UVRE QUATRIÈME
Lysistrate , frère de Lysippe , est le premier sculpteur qui ait imaginé de mouler sur la face d’un mort le relief des formes de la nature, et de couler de la cire dans le creux de l’empreinte pour n’avoir , en le remaniant, qu’à le transformer en buste de ronde-bosse. Ce procédé , naturellement applicable au genre du portrait, en rendait la ressemblance plus frappante; mais l’essai qu’en fit Lysistrate, ne fut pas, sous sa main , une sorte de métier tel que le pratiquent, de nos jours, les artistes jongleurs qui, sur les boulevarts de Paris, étalent des curiosités de
cette espèce Le frère de Lysippe ne voyait
au contraire, dans le masque moulé, qu’une simple ébauclie de la physionomie du personnage ; la magique puissance de son ciseau communiquait ensuite à ce froid mannequin le mouvement et la vie.
Nos statuaires modernes, plus jaloux de saisir l’esprit de leurs modèles que d’en calquer ainsi les contours , font peu d’usage d’une méthode qui laisse sur l’imitation les tristes indices d’un corps périssable.
L’invention de la céroplastique remonte vraisemblablement aux inventions des Egyptiens pour la formation des masques de leurs mo-
mies * ** . Elle était donc connue avant que Lysis* trate l’edt tentée; l’line n’aurait pas dû l’ignorer.
Tourmenté de la désesjiérante supériorité de Lvsippe , A[K)llodore , dans la crainte d’étre éclipsé par un si redoutable concurrent, se dépitait, à tort ou à raison, contre ses propres ouvrages, <(u’il ne croyait jamais assez perfectionnés : la plus légère incorrection les lui faisait réprouver souvent avec plus de sévérité que la malveillance de ses envieux n’aurait pu les déprécier. Dans ces accès de découragement <|ui tenaient de la démence, il mettait en pièces des morceaux d’un grand prix. Ces travers d’un amour-propre toujours mécontent de lui-même le firent surnommer Apollodore le Maniaque.
Son portrait , exécuté par Silanion d’Athènes , semblait être celui de la colère personnifiée “.
Quant à ce inéine Silanion, auteur d’une fi-
* Les Egyptiens plaçaient l’empreinte de l'ovale du personnage embaumé, sur la momie, en forme de niascpie.
** Hoc in CO expressit, nec hominem in are Jecit , sed iracundiam.
(Plinb.)
gure de Sapho que Cicéron a beaucoup vantée, il n’avait appris son art qu’en Uavaillant sur les métaux , sans avoir reçu les leçons d’aucun maître. Les Athéniens faisaient néanmoins grand cas de ses compositions , qui , généralement , étaient en bronze, et plaçaient sa Jocaste mourante , au nombre des produits qui faisaient le plus d’iionneur à leurs précieux ateliers de sculpture. L’école <le Lysippe les avait dotés, pour la plupart, de chefs habiles dignes élèves d’un tel iiiaitre. La renommée à conservé les noms de Stliénis d’Olyntlie, d’Hécatodore, de Sostrate petit-neveu de Pytbagore de Rliégium , d’Eupbronide , et de plusieurs autres savans statuaires dont la liste ne saurait ici trouver place.
[at. j. c. lU- 33a à 300.] — A Cette époque remarquable, où l’influence du luxe des gouverneurs auxquels la tranquillité des provinces était mise en garde , y faisait éclore tout ce (|ue les talens d’imagination pouvaient enfanter de plus recliercbé , la gravure sur pierre fine acquit un degré de perfection (|ui, depuis , ii’a point été surpassé. La dextérité d’outil et l’excellence du goût de Pyi-gotélès, en ce genre précieux d’industrie , lui méritèrent , à l’exclusion de tout autre lapidaire , la faveur d’exécuter en camée
le portrait d’Alexandre , comme l’avaient obtenu, chacun dans sa partie, Âpelles et Lysippe.
La nécessité de revêtir d’un sceau les actes authentiques , donna naissance à ce bel art chez les Orientaux (1 5). Les Grecs , à qui les artistes phéniciens en avaient enseigné les procédés , s’étaient servis anciennement de petits morceaux de hois vermoulu pour ces sortes d’emprcinles. Winckelmann le dit, et cite, en témoignage de cette singulière assertion , certaine pierre antique où , par fantaisie sans doute , le graveur avait imité ces sinuosités tracées par la dent des insectes.
Les Étrusques montrèrent aussi beaucoup d’intelligence et d’adresse dans la fabrication de ces bijous ; et nous rappellerons, à cet égard, que -Mnésarque, père du philosophe Pvlhagore, étant né en Etrurie, y avait fait prohahlement apprentissage de cette meme profession , qu’il alla , dans la suite, exercer à Samos.
On voit, inscrits sur différentes pierres gravées, des noms d’auteurs qui n’appartiennent point à l’âge où florissait Pyrgotélès. Ces camées, d’une grande beauté , datent des premiers temps de l’empire Romain. Le style élégant et pur de l’ouvrier prouve que le talent des Grecs , en
toute espèce d'invention , ne s’était point altéré depuis le siècle d’.\Jexandre , malgré les bouleversemens politiques qu’occasiona le partage sanglant du vaste héritage de ce héros. Les principes des grands maîtres restèrent heureusement consacrés par leurs successeurs , soit en exil , soit au pays natal , comme des dogmes religieux.
