‹ Etudes sur l'histoire des arts, ou Tableau des progres et de la decadence de la statuaire et de la peinture antiques au seinChapitre 60 sur 66 · LIVRE qüatri#;me · texte numérisé non relu

LIVRE qüatri#;me

chercher avec une nouvelle avidité son aliment naturel dans les iruits savoureux que fournit la la culture des lettres. — [Av. j. c. de 552 à 520. ] — Les beaux-esprits de tous les pays, les érudits , les poètes, les artistes, s’éclairaient mutuellement, au moyen d’une«correspondance fraternelle. Il semblait que les grandes cités, jusqu’alors jalouses les unes des autres, n’eussent mis fin à leurs débats que pour le seul intérêt des talens. Les mâles institutions de Sparte ellemême avaient déjà perdu de leur rigidité.

Le voyageur instruit se voyait accueilli chez les Athéniens , avec ces prévenances , ces attentions discrètes , qui prêtent aux usages de la bonne société l’agrément des liaisons intimes. Le même accent d'urbanité qui distinguait les grands, se faisait remarquer dans les classes de la simple bourgeoisie , cliez l’artisan comme dans l’atelier du statuaire et du peintre, partout enfin où la vigilance d’un puissant protecteur exerçait son autorité tutélaire en respectant les droits de tous.

Qu’.\ntistbène au Cynosarge et Diogène , orgueilleusement affublés du manteau de cyniques (1 0), affichassent avec impudeur les mœurs grossières de l’état de nature; cette étrange doc-

IIISTÜIKE UES ARTS.

trine et leur mépris affecté des richesses eurent très peu de partisans sincères : une philosophie accommodante, un langage orné, des dehors pleins de douceur et de politesse , attachaient au contraire un grand nombre de disciples à l’école d’un moraliste ijui, sous de frais ombrages , ou mollement assis sur le duvet , disait que la Sagesse pouvait fraterniser avec la Volupté *.

Thalie, décemment costumée au théâtre, n’y faisait plus entendre les sarcasmes amers de Cratinus et d’Aristophane; mais, gracieusement stylée par Ménandre , elle frondait avec finesse les folies du temps; et mettant à nu les faiblesses de l’humanité (11), la pudeur n’avait point à rougir , ni l’innocence à s’alarmer des tableaux animés qu’elle déroulait sur la scène. Tous les arts d’imitation avaient cette expression d’aménité qui dérivait de la disposition paisible des

* Le système d'Aristippe et celui d Êpicure étaient fondés sur des principes à peu prés seinlilaliles. I.ÆS habitués du l’orliipie considéraient ces deux philosophes comme des précepteurs de corruption et «l’athéisme.

esprits. Lu peinture surtout se distinguait par le goût exquis de ses cuiiipositioiis ; elle iiiipriniait aux foiTues les plus ordinaires une apparence de vénusté, que l’œil exercé de l’artiste discer^ liait seid dans ses modèles : c’est faire pressentir le nom d’.\pelles, dont nous allons mentionner les cliefs-d’œuvre *.

Invention, dessin, coloris, vérité d’expression , ce peintre habile possédait toutes les parties de son art au degré le plus éminent.

L’instinct d’un naturel aimant et sensible , non moins tpie l’étude des lettres , guidait ses pinceaux. On le voyait ordinairement travailler au milieu de ses élèves, ipi’il encourageait par son exemple et chérissait comme ses enfans.

Alexandre prenait plaisir à converser familièrement avec lui. Prévoyant que les ouvrages d’un tel maître seraient célébrés par la postérité la plus reculée, il ne voulut accorder qu’à lui seul l’honneur de peindre .son portrait; et chaque fois qu’Apelles eut à remplir cette tâche, son imagination poétique s’aida des ressources de

‘ Prtvcipim ejns in (irtis nenustas fnit.

( Pl.lNE. )

l’allégorie pour ajouter l’intérêt des allusions au mérite de la ressemblance.

Dans un de ses tableaux on voyait Castor et Pollux , précédés de la Victoire, orner le cortège du héros macédonien *. Une autre composition le représentait sur un char pompeux, à la suite duquel Mars lui -même se trouvait enchaîné; mais l’image qui flatta singulièrement l’orgueil d’Alexandre, fut celle où, nouveau Jupiter, il lançait la foudre : Sa main brûlante, selon l’expression de Pline , paraissait saillir au dehors du panneau **.

Apelles néanmoins eut lieu de s’étonner du coup d’œil assez froid que le monarque , en traversant la ville d’Éphèse , daigna jeter sur un nouveau portrait que , tout exprès , le peintre avait placé sur son passage. Le cheval hennit

* Cette peinture allégorique ayant été transportée à Rome au temps de Claude , l'imbécille empereur fit effacer la tète de la Victoire, et peindre celle d’Auguste à la place.

** Digiti etninere videntur, et J'ulmen ejctra tabtilam esse.

( Plihe. }

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soudain Hé quoi, dit l’auteur, feignant un

air de surprise , le coursier serait-U plus fin connaisseur que son maître.

Dans les sujets qui laissaient toute latitude au génie d’Apelles, il traitait de préférence, et conformément au système de Zeuxis, son prédécesseur , ceux qui ne comportaient pas un grand nombre de personnages. Une Diane entourée d’un chœur de vierges causa beaucoup d’admiration ; mais sa Vénus-Anadvomène * fut regardée comme un chef-d’œuvre auquel nul autre ne pouvait être comparé.

Le ressentiment des persécutions qu’après la mort d’Alexandre, Apelles éprouva de la part de ses envieux à la cour de Ptolémée, lui fit

* Anadyomène signifie sortant de la mer.

Athénée prétend qu’Apelles conçut le projet de peindre Vénus née du sein des eaux, en voyant la courtisane Phryné, dont il était épris, rougir d’être aperçue, sans voile, hors du bain.

Ce chef-d’œuvre fut célébré par une infinité de poètes

Si Vfiioreni (lois minquam piiiAi.sspl A{k.‘I)(*s M orsa «ub aequoms, illn btcr«‘( aqnis.

(Ovth. )

niSTOlRE DES ARTS.

iinagiDer la composilion allégorique dont Lucien a tracé la description détaillée dans son traité de lu Délation :

« On y voit, dit le sophiste, la Calomnie, au « rcgai-d farouche, et guidée par l’Envie, assistée « par la Ruse et la Trahison , traîner l’Innocence « au tribunal du Préjugé. Celui-ci ne prend « conseil, pour le jugement, que de la Suspi- « cioii et <le l’Ignorance; mais la Vérité parait « dans Téloigiiemeiil ; elle est suivie du Rej>en- « tir, tpii tourne vers elle des yeux chargés de « larmes *. »

Telle fut la vengeance unique qu’Apelles se |>ermit contre un odieux détracteur.

Personne moins que lui n’eùt mérité d’ètic en hulU- aux traits de la malveillance : affable

avec tout le monde, sa bourse était toujours ouverte à ses amis, et les grandes richesses qu’il avait ac(|uises à la cour d’Alexandre, le mirent souvent à même de répandre .ses bienfaits sur des artistes peu fortunés. Il les aidait aussi de

* [.'admirable de.ssiii que Itapiiael , notre moderne Apelles, a composé d’après ce passage de Lucien, est une sorte de consolation pour 1a perte de l'original.

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