis ces actions iniques, le naturel emporté d’Alexandre s’aigrit de plus en plus. Sa bravoure ne fut que frénésie, et son désir de gloire un besoin brutal de renverser tout ce qui restait debout devant lui. Il voulut étendre ses conquêtes jusiju’aux confins de la terre habitée, parcourir en triomphateur les contrées qu’arrose l’Iiulus , et surpasser les

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exploits 6ibuleux de Bacchus et d’Hercule; mais les murmures de ses compagnons d’armes le retinrent sur les bords de l’Hyphase, et ne lui permirent pas de pénétrer au delà du Gange.

[ at. J. c. 3Ï6. ] — • Le récit de ces irruptions lointaines ne saurait fournir aucun détail intéressant pour riiistoire de l’art; car les fatigues du retour forcèrent les vainqueurs à abandonner, en route, les dépouilles souvent embarrassantes des peuples qu’ils avaient ruinés *.

Écoutons Bossuet, racontant avec une éloquente précision la fin prématurée de l’homme du destin : « Des contrées voisines du Gange, H ce nouveau maître de l’Asie revint à Baby- « lone, craint et respecté , non pas comme un a conquérant, mais comme un dieu ; et cepen- « dant cet empire formidalde qu’il avait con- « quis, ne dura pas plus long-temps que sa vie, « qui fut courte. A l’âge de trente-trois ans, au

* En traversant la Gédrosie , province stérile de la Perse, à l’occident de l’Indus, la disette des vivres devint telle, que l'armée se trouva réduite à manger les bétes de somme, les chevaux, et conséquemment à abandonner une grande partie des bagages.

a milieu des plus vastes desseins qu’un homme « eût jamais conçus , et avec les plus justes a espérances d’un heureux et long avenir, il a mourut sans avoir eu le loisir de régler soli- « dement ses affaires, laissant un frère imbé- « cille et des en fans en bas âge , incapables « de soutenir un si grand poids * ; mais ce a qu’il y avait de plus funeste pour sa maison , a c’est qu’il laissait des capitaines auxquels il « avait appris à ne respirer que l’ambition et la « guerre. U prévit à quels excès ils se porte-

« raient dès qu’il ne serait plus au monde

« Pour les retenir, et de peur d’être dédit, il « n’osa nommer ni son successeur, ni le tuteur « de ses enfans; il prédit seulement que ses « amis célébreraient ses funérailles par des « batailles sanglantes , et il expira à la fleur de « son âge, plein des tristes images de la confu- « sion qui devait suivre son trépas. »

Si les succès militaires d’Alexandre ont rendu sa mémoire immortelle, les sciences et les arts.

* Le fils dont Roxane était enceinte .i la mort d'Alexandre. Ca.s.sandre (it périr cet enfant.

qu’il combla de faveurs, ne répaudirent pas moins de lustre sur son règne, à cette époque où la délicatesse des travaux de génie et de goût était le plus développée. Les immenses richesses des despotes de la Perse, consacrées, en partie, à des constructions somptueuses, dissipées en pompes triomphales, en largesses faites aux talens de toute espèce, firent éclore ce que les inventions du luxe, perfectionnées par la brillante imagination des Grecs, pouvaient enfanter de plus séduisant. Il ne nous semble pourtant pas hors de propos d’examiner quelle fut, au juste, la portion d’éloges à laquelle Alexandre eut le droit de prétendre en qualité de protecteur éclairé des beaux-arts.

La nature avait rais dans le cœur de ce jirince d’heureuses inclinations, sans doute, et l’amour de l’étude. Les leçons d’un savant précepteur n’y étaient pas restées sans fruit; niais aussi, du moment que les satrapes de l’Asie l’enivrèrent de leurs hommages , il ne tarda pas à partager leurs penchans. Il en adopta le costume , goûta leurs mœurs efféminées , et désira que les Macédoniens de sa suite se façonassent aux allures des familiers de Darius , espérani- que, dans ses entours, cette fusion

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établirait une sorte de fraternité entre ses anciens et scs nouveaux sujets. Il entrait aussi dans son plan d’accoutumer peu à peu les regards au prestige de sa fortune subite, en s’entourant de la pompe éblouissante d’une cour près de laquelle tout l’éclat de celle qu’il avait quittée , n’aurait pu que pâlir. Avec quelle extase le prince macédonien ne contempla-t-il pas les ricbes dépouilles du grand roi dispersées à ses pieds *! d’un œil avide et curieux, il parcourt le magnifique ameublement de la tente de son ennemi. Couvert de sang et de poussière , il veut laver .son corps dans un bain parfumé, goûter les mets dont la table est restée servie, et dans son orgueil en délire, on l’entend s’écrier: VoiUt ce que c'est qu'être roi!!!