DÉrrAILS SUPPLÉMENTAIRES.
Au delà de l’Oasis est le fameux temple de Jiqnler Amman , etc.
Lorsque l’idolalrie et le polytliéisme s’introduisirent peu à peu dans le monde après le déluge , Cham , l’un des trois fils de Noé , dont les nombreux descendans avaient peuplé les rives du Nil et les déserts de la Libye, devint la grande divinité de ces deux contrées. On lui bâtit un temple dans un espace de terrain fertile, mais , de toute part , entouré de sables ariiles. Les Grecs nommaient l’étre fantastique ipi’on y révérait, Jupiter, et les Égyptiens, Amman) on finit par accoler ces dénominations distinctives.
D’autres ont dit f\\\j4mmon, surnom du Jupiter libyen, est dérivé du mot grec qui signifie
sable Ce dieu est représenté , sur un grand
nombre de médailles, avec des cornes de bélier.
Guidé par une courtisane , Alexandre alluma de sa propre main l’incerulie dr Persépolis , etc.
Tbaïs, courtisane d’Athènes, suivit Alexandre en Asie ; et , dans une partie de débauche , se voyant à même d’égarer la raison de ce prince , elle met en ses mains une torche enflammée , et l’excite à brûler le palais des rois de Perse , pour venger Athènes, sa patrie, où Xercès avait, durant la guerre médique , exercé les mêmes fureurs. De cet édifice , construit par Darius presque'totalement en bois de cèdre , le feu se communiqua rapidement dans tous les quartiers de la capitale , à l’aide des soldats qui se firent un jeu d’imiter la brutale démence du chef.
Après la mort d’Alexandre , Ptolémée épousa cette même Thaïs , qu’antérieurement il avait eue pour maîtresse.
DCTAILS SlîPPLKMENTMRES.
La Jin déplorable de Parménion , le meurtre de Cljtus , la condamnation inique de Callisthène, marquèrent Alexandre du sceau des tyrans, etc.
Victime d’un simple soupçon , le brave capitaine Parménion fut égorgé par ordre de son maître , qu’il avait toujours servi fidèlement.
Cly tus , ancien officier de Philippe , mourut percé d’un coup de javeline, que le héros forcené lui porta dans un accès de colère.
Callisthène , injustement accusé d’avoir pris part secrètement à la conspiration avortée du jeune Hermolaüs, périt dans les tortures. L’austère franchise de ce philosophe frondait souvent avec amertume les manières serviles des courtisans ; il ne put contenir son indignation en voyant le prétendu fils de Jupiter aspirer , de son vivant, aux hommages idolatriques que les seigneurs persans rendaient sans scrupule à leurs princes.
Aristote, en cédant à Callisthène l’office d'instituteur près de son royal disciple , lui rappela cette sentence de Xénopliane : Ceux qui, par
devoir, ou par inclination , sont attachés aux souverains , ne doivent parler que très rarement devant eux, ou faire en sorte que ce qu’ils ont à leur dire, soit toujours agréable à l’oreille.
Quelques - uns ont avancé qn’Aristote luimême , en butte aux traits de la calomnie , et menace du courroux d’Alexandre, dont il s’était permis de blâmer les empiortcmens , ne fut point étranger au complot d’Antipatrc <jui, par le poison , sc délit d’un tjran ombrageux ; cette imputation , peu fondée , n’a point terni la mémoire du philosophe.
Le trône de Darius était comme ombragé (üune vigne dont les grappes , d’émeraudes et de saphirs , répandaient un éclat éblouissant , etc.
La richesse outrée de ces sortes d’ornemens a, de tout temps , flatté les yeux des Orientaux. On voit encore aujourd’hui la même magnificence dans l’ameublement des palais, où les despotes de ces contrées ne se laissent apercevoir que parés comme des idoles au fond de leurs niches.
DÉTA-ILS SUPPLÉMENTAIKES.
Le voyageiirTav(Tnicr , joaillier de profession, a décrit dans scs Mémoires le trône pompeux d’Aiirangzeb ; il évaluait la totalité des brillans matériaux dont il se com[>osait , à la somme de cent soixante millions. Le siège était soutenu par douze petites colonnes d’or contournées de plusieurs rangs de perles; des incrustations précieuses se trouvaictit prodiguées sur les parties latérales , sur le dossier, et l’on voyait au sommet du dais un paon étaler en roue sa queue étincelante de pierreries.
Ce fut de V antique et vaste contre'e qu'arrosent le Gange et F Imlus , que les premières notions de l’art du dessin paivinrent chez les Medes et les Perses , etc.
Les vestiges d’ornement qui se distinguent encore dans les débris d’arcbilecture de l’ersépolis, présentent, quant au travail et au genre de composition , des rapports sensibles avec les restes des anciens édifices de l’Inde. L’aspect de ces monumens elTraie par les dimensions colossales de la structure. Le voyageur , néanmoins ,