* Après la victoire d’issus , Alexandre .se hâta d'envoyer un détachement à Damas en Syrie, pour s'y emparer des richesses que Darius y avait fait 61er. Il trouva plus tard une immense quantité de bijous et de pièces nionnoyées, que les princes persans, depuis plus d'un .siècle, avaient accumulés dans Suse, indépendamment de mille quintaux de la précieuse pourpre A’Hermione, qui avait conservé tout son lustre.

N’est-ce pas d’après une si fausse idée de la véritable g;randeur, que, dès son enti-ée dans le palais de Suse , il ne peut se refuser la satisfaction puérile de s’étaler un instant sur le trône de Darius? Cette vigne qui l’ombrageait (-4), dont les grappes étaient d’émeraudes et de rubis, ce platane d’or pur, en éblouissant sa vue, ne pouvaient qu’abuser sa raison et son goût ; car, l’imagination trop préoccupée de ces colifîcbets splendides, il fut tenté, sans doute, d’en faire imiter le luxe bizarre dans les ateliers de la Grèce, puisque les savans artistes qui l’avaient suivi en Asie, se pei-mirent, dans l’occasion , d’éclairer son discernemeut en pareille matière *.

Les meubles des palais de la Perse, surchargés d’or et de pierreries, se ressentaient, quant à la contexture, du caractère de l’art indien. Ce

* Pline rapporte que ce monarque ayant émis une opinion hasardée sur un morceau de peinture, Apelle.s osa lui faire entendre que le vainqueur de Darius ne devait pas s’exposer au sourire iniprohateur de se.s élèves Plutarque dit que ce fut au satrape Méga-

bise que cet averti.ssenient s'adressait.

HISTOIHE DES ÀSTS.

genre d’ornement s’étendit des contrées qu’arrosent le Gange et l’indus, chez les Mèdes et les Perses (5). Iæs monunieiis qui nous restent de l’industrie de ces derniers, sont en bien petit nombre. Des fraginens grossiers de sculpture, quelques médailles, ou pierres gravées, ne peuvent nous donner aucune idée du savoir faire des artistes persans. religion, les mœurs, les institutions politiques du pays qu’ils habitaient, loin d’être favorables aux talens d’imitation , en auraient, au contraire, arrêté l’essor. Ces peuples adressaient au feu les hommages qu’ils avaient l’intention de rendre au Moteur divin de l’univers matériel , et ne .se seraient pas permis de représenter cet être mystérieux sous des formes humaines (6).

Bien que les l’erses fissent cas de la heaute, <|u’ils la recherchassent même, ou voulussent en admirer les traces dans la personne de leurs chefs, tant civils <[ue militaires, un préjugé sujierstitieux , non moins que les lois de la décence, défendait à qui que ce fût de se montrer sans vêtement. Leurs artistes ne pouvaient donc dessiner d’après le nu , ni remarquer d’autre heauté que celle du visage et de la haute stature. Leurs habits étaient longs, et la coupe des étoffes

combinée de manière à ce que les plis comportassent une sorte d’agencement symétrique. Le tissu de ces véteniens était bigarré de peintures ou de broderies représentant des fleurs, des branchages mêlés d’insectes, de reptiles, d’oiseaux, grotesquement figurés.

Les honneurs publics, dans cette monarchie, appartenaient exclusivement à la royauté : nul particulier, eùt-il rendu les plus signalés services à son pays , n’aurait osé prétendre à l’inauguration d’un monument propre à laisser un souvenir durable de son zèle patriotique.

On conçoit que la politique ombrageuse et jalouse d’un tel gouvernement forçait le génie des arts à se tenir enfermé dans sa triste sphère. La religion, d’ailleurs, et ses cérémonies mystérieuses ne présentaient à l’imagination rien d’animé, rien qui dût l’enrichir. Ce n’était pas non plus dans la belle nature, que les artistes de ces contrées allaient choisir les objets de leurs imitations. Us tâchaient de se distinguer par des inventions de pur caprice, à créer des images monstrueuses telles que des rêves effrayans les enfantent durant la nuit. U est difficile aujourd’hui d’expliquer ce que signifient les figures qui se voient sur quelques-unes de leurs pierres

gravées : ce sont des animaux ailés à tètes humaines (7) surmontées de couronnes dentelées; pareilles chimères, en bas-reliefs très saillans, décoraient les principaux édifices de la capitale. Une sage sobriété d’ornemens n’aurait point satisfait le luxe des Perses*.

Cette digression sur les ornemens de l’architecture des orientaux nous enhardit à présumer qu’Alexandre , ébloui de l’aspect des palais de Persépolis et de Suse, essaya de faire adapter cette étrange magnificence aux nobles combinaisons du système architectural des Grecs. Un savant antiquaire a de même hasardé pareille assertion ; nous observerons, au surplus, que les premières années de la jeunesse du fils de Phiüppe ayant été consacrées essentiellement aux exercices militaires et à l’étude des hautes sciences, il dut lui rester peu de loisirs pour l’acquit des connaissances relatives à la théorie des arts du dessin. S’il les encouragea puissam-

* Les chapiteaux des colonnes sont surchargés de figures grotesques. Ces lourds couronnemens ont presque autant de hauteur que le fiit, ordinairement cannelé ou bordé de losanges.

ment étant sur le trône, ce fut moins en amateur passionné ^ comme l’a dit Cicéron * , qu’en protecteur jaloux d’en voir C éclat se réjlétcr sur lui-niéme.

D’après la description cpie Diodore de Sicile nous a laissée du bûcher d’Ephestion , il est probable qu’Alexandre l’imagina dans le style extraordinaire des édifices qu’il avait admirés à Persépolis.

L’architecte Strasicrate, qui avait imaginé la composition et tracé le plan général des décorations peintes ou sculptées par des artistes grecs , était trop délié courtisan pour n’avoir pas, sur tout cela, consulté le goût des satrapes, dont il recherchait l’approbation , aussi bien que celle du monarque.

Il est donc à présumer que l’exécution de cet immense catafalque, toute pittoresque qu’elle dût être, quant aux détails, présentait dans son

* Neque enim Alexander, gratice causa, ab Apelle potissimum pi'ngi , et a Lysippo Jingi volebat , sed quod illorum artem, cum ipsis tum etiani sibi gloriœ fore putabat.

(CicER. ad Famil., ep. xn, lib. v.)

ensemble un aspect moins majestueux que tliéàtral et gigante-sque.

C’était une construction de forme tétragone et tant soit peu pyramidale, dont la base se composait d’une assise de quinquérémes alignés.

Cliacune de leurs épotides était garnie de deux figures d’archer, un genou en terre, et d’autant de soldats pesamment armés*. Des tapis de pourpre remplissaient les intervalles. Une rangée de torches faisant l’effet d’une colonnade, régnait au dessus de la base. Du sommet de ces flambeaux on voyait des aigles prendre leur essor vers l’empyTée, et des dragons, postés au bas, les suivre de l’œil.

L’ordonnance de ce corps d’architecture se divisait en cinq étages **. On avait figuré sur le troisième qui surmontait ceux que nous ve-

* Ces quinquérémes étaient des galères à cinq rangs de rames ; et les épotides , des arcs-boutans en saillie placés .1 droite et à gauche dans la proue.

“ Pareil mode de composition se remarque dans les pagodes de l’Inde. Les décorations y sont disposées par bandes transversales. Le goût , chez les Orientaux , a conservé dans ses produits le caractère primitif.

nons de décrire, des chasses de différentes sortes d’animaux, puis un combat de Centaures, et, toujours en montant, une fde de lions et de taureaux accolés. Le faite, enfin , avait pour couronnement des syrènes colossales et creuses, au dedans desquelles une troupe de musiciens devaient exécuter des concerts funèbres, et n’en descendre qu’au moment où le feu serait mis au bûcher.

Nous avons dit qu’il était de forme tétragone, c’est-à-dire à quatre faces, chacune de la longueur d’un stade, et de trente coudées au moins de hauteur*; pour l’asseoir, Alexandre ne craignit j>as de faire démolir dix stades des murailles de Babylone, que l’on comptait au nombre des

sept merveilles du monde La dépense de

l’entreprise s’éleva, dit-on , au delà de mille talens **.

* La coudée ordinaire était de deux pieds et demi ; la coudée royale avait trois doigts de plus.

Pline donnait six cent vingt-cinq pieds romains au stade grec; le pied comportait douze pouces.

** Soixante • cinq millions de nos monnaies, à peu près.

Ces calculs paraîtraient peut-être exagérés ; mais le jeune vainqueur de Darius, qui contemplait avec un tril jaloux l’étonnante somptuosité des palais de l’Asie, voulut sans doute surpasser, en rendant les derniers honneurs à l’ami dont il faisait un demi-dieu , tout ce que la prodigue opulence des ixiis de Perse , en ces sortes de cérémonies, aurait pu créer de plus miraculeux.

Ce n’est donc pas à l’influence des lumières d’Alexandre et de son goût naturel pour les arts du dessin , qu’il faut attribuer l’extrême délicatesse à laquelle ils ont été portés durant son règne. La splendeur de sa cour dans les occasions où il aimait à déployer toute la majesté du rang suprême , ses triomphes célébrés fi'équemment par des fêtes pompeuses , sa munificence envers les hommes à talent*, favorisèrent puissamment, sans doute, la fermentation des esprits, qui , de son temps, fut si féconde; mais on doit reinar-

* Aristote obtint huit cents talens pour faciliter les recherches que nécessitait la composition de son Histoire Naturelle. U fit venir, de tous les pays, les espèces d'animaux les plus rares.

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